MORTE
cas, d’une combinaison de lymphogranulomatose et de « pseudo-leucémié myéloïde » (myélomatose aleucémique) ? Cela nous paraît douteux. En tous cas, cette question soulève le problème — si obscur encore — des rapports de la métaplasie myéloïde simple et dela myélomatose leucémique. La discussion de ce point nous entraînerait trop loin de notre sujet.
Lehndorff (1908) se demande si la splénomégalie de Gaucher ne doit pas rentrer dans le cadre de la lymphomatose granulomateuse.
Il n’enest rien. Les travaux de Schlagenhaufer et de Risel ont montré qu'il s'agissait d’une lésion systématisée de l’appareil hématopoïétique, mais elle diffère anatomiquement et cliniquement de la lymphogranulo-
matose,
ÉTIOLOGIE
Fréquence. — D'une manière générale, la Iymphogranulomatose est une affection peu fréquente ; elle est cependant la moins rare des maladies que l’on désignait autrefois sous le nom d’adénie ou de pseudoleucémie. ;
La fréquence varie selon les régions géographiques. Elle parait être particulièrement fréquente en Angleterre, dans certaines contrées de l’Allemagne du nord, aux États-Unis de l'Amérique du nord. Hirschfeld fait remarquer que la granulomatose maligne semble beaucoup plus fréquente dans certaines villes que dans d’autres : à Breslau, K. Ziegler a eu l’occasion d’autopsier à Jui seul 15 sujets de ce genre sans compter de nombreux cas dont il a pu vérifier l'authenticité par . des biopsies. !
Les auteurs de la plupart des autres villes d’Allemagne et d'Autriche disposent d’un nombre d'observations personnelles beaucoup plus faible. En France, l’affection qui fait l’objet de cette étude est certainement plus rare qu’en Angleterre, dans l'Allemagne du Nord et en Autriche. Nous nous sommes demandé si cette rareté était APpAPRe Si Le pouvait s'expliquer par des diffé-
rences d'interprétation histologique et de nomenclature. Il n’en est rien. Cette rareté — relative — est réelle. Des anatomo-pathologistes expérimentés comme M. Ménétrier, nous ont dit ne jamais avoir rencontré ce type particulier d’inflammation chronique généralisé à l’appareil lymphatique. M. Rist qui dirigea pendant trois ans le service de M. Béclère où se trouvent centralisés, en vue de la radiothérapie, les malades lymphadéniques et leucémiques de l’hôpital Saint-Antoine, n’a pas observé un seul cas de lymphogranulomatose durant celte période. Tous les malades porteurs de tumeurs ganglionnaires avaient été examinés au point de vue hématologique.
| Age. -— La lyÿmphomatose granulomateuse survient surtout chez des adultes jeunes, de 20 à 35 ans (45°/, env.). On l’a observé à l’âge de 68 ans (Ziegler).
Elle n’est pas rare au-dessous de 10 ans (16 °/, env.). On l’a vu survenir au cours de la première année de la
vie. ; Sexe. — L’affection est beaucoup plus fréquente chez l’homme que chez la femme (dans la proportion de 2 à 4). | 5 4 Le caractère familial ou congénital n’ont jamais été observés.
Son apparition est toujours sporadique: On ne connait aucune cause prédisposante afférente à l’hérédité morbide (tuberculose, par ex.), aux antécédents per- sonnels, à la constitution du sujet ou bien à sa profession. | . Habituellement la lymphogranulomatose frappe des individus qui jouissaient jusqu’alors d’une parfaitesanté.
Le
Causes déterminantes. — Etant donné le caractère inflammatoire de la lésion, on songea, bien entendu, à incriminer les processus infectieux chroniques déjà connus.
En premier lieu — et avec quelque apparence de raison — c’est l'infection tuberculeuse qui fut mise en
cause.
Tuberculose et lmphogranulomatose. — Getie question de l’origine tuberculeuse de la maladie de Paltaut- Sternberg est liée à l’un des problèmes les plus intéressants de la pathologie générale ; elle est loin d’être
tranchée à l’heure actuelle.
Pour se former une opinion sur ce sujet, il est nécessaire de réunir les faits épars dans les différentes publications et de soumettre à un examen critique ceux d’entre eux qui ont été étudiés au point de vue histologique et bactériologique.
En cette matière, aucun auteur ne dispose d’une expérience suffisante pour pouvoir conclure en se basant uniquement sur ses observations personnelles.
Quelques auteurs, à la suite de Sternberg, ont consi-
déré la lymphogranulomatose comme une réaction histopathologique particulière, non folliculaire provoquée par le bacille de Koch. | PC
En faveur de l’étiologie tuberculeuse on a invoqué
des arguments de valeur diverse.
Sternberg avait été frappé par la fréquente coexistence de lésions tuberculeuses typiques : dans 10 cas. sur 13 il avait trouvé la tuberculose associée au Iymphogranulome.La proportion considérable des cas mixtes PEnphseranR PM AIgEE + tuberculose) relevée dans
cette première série d'observations ne se retrouye. pas dans les publications ultérieures et, récemment, Fraenkel a cru pouvoir affirmer que cette association s'ob” serve très rarement. En réalité, la combinaison de ces deux ordres de lésions n’est pas aussi rare que le voudrait Fraenkel. Sur un total de 130 observations nous avons trouvé que la présence simultanée de tubercules et de lésions lymphogranulomateuses se rencontrait dans 11,5 c/, des cas, si l’on se borne à envisager les faits où les deux lésions se trouvaient côte à côte dans les mêmes organes (ganglions, rate, foie, etc.). Cette proportion atteint 27,6 ‘/ si l’on englobe tous les cas dans lesquels il existait un foyer tuberculeux ancien ou récent dans un organe quelconque.
Ces chiffres sont véritablement impressionnants et l'interprétation des auteurs (Reed, Longcope, Clarke et presque tous les médecins anglais et américains) qui croient à une simple coïncidence, nous paraît inadmissi- ble. Paltauf, puis Benda émirent l'hypothèse que la lymphogranulomatose était l’effet de toxines diffusibles élaborées à distance par le bacille tuberculeux. Paltauf reconnut d’ailleurs que les tentatives faites pour reproduire ces lésions expérimentalement, à l’aide de tuberculine, avaient constamment échoué.
Pour notre part, nous ne croyons pas que la coexistence assez fréquente de tuberculose et de lymphomatose granulomateuse ne puisse s expliquer que par un rapport génétique entre ces deux processus.
Il est plus vraisemblable d’ admettre que la granulomatose crée une prédisposition marquée à la tuberculisation secondaire ; elle intervient soit en activant et en disséminant une infection tuberculeuse PRE e
soit en préparant un terrain favorable au développement du bacille de Koch.
Rappelons, à l’appui du rôle d'infection secondaire joué par la tuberculose, que les lésions bacillaires relevées à l’autopsie des cas de lymphogranulomatose sont le plus souvent des lésions récentes (tuberculose miliaire aiguë).
En 1898, Sternberg avait cru voir, par places, « une transition insensible entre les zones purement inflammatoires et les foyers de tuberculose typique ».
Cette impression ne répondait pas à la réalité. Hitschmann et Stross les premiers et nombre d’auteurs à leur suite (Fraenkel, K. Ziegler, etc.) insistent sur ce fait que les follicules tuberculeux et le granulome malin, loin de se confondre au niveau des zones limites, conservent nettement leur individualité et qu'il est toujours facile de délimiter les deux lésions contiguës. On ne conçoit pas, d'ailleurs, de lésions plus dissemblables.
D'une part, c’est une lésion en foyer (amas de cellules épithélioïdes). D'autre part, une lésion d’emblée diffuse rendant le tissu du ganglion méconnaissable. Les cellules géantes du type Langhans, formées vraisemblablement par la confluence de plusieurs cellules épithélioïdes, sont des éléments voués à une nécrose immédiate ; jamais on n’y voit de mitoses. Les cellules géantes du lymphogranulome représentent, au contraire, des éléments vivaces. Elles résultent de multiplications nucléaires non suivies de segmentation protoplasmique. Les mitoses y sont fréquentes. Enfin, la fibrose est toujours nodulaire dans la tuberculose, toujours diffuse dans le lymphogranulome.
Sternberg invoquait en outre, en faveur de sa théorie, le fait que l’on a trouvé dans certaines lésions mixtes des bâtonnets acido-résistants dans des «zones qui certainement ne pouvaient être qualifiées de typiquement tuberculeuses ».
On peut objecter que des bacilles tuberculeux peuvent envahir les zones granulomateuses sans y provoquer aucune lésion. Nous aurons à revenir sur ce point lorsque nous parlerons des lymphogranulomatoses pures avec résultat positif de l’inoculation au cobaye.
L'épreuve expérimentale ne présente évidemment aucun intérêt lorsque les matériaux inoculés sont atteints de lésions mixtes. Il n’en est pas de même quand le foyer tubercuieux est situé à distance et que leganglion greffé est indemne de lésions folliculaires. Dans les cas de ce genre l’inoculation a été parfois positive (obs. de
Fischer, de D. Reed) ; plus souvent elle s’est montrée : négative (Fischer [2 cas], Yamasaki, Crowder, Paltauf
[1912)).Des faits de cette dernière catégorie il convient de rapprocher l’observation de Heuck. D’après cet au-
teur la greffe de nodules de lymphogranulomes cutanés
donna des résultats négatifs alors que le lupus dont le malade était atteint simultanément tubereulisa lecobaye.
Arrivons à l’étude des cas de lymphogranulomatose pure, c’est à-dire de ceux dans lesquels on ne trouve au-
cune lésion tuberculeuse ni dans les organes intéressés
par la granulomatose ni à distance.
D'après un relevé de 130 cas, nous pouvons évaluer à 72,4 o/e la fréquence de ces faits. Ce chiffre est considérable : il plaide en faveur de l'existence d’un type non tuberculeux de la'lymphogranulomatose. Dès 1904
Benda, tout en admettant l’étiologie tuberculeuse pour certains cas, déclarait que ce facteur ne joue pas un rôle exclusif et que d’autres infections devaient entrer en ligne de compte. Depuis cette époque le nombre-des lymphogranulomatoses non associées à la tuberculose n’a fait que croître.
Dans la grande majorité des cas — et il en était ainsi dans nos observations personnelles — ces granulomatoses pures fournissent des résultats négatifs au quadruple point de vue de larecherche des bätonnets acidorésistants dans les coupes, de la culture, de l'inoculation au cobaye et des réactions à la tuberculine.
Presque tous les auteurs sont d'accord sur ce point.
La remarquable concordance des résultats négatifs fournis par les différents moyens d’ investigation dont nous disposons à l'heure actuelle pour dépister la tuberculose constitue, en faveur de la nature non tuberculeuse de la lymphomatose g granulomateuse, un argument dont il est à peine nécessaire de souligner l’ importance. Ilest cependant passible de plusieurs objections.
1 La recherche des bacilles acido-résistants dans les coupes et même par le procédé à l’antiformine peut donner des résultats négatifs dans des tuberculoses non douteuses. :
A plus forte raison Vinsuccès de la culture ne peuti! être considéré comme un argument de valeur.
2° Le résultat négatif de l” expérimentation s ’expliquerait par la faible virulence du bacille tuberculeux en cause (Sternberg, Fraenkel). Sternberg fait remarquer que lé cobaye meurt parfois tardivement dans un état de marasme (sans présenter de lésions caractéristiques).
Il se passerait ici ce que l'on observe habituellement
dans les tuberculoses atténuées de la peau (lupus et tuberculides) qui provoquent rarement la tuberculose expérimentale du cobaye, bien que leur nature tuberculeuse soit certaine (même histologiquement dans le cas du lupus).
On peut répondre à cette argumentation que les réactions à la tuberculine sont à peu près constamment positives dans les différentes formes de tuberculose atténuée de la peau, alors que ces épreuves se sont montrées négatives dans presque tous les cas de lymphogranulomatose pure. Il est vrai que l'injection de tuberculine: n'a parfois été suivie d’aucun résultat bien que l’autopsie ait démontré par la suite que les ganglions tuméfiés étaient le siège de tubercules typiques es Schur, Naegeli).
Il faut peut-être tenir compte de l’état de cachexie de ces sujets qui pourrait expliquer la non manifestation des réactions anaphylactiques ; le résultat négatif de l’épreuve à la tüuberculine aurait ici la même signification qu’au cours de la phtisie pulmonaire.
Une pareille interprétation ne s'applique pas à tous les cas de lymphogranulomatose pure avec tuberculineréaction négative. Souvent l’épreuve a été pratiquée bien avant la phase cachectique. (Ainsi notre deuxième malade était en très bon état au moment où elle reçut l’injection sous-cutanée de tuberculine.)
D'ailleurs, cette conception aps laquelle la granulomatose maligne serait due à un virus tuberculeux alténué paraît insoutenable si l’on considère 1 ‘évolution constamment mortelle de l’affection, la cachexie qu 'elle détermine et l'allure rapide qu ‘elle présente dans cer-
Al
tains cas. Ce que nous savons des thnsreqloses atté-
nuées ne cadre ni avec les caractères histo-pathologiques, ni avec les propriétés biologiques de la granulomatose.
La tuberculose atténuée détermine soit des lésions plus ou moins nettement folliculaires sans caséification soit des infiltrats non caractéristiques formés de cellules lymphoïdes (bacillo-tuberculoses non follieulaires). Le lymphogranulome, au con'raire, est une lésion très caractéristique et foncièrement différente des bacilloses non folliculaires. D'autre part, Naegeli fait remarquer à juste raison que les leucocytes polynucléaires énormes (jusqu’à 90.000 dans notre obs. II) de certaines lymphomatoses g granulomateuses sont totalement inconnues dans la tuberculose qu'elle soit aiguë ou chronique, survirulente ou atténuée.
Se rendant compte des dissemblances qui existent entre la lymphogranulomatose et toutes les modalités du processus tuberculeux connues jusqu’à ce jour, mais ne pouvant se défendre de l'impression que la tuberculose n’est pas tout à fait étrangère à la production du granulome malin, certains auteurs — dont Sternberg —
incriminèrent alors un oirus tuberculeux modifié.
Nous avons indiqué, dans un chapitre précédent, que des recherches récentes semblaient donner qnelque consistance à l'hypothèse de Sternberg.
Fraenkel et Much (1910), appliquant à des pièces pro- venant de 13 cas de lymphogranulomatose le procédé dela solubilisation dans l’antiformine, découvrirent la présence de granules et de bactéries d” aspect g granuleux (chaînettes de granules) se colorant par le Gram renforcé mais ne résistant pas à la AÉCOIOnR ON par les acides.
d . 1 ÿ ge
Par leur résistance à l’antiformine,par leurs caractères morphologiques et tinetoriaux, ces éléments se rapprochaient singulièrement des formes granuleuses du bacille tuberculeux. Mais les essais de culture et d’inoculation restèrent négatifs, Fraenkel et Much furent d'emblée très affirmatifs au sujet du rôle étiologique de çes éléments qui représentent, selon ces auteurs, le seul agent causal de la maladie de Paltauf-Sternberg. Ils s’exprimèrent au contraire, avec beaucoup de réserve, en ce qui concerne les relations de ces granüles avec la. forme granuleuse du bacille tuberculeux. Ils inclinent cependant à y voir un virus tuberculeux modifié.
Fraenkel et Much soutiennent que la présence de ces granules antiformine — résistants, Gram — positifs mais non acido-résistants est quasi-constante dans les organes lymphogranulomateux ; mais ils font remarquer que la recherche est parfois longue et pénible en raison du nombre souvent tres faible de ces éléments. Dans cer- ‘tains cas, Much a été obligé de poursuivre l’examen pendant trois jours avant de trouver quelques chaînettes granuleuses. Par contre, il est des cas où cette recherche est assez aisée. Le travail de Fraenkel et Much a été confirmé par Jakobsthal, Pick, Luce, Simmonds (2 cas), Rosenfeld, Blamberg (dans 2 cas sur 4), Beumelburg (dans 5 cas sur 5), Koslowsky (dans 3 cas sur 4), Hirschfeld (dans #4 cas sur 9), Dietrich (dans 6 cas sur 7), Meyer (dans 2 cas sur 3). |
La présence des granules de Fraenkel- Much est donc très fréquemment observée, mais elle n’estpas constante, Des résultats négatifs ont été enregistrés, en outre, par B, Fischer, Hertz, o. Müllern. Nous-même, nous n’avons pu trouver ni dans les coupes, ni dans le culot de
centrifugation de la solution antiforminique de ganglions provenant de nos deux cas, quoi que ce fût qui res-
semblât aux formes granuleuses du bacille tuberculeux.
La méthode que nous avons employée est celle que
Fraenkel et Much indiquent dans leur mémoire de la Zeitschrift für Hygiene (1910) et nous avons procédé à cette recherche avec toute la patience nécessaire.
Contrairement à Fraenkel et Much qui affirment que ces granules représentent l’unique germe de la lymphogranulomatose, Hirschfeld déclarait récemment, au cours d’une communication au Congrès de la Société allemande de pathologie (1912), que « tant que tous les auteurs n'auront pas trouvé ces éléments dans tous les cas, on sera en droit de songer à la possibilité de facteurs étiologiques divers ».
Pour notre part, sans vouloir tirer argument des résultats négatifs qui peuvent s'expliquer par la rareté des éléments granuleux, nous estimons que le rôle étiolo- . gique des granules de Fraenkel-Much est loin d’être dé-
montré. On ne saurait apprécier avec trop de réserve une découverte fondée sur des preuves aussi incomplètes. Mais ce qui nous semble plus injustifié encore, c’est d’invoquer les recherches des auteurs précités à l'appui de la théorie paratuberculeuse de Ja lymphogranulomatose, en se basant sur la ressemblance morphologique des granules de Fr.-M. avec les formes granuleuses du b. tuberculeux et sur la similitude de leurs affinités chimiques. EE |
L’insuccès des essais de culture et d’inoculation aurait dû inviter à la prudence ; bien au contraire, ce fait
a été l’occasion, pour certains esprits imaginatifs, de reve-
nir à l’ancienne hypothèse du virus tuberculeux atténué.
Tout récemment d’autres travaux bactériocospiques ont été publiés par Chiari-Lôffelmann et Herxheimer. Ces travaux, tout en étant en parfaite contradiction avec les résultats obtenus par Fraenkel et Much, paraissent également plaider en faveur de la théorie du virus tuberculeux modifié.
Chiari et Lüffelmann ont trouvé dans 6 cas de lymphogranulomes purs, à l’aide du procédé à l’antiformine, des bâtonnets acido-résistants en même temps que des formes granuleuses gram-positives. Zerxheimer atrouvé des bâtonnets acido-résistants dans 3 cas de granulo- matoses pures sur 6 ; il avait également appliqué le procédé d’'Uhlenhuth. |,
Fleischmann (1912) a également mis en évidence des bâtonnets acido-résistants dans des pièces provenant d'une granulomatose pure. Arndit (1912) a trouvé dans les coupes d’un lymphogranulome de la peau des bâtonnets acido-résistants extra-cellulaires.
La présence de bâtonnets acido-résistants dans les lymphogranulomes purs qui constituait un fait rarissime avant la découverte du procédé de solubilisation par - l’antiformine est donc devenue moins rare depuis que l’on applique cette méthode. .
Dans l’appréciation de ces résultats il faut tenir compte de plusieurs causes d'erreurs. |
L'eau ordinaire peut contenir des bâtonnets aéidbns résistants (Beitzke). Sont done suspects tous les résul- tats obtenus en manipulant les pièces avec des liquides contenant de l’eau ordinaire.
Lœffelmann et Herxheimer précisent qu'ils avaient pris la précaution de n’employer que de l’eau distillée. Ces recherches restent néanmoins incomplètes car il
s’agit peut-être d'espèces acido-résistantes qui n'ont rien de commun avec le bacille tuberculeux, alors même que ces bâtonnets ne diffèrent pas morphologiquement des bacilles de Koch. Rappelons à ce sujet que Benda a trouvé (1904) dans des coupes de granulome malin sans lésions tuberculeuses des bâtonnets acido-résistants dont la morphologie différait sensiblement de celle des bacilles de la tuberculose ; ils étaient groupés en amas intra-cellulaires. |
On a invoqué enfin, à l'appui de la’ théorie du virus tuberculeux atypique, les résultats positifs obtenus dans des cas exceptionnels par l'inoculation au cobaye de pièces de lymphogranulomes purs.
Le nombre de ces faits est très limité.
V. Scheel (1910) a réussi à tuberculiser le cobaye dans deux as. Les lésions expérimentales (tuberculose typique histologiquement vérifiée) ont été constatées six semaines après l'inoculation.
: Sticker et Lœwenstein (1910) ont obtenu chez un cobaye, par grelfe d'un ganglion granulomateux, un nodule sans tubercules ni bâtonnets acido-résistants. Ce nodule inoculé à un deuxième cobaye détermina des lésions tuberculeuses typiques au point de vue histologique et vérifiées par la culture. Les auteurs supposent que la lymphogranulomatose est provoquée par le bacille tuberculeux du type bovin.
Fraenkel et Much (1910) observation XIE, inoculèrent par
voie péritonéale 5 cobayes avec une émulsion de ganglion (lym-
phogranulomatose pure avec granules de Fr, ion par la méthode d’ Uhlenbuth).
Un de ces cobayes, tué deux mois après l'inoculation, pré-
‘senta 5 nodules tuberculeux du péritoine. L'examen microsco-
pique montra qu’il s'agissait de tubercules à tendance fibreuse, mais il fut impossible d'y déceler de bâtonnets acido-résistants.
O. et K. Meyer (1911) réussirent également à tuberculiser plusieurs cobayes avec des pièces provenant de deux cas de granulomatose pure dans lesquels aucun foyer tuberculeux n'avait été constaté à l’autopsie.
Dans le premier cas, 2 cobayes inoculés par voie péritonéale succombèrent trois mois après avec des lésions tuberculeuses.
Dans le deuxième cas, 3 cobayes moururent au bout de deux ou trois mois de tuberculose, ? périrent dans un état de marasme, le dernier survit.
Dans ces deux cas, les auteurs obtinrent par ponction de la rate des cobayes tuberculisés une culture de bacilles tuberculeux (formes remarquablement courtes) sur sérum de bœuf etbouillon glycériné. Ces deux échantillons de culture inoculés au cobaye déterminèrent des lésions tuberculeuses typiques.
O. et K. Meyer pensent que les granules de Fr.-M. qu’ils ont trouvés dans les coupes de ces 2 cas sont identiques aux bâtonnets des cultures.
Hirschfeld (1912) inocula 5 cobayes avec des matériaux provenant d’un cas de lymphogranulomatose à marche rapide dans lequel la recherche des acido-résistants et des granules de Fraenkel-Much était restée négative. Dix semaines après l’inoculation, les 6 animaux présentèrent les premiers signes d’une tuberculose dont l’authenticité fut confirmée par l’examen mi-
croscopique. ‘ ;
Il nous semble que l’on peut rapprocher de ces faits les observations plus anciennes de Gilbert et Weil (1900) (cas interprété comme un sarcome atypique) et peut-être celle de Brentano el Tangl (1891). | |
Avant de passer à l'interprétation de ces faits il importe de répéter qu’ils sont exceptionnels. Dans la presque totalité des cas,les lyÿmphogranulomes purs ne déterminent pas de tuberculose chez le cobaye. Souvent l’animal reste sain ; dans d’autres cas il meurt tardivement dans le marasme, sans lésions tuberculeuses (Sternberg, Albrecht, etc.). Il arrive également que le cobaye suecombe rapidement sans lésion appréciable (Albrecht). Trois cobayes chez lesquels nous avions grefté des fragments de-ganglions granulomateux aseptiquement extirpés et transplantés sous la peau de la cuisse moururent au quatrième ou cinquième jour sans présenter d’aitération notable des organes.
‘Quelques auteurs; en présence de l’insuccès habituel de l’inoculation au cobaye, eurent recours à un autre animal sensible à la tuberculose. Longcope obtint un résultat négatif chez un singe, Askanazr, ayant inoculé un macaque, le sacrifia six mois après : il ne trouva pas trace de tuberculose.
Cependant, il est impossible de ne point tenir compte des quelques résultats positifs que nous avons énumérés plus haut. Leur valeur démonstrative mérite d’être discutée. Remarquons tout d’abord que Fraenkel et Much, Éh'et-K. Meyer ont fait leurs inoculations par voie péritonéale. Or, ce mode d'introduction doit être écarté si
l’on veut éviter tout ce qui pourrait diminuer la valeur ‘de l'expérience. Sans doute la tuberculose spontanée du cobaye n est pas très fréquente, mais il y à là, néanmoins, une cause d'erreur à l’abri de laquelle il importe de se mettre. Dans ce genre d'expérience l'inoculation devra être pratiquée dans les muscles de la face anté- rieure de la cuisse, la greffe dans Je tissu sous- -cutané de Guggenheim ; His
la cuisse. Ainsi on pourra suivre l’extension progressive de la tuberculose à partir du point d’inoculation et des ganglions régionaux (inguinaux et iliaques).
Mème en admettant que toutes ces précautions. aient été prises par Scheel, Sticker et Lœvenstein, Hirschfeld, ces quelques inoculations positives ne peuvent être considérées comme établissant le rôle étiologique du bacille de Koch dans la lymphogranulomatose, pas plus .que les résultats analogues obtenus dans quelques cas de lymphosarcomatose (Brandts (1), Fraenkel) (2) et de lymphadénomatose (Coley et Ewing (3) Tytgat et Pamde) (4) ne constituent une démonstration de l'origine tuberculeuse de certains cas de Rp Ho snnennatoss ou de lymphadénomatose.
Nous savons depuis les travaux de Bartel (5) que le bacille de la tuberculose peut séjourner dans les ganglions lymphatiques de l’homme sans y provoquer de lésions folliculaires typiques et même sans y produire aucune lésion. |
Il est vrai que les recherches de Joest (6) et de Jonske(7) qui portèrent d’une part sur des ganglions sains (en
apparence) de bovidés et de porcs ayant des foyers tu- .
berculeux viscéraux, d’autre part sur des cobayes expé-
1. Brandts. Muench. med. Wochenschr., 1908, n° 14. 2. Fraenkel. Verh. d. deutsch, ie Gesell 1912. Diskussion zu Vortr, 1-12.