EXTRAIT DU REGISTRE DES I’ROCÈS-VERBAUX
Séance du 28 Avril 1864.
M. Boucher de Perthes, président, annonce à la Société que depuis plusieurs années, dans la couche de sable jaune ferrugineux qu’on rencontre à Moulin-Quignon à 2 et 3 mètres de profondeur, couche dans laquelle ont été recueillis des morceaux de dents de Velephas primujenius, il a trouvé en diverses circonstances d’autres os, malheureusement si brisés ou dans un tel état de décomposition qu’il n’a pu les déterminer. Quelques-uns ressemblaient à des débris humains, mais les naturalistes à qui il les a soumis ne s’étant pas prononcés, il a cru devoir s’abstenir. Il n’en a pas moins continué ses recherches. Nous allons sommairement en indiquer les résultats.
En septembre 1863, à la suite d’un éboulement, un os entier fut ramassé au fond de l’excavation : c’était une phalange qui fut reconnue pour celle d’un petit ruminant.
A la même époque, on lui apporta une dent ayant tous les caractères d’une dent humaine. L’origine en était incontestable,
PIÈCES A L’APPUI
mais ne l’ayant pas vue en place clans le banc, il ne put la considérer comme faisant preuve.
Au commencement d’octobre, il découvrit, parmi des échantillons de silex et de gravier pris à Moulin-Quignon, des débris d’ossements roulés portant la gangue de cette couche ferrugineuse et, ciuant à la forme, se rapprochant beaucoup des os humains. Il se rendit sur les lieux, fouilla le banc, y trouva d’autres fragments de même nature, et ne douta plus qu’ils appartinssent à notre espèce.
Quant à la fossilité, elle ne pouvait non plus être contestée. Ces débris étaient dans un terrain vierge et des plus compacts, dont la pioche seule pouvait les détacher. Ils se présentaient en fragments isolés, quelquefois roulés ou demi-décomposés, plus souvent à l’état d’esquilles, mais n’offrant jamais que des brisures anciennes remontant probablement à la formation du banc. Les gros silex qui y abondent expliquent ce broiement des corps entraînés avec eux.
M. de Perthes a, depuis, renouvelé ses fouilles clans celte même couche ferrugineuse, et clans celle de sable blanc jaunâtre dit sable aigre, sur laquelle repose la couche précédente. Dans l’une comme dans l’autre, il a trouvé plus de fragments que d’os entiers, mais fragments précieux par leur nombre et les caractères qu’ils présentent. Tous n’ont pas encore été déterminés, mais les restes humains l’ont été pour la plupart. — Le 19 avril courant, il a découvert et extrait lui-même du banc ferrugineux les parties principales d’un fémur et d’un os iliaque humains ; et le 22 , il a également extrait de la couche de sable aigre des morceaux d’un crâne trop brisé et roulé pour qu’il pût le classer, et une dent dont la racine manque, mais qu’on n’en reconnaît pas moins pour une dent humaine.
Enfin, le 24, ayant prié notre collègue, M. le docteur Jules Dubois, dont le savoir est connu, de l’accompagner clans une nouvelle fouille, ils ont ensemble découvert et retiré de la couche ferrugineuse, à 2 mètres cinquante centimètres de profondeur, un os sacrum humain, une phalange entière et un fragment non
DU RAPPORT PRÉCÉDENT
encore déterminés; et de la couche de sable aigre, à 3 mètres 15 centimètres de profondeur, d’autres petites parties de crâne roulées et usées, et une dent humaine entière.
M. Boucher de Perthes ajoute qu’il s’occupe d’un rapport circonstancié de toutes les fouilles qu’il a exécutées depuis le mois de septembre 1863 jusqu’à ce jour 28 avril 1864, et des résultats qu’il en a obtenus.
M. le docteur Dubois prépare, de son côté, une nomenclature des principaux ossements découverts dans ces diverses fouilles, spécialement dans celle à laquelle il prit part le 24 courant. Cette communication vous sera faite prochainement.
Certifié conforme au registre.
Abbeville, 4 Mai 1864.
LE SECRÉTAIRE
E. PRAROND
Séance du 12 Mai 1864.
M. Boucher de Perthes annonce que M. le docteur Dubois n’a pu terminer encore la nomenclature des os humains trouvés dans les terrains non remaniés de Moulin-Quignon.
M. de Perthes a d’ailleurs continué ses fouilles, à l’une desquelles a encore assisté M. le docteur Dubois.
MM. de Perthes et Dubois ont trouvé ensemble in situ et retiré eux-mêmes du banc, à 3 mètres au-dessous de la superficie, d’autres fragments humains, dont plusieurs dents et morceaux de dents.
Aujourd’hui même (12 mai), M. Boucher de Perthes a pratiqué à Moulin-Quignon une fouille à laquelle a pris part M. Hersent- Duval, propriétaire de la carrière. MM. de Perthes et Hersent ont trouvé ensemble et extrait eux-mêmes du banc un morceau de crâne humain ayant 8 centimètres de longueur et 7 de largeur.
M. le docteur Vésignié, membre de la Société d’Emulation, que M. de Perthes rencontra en quittant la carrière et à qui il montra
PIÈCES A L’APPUI
ce fragment, lui dit qu’il ne s’était pas trompé, et que c’était bien une partie de crâne humain.
Dans la même fouille, M. Hersent-Duval, ayant ouvert un morceau compact de sable et de gravier que la pioche venait, sous ses yeux, de détacher du banc, a trouvé au centre un autre fragment de crâne humain, si bien lié à cette masse de sable, d’argile et de cailloux que M. Hersent a eu quelque peine à l’en détacher.
M. de Perlhes dépose sur le bureau divers os fossiles humains, notamment les parties de crâne trouvées à Moulin-Quignon ce matin.
Certifié conforme au registre des procès-verbaux des séances.
Abbeville, 9 Juin 1864.
E. PRAROND
Je certifie la parfaite exactitude des faits exposés en ce qui concerne la fouille que j’ai exécutée le 12 mai 1864 dans ma carrière de Moulin-Quignon, avec M. Roucher de Perthes, président de la Société d’Emulation.
Abbeville, 9 Juin 1864.