CHAPITRE
FORMATION ARTIFICIELLE DE TA MANNITE : PRODUCTION D'ALCOOLS MONO¬ ATOMIQUES PAR L'HYDROGÉNATION DE EA GLY< OSE
La formation artificielle de la marmite a été effectuée, pour la première fois, parM. Linnemann (1) avec le sucre de canne interverti par. leS .acides, au moyen de l’amalgame de sodium.
J’ai vérifié ces résultats; j’ai pu de même reproduire en grande quantité la mannile avec la glycose ordinaire dextrogyre; j’ai également trouvé la mannite et le composé isomérique la dulcite, parmi les produits d’hydrogénation du sucre de lait modifié par les acides.
§ 1. — Formation de la mannite avec la glycose.
1. J’ai fait dissoudre 500 grammes de glycose dans environ h litres d’eau bouillante, et j’ai maintenu la solution à l’ébullition pendant une demi-heure, afin d’éliminer tous les composés volatils qui auraient pu exister dans la glycose. La dissolution refroidie a été mise eri contact, à plusieurs reprises, avec de l’almalgame de sodium, renfermant de 3 à h pour 100 de métal alcalin, en avant soin d’enlever l’amalgame appauvri en sodium avant chaque addition de nouveau réactif.
La réaction s’établit tout de suite, mais elle est bien plus énergique quand il y a une certaine quantité de soude caustique déjà formée; à ce moment le dégagement gazeux est presque nul, la température de toute la masse s’élève considérablement et peut atteindre 60 degrés
(1) Linnemann, Anna/en der Chemieund Pharmacie, t. CXV1II, p. 257 ; 1861.
environ, si l’on ne prend pas soin de refroidir le mélange. On est averti de la fin de la réaction quand le liquide, qui s’était fortement, coloré en brun, se décolore et finit par prendre une teinte ambrée; le dégagement gazeux est alors plus abondant. Le poids de métal alcalin employé est sensiblement égal au poids de la matière sucrée mise en réaction.
*2. Les gaz recueillis ne renferment aucun carbure d’hydrogène ni aucune vapeur renfermant du carbone ; ils sont formés par de l'hydrogène mélangé de petites quantités d’air.
3. Le liquide alcalin, renfermant les produits do la réaction, est introduit dans un appareil distillatoire de verre, à l’intérieur duquel il est saturé par de l’acide sulfurique préalablement étendu d’eau. Il est
■ important de faire exactement la saturation et surtout de ne pas laisser d’alcali libre qui, à la température de l’ébullition, pourrait réagir sur les composés organiques solubles et former des composés qui empêcheraient plus ou moins complètement la cristallisation des matières sucrées cristallisables. On chaude le tout de façon à recueillir un litre du liquide distillé, c’est-à-dire le sixième ouïe septième du volume du liquide. Je décrirai, à la fin de ce chapitre, les composés volatils ainsi séparés.
Le résidu de la distillation abandonne une grande quantité de sulfate de soude. On se débarrasse de la majeure partie de ce sel par des concentrations du liquide et des cristallisations successives; à la fin. on enlève le reste du sulfate de soude en additionnant les dernières eaux mères d’un volume il’alrool à 90 degrés double du leur -, on filtre rapidement. La liqueur, concentrée suffisamment, abandonne par le repos une grande quantité de cristaux qui, une fois purifiés par plusieurs cristallisations dans l'alcool à 80 degrés, se présentent avec l’apparence et tous les caractères de la mannite retirée de la manne du frêne.
Les eaux mères de la mannite renferment une grande quantité de laclate de soude, provenant d’une réaction secondaire de l’alcali formé sur la glycose.
4. La matière ainsi obtenue est blanche, inodore, possédant une saveur sucree très prononcée ; elle fond à 100 degrés en un liquide incolore se solidifiant à une température à peine .inférieure. Chauffée sur une lame de platine, elle se volatilise sans laisser de résidu. Elle est soluble dans l’alcool bouillant, peu soluble dans l’alcool froid; l’eau, même à la température ordinaire, en dissout une notable pro-r portion, 15 pour 100 à 14 degrés.
Les solutions aqueuses n’exerceni aucune action sensible sur la lumière polarisée. Cette propriété est remarquable en ce sens que cette matière dérive, dans le cas qui nous occupe, d’une substance unique active dextrogyre, la glycose. Il est difficile de supposer qu’il y ait lé formation de deux mannites également actives et en sens opposé, supposition que l’on eût pu admettre dans le cas de la formation par le sucre de canne interverti, étudié par M. Linnemann. J’insisterai sur cette remarque dans un chapitre spécial consacré à l’étude des propriétés optiques de la mannile et de ses principaux dérivés connus.
5. J’ai poussé plus loin la comparaison des propriétés du produit de P])ydrogénation de la glycose avec la mannite naturelle, en transformant le premier corps en un dérivé hexanilrique C 12 II 2 (Az HOV, fusible à i 08 degrés, explosible, insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool, identique avec le produit dérivé de la mannile. La production de la mannile au moyen de la glycose est exprimée par la formule
C iî H 'J0' 2 +H 2 ==C‘ i2 [l'<0‘2.
C’est une relation analogue à celle qui a été observée entre les aldéhydes ou les acétones et les alcools monoatomiques correspondants.
li. Il était intéressant d’étudier si la mannitane C‘ 2 H' 2 0 10 , composé incomplètement saturé au même litre que la glycose, peut fixer, dans les mêmes conditions, deux équivalents d’hydrogène.
On était d’autant plus autorisé à l’admettre que l’oxyde d’éthylène dérivé par déshydratation d’un alcool diatomique, fixe également, soit deux équivalents d’eau pour régénérer le glycol, soit deux équivalents d’hydrogène pour former l’alcool ordinaire, à la façon des aldéhules. La mannitane, dans ces conditions, déviait donner naissance à un alcool pentalomique