C..., 42 ans, maçon
Entré le 16 octobre 1901, salle Saint-Antoine, lit n° 10. (Service de M. Mosny, Hôtel-Dieu, Annexe).
Antécédents héréditaires. — Grands-parents paternels n’ont
pas été connus du malade.
Re Grand-père maternel, mort à 69 ans de ? — Bien portant.
Grand’mère maternelle morte à 67 ans de ? — A toussé trois mois à peu près avant sa mort. Pas d’hémoptysies.
Père mort bacillaire à 47 ans en 1883. A traîné pendant six ans ; toussait, crachait ; pas d’hémoptysies (au dire du malade).
Mère morte à 67 ans, en 1887, de ? — Ne toussait pas, ne
crachait pas.
Antécédents familiaux. — Oncle paternel et tante maternelle, vivants, bien portants.
Le maladeest l’ainé de 8 enfants.
Six sœurs sont mortes à un âge peu avancé. Pas de renseignements précis sur la cause de leur mort. Ne toussaient pas, ne crachaient pas.
Une sœur vivante, la plus jeune, âgée de 32 ans, se porte
bien et son mari est également bien portant.
Femme morte bacillaire à 37 ans, il y a 5 ans. Toussait, cra-
chait, surtout pendant les trois derniers mois.
Le malade a deux enfants :
L’aînée, une fille, morte à 6 mois. Toussait un peu. Chétive. L'autre, un garçon, mort à trois ans et demi, bacillaire, était
un tousseur.
Antécédents personnels. — Né en 1869 à Boulogne (Seine). À toujours habité cette localité jusqu’à ces dernières années. Habite Paris depuis trois ans.
Variole à treize mois.
Pas d’autre maladie.
Buvait deux à trois litres de vin par jour. Pas d’apéritifs.
Pas de liqueurs.
Pas de service militaire (soutien de famille). Deux périodes de 28 jours et une période de treize jours. j
Depuis une bronchite qui date de 17 ans, tousse par quintes, surtout la nuit.
Il y a trois ans, la toux a beaucoup augmenté. Crachait beaucoup à cette époque. Avait en même temps des sueurs nocturnes.
Crache peu actuellement. Tousse peu depuis son entrée à l’hôpital.
Il y atrois ans, quelques crachats sanguinolents.
Première hémoptysie, il y a dix-huit mois, pendant qu'il était en traitement à l’'Hôtel-Dieu. Estimée à un quart de cuvette.
Deuxième hémoptysie sept jours plus tard, de la valeur d’un demi-crachoir environ.
Depuis, à certains moments, quelques crachats sanguinolents.
La dyspnée a commencé à se faire sentir il y a trois ans, se manifeste surtout quand le malade fait un effort. L’essoufflement existe même pour monter un escalier.
Inspection. — Thorax bombé, pas de dépressions sus et sousclaviculaires.
Périmètre thoracique : au niveau des mamelons 92 cm.
— au niveau de l’appendice xiphoïde 89 c.
Toux peu fréquente. Expectoration muco-purulente peu abondante.
Percussion. — En avant, matité aux deux sommets.
En arrière, matité aux deux sommets et dans presque toute la hauteur du poumon.
Sonorité exagérée dans le reste de la poitrine.
Les vibrations sont augmentées des deux côtés.
Auscultalion. — Expiration prolongée bilatérale. Râles sibi-
Ho lants et ronflants disséminés des deux côtés, surtout à la base droite.
Gargouillements surtout accusés au sommet gauche. Craquements dans le poumon gauche en avantet en arrière .
Urines. — Pas d’albumine. Pas de sucre.
Cœur. — N'est pas hypertrophié, ni dilaté. Pas de souffles.
Les bruits sont sourds (emphysème).
Etat général. — Le malade dit avoir maigri. Pourtant l’état général est satisfaisant. Bon appétit. Pas de vomissements.
Pèse actuellement 57 kilogrammes.
Quelques sueurs le matin.
Points de côté assez fréquents à gauche.
L'examen des crachats a donné un résultat négatif.
OBSERVATION V (personnelle).
B..., 49 ans. Camionneur.
Entré le 16 octobre 1901, salle Saint-Antoine, lit n° 13.
(Service de M. Mosny, Hôtel-Dieu Annexe).
Antécédents héréditaires. — Grands-parents morts très âgés. Le malade ne les a pas connus.
Père mort à 72 ans, à l'hôpital Beaujon en 1885, de ?
Depuis l’âge de 37 ans, était asthmatique ; à peu près toutes les nuits, à deux ou trois reprises, élait pris de quintes de toux, étouffait, était obligé de s’asseoir sur le lit: ces accès duraient environ une demi-heure ; ils étaient surtout accentués l'hiver.
Mère morte à 68 ans en 1875, d’une maladie de cœur. Ne tous-
sait pas.
Ca] — D —
: Anlécédents familiaux. — Oncle paternel, mort à 63 ans + Toussait beaucoup et crachait.
A eu 4 enfants: un disparu, une fille mariée bien portante, à les deux autres qui PL et crachaient sont « morts de la poitrine », un garçon à 29 ans, une fille à 20 ans.
Tante paternelle, morte à 76 ans de ? Se portait bien.
Un frère bien portant. Variole en 1870. Agé de 63 ans. Ne tousse ni ne crache.
Une sœur dans une maison d’aliénés, bien portante. > Une sœur morte de la variole en 1870, n’était pas malade.
EE Antlécédents personnels. — Pas marié.
A vécu pendant 12 ans avec une femme qui était bien portante. Pas d’enfants.
Er Né en Seine-et-Oise en 1853.
Venu à Paris en 1879.
Coqueluche à 8 ans.
Rougeole vers la même époque.
Deux blennorrhagies : en 1875 et en 1877.
Syphilis en 1877. « Panaris chancreux >» au pouce gauche, qui a duré deux mois ; au bout desquels roséole et plaques muqueuses en quantité dans la bouche. Soigné pendant 5 mois. Depuis, aucun accident.
Camionneur, puis déménageur.
Buvait 4 à 5 absinthes par jour, et # ou5 litres de vin à l’époque des déménagements ; en lemps ordinaire 1 à 2 litres. Cela pendant une dizaine d'années. Boit moins depuis 7 ou 8 ans.
A fait son service militaire de 1873 à 1878.
A commencé à tousser l'hiver il y a 10 ans.
« Chaud et froid », frissons, il y a8 ans. A cette époque, pre-
mière hémoptysie : un verre environ de caillots,
AS Fe Crachats dès ce moment. Toux et crachats vont en augmentant.
Deuxième hémoptysie il y a 5 ans.
Troisième hémoptysie il y a 3 ans.
Dans les intervalles, les crachats contenaient parfois un peu de sang.
Il y a deux ans, est apparue une dyspnée d’effort, aujourd’hui très accentuée.
Elal acluel. — Poitrine globuleuse.
Périmètre thoracique : au niveau des mamelons 93 cm . — au niveau de l’appendice xiphoïde 90 cm.
Tirage sus-claviculaire et sus-sternal.
Toux fréquente, surtout la nuit et au réveil. Expectoration muco-purulente en petite quantité ; a été plus abondante l’année dernière.
Matité aux deux sommets en avantet en arrière et presque dans toute la hauteur du poumon gauche.
Sonorité dans le reste des poumons, marquée à droite. Vibrations augmentées en avant et en arrière, surtout à gauche.
Auscullation. — Diminution du murmure vésiculaire. Expiration prolongée.
Gargouillements au sommet gauche en avant et en arrière. Râles crépitants à droite et en arrière surtout à gauche dans toute l'étendue du poumon.
Sibilances dans les deux poumons.
Etal général. — Amaigrissement, au dire du malade.
Poids actuel : 60 kilog. 500.
Re
Peu de sueurs nocturnes.
Quelques points de côté.
Bon appétit.
Cœur.— Pointe bat dans le 4° espace, sur la ligne mamelonnaire.
Urines. — Ni sucre ; ni albumine.
OBSERVATION VI (personnelle).
B..., 39 ans. Journalier.
Entré le 19 octobre 1901, salle St-Pierre, lit n° 19. (Service de M. Mosny. Hôtel-Dieu. Annexe).
Antécédents héréditaires, — Le père est mort en 1874 à l’âge de cinquante-huit ans d’une fluxion de poitrine consécutive à un traumatisme thoracique.
La mère toussait un peu plusieurs années avant son décès, mais sans présenter de symptômes nets de bacillose. En 1892, elle meurt de fluxion de poitrine (?) âgée de 72 ans.
Antlécédents familiaux. — Plusieurs frères et sœurs morts en bas âge de méningite.
Un frère très vigoureux meurt subitement en 1889, après avoir eu de la fièvre, du coma (?), à l’âge de trente-trois ans.
Un autre frère qui avait été chétif pendant son adolescence et toussait toujours meurt en 1890, à l’âge de trente-deux ans; le tout évolue en cinq à six semaines.
Un autre frère est vivant, en bonne santé.
Antécédents personnels. — Rien dans l'enfance. Entérites assez violentes à huit ou neuf ans. Fluxion de poitrine à gauche
à douze ans. Seconde fluxion de poitrine du même côté à dix-huit
EM ans. Le malade se plaint peu après d'un varicocèle qui ést opéré par M. Polaillon.
A l’âge de trente-trois ans, le malade a des maux de gorge et de l’obstruction nasale qui appellent une intervention pratiquée il y a seulement cinq mois.
Depuis cinq années environ, le malade se plaint de dyspnée d'effort; il est moins vigoureux, il maigrit.
Il y a quatre ans, on le soigne à l'Hôtel-Dieu pour une pleurésie gauche que l’on ponctionne. Depuis ce moment, il maigrit, a des sueurs nocturnes, quelques filets de sang dans ses crachats.
Elal acluel. — Thorax assez dilaté, d'aspect emphysémateux. Périmètre thoracique au niveau de l’appendice xyphoïde 41 cm. 5 à droite, 41 cm. 5 à gauche. Pas de déviation de la colonne vertébrale.
En arrière, frottements très nets à la base gauche, quelques frottements aussi à la base droite. Craquements surtout au sommet droit.
: En arrière, à gauche, au sommet, sonorité diminuée, vibrations diminuées, respiration affaiblie ; à la base, les vibrations sont égales. }
A droite, au sommet, sonorité moindre, vibrations diminuées, respiration faible ; à la base, les vibrations sont égales.
En avant, au sommet gauche, sonorité, respiration et vibraions sont diminuées. Respiration puérile, un peu soufllante.
Partout, uniformément, inspiration humée, expiration prolongée, diminution du murmure vésiculaire (Emphysème généralisé).
Cœur. — La pointe bat dans le cinquièmé espace intercostal, sur la ligne mamelonnære. Les bruits s'entendent mal à cause
de l'emphysème, mais pas de souffles valvulaires.
Re D F Urines. — Normales. ‘
L'état général est satisfaisant ; les fonctions digestives s’exé-
cutent bien.
= DEEE Martin 3
ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE
Les auteurs ne sont pas d'accord sur les causes premières de l’évolution de l’emphysème pulmonaire.
Deux groupes de théories pathogéniques de l’emphysème sont en présence : les théories mécaniques et la théorie dystrophique.
Des théories mécaniques, l’une prétend que lemphysème provient de l'inspiration forcée ; la seconde invoque l'expiration forcée. Dans la théorie inspiratoire, sous l'influence de l'inspiration exagérée, les parois alvéolaires sont fortement distendues, et l’air expiratoire trop faible ne peut expulser complètement l'air accumulé dans les alvéoles. Laennec, pour expliquer ce défaut d'expulsion de lair, imaginait un bouchon muqueux s’opposant à sa sortie. On a invoqué aussi la contraction bronchique, le rétrécissement inflammatoire des bronches.
D’après une autre théorie, l’emphysème pulmonaire serait le résultat d’expirations exagérées el fréquemment répélées. Les forces expiratrices étant bien supérieures aux forces inspiratrices, il est rat'onnel d'attribuer la production de l’emphysème à l'expiration
forcée. De plus, la toux et l'effort que l’on rencontre le