HISTORIQUE
Les rapports de l’emphysème et de la tuberculose pulmonaire ont été envisagés de façon fort différente par les auteurs.
Les premiers médecins qui se sont occupés de la tuberculose avaient cru remarquer que la coïncidence de lemphysème et de la tuberculose était rare. C’est Louis qui établit le premier cette relation dans ses Recherches sur l'Emphysème des poumons, (1836). D’après lui, les tubercules sont moins communs chez les individus atteints d’emphysème que chez: les autres malades. Il attire en même temps Pattention sur.la lenteur de Pévolution de la tuberculose chez les emphysémateux.
Rokitansky admet également cet antagonisme.
Monneret partage la même opinion ; pour lui, un emphysémateux ne devient jamais tuberculeux. Il s’appuyait pour cette affirmation sur lobservation clinique ; mais il donnait en même temps de ce fait une raison d'ordre anatomique et d’ordre physiologique : dans l’'emphysème, disait-il, il y a distension et oblitération des capillaires, par conséquent entrave à la circulation, les tubercules ne peuvent se développer dans un pou-
mon dont la nutrition est ralentie.
EN
De cette affirmation : Ia tuberculose ne peut se développer dans un poumon préalablement emphysémateux, découlait une conséquence bien naturelle que la thérapeulique devait mettre à profit. Frey inaugura une méthode de traitement basé sur ce principe ; il s’efforça de produire artificiellement de l’emphysème pulmonaire chez des tuberculeux. En Angleterre, Ramadge tenta la guérison de la tuberculose en usant du même procédé thérapeutique. Hâtons-nous d’ajouter que les résultats pratiques ne furent pas aussi encourageants que la théorie aurait pu les faire concevoir.
Cet antagonisme absolu ne fut pas unanimement admis. Déjà, en 1819, Laennec, dans son Traité d'Auscullation, où il décrit les formes vésiculaire et interlobulare de l’emphysème, avait reconnu qu'il n’est pas rare de voir simultanément sur un même poumon des lésions emphysémateuses et des lésions tuberculeuses.
En 1844, Fauvel publie deux observations d’emphysème lié à la tuberculose.
| r x * Quelques années après, Ga
dher, -en. Angleterre, publia 40 autopsies d'emphysémateux ; dix-neuf fois il avait trouvé des tubercules.
En 1855,parut le mémoire de Gallard sur! Emphysème chez les tuberculeux, où lon voyaitquelaseule présence de tubercules dans le ponmon suffisait à amenerla production d’emphysème.
A parir de ce moment, les recherches analtomopathologiques de Hérard et Cornil, de MM. Hirtz et Grancher apportèrent des preuves nouvelles à l’asser-
tion formulée par Gallard.
Peter, professe la même théorie, mais en l'amplifiant. Non seulement lemphysème ellatuberculose cœxistent fréquemment, mais Pemphysème, loin d’exclure la tuberculose, fournit au contraire un terrain éminemment propre à son éclosion: le poumon emphysémateux étant un organe dont la nutrition languit, les tubercules trouvent dans son tissu les conditions les plus favorables pour s’y développer.
En résumé, il y a deux théories franchement opposées sur les rapports de l'emphysème et de la tuberculose.
Pour les uns, il y a antagonisme absolu entre ces deux affections. L’emphysème ne se développe pas chez un tuberculeux, et inversement la tuberculose n’envahit pas le poumon distendu par l’emphysème,
Pour les autres, cet antagonisme n'existe pas ; P’association de l’emphysème et de la tuberculose est, au contraire, relativement fréquente. Témoin les autopsies de Gairdner et les nombreuses observations cliniques. De même Buckart publie une statistique de 18 cas de phtisie aigüe, parmis lesquels 12 avaient été observés chez des emphysémateux.
M. Bard, de Lyon, dans sa thèse de Doctorat, sur la. Phtisie fibreuse (1879) a cherché à concilier ces deux opinions extrêmes. Il fait observer que Laennec et tous les adversaires de l’antagonisme se sont placés uniquement sur le terrain anatomique, Landis que Louis etses partisans ont eu surtout en vue l’emphysémateux avec tout son cortège chimique. Les causes de cet antagonisme sont locales, et elles’ résident en grande