‹ De la maladie experimentale comparée a la maladie spontanéeChapitre 5 sur 12 · GO · texte numérisé non relu

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partisans à son opinion. On admettait la transmissibilité de la maladie, mais on ne pouvait se résoudre à l'attribuer à un principe spécifique et à lui reconnaître un caractère virulent. Aussi beaucoup d'observateurs crurentils devoir expliquer la production expérimentale de la phthisie, en pareil cas, par un processus analogue à celui de la pyémie ou de la septicémie. Pour eux, la matière tuberculeuse inoculée est peu à peu absorbée par les vaisseaux. Les corpuscules qui la composent sont entraînés par les courants vasculaires vers le3 ganglions, comme la matière colorante du tatouage, et de là vers le cœur et les poumons.

En effet, il est le plus souvent possible de suivre, à partir du point d'inoculation, les cordons indurés, qui ne sont que les lymphatiques se rendant aux ganglions de la région ; mais une explication reste à donner. La matière tuberculeuse inoculée forme toujours une quantité de tubercules bien supérieure à elle-même, et on se demande si elle agit comme ferment, ou seuleinent à titre d'irritant. Or, quelques expérimentateurs (Lebert, Colin, etc.) étant parvenus à créer des tubercules par la simple injection de poussière ou de toute autre substance, ou par des suppurations prolongées (Sanderson, Simon), on en vint à croire que la matière tuberculeuse n'agissait qu'à titre de simple irritant sur un organisme débilité, et produisait ainsi des néoplasies jeunes, à l'instar de beaucoup d'autres substances. Aussi un grand nombre de médecins pensèrent-ils que les expériences de M. Yillemin ne prouvaient nullement la spécificité de la tuberculose.

Mais en ce moment même un expérimentateur des plus ingénieux et des plus habiles, M. Chauveau, écrit dans une lettre publiée par la Gazette hebdomadaire que la tu-

berculose est, sous le rapport de sa production expérimentale, ramenée aux mêmes conditions que les autres maladies virulentes, c'est-à-dire que, pour faire naître à volonté la maladie, on peut avoir recours à l'intervention de son virus. Cette conclusion est confirmée par de nombreuses expériences faites avec soin sur des animaux d'espèce différente. Une première série d'expériences est destinée à montrer que la phthisie peut être reproduite artificiellement chez les ruminants et les solipèdes : 1° par des ingestions de matière tuberculeuse dans les voies digestives ; 2^ par des injections vasculaires ; 3° par des inoculations du tissu conjonctif et de la peau. A côté de ces expériences pratiquées avec la matière tuberculeuse ou caséeuse sur des veaux, des chiens, des ânes et des mulets, et qui pour la plupart ont donné des résultats positifs, M. Chauveau indique une seconde série d'expériences qui ont consisté à inoculer ou à injecter des substances phlogogènes diverses oudupuscaséeux provenant de sources complètement pures de toute contamination tuberculeuse. C'est à la suite de ces dernières expériences dont aucune n'a réussi à produire le processus tuberculeux sur les animaux des espèces bovine et chevaline, que M. Chauveau arrive à conclure comme nous l'avons dit, à la virulence de la tuberculose.

Que devons-nous penser de ces faits? Et d'abord, la tuberculose r puisque c'est d'elle qu'il s'agit particulièrement, est-elle une maladie qu'il soit possible de produire artificiellement à la façon des maladies virulentes? Nous n'hésitons pas à nous prononcer pour la négative. Évidemment, malgré les expériences précitées, la tubercu' lose pulmonaire ne peut être assimilée à ces maladies qui, semblables aux végétaux, créent la graine qui doit les reproduire, et ne germent qu'une seule fois sur le

même individu, et si tant est que le produit tuberculeux inoculé puisse agir autrement que par irritation, son action ne peut être comparée à celle d'un virus, mais plutôt à celle de ces détritus résultant de la décomposition de certains produits pathologiques, tels que ceux de l'endocardite ulcéreuse. Mais, quoi qu'il en soit du processus de la tuberculose artificielle, il nous reste à chercher si cette création morbide est identique à la phthisie spontanée des animaux et de l'homme. Notre réponse, à cet égard, ne peut être affirmative pour tous les cas. Ily a lieu, pensons-nous, de comparer la phthisie artificielle des animaux à quelques-unes des formes de phthisie observées chez l'homme, celles par exemple qui surviennent chez des individus déjà débilités et affectés d'une suppuration longue et abondante ; celles encore que nous n'avons que trop observées pendant le siège, et qui, comme quelquesunes des phthisies provoquées par ingestion de matière caséeuse ou tuberculeuse, commençaient le plus souvent par une entérite. De même que la phthisie que l'on parvient à développer expérimentalement chez les animaux, ces dernières avaient une marche rapide, une évolution souvent aiguë, et se traduisaient généralement par des lésions disséminées dans les divers organes. Ainsi elles se différencient de ces phthisies ordinairement chroniques , dans lesquelles une détérioration générale de la santé précède si souvent des lésions organiques à évolution lente et ordinairement limitée aux poumons. Celles-ci n'ont besoin, pour se développer, que de certaines conditions hygiéniques que M. Bouchardat a caractérisées du nom de misère physiologique, et qui consistent principalement dans l'insuffisance de l'alimentation , de l'exercice, ou même de l'air. On les voit apparaître chez

les jeunes ouvrières qui abandonnent la vie des champs pour venir s'enfermer dans une grande ville. Anatomiquement, elles ne sont jamais caractérisées que par des pneumoiies caséeuses. IJn fait qui est presque une expérience est, à ce point de vue, des plus remarquables (1). Il y a plusieurs années, on construisit, au jardin zoologique de Londres, un nouveau local destiné à recevoir les singes de l'établissement. Aucune dépense ne fut épargnée pour assurer à ces animaux tout le confort po«isible, ainsi qu'une température élevée et égale. Leur logement consistait en un magnifique salon dans lequel on n'avait oublié qu'une seule chose, le renouvellement de l'air. Quand le local fut prêt, on y plaça environ soixante singes, dont quelques-uns avaient déjà passé plusieurs années en Angleterre sans y avoir subi la moindre altération dans leur santé. Qu'arriva-t-il? Un mois s'était à peine écoulé que cinquante singes étaient morts de phthisie pulmonaire; les autres étaient gravement malades, et c'est ainsi, comme on le sait, que la plupart des animaux captifs dans des jardins d'acclimatation succombent, ce qui est fort rare quand ces animaux sont élevés en liberté et placés dans les conditions hygiéniques qui leur conviennent. Qui ne voit, disons-le en passant, des conditions analogues chez beaucoup d'animaux sur lesquels on a prétendu produire, jusqu'ici, laphihisie pulmonaire par inoculation? Et qui peut affirmer que ces conditions ne sont pjis précisément celles qui favorisent le plus le développement de cette maladie ?

De cette discussion nous conclurons : qu'il n'est nullement prouvé que la tuberculose pulmonaire soit une maladie virulente ; que, néanmoins, on est parvenu à produire

(!) W. A. Guy, Unhealtheness of towns. London, 18-42.

artificiellement des lésions semblables à celles de la tuberculose spontanée , soit par irritation du parenchyme des poumons, soit par la débilitation ou le confinement d'animaux que l'on faisait suppurer; qu'en somme, de même qu'on n'a encore produit que le simulacre du diabète, il pourrait se faire qu'on n'eût développé jusqu'ici qu'un simulacre de phthisie pulmonaire.

Comme la matière tuberculeuse , le produit scrofuleux a été inoculé par de nombreux expérimentateurs, Kortum (1), Hebreard, Lepelletier (2) et quelques autres médecins; mais les tentatives faites dans le but de transmettre la scrofulose par inoculation, soit aux animaux, soit même à l'homme, sont toujours restées sans résultat. Cette maladie, autant que nous savons, n'a pas encore été artificiellement produite.

Cancer (3). — L'idée de rechercher expérimentalement

(1) Kortum, Cominentarius de vitio scrofuloso, t. I, p. '218.

{i) Lepelletier, Traité de la maladie scrofuleuse. Paris, 183G B. Philipps, Scrofula, London, i856, p.l47„

(3) B.-V. Langenbeck, Schmidt's Jahrsb. vol. XXV, p. 99-iC4, Leipzig, 1840.

Lebeut, Traité des maladies cancéreuses, p. 136, Paris, !85'1.

Follin, Traité de pathologie externe, 1. 1, p. 303. Paris, -186i.

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