‹ De la maladie de Morton: ou métatarsalgieChapitre 14 sur 47 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Duplay. Clinique du 26 mai 1899.

Homme de 33 ans. Depuis 5 ou 6 mois il ressent des douleurs dans le pied gauche. 11 ya huit mois à la suite d’une chute de cheval le pied gauche ayant été retenu dans l’étrier

“hi avait eu une entorse de l'avant-pied, et c'est deux ou trois

mois après cet accident que sans raison sont survenues

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des douleurs d’abord peu intenses, puis allant toujours en 8 ’ageravant, dans le pied atteint précédemment.

Le siège de la douleur est bien localisé au niveau de le face plantaire, en un point correspondant à l'articulation métatarso-phalangienne du quatrième orteil ; la douleur existe surtout sur le bord externe de cette articulation. Elle se produit toujours après la marche, la station debout prolongée.

Depuis un raois les douleurs sont réveillées par le simple port de la chaussure, si bien-que le malade qui porte des chaussures très larges lacées ou à boutons, laisse ses boltines à demi lacées ou boutonnées, excepté quand il va dans le monde, et encore il lui arrive souvent d’être obligé de déboutonner ses chaussures lorsqu'il peut se soustraire à la vue pour diminuer l'intensité des douleurs.

Les crises douloureuses, une fois provoquées, durent de plus en plus lorglemps, autrefois elles cessaient presqu'immédiatement après l'enlèvement de là chaussure, aujourd’hui elles durent plusieurs heures, parfois toute une nuit.

Aujourd’hui il est dans l’impossibilité absolue de marcher

une heure de suite, même avec des bottines larges; il a. été obligé de renoncer à la chasse pour laquelle il était

passionne. ù

A l'examen local on ne constate aucune déformation appréciable ni des parties molles ni du squelette ; tout au plus le quatrième orteil a-t-il une légère tendance à prendre l’apparence d’une griffe.

La pression à la face dorsale du pied au niveau de l'articulation métatarso-phalangienne est indolore ; Mais Ja presion à sa face plantaire sur la tête du quatrième métatarsien est douloureuse. Ge qui réveille encore mieux sa douleur c’est

la pression latérale du pied tendant à rapprocher les têtes

en 27) —— métatarsiennes les unes des autres. Enfin la flexion du quatrième orteil réveille une légère douleur.

Pas de troubles de sensibilité du piel. Pas de troubles circulatoires. Pas de lésions (rophiques.

Le malade jouit d’une excellente santé habiluelle. Il est de souche arthritique ; il n’a jamais eu de rhumatisme articulaire aigu, mais a souvent eu des douleurs, du lumbago, des migraines,

Douleur.— Nous avons vu comment se produit la douleur, quelles sont ses causes déterminantes. Elle apparaît brusquement le plus souvent, à la suite d’un rhumatisme, d’une marche prolongée, du port de chaussurés étroites ou serrées. Elle éclate alors avec des caractères différents selon les cas ; tantôtelle est aiqué, angoissante, son intensité est Lelle que le malade est forcé de s’arrêter et de se déchausser, quelquefois elle est syncopale, d’autres fois au contraire elle passe rapidement et rappelle la douleur qu’entraîne un faux pas. Mais un de ses caractères les plus essentiels, et qui, sauf de rares-exceptions, est de règle, c’est de survenir par accès. Leur durée est généralement peu longue, car le malade averti par une douleur très vive, se hâte de libérer son pied et de le mettre au repos, ce qui fait cesser toute douleur. |

Dans l'intervalle des accès, nous pouvons noter des cas, où le malade ne ressent absolument plus rien, l'affection semble avoir disparu, d’autrefois la douleur

» persiste, mais atténuée; d’autres fois enfin elle devient

continue et les souffrances, intolérables qu’elle cause

au malade le fait recourir à l'opération qui seule est alors efficace.

Siége. — C’est au niveau des articulations métatarso-phalangiennes que les douleurs se localisent, La quatrième articulation est le plus souvent atteinte. C’est en effet ce point que le malade indique comme le plus douloureux et il suffit souvent de presser la face plantaire à ce niveau pour produire des crises aiguës de souffrances. Les autres articulations métatarso-phalangiennes peuvent être également frappées, mais cela

‘arrive plus rarement.

Selon les cas, la douleur reste localisée à l’articulation même où elle a débuté, ce qui arrive le plus fréquemment, ou bien elle peut s’irradier en remontant vers la jambe. Il faut cependant ajouter que, dans ce cas, le point où la douleur estla plus forte est toujours une articulation métatarso-phalangienne, ce qui établit ne'tement le diagnostic.

Absence de tout phénomène local. — Ainsi que nous Pavons dit dans l’énoncé rapide des symptômes, un des caractères importants de la métatarsalgie est de n'être accompagnée d’aucun trouble local. La peau est saine, sans rougeur ni gonflement ; les parties molles ne présentent aucune modification. Les articulations n'offrent aucune déformation apparente, au moins par

lobservation clinique. En un mot aucun signe physique ne correspond aux phénomènes fonctionnels accusés par le malade,

Mais si le caractère douloureux et la localisation de

la maladie de Morton sont nettement indiqués, l’affec-

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tion est loin d’avoir la même intensité etnous pouvons, avec Bosc, distinguer trois formes de métatarsalqie, une forme grave, moyenne et légère.

La forme grave peut se présenter sous deux modalités différentes : Elle peut être paroxystique, et alors l'affection est caractérisée par des accès d’une grande imtensité, se répétant fréquemment, mais entrecoupés de périodes d’accalmie complète, pendant lesquelles le malade ne ressent aucune douleur. Ou bien continue : les accès sont fréquents,les souffrances intenses endurées par le patient persistent plus ou moins vives en dehors des crises. Bientôt le malade est forcé de renoncer à toute occupation. Il doit s’arrêter après la plus petite marche sur un terrain plan, car il est

aussitôt fatiqué et ses douleurs deviennent rapidement

intolérables ; sur un terrain accidenté, il ne pourrait

s’avancer.

Des contractures réflexes se produisent, le membre peut s’atrophier. Les réflexes sont diminués et le retentissement sur l’état général est considérable. L’observation suivante empruntée au travail de MM. Peraire et Mally et que nous reproduisons ici, donnera une idée

de cette forme de la maladie de Morton.

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