‹ De la maladie de Morton: ou métatarsalgieChapitre 43 sur 47 · OBSERVATION XIX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIX

Féré. Loc. cit.

M. E..., 4: ans, appartient à une famille d'arthritiques. Son père a succombé à des accidents diabétiques ; il a un frère goutteux et une sœur migraineuse et arthritique. Sa mère à succombé à une affection utérine. Lui-même n’a jamais souffert d'accidents arthritiques, mais de troubles nerveux variés : il a été sujet à de l’incontinence d'urine jusqu'à 14 ans; pendant son enfance il a eu plusieurs accès de somnambulisme, Il a toujours été facile à fatiguer et à irriter. Cependant il a toujours mené une vie active de commerçant; il s'est marié à 32 ans et n’a éu que deux fils qui se portent bien et paraissent n’avoir souffert d'aucun trouble nerveux.

A la suile de préoccupations d’affaires, son irritabilité et son exhaustibilité avaient subi une recrudescence marquée. Il est devenu indécis, obligé de suspendre fréquemment son travail. Puis s'était manifeslée une crainte inusitée de l’obscurité, avec sensation d'angoisse lorsque la privation de lumière élait brusque. Le trouble qui l'avait le plus ému était une excitabilité sexuelle qui le faisait se mettre à la poursuite de la première femme venue pourvu qu'elle eût une certaine expression qu’il définit mal, ou même de jeunes garçons.

Cette indécision sexuelle était la reproduction d’un état semblable qu’il avait éprouvé à l’époque de la puberté et dont il n'aime pas à rappeler les détails. A ces troubles psychiques s'étaient joint des troubles somatiques : dyspepsie, céphalie, vertiges suffisants pour caractériser un état neurasthénique.

es 85 — ;

Il était déjà en traitement pour cet état, lorsqu'un jour, dans une discussion d'intérêt, il frappa du pied avec colère : son discours fut interrompu par un cri de douleur. Il s’assit ‘et enleva brusquement sa chaussure : il avait la sensation qu'un corps étranger aigu pénétrait entre ses deux derniers orteils en les écartant avec force. La douleur siégeait précisément en dedans de la cinquième articulation métatarsophalangienne. Sitôt le pied libre, la douleur diminua, Mais lorsqu’au bout d’un quart d'heure ou vingt minutes il voulut remettre sa chaussure, la douleur reparut, moins intense, supportable au repos, moins intolérable à la première tentative de stalion. Après être resté tranquille pendant une heure environ, le pied dans ur large chausson de lisière avec une semelle de cuir souple, le malade constata qu'il élait capable de faire quelques pas sans douleur, puis la marche redevenait pénible, mais possible. Les applications locales anesthésiques et calmantes ne parurent avoir aucun ettet. - Sitôt qu'on tentait d'introduire le pied dans la chaussure ordinaire, pourtant modérément serrée, le paroxysme dou loureux se reproduisait ; d’ailleurs il existait, au siège de la douleur spontanée, une sensibilité permanente à la pression profonde; et quand le malade avait marché pendant dix minutes ou un quart d'heure avec son chausson, il étail obligé de s'arrêter. Bien qu’on ne sentit aucun affaissement de la voûte du pied et que la mobilité des mélatarsiens ne fût pas sensiblement augmentée, on essaya de soutenir la voûte métatarsienne antérieure par des coussins de ouate, de liège, de caoutchouc fixés à la semelle. Il en résullait un soulagement apparent : le malade semblait capable de supporter plus longtemps la marche et la station ; mais le bénéfice était peu sensible,

L'impotence durait depuis cinq semaines, tout ce qu'on

Caizergues 6

2 dE Æ

avail Gien c'était une certaine tolérance de la marche dans des conditions incommodes, et la cessation de la doule ur à-la pression au repos ; le matin avant le lever, la pression était complètement indolore, mais elle redevenait sensible quand la marche ou la station avait provoqué la douleur. Une bottine plâtrée, ouverte en avant, maïs munie d'une semelle complète, immobilisant le pied à angle droit,

fut appliquée. Le malade, muni de cet appareil, put rester

debout et marcher sans aucune douleur. Au bout de huit.

jours, le malade se croyant guéri, enleva la bottine, pul marcher environ une heure avec la chaussure lâche; voyant qu'il n'existait plus aucune douleur à la pression, il essaya la bottine, il put faire quelques pas, mais bientôt la douleur, bien que tolérable, vin l’avertir que la tentative- avait assez duré. L'appareil dut être restauré avec le même succès, d'ailleurs. Douze jours plus tard, une nouvelle tentative fut faite, la Lolérance de la chaussure habituelle fut beau- Coup plus longue, mais au bout d’une demi-heure, l'endolo rissement avertit le malade qu'il falläit encore y renoncer.

C'est seulement au quatrième essai, six semaines après l'applicalion de la bottine plâtrée, que le malade put y renoncer définitivement. Il fant remarquer que, pendant ce Lemps, état général s'était considérablement amélioré ; la céphalée,

les vertiges, les troubles gastriques avaient disparu, l'attention était beaucorp moins pénible. L'état neurasthénique a encore nécessité un régime de trois mois, mais la douleur du pied n'a plus reparu, bien que le malade ait marché et surtout ait fait de longues stations dehout.

naar tés

Page 1