EXPOSÉ DU SUJET
La lecture de lhistorique qui précède suggère plusieurs remarques :
1°) Dans tous les mémoires ou travaux que nous avons mis à profit, on y parleindifféremment de toutes les variétés d’emphysème : tantôtil s’agit d'emphysème partiel, tantôt d’emphysème généralisé aigu ou chronique ; d’autres fois c’est l’emphysème compensateur qui est en cause.
2°) L'Emphysème et la tuberculose peuvent tous les deux envahir le poumon en premier lieu. D’aucuns prétendent que la priorité de la tuberculose est plus fréquente, mais ils admettent néanmoins dans certains cas la priorité de l’'emphysème sur la tuberculose.
3° Les auteurs qui admettent lexistence du poumon emphysémateux tubereuleux (qu'il soit rare ou fréquent, que ce soit la tuberculose ou l’emphysème qui débute) ne voient dans cet ensemble morbide que la coexistence de deux affections : d’une part la tuberculose, d'autre part l’emphysème ; l’une peut appeler l’autre ou au contraire s'opposer à son apparition et entraver son développement ; leurs lésions étant voisines peuvent exer-
cer une influence réciproque, se gêner pour leur évo-
lution ; mais leur nature est bien différente, ce ne sont pas deux maladies rangées dans le même cadre nosologique.
Il nous paraît nécessaire, avant toutes choses, de bien préciser quelle variété d’'emphysème nous avons en vue dans ses rapports avec la tuberculose pulmonaire.
Les travaux de Gallard, Grancher, Hérard et Cornil ont montré que lorsque dans un poumon lésé par la tuberculose, certaines régions de ce poumon sont détruites, les parties restées relativement saines suppléent à l'insuffisance des autres parties, sont soumises de ce fait à une distension exagérée ; les alvéoles se dilatent peu à peu, l’emphysème se constitue progressivement, c'est l’emphysème compensaleur ou vicariant.
Ce n’est pas cet emphysème que nous envisageons. Car il se passe dans le poumon ce qui a lieu dans tous les organes de l’économie ; une partie vient-elle à faire défaut, les autres régions non envahies cherchent par un fonctionnement plus actif à établir la suppléance.
Nous ne considérons pas ici non plus l’emphysème circonscrit qui se développe autour de tubercules souvent fibreux, cet emphysème qui s'accompagne fréquemment de pneumonie intlerstitielle, qui amène des cicatrices et des dépressions à la surface du poumon, et dont les caractères histologiques présentent le même aspect qu'un large réticulum ganglionnaire, ce qui lui a a valu le nom d'emphysème rélicule des taberculeux (Grancher).
I ne s’agit pas davantage de lemphysème généralisé
qu'on observe dans la phlisie aiguë granuleuse où il
constitue d’ailleurs une complication secondaire, conséquence de la dyspnée.
L'emphysème qui nous occupe, c'est l’'emphysème généralisé à un poumon présentant de la tuberculose chronique, cet emphysème qui se traduit souvent à la vue par des déformations thoraciques caractéristiques et durables, à l’auscultation par une inspiration moelleuse et une expiration prolongée, par un ensemble de signes enfin qui fait que nous donnons à certains malades le seul nom d’emphysémateux.
Maintenant que nous avons nettement précisé quel était l’emphysème que nous voulions étudier dans ses rapports avec la tuberculose, nous pouvons formuler en quelques lignes le sujet de notre travail.
Nous nous proposons de montrer que l’emphysème généralisé et la tuberculose coexistent fréquemment, que l’antagonisme entre ces deux affections n'existe pas, comme certains l'avaient prétendu.
Nous examinerons si les deux affections peuvent indiff'éremment se manifester en premier lieu dans le poumon.
Nous nous occuperons de savoir si ces affections n’exercent et ne subissent aucune influence réciproque capable de modifier leur évolution.
Mais ce qui fera surtout l’objet de notre travail et sera sa raison d'être, c’est que nous nous demanderons si l’emphysème et la tuberculose développés dans un même poumon constituent deux affections aussi différentes qu'on les a considérées jusqu’à présent, sil y à entre elles une différence absolue, si leur origine, leur
nature ne présente rien de commun.
Depuis longtemps, M. le Professeur Landouzy, a émis l’idée que l'asthme et l’emphysème, tout comme la pleurésie, ne sont que des formes frustes, des formes larvées de la tuberculose. Il à attiré l'attention sur ce fait que chez tous, « celte tuberculose s’est présentée sous des traits adoucis, sous une forme qui ne lirait pas lœil et qui ne se réclamait presque en rien de la symptomatologie habituelle aux tuberculoses classiques ».
C’est cette idée que nous reprenons dans cette thèse,
en nous limitant à l’emphysème.