‹ De La Lymphogranulomatose Et De Ses Rapports Avec Les Autres Lésions Systématisées De L'Appareil HématopoïétiqueChapitre 8 sur 53 · SAUT CS · texte numérisé non relu

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lymphosarcomatose. Par ce terme l’auteur voulait indiquer tout à la fois le caractère infiltrant et destructeur du processus et le fait que le point d’attaque est représenté, dans cette affection, non par un ganglion isolé mais par un groupe ganglionnaire. La lésion est d’emblée multifocale; il ne s’agit pas ici d’une tumeur solitaire d’un ganglion qui se généralise ensuite par voie métastatique. Or, nous verrons plus loin que cette ap-. pellation qui paraît impliquer l’idée de tumeur maligne vraie ne peut être justifiée, avec toute la rigueur désirable, par l’étude des caractères biologiques de l’affection. Rarement l'Histoire nous montre avec autant de netteté que dans le cas présent la fâcheuse influence qu’une dénomination mal choisie peut avoir sur le sort d’un type anatomo-clinique qui avait été isolé à juste raisOn.

L'observation ultérieure devait mettre en évidence des faits de lymphadénomatose généralisée typique (c’est-à-dire d'hyperplasie réticulo-lymphocytaire généralisée du tissu hématopoïétique) qui, par leur évolution agressive, présentaient une grande analogie biologique avec l’affection ganglionnaire progressive mais non généralisée que Kundrat venait d’individualiser. Dès lors, il n’y avait pas moins de raisons d'appliquer le terme « lymphosarcomatose » à ces cas de lymphadénomatose généralisée d’allure d'emblée ou secondairement infiltrante. Et, de fait, c’est ce qui arriva. La même expression servit désormais à désigner deux ordres de faits qu’il eût importé de maintenir séparés, en dépit des formes de transition que la littérature de ces dernières années a pu enregistrer. Ainsi la question de la maladie de Kundrat qui semblait assez claire il y a une di-

Us

zaine d'années s'est notablement obscurcie par la suite.

C’est d’ailleurs un fait de constatation banale que les observations, en se multipliant, mettent en évidence la fragilité de types morbides dont l’individualisation semblait, à l’origine, constituer un progrès considérable. En pathologie, comme dans toutes les branches des sciences naturelles, les faits s’enchaînent et s’enchevètrent avec une telle complexité que plus on avance dans leur connaissance plus on s'aperçoit qu'ils échappent à nos méthodes de systématisation et plus on se rend compte combien il est difficile de satisfaire tout à la fois à la vérité et à la clarté. |

Pinkus (1898-1899) attira l'attention sur la formule sanguine de ces cas de tuméfaction de la rate et des ganglions dont les lésions anatomiques sont semblables à celles de la « leucémie lymphoïde » mais qui ne s’accompagnent pas de leucémie. A ces faits caractérisés clini-

‘quement par une lymphocytose relative, il donna le nom

de pseudoleucémie vraie.

On apprit ensuite que si la formule sanguine pouvait rester telle jusqu’à la mort, la pseudo-leucémie de Pinkus est parfois le premier stade d’une leucémie (leucémie

latente). Enfin Türk, Grawitz, Naegeli démontrèrent que

la même lésion (hyperplasie diffuse de tout l'appareil , lymphatique) pouvait être observée sans que le sang présentât la moindre modification qualitative. [C’est l’aleucémie de Pappenheim, l’adénie aleucémique de Naunyn la lymphomatose alymphémique de Türk, la lymphadé- nose aleucémique de Schridde et de Naegeli].

La « pseudo- -leucémie » de Pinkus et |’ « aleucémie »

perdaient ainsi tout droit à une situation autonome dans

la classification nosologique et apparaissaient comme

étant de simples variétés de lymphadénomatose (1ÿmphad. subleucémique et aleucémique).

Tel était l’état de la question lorsque Paltauf et Sternberg vinrent montrer que la plupart des « pseudo-leucémies » des cliniciens allemands (« adénies » des français) relevaient non pas d’une Iymphadénomatose sub ou aleucémique mais d'un processus inflammatoire très particulier, essentiellement différent de celui dont dépend la « leucémie Ilymphoïde ».

. C’est Paltauf (1897) qui attira l'attention sur cette affection. Un an au plus tard son élève Sternberg précisa l’histologie de cette lésion dans un remarquable mémoire et il la désigna sous le nom de {uberculose atrpique (eigenartige Tuberkulose) de l'appareil lymphatique évoluant sous le masque de la pseudo-leucémie. Ge titre — nous le verrons — était assez mal choisi. Il n’enest pas moins vrai qu’un type histopathologique nettement circonscrit venait d’être isolé du chaotique syndrome d'Hodgkin, pèle-mèle dans lequel les cliniciens se débattaient depuis quarante ans et que des savants de la valeur de Virchow n'avaient pu tirer au clair. Le nom de maladie de Paltauf-Sternberg proposé par certains auteurs serait donc parfaitement justifié au point de vue historique (1), mais le terme /ymphomatose granulomateuse est préférable car il exprime le caractère dominant de la lésion et il ne préjuge pas d’une question fort dé-

1. L'adénie infectieuse décrite par Bard et Guillermet dès 1588-1890 se rapportait selon toute vraisemblance aux faits étudiés en 1898 par Paltauf et Sternberg. Mais nous devons reconnaître que la description histologique des auteurs lyonnais était insuffisante.

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