‹ De la lymphangite aiguë à forme gangreneuseChapitre 7 sur 20 · I. — Période de début ou d'inflammation · texte numérisé non relu

I. — Période de début ou d'inflammation

La plus légère excoriation, le traumatisme le moins grave peut devenir le point de départ de la maladie. La blessure toujours plus ou moins négligée, en raison même de son insignifiance, devient tout à coup douloureuse, et s'entoure d'une zone rouge, qui ne tarde pas à s'élargir en prenant les caractères d'une lymphangite réticulaire.

Les symptômes généraux, frissons, fièvre, etc., sur lesquels nous reviendrons plus loin, se montrent à peu près en même temps ; dans quelques cas même ils ont précédé les accidents locaux,

La rougeur s'étend rapidement ; en l'examinant de près on la trouve formée de fins réseaux. Elle ne présente aucun relief limitrophe ; les bords de la surface rouge sont irréguliers, frangés ; et si parfois ils paraissent un peu saillants, jamais dumoins ils ne présentent le rebord nettement accusé qu'il est ordinaire de rencontrer dans l'érysipèle.

Souvent la rougeur est disposée par îlots plus ou moins larges séparés par des espaces de peau saine. Ces îlots sont reliés entre eux par des traînées de lymphangite. Enfin on voit monter vers les ganglions placés à la racine du membre un certain nombre de lignes rouges, situées sur le trajet des principaux troncs lymphatiques.

A mesure que la rougeur s'accroît, elle devient plus uniforme. La disposition en réseaux et arborisations paraît moins nette ; les îlots s'élargissent et se fusionnent ; et bientôt de larges plaques se trouvent constituées.

La peau ainsi envahie présente des différences nombreuses au point de vue de sa coloration ; tantôt, en effet, elle est d'un rouge vif; d'autres fois, elle est d'un rose pâle (Obs. III) ou bien fauve, érysipélateuse (Obs. I). Parfois enfin c'est une teinte vineuse qui paraît dominer. Il est fréquent, du reste, d'observer sur un même sujet ces variétés de nuance, auxquelles nous n'attacherons pas d'ailleurs plus d'importance qu'elles n'en méritent.

Les traînées d'angioleucite, qui se dirigent vers les ganglions, offrent les mêmes variétés dans leur coloration.

Cette rougeur est essentiellement superficielle, immédiatement sous-épidermique, au moins dès le début, et sur les points qui viennent d'être envahis. La plus légère pression du doigt suffit pour la chasser; elle reparaît aussitôt que la pression cesse.

Cette pression est douloureuse, surtout sur le trajet des traînées rouges, au niveau desquelles on sent des cordons durs tendus sous le derme.

La pression est douloureuse également, lorsqu'elle s'exerce sur les ganglions lymphatiques qui sont engorgés et plus ou moins volumineux.

Le gonflement est nul, pour ainsi dire, pendant les pre-

miers temps ; plus tard, la tension s'accuse davantage, sans jamais cependant approcher de ce qui s'observe sur les membres affectés de phlegmon.

Nous en dirons autant de l'œdème qui manque absolument au début, et qui, s'il apparaît dans quelques cas, est en général peu marqué pendant cette première période.

Ces signes objectifs ne diffèrent pas de ce qu'il est de règle d'observer dans toute angioleucite un peu intense ; aussi ne nous y arrêterons-nous pas plus longtemps.

Cette période est en général de très courte durée : deux ou trois jours en moyenne, d'après nos observations : il est tout à fait exceptionnel de la voir se prolonger pendant dix à douze jours comme dans l'observation VI. Parfois même (Obs. I) elle a été si courte que l'on serait tenté de nier son existence, et d'admettre que l'inflammation et la gangrène sont pour ainsi dire contemporaines.

Du reste, l'instant précis qui marque le passage de la première période à la seconde est fort difficile, pour ne pas dire impossible à apprécier, si l'on ne tient compte d'un phénomène qui n'a manqué que très rarement dans les cas que nous avons pu observer. Nous voulons parler de l'apparition des p/iZî/cfènes.

Velpeau les avait déjà signalées comme précédant la gangrène au cours d'une lymphangite. Nous ne voulons pas dire qu'elles la présagent fatalement ; nous savons, en effet, qu'elles peuvent exister sans mortification du derme, ainsi que J. Roux en a rapporté de remarquables exemples. (J. Roux. Gazette médicale de Paris, 1842, n" 4, p. o6.)

D'autre part, la sphacèle peut se montrer sans elles, amsi que le prouvent nos observations X, XI et V; encore devons-nous dire que, dans ce dernier cas, les

premières plaques de gangrène seules, se formèrent sans soulèvement épidermique préalable; d'autres se produisirent plus tard, après soulèvement de phljctènes. Il est donc extrêmement rare qu'elles fassent défaut, puisque ce fait ne s'est produit que deux fois parmi tous les cas que nous rapportons.

Aussi croyons-nous qu'il nous est permis de considérer les phlyctènes comme un accident presque constant dans la maladie qui nous occupe. Elles marquent la transition entre l'inflammation pure et simple et la mortification du derme. Nous dirions même volontiers de ces vastes bulles qui ne peuvent se produire sans une désorganisation profonde des couches épidermiques les plus rapprochées du derme, qu'elles ne sont que le commencement, le premier degré d'une mortification superficielle.

Quoi qu'il en soit, c'est à propos de la seconde période qu'il nous paraît naturel de les étudier.

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