‹ De la maladie kystique du testicleChapitre 10 sur 18 · SYMPTÔMES ET MARCHE · texte numérisé non relu

SYMPTÔMES ET MARCHE

La maladie kystique débute graduellement. Souvent le malade n’a été averti de son développement que par Se poids incommode de la tumeur et les tiraillements lombaires qu’elle occasionne, quand elle a acquis un certain volume et qu’elle n’est pas soutenue. Elle peut rester indolente jusqu’à la fin ; mais nous avons vu que nos deux malades ont subi , dans les derniers temps, des douleurs trèsvives , qui, dans un des cas, offraient le caractère lancinant qu’on a si souvent regardé comme pathognomonique du cancer.

Le volume qu’est susceptible d’acquérir la tumeur ne nous semble pas pouvoir être évalué : il peut devenir considérable, comme dans la 2e observation , et différencier ainsi la maladie de certaines tumeurs testiculaires qui restent toujours peu volumineuses.

La forme n’a rien de fixe. Celle du testicule normal peut être conservée jusqu’à un développement avancé: dans d’autres cas, elle esta peu près la même que dans l’hydrocèle, bien que ce cas ne semble pas devoir être le plus commun.

Cette forme est régulière d’une manière générale. Nous ne savons pas que l’on ait observé souvent, de ces énormes bosselures si fréquentes dans l’eucéphaloïde ; mais il est important de noter que l’on rencontre, dans presque tous les cas, des saillies régulièrement arrondies, qui deviennent le siège d’une fluctuation évidente. La consistance du reste de la tumeur est au contraire ferme et élastique. Elle n’est pas d’ailleurs parfaitement égale , et la sensation de cloi-

sons fibreuses que nous retrouvons dans bon nombre d’observations peut être regardée comme un signe d’une certaine valeur.

La pesanteur, dont on se fait une idée approximative en soulevant la tumeur, est difficile à apprécier ; elle a paru cependant, sur plusieurs sujets, être plus considérable que celle d’une tumeur entièrement liquide. On ne peut pas constater de transparence dans toute la masse ; mais des kystes superficiels peuvent donner lieu à une transparence limitée à l’aide du stéthoscope. Cette circonstance s’est rencontrée dans l’observation 3, et elle ne manque pas d’importance.

La pression ne fait reconnaître en aucun point la sensibilité spéciale propre au testicule, signe qui, une fois bien constaté, peut écarter l’idée d’une maladie des enveloppes de l’organe.

La peau glisse au-devant de la tumeur. Le développement des veines sous-cutanées avait été regardé, par A. Cooper, comme plus considérable que dans les autres affections du scrotum : mais les faits que nous avons rapportés ne nous permettent pas de regarder ce symptôme au moins comme général.

Le temps que la maladie met à se développer est très-variable; il est généralement assez long : il fut en effet de deux ans dans le cas opéré par M. Néiaton, de moins d’une année dans notre observation 1re; cette période de temps s’est élevée jusqu’à cinq ans dans la 2e.

Depuis que l’attention a été éveillée sur cette affection, on s’est beaucoup occupé de savoir si elle pouvait offrir la terminaison des tumeurs dites cancéreuses. Nous avons vu, en commençant, quelle avait été l’opinion de M. Velpeau. Le malade dont M. Cruveilhiera fait l’histoire, succomba à un encéphaloïde de la colonne vertébrale; le sujet opéré par Roux présenta, au bout de quelques mois, des tumeurs dans l’abdomen, et mourut de cachexie cancéreuse. Curling ( lac . cit . , p. 415) rapporte l’exemple d’un médecin qui succomba dix-huit mois après l’opération, et offrit, à l’autopsie, des

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cancers multiples dans les ganglions lombaires, les poumons et le foie. SI parle également de plusieurs autres cas semblables.

D'un autre côté, on se rappelle que À. Cooper regardait la maladie kystique comme étant toujours bénigne. Curling a pu suivre plusieurs malades opérés, et jouissant, quelques années après, d’une bonne santé ; il regarde même cette terminaison heureuse comme étant Sa plus fréquente. Nous espérons que le malade qui fait l’objet de notre observation 2 pourra être rangé à côté de ees sujets.

On peut se demander si, d’après cela, on doit considérer la maladie comme cancéreuse. Si l’on pouvait dire aujourd’hui qu’il existe un élément anatomique propre à faire reconnaître cette sorte d’affection, la réponse sur une tumeur donnée serait facile après son ablation ; c’est ainsi que Curling basait son pronostic sur la présence ou l’absence, sous Se microscope, de la cellule dite cancéreuse. Mais si, pour établir le pronostic, nous nous bornons à la comparaison des faits actuellement connus, nous pouvons seulement dire que la terminaison heureuse semble plus probable que la généralisation de la maladie. Ce n’est pas autrement que l’on procède pour beaucoup d’autres tumeurs bien étudiées. Ne sait-on pas, en effet, que celles qui sont réputées les plus bénignes, comme l’enchondrome, sont susceptibles, rarement, il est vrai, de généralisation, et peuvent produire tout le cortège de phénomènes attribués au cancer? L’idée de maladie cancéreuse a semblé à des auteurs récents, tels que M. Eug. Nélaton (1), être appelée à devenir plutôt un pronostic qu’un véritable diagnostic.

Il n’est pas ici question, bien entendu, de ces encéphaloïdes du testicule, qui, de même que ceux de tous les organes, peuvent contenir des kystes séreux, comme lésion accessoire ; car on n’entend renfermer dans la catégorie des maladies kystiques que les tumeurs composées exclusivement, ou presque en entier, par l’agglomération des kystes que nous avons décrits.

(1) Tumeurs à myéloplaxcs ; thèse inaugurale, 1860.

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