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DE L’ALLAITEMENT MIXTE

Une coutume fort répandue consiste à faire prendre à l’enfant à la mamelle, dès le troisième ou le quatrième mois, une certaine quantité de lait coupé. C’est à cette méthode qu’on a donné le nom d’allaitement mixte.

« Maintenue dans des limites un peu étroites, dit M. Jacquemier (1), elle a généralement peu d’inconvénients, et permet à la jeune femme un repos favorable à la sécrétion laiteuse, à la condition toutefois qu’il ne dépasse pas cinq ou six heures. L’enfant confié à une femme soigneuse prendra, de minuit à cinq ou six heures du matin, une ou deux fois un peu de lait coupé; plus tard, une seule fois suffira. Dans ces conditions , pour peu que la mère soit bonne nourrice, elle réussit généralement bien. Mais on est sur une pente glissante : le soir , lorsque l’heure de donner le sein pour la dernière fois est arrivée, la mère ou l’enfant dort profondément, la même chose peut arriver le matin, et le temps de sevrage de nuit s’étend démesurément : les règles reparaissent à l’époque ordinaire ou dès le troisième, le quatrième mois, la sécrétion laiteuse diminue et la mère se trouve bientôt dans les conditions

(1) Jacquemier, Dict. encycl. des sc. méd., t. III, p. 281. brès. 12

d’une nourrice insuffisante. Si elle ne se fait pas remplacer, il faut encore recourir au biberon une ou deux fois le jour, en venir prématurément aux bouillies, aux panades, aux fécules, et à huit ou dix mois on se trouve dans la nécessité de donner une nourrice ou de sevrer prématurément un enfant dont le développement laisse à désirer. Au lieu de l’allaitement d ejour des dames du monde, c’est l’allaitement de nuit que pratiquent, dans quelques pays, les paysannes occupées aux travaux agricoles très-éloignés de leurs habitations ; elles partent de très-bonne heure le matin, après avoir donné à teter, et ne reviennent que le soir, et pendant ce long intervalle l’enfant, le plus souvent mal soigné, mal gardé, prend du lait, surtout de la bouillie.

L’habitude de faire prendre de bonne heure ou dès les premiers jours un peu de bouillie aux enfants est trèsrépandue dans les campagnes, et pour ainsi dire générale; on lui attribue la vertu de calmer les coliques. En rappelant, cette coutume, Desormeaux ajoute : « Soit que les bouillies produisent réellement cet effet, soit que la digestion, devenue plus difficile, jette l’enfant dans une espèce d’engourdissement, on remarque qu’après en avoir pris il devient plus tranquille pendant quelque temps, et qu’il se fait un changement favorable dans la couleur et la consistance de ses etcréments; d’un autre côté quand les enfants ne prennent que le lait de la mère, quand celui-ci est assez riche et assez abondant, ils ne sont plus sujets aux coliques ni à la diarrhée. » Là est l’explication de ce succès momentané : les enfants qui crient, qui s’agitent , qui ont, suivant l’expression consacrée, des coliques, sont généralement des enfants qui souffrent de la faim et que la bouillie apaise. Il est en effet très-commun, aussi bien à la campagne qu’à la ville, de rencontrer des enfants dont le

besoin de nourriture est incomplètement satisfait, au début par la difficulté de teter, un peu plus tard par une insuffisance réelle de lait, et l’allaitement mixte doit être encouragé et dirigé, lorsque le changement de lait doit sépaiei la mère de son enfant. Mais l’expérience a prononcé : le lait coupé doit être préféré aux bouillies féculentes les mieux faites et les plus légères, bien qu il soit juste de reconnaître que, dans quelques cas où le lait mal digéré entretient de l’irritation intestinale et une sorte de diarrhée, prises en petite quantité une ou deux fois par jour, elles aient assez souvent la propriété de rendre 1 enfant plus calme, les selles mieux liées et d’un meilleur aspect. Elles répondent dans ces cas à une indication particulière et étendent à tout l’intestin les bons effets qu on retire des lavements d’amidon. Desormeaux a eu le tort de tirer de ces faits et de ceux où elles ne paraissent pas nuisibles une conclusion générale trop favorable à ces pratiques lorsqu il a ajouté : «De tout cela, je crois pouvoir conclure que la première méthode (les bouillies dès le début de 1 allaitement), suivie avec prudence, est sans inconvénients dans la plupart des cas, qu’elle a peut-être quelques avantages dans certaines circonstances; cependant je suis persuadé que la seconde (l’allaitement seul) est la meilleure et la plus sûre, surtout quand les enfants sont faibles. » Dans l’allaitement mixte bien dirigé , c’est au lait coupé seul qu’il faut avoir recours , et n’arriver aux préparations féculentes légères qu’après cinq ou six mois. Lorsque la mère conserve une certaine quantité de lait, l’allaitement mixte qu’on n’est pas forcé de faire commencer trop tôt donne des résultats satisfaisants, et mérite justement d’être encouragé dans les conditions que nous avons indiquées. »

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