ZONE CENTRALE OU MAMELON
L’épithélium qui recouvre le mamelon est moins riche en cellules pigmentaires que celui de l’aréole ; aussi sa coloration est-elle, en général, moins foncée.
Le derme, composé aussi de fibres lamineuses et de fibres élastiques, est recouvert d’un nombre considérable de papilles, composées pour la plupart et séparées les unes des autres par des sillons irrégulièrement circulaires et relativement profonds. C’est dans ces sillons intra-papillaires que viennent s’ouvrir, d’une part les conduits galactophores, de l’autre les glandes sébacées.
Les conduits galactophores, au nombre de dix à douze, s’ouvrent au sommet du mamelon, ou se groupent de manière à occuper une surface de h à 5 millimètres de dia-
mètre. Leur embouchure est toujours entièrement indépendante de celle des glandes sébacées.
Ces dernières, au nombre de cent à cent cinquante, se touchent par leur contour et semblent ainsi former une couche continue, s’étendant du sommet à la base du mamelon ; sur le contour de cette base, elles deviennent plus rares, en sorte que cette partie du mamelon, et la partie correspondante de l’aréole, en possèdent relativement peu.
Elles sont donc moins bien protégées contre l’action irritante de la salive que les zones situées en deçà et au delà.
Ainsi s’explique le siège de prédilection des gerçures ou crevasses du sein, qui débutent presque constamment par cette zone déshéritée et qui ne dépassent pas ses limites, ou la dépassent à peine.
Le volume de ces glandes est très-variable. Il y en a de grosses, de moyennes, de petites et de très-petites. Les plus volumineuses sont simultanées, les moyennes se composent de deux ou plusieurs lobules. Les plus petites sont constituées par un seul lobule. Elles diffèrent des glandes sébacées de l’aréole par l’extrême brièveté de leur conduit excréteur et par une complète indépendance des conduits galactophores et des follicules pileux.
On n’observe aucune trace de ces follicules sur toute la surface du mamelon.
Dans l’épaisseur du mamelon, il existe un très-grand nombre de faisceaux musculaires à libres lisses de volume très-inégal, affectant les directions les plus variées et s’étendant à toute sa largeur, on voit ces faisceaux cheminer et se croiser sous la peau ; ils se montrent avec la même abondance dans les intervalles des conduits galactophores.
Leur disposition est telle qu’ils peuvent réduire le mamelon dans tous les sens ; cet organe acquiert alors une
sorte de dureté d'autant plus prononcée, que ses faisceaux musculaires sont plus contractés. Mais il ne durcit qu’à la condition de diminuer de volume.
Pour compléter l’énumération des éléments qui entrent dans la structure du mamelon et de l’aréole, je dois rappeler que l'un et l’autre renferment dans leur épaisseur des vaisseaux sanguins, mais surtout un très-riche réseau de vaisseaux lymphatiques.
Glande mammaire. — La glande mammaire est une glande en grappe , préposée à la sécrétion du lait. Son aspect et ses dimensions varient beaucoup, suivant qu’on l’examine pendant la grossesse ou en dehors de la gestation. C’est à la fin de la grossesse qu’elle arrive à son entier développement. En dehors de cette période et de celle de l’allaitement, son volume se réduit et son aspect subit de si profondes modifications qu’elle est à peine reconnaissable.
Je l’étudierai d’abord dans son complet développement, après nous verrons les modifications qu’elle présente lorsqu'elle s’atrophie.
De la glande mammaire pendant la lactation. — La
glande mammaire présente la forme d’un disque irrégulièrement circulaire. Sa face postérieure est plane ; l’antérieure convexe, très-inégale, présentant des aspérités et des dépressions que dissimule la couche adipeuse qui la recouvre. Son aspect est granuleux. Sa consistance ferme, et sa couleur d’un rouge jaunâtre.
La glande mammaire se divise en plusieurs lobes principaux, ceux-ci en lobes secondaires, lesquels comprennent à leur tour un certain nombre de lobes tertiaires, qui se résolvent en lobules. Chaque lobule lui-même est réductible en culs-de-sac glandulaires ou acini. Examinés au microscope, ces acini représentent des vésicules ovoïdes dont la
grosse extrémité est libre et arrondie, tandis que la petite se continue avec un canicule. L’union des canalicules d’un lobule forme un conduit plus considérable. Ces conduits lobulaires, s’abouchant à leur tour, constituent le canal excréteur des lobes principaux. Enfin, tous les canaux issus des divers lobes de la glande convergent vers le mamelon, y pénètrent et viennent s’ouvrir isolément sur son extrémité libre.
Il résulte de leur indépendance que la glande mammaire n’est pas une glande simple, mais bien le résultat de l’agglomération d’un groupe de glandes s’ouvrant chacune à la surface de la peau, par un conduit distinct.
Le nombre de conduits galactophores varie de 10 à 1 h) d’après M. le professeur Sappey, leur calibre est très-considérable. A la sortie des lobules, ils sont déjà visibles à l’œil nu lorsqu’ils sont pleins ; arrivés au centre de la glande, au voisinage du mamelon, ils se dilatent par l’accumulation du lait et chacun d’eux semble alors constituer une sorte de petit réservoir, auquel on a donné le nom de sinus ; mais ces sinus n’existent que dans l’état de réplétion; si le liquide s’écoule, leur cavité s’efface complètement.
L’existence des anastomoses , signalée par quelques auteurs, particulièrement par Nuck et Verheyen et par Paul Dubois, est repoussée comme inexacte.
Les parois des conduits galactophores se composent de trois tuniques, l une interne, de nature spéciale, sur laquelle on ne trouve, pendant la lactation, aucune trace d’épithélium, mais qui est tapissée, avant l’établissement de la sécrétion laiteuse et lorsque celle-ci a cessé, par un épithélium pavimenteux. La tunique moyenne est exclu-
sivement constituée par des fibres musculaires de la vie organique, qui se multiplient à mesure que les conduits se rapprochent du mamelon. Arrivés au niveau du derme, elles s’attachent à sa face profonde.
Enfin la tunique externe est formée de fibres lamineuses et de fibres élastiques.
De la glande mammaire en dehors de la lactation. — En dehors de la lactation, le volume de la glande mammaire est beaucoup moins considérable ; son aspect granuleux a disparu et sa couleur est d’un blanc bleuâtre.
Les culs-de-sac glandulaires ont disparu ; c’est principalement sur eux que porte l’atrophie, atrophie caractériséepar le retrait de tous les galactophores ; «tel conduit qui » s’étendait jusqu’à la circonférence de la glande, » dit M. le professeur Sappey, « s’est tellement rétracté, que son » origine correspond à la partie moyenne, et quelquefois » se trouve plus rapprochée encore du mamelon. Dans un » degré plus avancé, les conduits excréteurs se rétractent » jusqu’au centre de la glande et viennent se grouper au- » dessous du mamelon. Si l’on examine l’un de ces con- » duits, on constate que la rétraction ne porte pas seule- » ment sur le conduit principal, mais sur tous ses affluents, » devenus si courts, que beaucoup d’entre eux s’appli- » quent immédiatement sur ses parois. A leur extrémité » libre, il existe encore des lobules sur quelques canali- » cules ; sur d’autres, il n’en existe plus.
» Chez les jeunes femmes, des phénomènes inverses à » ceux qui viennent d’être décrits se produisent lorsque la » lactation doit s’établir. Les conduits s’allongent, leurs » branches reparaissent, les rameaux naissent de celles-ci ;
» il semble, en un mot, cpie chaque conduit lactifère pousse » des racines de plus en plus profondes ; et pendant qu’ils » s’étendent du centre à la circonférence, des lobes et lo-
» billes se forment à leur extrémité libre et se multi- » plient de plus en plus à mesure que la glande se » développe. »
Vaisseaux, nerfs et lymphatiques. — Les artères de la
mamelle viennent de la thoracique longue ou mammaire interne et des intercostales.
Ces artères se partagent en rameaux antérieurs ou cutanées et en rameaux postérieurs ou glandulaires; ces derniers sont plus grêles et plus rares.
Les veines , peu volumineuses, se dirigent, les unes vers les mammaires internes, les autres se rendent aux mammaires externes ou thoraciques longues.
Les nerfs de la mamelle tirent leur origine des intercostaux et des branches thoraciques du plexus brachial.
Les lymphatiques , extrêmement nombreux, se divisent en deux plans: l’un, superficiel, forme un réseau très-délicat qui recouvre le mamelon et l’aréole; l’autre, profond ou glandulaire, enlace de ses radicules chacun des lobes et lobules de la glande. Tous les troncs lymphatiques émanés de ce réseau se dirigent vers l’aréole où ils forment un plexus remarquable. De ce plexus sous-aréolaire partent deux et quelquefois trois troncs volumineux qui vont se jeter dans les ganglions de l’aisselle.