HYGIÈNE DE LA MAMELLE
Le succès de l’allaitement peut être compromis par un certain nombre de causes dont les plus importantes sont : la mauvaise conformation ou l’extrême sensibilité dlu mamelon, les fissures, gerçures et crevasses, l’engorgement des conduits galactophores et les abcès qui en résultent. Je ne reviendrai pas ici sur les vices de conformation du mamelon que j’ai décrits dans la partie anatomique, je dirai seulement que chez les femmes dont le mamelon est court ou enfoncé, il devient nécessaire, pour donner à cet organe une forme convenable, de l’allonger et de lui faire subir des manœuvres qui l’irritent et provoquent l’hyperesthésie dont nous allons voir les inconvénients.
Hyperesthésie du mamelon. — Le mamelon est une des parties les plus sensibles du tégument externe. Cette sensibilité naturelle peut être tellement exagérée qu’elle dégénère en une véritable douleur et s’accompagne alors d’une inflammation qui prédispose aux excoriations et aux crevasses.
Pour combattre l’hyperesthésie, souvent si gênante du mamelon, il importe de lui faire subir une sorte de préparation pendant les derniers mois de la grossesse en le préservant de tout frottement contre le corset et en le affermissant au moyen de lotions d’eau fraîche, afin de
le rendre moins sensible à l’excitation que produira sur lui la bouche de l'enfant.
On a conseillé les applications permanentes ,de graisse ; quant à moi, je ne fais que mentionner cette coutume-, car j’ai constaté qu’elle présente de sérieux inconvénients chez les femmes qui négligent de laver journellement leur mamelon, car dans ce cas, la graisse s’altère, elle rancit, et au lieu de prévenir l’inflammation elle l’aggrave ou la détermine.
Fissures et crevasses. — J’arrive à l’affection la plus fréquente et la plus douloureuse chez les femmes qui allaitent.
La fissure est une solution de continuité qui, en s’élargissant et en devenant plus profonde, donne naissauce à la crevasse. Ces affections ne se développent que pendant l’allaitement, parce qu’à cette époque la mère se trouve dans des conditions favorables à la production du mal, et d’autre part, parce que l’enfant y contribue.
L’allaitement, dans ces circonstances, devient quelquefois impossible et la femme est obligée de cesser d’allaiter, si l’on n’y porte remède.
Les femmes qui allaitent pour la première fois sont généralement considérées comme plus exposées que les autres aux crevasses ; cependant, il résulte d’un nombre considérable d’observations que j’ai recueillies que les multipares ne sont pas à l’abri de cette affection presque aussi fréquente chez elles que chez les premières.
Chez les nouvelles accouchées, l’exposition au froid du mamelon est l’une des principales causes de la production des crevasses ; la négligence des soins de propreté, et j’insiste sur ce détail, conduit au même résultat.
Les nourrices doivent avoir la précaution de laver le
mamelon, afin de ne pas laisser le lait et la salive qui le mouillent se dessécher et fermenter à sa surface.
Engorgement des conduits gcilactophores. — Lorsque la mère ne met pas son enfant au sein dès les premières heures qui suivent l’accouchement, ou lorsque, pour une raison quelconque, elle cesse de donner àteter à son enfant après avoir commencé à l’allaiter, elle s’expose, la sécrétion du lait continuant à se produire, à voir les canaux galactophores s’engorger et cet engorgement être le point de départ de phlegmons et d’abcès.
Pour prévenir ces accidents, il convient donc de mettre l’enfant au sein dès les premières heures qui suivent la naissance, et si, à un moment donné, on est obligé de suspendre l’allaitement, il faut dégorger les mamelles à l’aide d’appareils appropriés.