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CHAPITRE PREMIER

ÉTIOLOGIE,

Quelle que soit la région du corps sur laquelle une lymphangite prenne naissance, elle pourra sans nul doute devenir gangréneuse, et il ne nous répugnerait nullement d'admettre que bon nombre des érysipèles gangréneux du scrotum, des paupières, etc. ne sont au fond que des lymphangites.

Mais notre expérience n'est pas suffisante, nos observations ne sont pas assez nombreuses, pour qu'il nous soit permis d'aborder ainsi la question à un point de vue gé~ néral.

Aussi, dans le présent chapitre, et dans ceux qui vont suivre, nous placerons nous presque exclusivement au point de vue des cas que nous avons pu étudier. Notre travail y perdra en ampleur, mais nous éviterons de la sorte de nous engager trop avant dans le domaine des hypothèses.

Parmi les lymphangites gangreneuses que nous avons pu observer la plupart siégeaient sur les membres inférieurs; neuf sur douze.

Les sujets qui ont présenté cette forme de la maladie, étaient à peu près à l'âge moyen de la vie ; de 30 ans à 55.

Au point de vue de l'influence du sexe, nous trouvons neuf hommes et seulement trois femmes.

Les causes locales qui ont amené la lymphangite n'ont absolument rien de particulier, en elles-mêmes; ce sont les causes vulgaires de cette maladie, excoriations légères, ampoules, contusions, piqûres. Nous ne nous y arrêterons pas.

Quant à la gangrène qui est venue imprimer à l'affection sa physionomie toute spéciale, elle s'est montrée dans des conditions qui nous autorisent à faire une part très considérable aux causes prédisposantes dans l'étiologie de la lymphangite à forme gangréneuse.

Causes générales. — M. LeDentu,dansson remarquable travail sur les maladies du système lymphatique (Le Dentu, Dict.demed. et chir. pratiques, t. XXI, page 44) s'exprime ainsi à propos de la mortification des téguments que produit parfois la lymphangite : « ce qu'il y a de particulier à' certains cas, c'est que la mortification des tissus ne semble pas toujours se rattacher à un mauvais état général engendré par une diathèse, par une maladie antérieure, par une hygiène défectueuse ou par la misère. »

Cette remarque est exacte. Pour trois cas, dont un s'est terminé par la mort, il nous à été impossible de rien découvrir de spécial dans l'état constitutionnel des individus.

Cependant c'est là l'exception. Ordinairement les malades chez lesquels une lymphangite devient gangréneuse, présentent une tare organique quelconque, un de ces mauvais états constitutionnels, qui ont été dans ces der-

nières années si bien étudiés par le professeur Verneuil et ses élèves.

Cinq de nos malades étaient des alcooliques endurcis. Or, l'alcoolisme entraîne des conséquences désastreuses au point de vue du fonctionnement régulier des tissus. « Le phlegmon diffus, dit M. Berger (Berger, thèse d'agrég. en chir., 1875, page 135) dans son excellent travail sur l'influence des maladies constitutionnelles sur la marche des lésions traumatiques, est toujours dénature gangréneusechez les alcooliques, il s'accompagne de mort du tissu

cellulaire sur les points qu'il envahit; la cause de

cette suppuration profuse est justement dans un phénomène de mort locale.

« Suivant Rose, dit le même auteur, l'érjsipèle survient très fréquemment dans ces conditions (alcoolisme) il revêt presque toujours une forme spéciale, hémorrhagique, qui rappelle le scorbut des buveurs, il prend rapidement une grande extension, et se complique aisément de gangrène. »

Le professeur Broca, mon regretté maître, insistait beaucoup sur la rapidité de la mortification chez les alcooliques ; « Ce fait est propre aux alcooliques il est incontestablement lié à leur état d'intoxication, car dans aucune autre maladie, sauf dans certaines affections de la moelle, on n'observe la production aussi rapide d'eschares. » (Broca, Clin, in Journal de med. et chir., 4874, p. 541.)

Je crois pour ma part, que chez ces malades, la lymphangite a pris la forme gangréneuse surtout, et peutêtre même, uniquement parce qu'ils étaient alcooliques.

Nous n'avons pas eu l'occasion d'observer cette maladie sur des diabétiques, mais il est fort probable que nombre des (gangrènes qu'il est fréquent de voir se produire chez eux, sont dues à des lymphangites.

Nous n'insisterons pas non plus sur ce qui peut survenir chez les individus, atteints de maladies viscérales diverses; les documents nous manquent.

C'est à dessein que nous ne parlons pas des érysipèles qui surviennent chez les albuminuriques sur les membres œdématiés, de même que chez !es cardiaques ; ils ont des allures particulières, et ne ressemblent pas à la lymphangite, or, nous l'avons déjà dit nous restreignons le cadre de cette étude aux cas où la gangrène de la peau à été cliniquement précédée d'une angioleucite absolument nette.

Quant à l'impaludisme, son influence sur la marche des lymphangites, n'otfre dans nos contrées rien de bien spécial, il n'en est pas de même sous d'autres latitudes, ainsi que le démontre le travail de M. Bourel-Roncière, que nous avons déjà longuement cité dans notre historique. On observe au Brésil de véritables lymphangites gangréneuses, en tout comparables à celles que nous avons observées, et qui sont sous la dépendance de l'intoxication palustre.

Misère physiologique. — En dehors de ces états constitutionnels il faut tenir compte de cette manière d'être, encore mal définie, qui succède aux privations, aux fatigues exagérées, et que l'on désigne sous le nom d' ét&t de surmenage ou misère physiologique ; trois de nos malades se trouvaient dans ces conditions.

Influences cosmiques. — Il n'est pas douteux pour nous, que les rigueurs exceptionnelles de l'hiver dernier, dont la fâcheuse influence se fait encore sentir, ne soient pour beaucoup, dans le nombre des lymphangites gangréneuses

que nous avons pu observer. On a depuis longtemps déjà noté la fréquence des gangrènes pendant les hivers rigoureux.

Lamotte s'exprime ainsi à ce propos dans son traité de chirurgie : « C'est une illusion de croire que le froid soit favorable aux malades et aux blessés... J'ai remarqué avec les premiers chirurgiens de l'Hôtel-Dieu, qu'en l'année 1682 qu'il fit un affreux hiver, nous avions la moitié plus de gangrènes que dans les plus grandes chaleurs de l'été. » (Lamotte, Traité de chirurgie, t. II, p. 301.)

Il y a longtemps que les affections gangréneuses de toute sorte n'avaient été aussi nombreuses à Paris, que dans ces derniers mois.

Plusieurs de nos maîtres en ont fait la remarque, et en particulier M. Delens (Commu. orale.) et (Société clinique mars 1880).

Il nous parait évident qu'il faut chercher la cause de cette tendance des inflammations, et en particulier des lymphangites, à se terminer par gangrène, dans l'état de débilité, et de véritable déchéance organique, qu'engendrent, le froid, la faim, et les privations de toute sorte.

Les causes générales qui modifient en l'affaiblissant, la vitalité et la résistance des tissus, nous paraissent donc avoir une influence capitale sur la terminaison par gangrène de la lymphangite.

Il se fait tout d'abord une inflammation simple, qui se trouvant placée sur un terrain préparé, c'est-à-dire dont la force de résistance e-st peu énergique, acquiert tout de suite une intensité extrême et détruit rapidement les éléments auxquels elles'est nttaquée. Dans un certainnombre de nos observations, cet état du terrain est très nettement établi.

Cette notion nôus manque absolument dans trois cas. Il nous semble bien difficile d'arguer d'une malignité particulière de la maladie, ou de l'introductiond un virus spécialement nécrosique dans l'économie.

Dans un cas cependant cette influence d'un poison pourrait être invoquée ; nous faisons allusion à l'observation X, qui a trait à un malade chez lequel la lymphangite eut pour point de départ une piqûre anatomique ; il est certain que dans cette observation, ainsi du reste qu'il arrive parfois dans des cas analogues, le virus parait avoir eu une action toute locale sur les tissus du voisinage de la plaie ; les décollements épidermiques et la mortification du derme, ont commencé autour de la piqûre; il en a été de même dans l'observation du professeur Richet rapportée dans la thèse de M. Escorne. (Escorne, Th. Paris, 1866.)

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