‹ De la maladie experimentale comparée a la maladie spontanéeChapitre 6 sur 12 · Weber, Studien iiber Pyœmie, etc · texte numérisé non relu

Weber, Studien iiber Pyœmie, etc

L. Goujon, Exposé de quelques faits tendant à démontrer que les productions cancéreuses de l'homme sont susceptibles de se greffer sur les animaux. Thèse de Paris, 1866.

Billhoth, Sur les inoculations d'éléments des tumeurs (Wiener medicin. Zeitschrift, n. 7'i et 73, 1867).

Lebert et 0. Wyss, Recherches sur la transmission de divers produits infl. et néoplasiqucs de l'homme aux animaux (Archiv fiir path. Anat. und Physiol., t. XL, p. 538).

Doutrelepont, Sur la transmission du carcinome des animaux aux animaux (Archiv. f. path. Anal, und Physiol., 1869. t. XLV, p. 501).

si le cancer est contagieux, et de faire naitre cette affection chez les animaux, est déjà'ancienne. Peyrilhe, en 1773, introduisit sous la peau d'un chien environ deux gros de matière exprimée d'une mamelle cancéreuse, mais il ne semble pas qu'il ait observé d'autre effet qu'une gangrène et qu'une ulcération locale, sans reproduction de la tumeur. Dupuytren a conclu de ses expériences que le cancer n'est pas contagieux. Il introduisit dans l'estomac de chiens des portions de tumeurs cancéreuses et fit des injections de pus cancéreux dans les veines. Alibert essaya sur lui-même des inoculations de cancer, et, de même que celles de Biett, Lenoble et Fayet, ses expériences n'eurent heureusement aucun succès. La question semblait résolue, lorsque des injections de suc cancéreux, pratiquées dans les veines de plusieurs chiens, d'abord par Laugenbeck, et ensuite par Lebert et Follin, parurent avoir été suivies de succès, en ce sens que les animaux présentèrent à l'autopsio, dans les poumons notamment, des productions qui ne manquaient pas d'analogie avec les tumeurs cancéreuses. Mais, dans les cas de Langenbeck, les noyaux des poumons présentaient plus de ressemblance, d'après Virchow, avec les formes du cancer spontané, tel qu'il existe chez le chien, qu'avec les éléments du cancer humain. L'examen microscopique fit reconnaître l'existence de cellules cancéreuses dans les tumeurs pulmonaires du cas de Lebert et Follin. Ce dernier observateur remarque judicieusement qu'un seul fait, en pareil cas, ne prouve rien, car il se pourrait parfaitement que le chien eût été cancéreux auparavant. Quelques expériences de 0. Weber ne démontrent pas mieux la (ransmissibiUté du cancer de riiomme aux animaux.

Billroth, ayant essayé à plusieurs reprises de transmettre aux animaux le sarcome ou le cancer épithélial de

l'hoinme , soit par injection du suc cancéreux dans les veines, soit par inoculation, n'a eu que des résultats négatifs. Lebert et 0. Wyss n'ont pas été plus heureux avec l'injection des sucs frais du carcinome, du sarcome et du cancroïde. Leur travail a servi à montrer combien, dans les observations de ce genre, il était facile de se tromper, en prenant pour des tumeurs reproduites ou greffées des lésions dues à des phénomènes d'infection locale ou générale par des éléments agissant comme corps étrangers ou substances septiques. Dans le but d'étudier la greffe des tumeurs de l'homme aux animaux et des animaux à l'homme, Goujon fit une première série de recher-» ches à l'aide de tumeurs enlevées depuis peu. Quatre expériences faites avec des tumeurs épithéliales ont donné les résultats suivants : phlegmon diffus dans deux cas; une autre fois, un ulcère ; dans un troisième cas où un fragment de tumeur encéphaloïde du testicule avait été placé sous la peau d'un gros rat blanc, l'animal mourut deux mois plus tard, présentant dans la poitrine une tumeur grosse comme une petite amande, adhérente au sternum, mais dont la composition histologique ne fut pas suffisamment établie. Une autre expérience toutefois a donné un résultat plus net: sur un cochon d'Inde, au point d'inoculation d'une tumeur encéphaloïde de la mamelle, il se développa une tumeur bi lobée, adhérente à la peau et entièrement formée de cellules épithéliales, de noyaux de même forme et de même volume que ceux de la tumeur inoculée ; mais il n'y eut aucune généralisation du produit, etc'esttoutau plus si la néoplasie a été réellement greffée. Un résultat plus remarquable aurait été obtenu en inoculant à un cochon d'Inde une portion de cancer épithélial provenant d'un animal de la même espèce. Ici les meilleures conditions étaient remplies ; il ne s'agissait

plus de tissus ou crélémenis appartenant à des espèces différentes. Aussi, à l'autopsie, trouva -t-on une tumeur du volume d'une amande et, dans tous les viscères, des noyaux cancéreux. Toutes ces tumeurs se sont développées en quinze jours. Cette expérience, dans l'hypothèse où il n'y aurait pas d'erreur sur la nature des tumeurs observées, semble bien démonstrative, et il est difficile de nier dans ce cas la transmissibilité du cancer. Cependant, quoiqu'un fait négatif ne puisse jamais annihiler un fait positif, je dois dire que Doutrelepont, se plaçant dans des conditions assez semblables, n'a pu parvenir à transmettre, soit par inoculation, soit par greffe, chez le cochon d'Inde, le lapin, ou même chez ]e chien, un cancer épithélial spontanément développé dans la mamelle d'une chienne. D'un autre côté, M. Goujon pratiqua des inoculations de matière mélanique, provenant soit de tumeurs pathologiques, soit de la choroïde^ et ce pigaient, qui avait pénétré par infiltration un grand nombre de ganglions,, lui parut se généraliser, ou mieux être le point de départ d'un nouveau dépôt de pigment. Mais ces recherches, comme le fait remarquer le D"" Hénocque(Ga;î. /le^f/., 1867, p. 707), ne prêtent nullement à des déductions par rapport aux tumeurs cancéreuses. Ces granulations pigmentaires ne représentent pas un élément anatomique figuré, et le cancer mélanique chez l'homme ne parait pas devoir sa malignité à la présence du pigment, mais aux éléments épithéliaux ou sarcomateux qui sont le siège de l'infiltration pigmentaire. Le pigment, dans ces cas, s'est infiltré, comme l'aurait fait de la poussière de charbon ou de la suie. D'ailleurs, Lebert et 0. \Yyss, ayant injecté dans le tissu sous-cutané de la nuque de plusieurs lapins du suc provenant de tumeurs mélaniques de la pe^m et des ganglions d'un cheval, trouvèrent chez l'un d'eux, sous le

point d'inoculation et dans le voisinage, des néoplasmes semblables à ceux de la tuberculose. Ces néoplasmes, dont les uns renfermaient la matière mélanique de l'inoculation, tandis que les autres n'en présentaient pas de trace, étaient formés par un tissu conjonctif proliférant, jeune. Dans aucuae des trois expériences pratiquées par Leberi, l'infection ne s'est propagée au loin.

En résumé, la transmissibilité du cancer de Tbommc aux animaux n'est pas démontrée ; les tentatives faites dans ce but ont la plupart du temps écboué. Il n'est pas absolument prouvé que, dans les quelques cas où des tumeurs cancéreuses ont été rencontrées après une inoculation, le cancer ne fût pas spontané, et cela d'autant plus que les chiens, sur lesquels les expériences ont été le plus souvent pratiquées, sont, comme on sait, très-sujets au cancer. Quant à la transmissibilité du cancer de l'animal à un animal de même espèce, elle ne repose pas jusqu'ici sur des faits assez nombreux pour qu'elle puisse être définitivement admise. La conclusion à tirer de ces faits c'est que, dans les affections cancéreuses comme dans toutes les affections constitutionnelles, il est nécessaire do distinguer deux' choses : le trouble général de l'organisme, que nous appelons maladie, et l'expression anatomique de ce trouble. Cette distinction une fois établie, on comprend que, pour obtenir un succès d'inoculation ou de transplantation avec le produit morbide, il est d'absolue nécessité de s'adresser à un organisme malade ; sinon, on devra fatalement échouer. Or cette première condition, qui est la plus importante, est précisément celle que négligent la plupart des expérimentateurs.

Fièvres palustres. — L'influence des marais sur la production des fièvres intermittentes et rémittentes est de-

puis longtemps connue, mais on ignore encore la nature de l'agent qui a le pouvoir de faire naître ces maladies. Dans ces dernières années, une impulsion nouvelle ayant été donnée à Tétiologie morbide par les travaux de M. Pasteur sur les fermentations, elles recherches intéressantes de M. Davaine sur les maladies charbonneuses, quelques médecins posèrent la question de savoir si les fièvres palustres n'étaient pas causées par l'action de germes animés.

Un médecin américain, M. Salisbury(l), engagé dans cette voie, a, peu de temps après, publié un mémoire d'après lequel seraient démontrées la nature animée du germe des fièvres intermittentes et la possibilité de la création artificielle de ces maladies.

L'auteur établit l'existence, à la surface du sol de certains pays marécageux de l'Ohio, de petites cellules oblongues très-analogues aux cellules d'une algue du genre palmella. Il constate que ces spores ne se rencontrent dans l'atmosphère que pendant la nuit; qu'elles ne s'y élèvent qu'à une certaine altitude (3S à 100 pieds) audessus du sol, et, chose importante, qu'on retrouve ces cellules dans l'expectoration des fébricitants , qu'on en constate l'élimination par les voies urinaires. A ces faits, déjà si probants en apparence, M. Sahsbury ajoute une preuve expérimentale; il place sur les rebords d'une croisée de la terre provenant des prairies en question; cette croisée est laissée ouverte pendant la nuit, et, au bout de douze jours, des fièvres tierces bien caractérisées se développent chez les jeunes gens habitant la chambre aérée par cette croisée, bien que l'on soit dans un district salubre, éloigné de 5 milles de tout pays marécageux. Dans une pu-

(l) Salisbury, American journal of médical science, 1866. Annales d'hygiène, 1868, t. XXIX,

blication plus récente, M. Salisbury (1) apporte de nouveaux faits à l'appui de sa découverte, et donne à ces sporules an nom parfaitement en rapport avec l'influence morbifique {Gemiasma : yri, terre, {jL^acjjLa, miasme) . Il prétend avoir rencontré ces sporules, non-seulement dans les localités marécageuses, mais encore à la surface des terres incultes de certains districts à fièvre.

Une découverte analogue aurait été faite dans le voisinage des marais Pontins et des marais d'Ostie (2). Ces faits, néanmoins, ne peuvent entraîner la conviction. Tout en accordant à M. Salisbury la réalité de l'existence dos sporules de palmelles dans les terres qu'il a examinées, et de sporules analogues dans les crachats et les urines des fébricitants, nous devons dire que la preuve décisive de l'action pathogénique de ces corps organisés est encore à trouver. Les expériences, n'ayant porté que sur quelques individus peu éloignés des loyers palustres, peuvent bien n'être que le fait d'une simple coïncidence, surtout quand on pense que ces individus sont restés exposés à l'air de la nuit.

Typhus. — On n'a essayé de produire artificiellement, jusqu'ici, ni la fièvre typhoïde, ni le typhus exanthématique, tels qu'on les observe chez l'homme. Mais, d'après les connaissances acquises relativement à l'étiologie de ces maladies, il est à présumer, du moins en ce qui regarde le typhus, qu'il ne serait sans doute pas matériellement impossible de faire naître cette maladie par l'encombrement, le défaut d'aération, joints à de mauvaises conditions hygiéniques.

(1) Revue des cours scientifiques de France et de l'étranger, nov. 1869, p. 769.

(i) Bàlessa, Union méd,, nov. 1869.

Choléra. — De toutes les maladies infectieuses, le choléra est l'une de celles qui ont le plus exercé Tesprit d'investigation expérimentale. Dès l'année 1836. Namias pratiquait des inoculations de sang sur des lapins, et Magendie (1) faisait des injections sanguines sur des chiens. Les résultats ainsi obtenus étaient équivoques et sans utilité manifeste. Meyer (2), en faisant ingérer à des animaux de grandes quantités de selles féculentes fraîches, développa des symptômes cholériformes, et les lésions anatomiques rappelèrent tout à fait celles du choléra ; cependant, les résultats étaient les mêmes lorsque des matières diarrhéiques ordinaires , colorées par la bile, étaient introduites dans l'estomac. Lauder Lindsay (3) développa des symptômes très-analogues à ceux du choléra en soumettant aux émanations des matières fécales provenant de cholériques des chiens préalablement affaiblis par une alimentation insuffisante. Charcellay (4) a vu plusieurs poules , que l'on avait nourries, pendant quatorze jours, avec du pain imprégné de déjections de cholériques, tomber malades, et une d'elles mourir au milieu de phénomènes cholériformes. Thiersch (5) mélangea à la nourriture d'un cer-

(1) Magendie, Leçons sur le choléra. Paris, 1836.

(2) J. Meyer, Archiv fiir pathol. Anat. und Physiol. , t. lY,

(3) Lauder Lindsay, Transmission du choléra aux animaux (Gaz. hebd. de méd. et chir. Paris, 1854, p. 939 et 1044).

(4) Charcellay, Gaz. hebd. Paris, 1856, p. 240.

(5) Carl Thiersch, Infection's Versucbe an Thieren mit dem Inhalte des Gholeradarmes ; Miinchen, 1856, p. 1-118. Comptes rendus de l'Acad. des sciences. Paris,'1866, t. LXIIÏ, p. 992.

tain nombre de souris de petits morceaux de papier à filtre., d^un pouce carré, trempés dans le liquide intestinal de cholériques, puis desséchés ; cette imbibition fut pratiquée sur un liquide frais, puis sur un liquide rejeté depuis six jours et conservé à la température de 10 degrés , enfin sur un liquide plus ancien. 104 souris avalèrent ces fragments de papier diversement préparé. Celles qui furent soumises au traitement des déjections fraîches n'offrirent aucun symptôme morbide. Ce qui est caractéristique, c'est que, sur 34 qui avalèrent du papier trempé dans des déjections anciennes de trois à neuf jours, 30 tombèrent malades et 12 moururent. Les symptômes qu'elles présentèrent furent des selles aqueuses, puis la suppression de l'urine ; enfin quelques-unes offrirent avant de succomber, une roideur tétanique. Il n'y eut jamais de vomissements. L'autopsie révéla la congestion des intestins, le dépouillement de leur épithélium . la dégénérescence graisseuse des reins et la vacuité de la vessie. Les papiers imbibés de déjections plus anciennes ne produisirent aucun effet. De ces expériences Thiersch conclut qu'il se développe, dans les déjections cholériques, un principe fixe, et cela dans l'intervalle compris entre le troisième et le neuvième jour après leur émission, et que ce principe, introduit dans l'organisme de quelques animaux, détermine un mal mortel avec quelques lésions semblables à celles du choléra. Mais il n'établit nullement la nature de la maladie qu^il produit, et les recherches si connues de Stich (1), malgré quelques différences, peuvent faire penser que ces lésions sont le résultat d'une infection putride et non d'une injection cholérique. MM. Legros et Gou-

(1) Stich, Charilé-Annalen, t. III.

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jon(lj sont également parvenus à déterminer l'apparition d'accidents cholériformes chez les animaux, soit par l'ingestion gastrique du liquide des déjections cholériques, soit par l'injection dans les veines, dans la trachée, de ce même liquide, ou encore par l'injection du sérum sanguin des cholériques. Dans leurs expériences, ces observateurs ont cherché à démontrer que le choléra est dû à une altération moléculaire primitive des principes albuminoïdes du sang , en conséquence de laquelle ces principes acquièrent des propriétés analogues à celles de la diastase ; que ces principes ainsi altérés passent dans les diverses déjections, et que des traces peuvent en être entraînées par la vapeur d'eau pulmonaire, etc.

Dans une seconde série d'expériences, MM. Legros et Goujon, se servant de solutions de diastase retirée de l'orge germée, au lieu de déjections cholériques filtrées, etc., ont obtenu sur des chiens et des lapins les mêmes effets qu'avec celles-ci. D'autre part, M. Baudrimont (2) aurait, par des analyses chimiques, trouvé, dans les déjections des cholériques, une substance albuminoïde jouissant des propriétés saccharifiantes fermentescibles de la diastase. Enfin, MM. Legros et Goujon ont constaté que s'ils employaient divers produits morbides ou des matières e a voie d'altération cadavérique, les symptômes et les lésions qui survenaient n'étaient plus les mêmes que ceux que l'on

(1) Goujon et Leghos, Recherches expérimentales sur le choléra. Nouvelles expériences sur la transmission du choléra, etc. (Journal de l'anat. et de la phys. de l'homme et des animaux, 4886).

(2) A. Baudrimont, Recherches expérimentales et observations sur le choléra épidémique. Paris, 1866.

observe quand on se sert soit de déjections cholériques, soit de diastase. Ces dernières expériences, à la vérité, mettent hors de cause l'hypothèse de l'infection putride ; mais malheureusement, comme celles qui précèdent, elles manquent d'une contre-épreuve, qui consisterait à savoir si de mêmes résultats d'empoisonnement ne seraient pas produits par d'autres matières diarrhéiques ayant subi la même préparation ; et d'ailleurs, peut-on admettre que les symptômes et les lésions observés chez les animaux soient bien identiques à ceux du choléra ? Tant de circonstances sont susceptibles de développer de la diarrhée et des phénomènes cholériformes, qu'il est bon d'être circonspect dans l'appréciation de la nature de ces accidents. Notre conclusion sera donc que des expérimentateurs de beaucoup de mérite sont arrivés à reproduire, à l'aide de déjections cholériques surtout, des accidents semblables à ceux que l'on observe dans le choléra, mais dont l'identité de nature n'est nullement prouvée.

Diphthérie. — Des tentatives anciennes, faites dans le but de produire artificiellement la diphthérie chez les animaux, ont été renouvelées dans ces derniers temps. Hueter (1) prétend avoir inoculé avec succès des membranes diphthériques à des lapins, qui seraient mortsde vingt à quarante heures après l'inoculation et dont le sang renfermait, dès avant la mort, des germes semblables à ceux que contenaient les fausses membranes. Dans tous les cas, il constate une inflammation diphthéritique des tissus irrités par l'opération. Une portion de tissu musculaire ainsi altérée fut inoculée à un autre lapin, qui mourut

(1) Hueter , Medic. centr. Blatt, n. 12, 34, 35, 1868.

également au bout de trente heures. Nassiloff (1) aurait pratiqué de semblables inoculations avec le même succès. Recklinghausen, ayant inoculé sur la cornée d'un lapin Texsudat pris sur une plaie atteinte de pourriture d'hôpital, aurait produit une kératite diphthéritique ; il obtint cette même altération avec une membrane diphthéritique provenant d'un enfant mort depuis vingt heures. Les inoculations comparatives pratiquées sur la cornée, à l'aide des germes de la putréfaction de tissus animaux, n'auraient déterminé qu'une simple inflammation suivie de gangrène. D'autres opérations n'auraient pas eu le même résultat, et les auteurs pensent que l'inoculation diphthéritique réussit d'autant plus sûrement que la substance employée est plus fraîche. Dans les cas de réussite, le point inoculé devient opaque dès le premier jour, la cornée s'injecte, son tissu prend une teinte grisâtre ou brunâtre, et ses canaux se remplissent de germes ou champignons dans le voisinage du point lésé. Nassiloff ne peut nous dire si ces champignons sont les agents de transmission de la diphthérie et s'ils diffèrent des champignons de la putréfaction. Cet aveu doit nous servir, et, en effet, il ne nous parait pas prouvé que les observateurs précités aient inoculé la plupart du temps autre chose que des produits de putréfaction. D'ailleurs, dans une épidémie de diphthérie qui a régné à Bukarest, le professeur (2) Félix a vainement tenté l'inoculation des fausses membranes diphthéritiques fraîches, provenant du pharynx de ses malades, sur le pharynx et la peau dénudée de chiens et de chats. 11 réussit simplement à faire naître quelques couches diphthéritiques

(1) Nassiloff, Archiv f. path. Anat. und Physiol., t. L, p. 550,

(2) Félix. Kenntniss der epidem. Diphtheritis. (Wienn. med. Wochenschr. XVIII, 36).

grisâtres par rintrodiiction de lambeaux membraneux conservés pendant plusieurs jours sur du coton : d'où il conclut que les inoculations avec des produits morbides anciens ont seules de TefFet. Celte contradiction formelle avec le résultat obtenu par les précédents observateurs n'est pas de nature à nous faire adopter leur opinion. Aussi, après les expériences infructueuses par lesquelles notre excellent ami le D"" Peter (1) a cherché à s'inoculer des produits diphthéritiques sur la conjonctive et sur les membranes muqueuses de la bouche et du pharynx, sommes-nous tenté de croire que la diphthérie n'a pas encore été artificiellement produite.

Pneumonies, plewésies^ etc. — Il est tout un groupe de maladies généralement décrites sous le nom d'infïamma- 4ions ou maladies inflammatoires et qui , pour beaucoup de nosographes, sont entièrement distinctes des fièvres et des maladies constitutionnelles. Ce groupe comprend surtout la pneumonie , la pleurésie , l'entérite , l'endocardite, etc.,, affections assez généralement regardées comme des maladies d'un organe spécial. Or , ces prétendues maladies locales, si simples en apparence^ sont peut-être celles qu'il est le plus difficile de créer artificiellement , telles qu'elles existent dans l'état de nature. Sans doute , il est simple et facile de développer l'un ou l'autre des états pathologiques ainsi dénommés ; mais produire une pneumonie franche lobaire (2), une pleurésie identique à celles que nous sommes appelés à soigner chaque jour , faire naître une entérite de tous points semblable à celles qui se présentent chez nos malades, développer certaines endocardites , ce sont là autant de difficultés qu'il a été

(i) Peter, Quelques observations sur la diphthérie et le croup, Thèse de Paris, 1859, p. 38,

(2) Jamais on n'a pu produire une pneumonie fibrineuse : toutes les phlegmasies provoquées paraissent être catarrhales. (Yulpian, cours inédit de la Facilité).

impossible de vaincre jusqu'ici. En effet , ne comprend-on pas que produire expérimentalement une endocardite rhumatismale (1), par exemple, n'est pas moins difficile que de créer un rhumatisme , puisque , pour obtenir cette affection , il faudrait d'abord faire naître la maladie dont elle est l'expression anatomique , ou du moins connaître les conditions pathogéniques qui la développent ? Cette observation s'applique à l'entérite et à la pleurésie, et je ne puis mieux faire que de rapporter ici ce que m'écrivait à cet égard, il y a quelques jours, de Vienne, le savant inspecteur des écoles vétérinaires :

« Il est possible , me dit M. H. Bouley , de produire

(1) Richardson, dans un écrit sur les fiausesdela coagulation du sang (1858), et plus tard Rauch, dans une dissertation inaugurale (1860), avaient avancé que l'on pouvait provoquer artificiellement l'inflammation de l'endocarde en injectant de l'acide lactique dans la cavité péritohéale des chiens et des chats, d'où l'opinion que l'endocardite était due à la présence d'une certaine quantité d'acide lactique dans le sang. Reyher a constaté d'abord que sur des chiens très-sains en apparence, on rencontrait souvent les mêmes altérations des valvules que celles qui ont été décrites par Richardson et Rauch. Il a fait ensuite plusieurs expériences, desquelles il conclut qu'il n'est pas prouvé que l'endocardite puisse être le résultat de l'injection d'acide lactique dans la cavité péritonéale ou dans les veines jugulaires des chiens, et qu'ainsi l'endocardite rhumatismale soit due à une accumulation d'acidelactique dans le sang.

W. Richardson, The cause of the coagulation of the blood. London, 1858.

MoLLER, Die Milchsaeuretheorie des Rheumatismus, etc., (Kbnigsberger med. Jahrbiicher, t. II, p. 277, 1860).

Rauch, Ueberden EinflussderMilchsaeureauf dasEndocardium, Dissert. Dorpat, 1860.

G. Reyher, Zur Frage zu derEndocarditisdurch Milchsœureinjection in die Peritonealhœhle von Thieren Virchow's (A.rch. 21, Bd.,186l,S. 85).

expérimentalement par l'injection directe dans les plèvreSj d'un acide, comme l'acide oxalique, par exemple^ la pleurésie en tant que lésion, avec tous les caractères delà pleurésie spontanée et les symptômes par lesquels cette lésion s'exprime; mais il n'en est pas de même de l'état morbide qui précède la lésion : état intermédiaire entre l'action de la cause et la manifestation de la lésion locale. Soumettez expérimentalement à l'action du froid un cheval dont vous aurez déterminé la sudation , à tous ses degrés depuis la moiteur jusqu'au ruissellement , et vous ne verrez pas naître la pleurésie. Quant à moi , je n'y ai jamais réussi.

•( Ce que je dis de la pleurésie peut s'appliquer à la pneumonie, à Yenterite , avec des nuances cependant , au point de vue de la reproduction fidèle de la lésion locale. - Je ne pense pas que , par des injections directes, dans les bronches , de liquides irritants , comme l'ammoniaque , l'essence de térébenthine , on puisse faire une maladie ocale dont l'état symptomatique soit la reproduction exacte de celui par lequel s'exprime la pneumonie spontanée, comme c'est le cas pour la pleurésie. La pneumonie artificielle reste circonscrite aux points que l'agent irritant a touchés, et ne tend pas à gagner du terrain comme l'autre , et puis son influence sur le système général est bien moins accusée. Elle est moins oppressive et surtout dépressive des forces, pour parler le langage de l'Ecole (j'entends l'ancienne). Un cheval sur lequel on détermine une pneumonie artificielle par injection directe d'un liquide irritant dans la trachée , une fois passé le premier moment de difficulté respiratoire déterminée par l'action du liquide , manifestera ensuite, par la fréquence de ses respirations , que la surface pulmonaire n'a plus la même étendue , comme appareil d'hématose ; les signes

fournis par la percussion et Tauscultation pourront permettre de mesurer cette étendue diminuée , mais l'organisme ne sera pas dans un état maladif proportionnel, par son intensité, à l'iniensité de la lésion déterminée : entre ces deux termes, il y a quelque chose dWnadéquat. Môme au point de vue symptomatique , ce que l'on a fait n'est pas la vraie pneumonie.

« Pour l'entérite, la différence est encore plus tranchée. On peut, par un purgatif drastique , déterminer sur une grande étendue de la muqueuse intestinale un flux sanguin qui se jugera par un abondant flux humoral. Mais tout cela est éphémère, le plus souvent, comme symptôme, au point de vue de la durée et au point de vue surtout du retentissement sur le système général. Les forces sont plus ou moins déprimées par l'action d'un purgatif; mais comme elles se réveillent vite et plus puissantes ! témoin la pratique anglaise de Venti^aînement du cheval de course : tandis que ce que l'on appelle l'entérite spontanée donne lieu immédiatement à un affaiblissement extrême dont les malades se ressentent longtemps, quand les symptômes de la lésion locale ont disparu.

« Donc, si, par l'expérimentation, on peut imiter, d'une manière assez fidèle , la lésion anatomique , comme surtout dans les lésions du système séreux (pleurésie, arthrite , péritonite) , où l'expression symptomatique même est la reproduction assez fidèle de celle de la maladie spontanée, ou dans les altérations moins bien imitées des poumons ou des intestins ; néanmoins^ dans aucun de ces cas, Toxpérimentateur n'est maître de faire naître la maladie proprement dite, c'est-à-dire cet état antérieur à la lésion locale, dont cette lésion est l'expression aussi nécessairement que l'éruption dans les maladies éruptives. »

Nous partageons entièrement la manière de voir de M. Bouley , et nous ne croyons pas que, jusqu'ici, on soit parvenu à produire aucune des maladies sous la dépendance desquelles se trouvent les affections ci-dessus indiquées. Nous admettons qu'il y a, entre la pleurésie et la pneumonie artificielles ou traumatiques et ces mômes affections dans l'état spontané , toute la différence qui existe entre une éruption produite par la pommade stibiée et une éruption variolique. Mais, est-ce à dire pour cela que la reproduction de la maladie soit , en pareil cas , absolument impossible? Évidemment non ; et telle n'est pas, nous en sommes convaincu, la pensée de M. Bouley. Quelques expériences de M. Cl. Bernard donnent lieu de croire , en effet , que l'on peut, au moins dans une certaine mesure , arriver à produire l'état général qui gouverne et maîtrise la lésion anatomique.

« Un animal qui a subi la section d'un des rameaux du grand sympathique, écrit l'éminent physiologiste (i) , présente, pendant un temps assez long, des phénomènes spéciaux dans la partie correspondante du corps. Une circulation accélérée , une température plus élevée , une absorption , une nutrition plus active , tels sont les résultats ordinaires de l'opération , et cet état peut durer plusieurs mois sans amener aucun trouble de la santé générale , lorsque l'animal est maintenu dans de bonnes conditions. Mais aussitôt qu'il est soumis à l'influence d'une cause morbide générale, ou simplement à une abstinence prolongée, on voit des phénomènes inflammatoires se manifester dans les organes privés de leur innervation habituelle ; si c'est le filet cervical sympathique qui a été coupé, la muqueuse nasale , la muqueuse

(l) Cl. Bernard, Leçons de pathologie expérimentale, p. 31 et

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