MARCHE ET PRONOSTIC
Les auteurs classiques qui ne voient entre l'emphysème et la tuberculose pulmonaire qu’une simple relation de coexistence s'étaient préoccupés d’envisager le pronostic selon l’ordre d'apparition des affections.
Le professeur Potain, dans une savante leçon clinique faite en 1890, établissait les formules suivantes :
L’emphysème survenant chez un tuberculeux jeune est plutôt une complication facheuse ; loin d’enrayer la tuberculose, il a toutes chances d’accélérer sa marche.
La tuberculose s’installant chez un sujet déjà emphysémateux, a au contraire une évolution lente, et d'autant plus lente qu’elle apparaît à un âge plus avancé.
Pour M. Bernheim, la guérison de la tuberculose est presque fatale, que ce soient les lésions tuberculeuses qui aient d’abord envahi le poumon, ou, ce qui est plus rare, que le début ait eu lieu par l’emphysème. « L'un des mécanismes fréquents de celle guérison est Pemphysème pulmonaire ». Et de toutes les variétés d’emphysème, il en est un qui enraye surtout la tuberculose,
c'est l’'emphysème généralisé chronique. (Notons en
passant que nous avons nettement indiqué au début de ce travail que e’élait ce seul emphysème que nous avions en vue). Lorsqu'on constate à un sommet des signes d’induration ou de ramollissement, s’il vient à se produire en même lemps de l’emphysème, on peut affirmer à coup sûr la guérison, car le tubercule ne peut plus évoluer sur un terrain emphysémateux.
Nous avons admis, de par nos observations, que ce sont toujours les lésions tuberculeuses qui font les premières leur apparition ; les signes de l’emphysème n’apparaissent que plus tard.
Nous n'avons done à envisager la question du pronostic que sous ce seul aspect.
Pour le juger, reportons-nous à nos observations.
Nous voyons que ces malades sont déjà depuis longtemps aux prises avec le bacille de Koch. Et malgré cela, si leur état général n’est pas absolument bon, il est aussi satisfaisant qu'il peut l’être dans de semblables conditions,
Ils ont maigri, il est vrai, mais cette perte de poids n’a rien de comparable à celle que l’on observe presque toujours chez les gens atteints de tuberculose proprement dite.
Ils crachent peu, et leur expectoration reste parfois sans caractères distinctifs, dans tous les cas ne devient jamais franchement purulente.
On note quelques hémoptysies ; mais elles sont généralement de peu d'importance, sauf chez le malade de l'observation III qui en a eu d’assez abondantes. Malgré
cela, il est dans un état relativement satisfaisant, si
l'on a soin de remarquer qu'il est tuberculeux depuis l’âge de 20 ans.
Il y a aussi des sueurs nocturnes chez quelques malades ; elles sont peu considérables et ne laissent pas au réveil le malade dans cet état d’affaiblissement extrême que l’on observe parfois.
Enfin il n’y a pas de réaction fébrile ; c’est dire que l'organisme se défend bien contre le poison tuberculeux.
La dypsnée que l’on constate chez tous relève de l’emphysème ; elle constitue le phénomène le plus remarqué des malades, celui dont ils se plaignent le plus.
En somme, il est facile de constater que cette tuberculose à forme emphysémateuse est une tuberculose évoluant fort lentement, à allures torpides, sans grand fracas. Elle ne mérite nullement le nom de phtisie, au sens étymologique du mot, 6:13 consomption. Elle ne consume pas l'individu dont la vie disparait peu à peu, elle lui permel une survie parfois très longue ; nos observations sont là pour en fournir la preuve. Cette survie est difficile à apprécier, car ces malades ne meurent pas cachectiques, le plus souvent ils ne succombent pas à la tuberculose.
I ne faut pas oublier qu'ils présentent des lésions d’emphysème, et que comme chez tous les emphysémateux, le danger est au cœur. La respiration est gênée, la circulation est ralentie, se fait mal, l’hématose est défectueuse. Vienne à se produire une congestion du poumon, de quelque nature qu’elle soit, la circulation
devient de plus en plus languissante, le cœur ne peut
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