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STRUCTURE DE LA MAMELLE

La mamelle est constituée par la peau, la couche celluloadipeuse et la glande mammaire .

Peau et couche cellulo-adipeuse. — Je diviserai son étude en trois parties :

1° Celle de la zone périphérique.

2° Celle de l’aréole.

3° Celle du mamelon.

La zone périphérique partage, je l’ai déjà dit, la structure de la peau du tronc et des membres. Son derme se compose des mêmes éléments, c’est-à-dire d’une trame de fibres lamineuses et de fibres élastiques dans laquelle sont disséminés des follicules pileux, des glandes sébacées rudimentaires s’ouvrant dans ces follicules, et des faisceaux musculaires lisses qui s’attachent à leur partie inférieure. Ces faisceaux sont ici remarquables par leur volume plus considérable que dans toutes les autres parties du tégument externe.

Au-dessous de la peau de la partie périphérique de la mamelle, se trouve la couche cellulo-graisseuse qui en est une dépendance. Cette couche est d’une épaisseur variable, elle atteint environ 0m,01 vers la circonférence et diminue à mesure qu’on se rapproche de l’aréole. Son principal

usage est d’amortir les chocs et les pressions qui sans elle pourraient compromettre l’intégrité de la glande mammaire qu’elle protège à la manière d’un coussinet. Elle contribue également à donner au sein une forme plus arrondie, à en rendre la surface plus lisse et la couleur d’un blanc plus mat.

Partie aréolaire. — La partie aréolaire de la peau repose directement sur la glande mammaire, dont la partie centrale est par conséquent moins bien protégée contre les chocs et les pressions que la partie périphérique. Elle est redevable de sa coloration brune aux cellules pigmentaires de la face profonde de l’épithélium qui la recouvre.

L’épiderme de l’aréole est un des plus minces de toute la surface du corps; il atteint au maximum 0mra,l; la couche cornée est celle qui présente la moindre épaisseur. Cette couche descend fort peu daus les intervalles laissés entre les papilles du derme, et ne suit pas les ondulations de la couche -profonde; c’est la couche muqueuse qui remplit ces intervalles, couche exactement semblable à celle de la peau du nègre. Le derme de l’aréole est peu épais, peu résistant, et présente un nombre extrêmement considérable de papilles simples et composées dont la longueur varie de 0mra,20 à 0mm,05; elles peuvent donc être rangées parmi les plus longues de toute la peau. Elles sont complètement dépourvues de corpuscules du tact, ce qui est un fait à l’appui de cette opinion que les corpuscules du tact ne sont pas le siège exclusif de la sensibilité tactile.

Le derme est d’ailleurs formé de fibres lamineuses et de fibres élastiques ; il renferme des follicules pileux qui diffèrent de ceux de la région périphérique en ce qu’ils ne donnent jamais attache à des fibres musculaires ; chacun d’eux s’ouvre dans une glande sébacée. Mais la peau de l’aréole est surtout remarquable par les glandes qu’elle

renferme et par le muscle à fibres lisses qui s’étale sous sa face profonde.

Les glandes sont de trois ordres. Elles peuvent être distinguées, d’après la nature du liquide qu’elles sécrètent : en glandes sébacées , glandes lactifères ou mammaires , et glandes sndorifères.

1° friandes sébacées. — Ces glandes sont très-irrégulièrement disséminées dans l’épaisseur de la peau. Elles se montrent en général, cependant, plus nombreuses au voisinage de la base du mamelon, sur le pourtour duquel on les voit souvent se ranger en série circulaire. Leur existence est constante et leur volume toujours très-supérieur à celui des glandes sébacées de la partie blanche du sein et de la plupart des autres régions du corps. Mais il a ici pour attribut distinctif l’accroissement très-notable qu’il prend sous l’influence de la grossesse et de la lactation; c’est à leur présence qu’il faut rapporter les saillies inégales de l’aréole, saillies généralement connues sous le nom de tubercules de Montgomery.

Chacun de ces tubercules est donc constitué par une glande sébacée. Ils apparaissent lorsque les glandes sébacées s’hypertrophient et disparaissent en partie ou complètement, lorsque celles-ci se réduisent dans leurs dimensions.

Ces glandes sont formées de lobules et de granulations groupées autour d’un même ramuscule; les plus volumineuses se composent tantôt de trois ou quatre lobules qui se subdivisent en lobules plus petits, tantôt de deux lobes seulement plus ou moins segmentés. Les moyennes comprennent deux ou trois lobules, et les petites généralement deux. Les premières soulèvent les couches superficielles du derme et manifestent leur présence par une saillie toujours très-sensible. Les secondes sont ordinairement

peu apparentes; les dernières ne se révèlent qu’à l’examen microscopique.

Des lobules partent autant de conduits qui se réunissent pour donner naissance à un conduit unique jouant le rôle de canal excréteur. Celui-ci est, en général, court et assez large; il s’ouvre au sommet des saillies de l’aréole ou sur tout autre point de la peau, si la glande est d’un petit ou d’un moyen volume.

A toutes ces glandes se trouve annexé constamment un follicule pileux de très-minime dimension, souvent comme perdu dans l’interstice de deux lobules et s’abouchant dans une partie profonde par un orifice qui livre passage à un poil rudimentaire. Celui-ci traverse la cavité de la glande, parcourt son conduit excréteur et apparaît sur l'aréole, mais ne montre que sa pointe extrêmement déliée, en sorte qu’elle est à peine visible à l’œil nu.

La structure des glandes sébacées de l’aréole est celle des autres glandes du même ordre. Le liquide qu’elles sécrètent est d’un blanc légèrement jaunâtre. Vu au microscope, il se compose d’innombrables vésicules dont le contenu présente une consistance huileuse. Par ses propriétés et par son aspect, ce liquide diffère donc trèsnotablement de celui qui provient de la glande mammaire. Il a manifestement pour destination de protéger l’aréole contre l’action souvent irritante de la salive de l’enfant.

2° Glandes mammaires. — Indépendamment de la glande dont les conduits excréteurs viennent s'ouvrir au sommet du mamelon, il en existe beaucoup d’autres situées audessous de la peau de l’aréole ou dans l’épaisseur de ses couches profondes, qui ne diffèrent de la précédente que par leur extrême petitesse. Ces glandules, dont M. Sappey

a donné le premier la description en 1874 (1), ne sont visibles qu’au microscope. Soumises à un grossissement de 50 à 100 diamètres, elles deviennent très-manifestes et se montrent alors tout à fait identiques avec la glande mammaire dont elles ne diffèrent que par leur ténuité. Comme celles-ci, elles se composent de granulations sphériques, se groupant pour former des lobules et des lobules de plus en plus volumineux, desquels naissent des ramuscules, des rameaux, des branches, puis un conduit terminal qui va s’ouvrir perpendiculairement sur la peau. Chacune d’elles semble n’être, et n’est en réalité qu’un grain glanduleux détaché de la glande principale et comme égaré dans la peau autour du mamelon. Ce n’est pas uniquement dans la région de l’aréole qu’on le rencontre. En examinant avec attention les conduits galactophores au moment où ils s’engagent dans le mamelon et le parcourent, il est. facile de constater qu’une foule de glandules semblables sont échelonnés sur ces conduits et les accompagnent jusqu’au voisinage de leur embouchure. Le conduit excréteur des glandules mammaires de l’aréole est en général long et assez large. Très-souvent, avant de s’aboucher sur la peau, il présente un renflement fusiforme. On voit quelquefois sur un même point deux ou trois conduits semblables très-rapprochés, mais dont l’embouchure, cependant, reste toujours indépendante. Si l’un de ces conduits trouve sur son passage une glande sébacée, il se rapproche de celle-ci et s’abouche dans la partie terminale de son conduit excréteur, en sorte qu’il semble alors s’ouvrir au sommet d’un tubercule de Montgomery. Cette connexion, ou fusion des deux ordres de glandes au niveau de leur embouchure, a largement contribué à faire confondre les

(1) Sappey, Traité d’anatomie, 2e édit., t. IV, p. 770.

unes avec les autres, ainsi que l’atteste l’observation suivante et d’ailleurs très-intéressante que j’emprunte à la thèse de M. Duval (I ).

« La première femme sur laquelle j’ai fait mes vecher- » ches était entrée à la Clinique de Strasbourg en travail » d’enfantement : Femme de trente et un ans, accouchant » pour la seconde fois; tempérament nerveux; consti- » tution bonne, sèche; cheveux noirs; auréole brunâtre, » assez large; mamelon bien conformé. Tout autour de la » base du mamelon se voyaient, de chaque côté, cinq ou » six grosses glandes très-développées et très-saillantes; » on en trouvait encore quelques-unes disséminées sur » l’auréole. Quelques heures après l’accouchement, en » examinant les mamelles de cette femme, je constatai » qu’il y avait sur chaque auréole une des glandes de la » base du mamelon qui était un peu plus volumineuse que » les autres, et de laquelle, par la pression, s’écoulait un » liquide séro -lactescent. Je recueillis ce liquide sur une » plaque de verre, et je pris en même temps du lait de la » femme ; je soumis ces deux liquides à l’examen rnicro- » scopique, en présence de M. Morel. Nous ne pûmes pas » trouver de différence entre le lait sorti de la mamelle » et le liquide provenant de la glande auréolaire; ils pré- » sentaient tous deux les caractères d’un lait du premier » jour des couches, c’est-à-dire contenaient encore du » colostrum et des globules laiteux très-inégaux; mais je » liquide provenant de la glande auréolaire ne contenait » aucun des éléments que nous avons vus caractériser la » sécrétion sébacée, c’est-à-dire qu’il n’y avait ni ces çel- » Iules graisseuses (2), ni ces cellules épithéliales si appa-

(1) J. Duval, Thèse de Paris, 1861, p. 48-49.

(2) Les cellules graisseuses et les corpuscules du colostrum, quoirpie

» rentes quand on examine le produit de sécrétion d’une » glande sébacée; et il est certain que si l’on n’avait pas » connu l’origine différente de ces deux liquides, on aurait » affirmé que tous deux provenaient de la môme glande » mammaire. En même temps aussi, pour compléter ce » résultat, j’examinai le produit de sécrétion de quelques » glandes sébacées de l’auréole et du mamelon de la même » femme; il est presque inutile d’ajouter que ce produit » avait tous les caractères de la sécrétion sébacée, et que » la plus complète différence existait entre cette sécrétion » et celle de la glande auréolaire.

» Je continuai l’observation de cette femme, et, dans » les premiers temps, tous les jours j’examinai au micro- » scope, comparativement, les deux produits de sécrétion, » celui de la mamelle et celui des glandes auréolaires. » Pour plus de sûreté, M. Morel avait la bonté de con- » frôler de temps en temps mes observations; toujours la » constitution microscopique de ces deux liquides était » analogue, et le microscope ne. pouvait faire constater » de différence entre eux. Le quatrième jour des couches, » la fièvre de lait s’étant produite, le lait prit ses carac- » tères parfaits, c’est-à-dire que ses éléments devinrent » plus uniformes et moins inégaux entre eux; il en fut de » même du liquide fourni par la glande auréolaire, et cela » continua ainsi jusqu’au moment où la femme quitta la » Clinique. La sécrétion des glandes auréolaires ne pré- » senta jamais aucun des caractères de la sécrétion séba- >' céc : c’était du lait. »

se ressemblant un peu, sont cependant faciles à distinguer les unes des autres. C’est surtout par l’épaisseur de leurs parois que se reconnaissent les cellules graisseuses, parois qui manquent dans les corpuscules du colostrum, ceux-ci paraissant plutôt être une simple agrégation, une agglomération des globules libres du lait.

Cette observation et les conclusions qu’en tire son auteur résument très-bien l’opinion qui, aujourd’hui encore, est généralement adoptée par le plus grand nombre des médecins et des accoucheurs, pour lesquels les tubercules de l’aréole sont des glandes mammaires à l’état de vestiges. — Mais les caractères essentiels des deux ordres de glandes sont si accusés et si différents, les uns et les autres sont si manifestes, qu’il n’est plus permis Ide les confondre; chaque groupe glandulaire a des attributions propres et parfaitement distinctes.

Les conduits lactifères qui viennent s’ouvrir sur la partie colorée de la peau du sein, tantôt par un orifice indépendant, et tantôt par un orifice qui leur est commun avec les glandes sébacées, n’ont pas tous pour point de départ une glandule mammaire intra- ou sous-aréolaire ; quelques-uns proviennent de l’un des conduits de la glande principale dont ils s’écartent pour aller se terminer à une distance plus ou moins grande du mamelon. Ces conduits, détournés en quelque sorte de leur direction normale, sont reconnaissables à leur grande longueur, à leurs flexuosités et à l'étroitesse de leur calibre. Ils offrent, du reste, tous les attributs des autres conduits galactophores. Leur nombre est moins considérable que celui des glandes isolées; cependant, on ne peut les considérer comme rares. En variant les coupes, on finit toujours par en rencontrer un ou plusieurs.

Quelle est la destination de ces conduits et de ces glandes mammaires accessoires ?

En admettant que ces canaux, dont les conduits accessoires sont une dépendance, viennent à s’oblitérer par une cause quelconque à leur extrémité terminale, on comprend facilement que ces derniers auraient pour avantage de les suppléer; quant aux glandules mammaires annexées à la

peau de l’aréole, quelques faits semblent m’autoriser à admettre qu’elles pourraient être appelées dans certains cas aussi à suppléer la glande principale, ou du moins à lui venir en aide, ajoutant le produit de leur sécrétion au produit de celle-ci.

3° Glandes sudorifères. — La peau de l’aréole renferme des glandes sudorifères de toutes les dimensions. Elle en contient un assez grand nombre de petites et de moyennes, semblables à celles que le microscope nous montre dans les autres régions du corps. Mais ce qui les distingue sur la zone colorée du sein, c’est le volume très-considérable que peuvent acquérir quelques-unes d’entre elles. Ces grosses glandes sudorifères ne sauraient être comparées qu’à celles du creux de l’aisselle.

M. Sappey (1), qui a signalé leur existence, fait remarquer qu’elles participent à l’hypertrophie générale de la mamelle chez la femme récemment accouchée, et que certaines d’entre elles sont remarquables surtout par l’extrême enroulement de leur conduit. Celui-ci, qui partout ailleurs et même dans les glandes axillaires offre un calibre uniforme depuis son origine jusqu’à sa terminaison, comprend très-souvent deux parties bien distinctes ; l’une enroulée, d’un diamètre plus petit, l’autre rectiligne, d’un diamètre plus grand, quelquefois cette partie rectiligne, ou conduit excréteur de la glande, présente sur son trajet des rétrécissements et des dilatations alternatifs qui lui donnent un aspect variqueux.

Le muscle sous-aréolaire , dont j’emprunte la description à M. le professeur Sappey (1), « appartient à la » classe des muscles peauciers à fibres lisses. Il s’étend jus-

(1) Sappey, Traité d’anatomie, 2e édit., t. IV, p. 760.

(2) Sappey, Traité d’anat. descript., t. IV. 2e édit., p. 766-767. — Paris, 1874.

» qu’aux limites de l’aréole, où ses faisceaux se dissémi- » nent, se raréfient, puis disparaissent. Il forme par con- » séquent un plan circulaire. Son épaisseur est de '2 à 3 » millimètres, et sa couleur d’un blanc grisâtre. Les fais- » ceaux qui le constituent décrivent des anneaux concen- » triques au mamelon et ne sont pas cependant parallèles ; » en se superposant, ces faisceaux s’entrecroisent sous des » angles très-aigus. Tous adhèrent à la peau, dont ils sont » en réalité une dépendance. Considéré dans son mode » d’action, le muscle sous-aréolaire comprime la base du » mamelon et les parties qui l’entourent. Or, comme tous » les conduits excréteurs convergent vers ce point central ; » comme, d’une autre part, ils présentent dans ce point » un très-grand calibre, il est évident que ce muscle, en » les comprimant, favorise l’excrétion du liquide qu’ils » contiennent. »

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