PREFACE
Mon intention ayant toujours été de m’occuper d’une manière exclusive des maladies des femmes et des enfants, je me suis attachée de préférence pendant toute la durée de mes études aux services des hôpitaux où je pouvais trouver l’enseignement spécial dont j’avais besoin. C’est ainsi que j’ai été amenée à faire un long séjour dans les salles d’accouchement, et à étudier la question de l’alimentation des enfants d’une façon toute particulière. Cette question est sans contredit l’une des plus intéressantes que l’on puisse aborder, mais elle est aussi l’une des plus complexes et des plus délicates.
Le problème de l’alimentation des enfants est d'une si haute importance que, loin d’avoir la téméraire pensée de le résoudre dans ce modeste travail, je ne hasarderai qu’un nombre fort restreint de vues personnelles, me réservant de compléter plus tard, quand il me sera permis d’asseoir mon jugement sur des données moins contestables, l’étude de l’allaitement et de toutes les questions qui s’y rattachent.
Parmi les résultats dont je suis sûre et qui ne sont pour ainsi dire que des premiers jalons, il n’en est aucun qui puisse m’autoriser à formuler une théorie. La plus grande partie de mon temps a été consacrée à l’étude des méthodes, et je peux me rendre cette justice de n’avoir jamais voulu aborder une question complexe sans posséder auparavant la connaissance exacte des questions plus simples.
Tirer de la simple connaissance des faits individuels celle des lois élémentaires, puis de ces lois élémentaires s’élever à des lois de plus en plus générales, telle a été jusqu’ici, telle sera toujours ma manière de procéder.
Elle -est lente, elle est pénible, mais elle est sûre, n’égare jamais, et elle laisse à l’esprit une satisfaction si complète que je ne pense pas qu’elle ait jamais été répudiée par aucun de ceux qui l’ont suivie.
Le temps considérable que j’ai déjà consacré à ce travail l’aura, je l’espère, marqué de son empreinte, et si l’on était tenté de m’accuser d’avoir à peine effleuré le sujet, on m’accordera peut-être quelque indulgence en raison des difficultés que j’ai eu à vaincre pour écarter, comme je pense avoir réussi à le faire, la plupart des causes d’erreurs qui entachent les résulats de mes devanciers.
L’étude de l’allaitement comprendra trois parties :
1° Une partie anatomique ou :
2° Une partie chimique ou :
Du lait. De sa variation qualitative et quantitative.
3° Une partie physiologique ou :
De l’allaitement proprement dit , et de l’alimentation des enfants.
Cette troisième partie étant celle que j’ai le moins étudiée jusqu’à présent ne sera pour ainsi dire qu’un exposé rapide des opinions qui ont le plus généralement cours aujourd’hui dans la science, tous les résultats originaux que je présente étant renfermés dans la première et dans la deuxième partie.
Lorsque j’ai commencé à préparer ce travail, M. ie professeur Sappey, dans le laboratoire duquel j’avais, au début de mes études, étudié l’anatomie pendant trois années consécutives, a bien voulu m’associer à ses recherches sur la mamelle et m’autoriser à reproduire un certain nombre de vues tout à fait neuves et de documents inédits.
Que M. le professeur Sappey me permette de lui témoigner ici ma vive gratitude, tant pour cette précieuse collaboration que pour les savantes leçons que j’ai reçues de lui.