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CHAPITRE IV

DE L’APPARITION DU POUVOIR MOLÉCULAIRE ROTATOIRE DANS LES ÉIIJEUS DE LA MANNITE ET DE LA MANNITANË.

1. En analysant les laits contenus dans le présent travail, on constate que tous les composés décrits exercent une action plus ou moins énergique sur les rayons polarisés. Tous ces composés, excepté un seul, la mannite diclilorhydrique, dévient vers la droite le plan de polarisation. Il était donc intéressant de s’assurer si la mannite ellemême ne possède pas de pouvoir rotatoire, ou bien si ce composé n’est pas formé par l’union de deux substances également actives en sens opposé, comme cela a lieu pour l’acide racémique ou acide tartrique neutre.

2 . M. Loir, en 1861, était arrivé à un résultat négatif; mes propres expériences viennent confirmer les observations de M. Loir, mais, avant de les rapporter, je crois devoir citer celles de ce savant.

« Je me suis procuré », dit-il, « des mannites de différentes prove- » nances ; pour toutes j’ai vérifié que leurs solutions aqueuses et» » alcooliques n’offraient aucune déviation au saccharimètre, sous une » épaisseur de 200 millimètres. 9 grammes de ces différentes man- » nites (quantité inférieure â celle que contenaient mes dissolutions » aqueuses faites avec 10 grammes de mannite pour AO grammes » d’eau) ont’été transformés en nitromannite, soit par l’acide nitrique » fumant à 50 # degrés Baumé, soit par le mélange de cet acide ave » l’acide sulfurique. Le corps insoluble, la nitromannite, qui s’était » déposé après l’addition de l’eau dans le mélange, a été desséché,

» puis dissous dans l’alcool à 0°,96 ; il m’a fourni une solution qui » déviait très-fortement à droite; ainsi, pour une semblable solution » saturée, j’ai obtenu une déviation de 28 divisions du saccharimètre.

» Les eaux mères d’où s’étaient précipitée la nitromannite renfer- . » ment une proportion considérable de nitromannite. J’avais pensé

» que la partie dissoute était de la nitromannite gauche et que le » dédoublement de la mannite s’était effectué. Mais ces eaux saturées » par du carbonate de soude précipitent une matière visqueuse qui, » lavée à l’eau, dissoute dans l’alcool, dévie aussi fortement à droite. » Je n’ai pu, malgré de nombreuses recherches, obtenir de corps dont » la solution déviât à gauche.

j> La nitromannite traitée parle sulfhydrate d’ammoniaque,d’après >' le procédé de M. Dessaignes, a donné une mannite régénérée inco- » lore, dont une solution faite avec 7 grammes de mannite ainsi » régénérée pour 35 grammes d’eau, ne présentait aucun signe sen- » sible de déviation (1). »

M. Loir considère la mannite, comme « une substance active, mais » dont l’action sur la lumière polarisée serait très-faible et difficile à » mesurer ».

3. J’ai repris ces expériences en opérant sur des dissolutions sursaturées de mannite dans l’eau, dans l’acide chlorhydrique concentré, dans les solutions alcalines. Je me suis servi, pour effectuer les mesures, d’un polarimètre formé d’un analyseur et d’un nicol polariseur taillé d’après les indications de M. Cornu, appareil qui permet d’apprécier les déviations imprimées au plan de polarisation avec une approximation de 2 à 3 minutes.

Toutes les fois que la mannite n’avait pas subi de modification durable de la part du dissolvant, je n’ai jamais observé de déviation supérieure à 2', tantôt à droite, tantôt à gauche, c’est-à-dire une déviation inférieure en grandeur absolue à l’erreur possible. J’opérais avec des dissolutions renfermant de 20 à 35 grammes de mannite dans ICO centimètres cubes de dissolution et sous une épaisseur de 400 millimètres.

Une seule fois, et avec une dissolution faite à chaud, dans l’acide chlorhydrique très-concentré, j’ai observé une déviation de -f- 20', ce qui correspondait à un pouvoir rotatoire de un demi-degré à droite; mais il m’a été facile de constater qu’il s’était formé une notable proportion de manniiane dextrogyre à fort pouvoir rotatoire.

4. Il me semble que l’on doit conclure de toutes ces déterminations que la mannite est une substance inactive. On ne saurait non plus la regarder comme lormée de l’union de deux substances actives en sen: opposé, celle opinion est contredite par les expériences de M. Loir,

(1) Loin, Bulletin delà Soc. chim. de Paris, 1864, p- 113.

elle l’esl également par les miennes. D’une part, je n’ai jamais pu remarquer de facelles hémiédriques sur les nombreux cristaux de mannite que j’ai observés, et qui s’étaieiit déposés, soit de solutions aqueuses, soit de solutions chlorhydriques; il n’y a donc pas de dédoublement par le fait de la cristallisation, comme cela a lieu pour le racémale double de soude et d’ammoniaque.

La mannite, régénérée de la mannite hexacélique qui possède un pouvoir rotatoire de + 18 degrés, ne manifeste aucune action sur les rayons polarisés.

La mannite qui reste inaltérée dans la préparation de la mannilane par l'action de la chaleur sur la mannite, ne possède en solution aqueuse pas trace sensible de pouvoir rotatoire pas plus que la mannite régénérée de la mannilane.

D’autre part, j’ai obtenu avec la mannile un composé cristallisé hémiédrique, la mannite dichlorhydrique ; j’ai observé que la facette hémiédrique était toujours orientée delà même manière, par rapport aux autres faces du cristal. De plus, les solutions faitesavec des cristaux hémièdres choisis un à un donnent au polarimètre, pour la substance active, le même pouvoir rotatoire en grandeur et en direction que les cristaux non déterminables d’où on les a séparés. Ce composé, qui a un pouvoir rotatoire lévogyre de —3°,7, traité par les alcalis, se transforme d’abord en mannilane monochlorhydrique et en mannilane à fort pouvoir rotatoire, composés dextrogyres identiques avec les composés formés directement avec la mannite.

Enfin, j’ai produit la mannite inactive par la fixation de l’hydrogène sur la glycose ordinaire ; substance naturelle unique, bien définie et douée de pouvoir rotatoire.

Il me semble que l’on doit admettre que la mannite est une substance inactive, mais qui acquiert dans ses combinaisons avec les acides, ou par le fait de la déshydratation, la propriété d’agir sur la lumière polarisée. Il y a par le fait de la combinaison création de pouvoir rotatoire, comme cela a lieu par l’action de la chaleur sur l’acide tartrique de synthèse totale (1) ou dans la transformation de l’acide succinique inactif en acide racémique (acide tartrique neutre) (‘2).

(1) Juncfleisch, Bulletin de la Soc. ehim. de Paris, t. XIX, p. 194 ; \ 873.

(2) Pasteur, Ann. ehim. et phys., 3° série, t. LX1, p. 484.

Voici les pouvoirs rotatoires qui ont été déterminés :

Maturité, Ç'*HMO‘S.. 0"

Mannitanea C' 2 H‘ 2 0‘°.. + 6,S

Mannitane |3 (dextrogyre, Loir). +10,4

Mannite dichlorhydrique.. 1.. — 3,75

Mannitane chlorhydrique. q i 8,7

— bromhydrique . -(-22

Mannite hexanitrique (dextrogyre, Loir).

— (solution acétique). +42,2

Mannitane nitrique. -J— 27,‘2

Mannitane hémiacétique (dextrogyre, Schützenberger). .

Mannitane diacétique (Schützenberger). +22,6

Mannitane tétracétique. +23

Mannite hexacétique .... . +18

Mannite chloronitrique (dextrogyre).•.

Mannite bromouitrique (id.).

Si l’on compare entre eux les pouvoirs rotatoires des diverses matières actives dérivées de la mannite, on n’observe aucune relation entre eux, ainsi que cela résulte des chiffres contenus dans le tableau précédent, même dans les séries formées par un même acide.

La température et la dilution m’ont semblé exercer une influence très-faible sur la grandeur de ces divers pouvoirs rotatoires.

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