Cicéron, Pro Flacco
essaierons de préciser, ils ont décidé que le mari pourrait acquérir la manus sur sa femme, si les personnes, désirant se prendre pour époux, avaient vécu ensemble pendant une année.
L'usucapion ne transférait la propriété que si la possession reposait sur une /usta causa et s'était prolongée pendant un certain temps. La /usta causa est un fait juridique, antérieur à la tradition, qui dénote chez les parties la double intention d'aliéner et d’ac- : quérir. C’est ce fait qui motive et explique la tradition. Quant au délai nécessaire pour usucaper, il variait suivant qu'il s'agissait d'un meuble ou d'un immeuble ; il était d’une année dans le premier cas et de deux dans le second. Celui qui était en voie d’usucaper devait en outre posséder la chose qu'il détenait animo et corpore, c'est-à-dire qu'il lui fallait toujours avoir cette chose à sa disposition et manifester le désir de se comporter en maître à son égard.
34. — Mais les conditions requises à l’époque classiqué pour acquérir la propriété par lusucapion étaient-elles également exigées pour l’usus à lorigine ? Il est permis d'en douter. Rappelons-nous, en effet, que ce n’est qu'à la longue, par suite des efforts des jJurisconsultes et des progrès de la législation romaine, que l’on est arrivé à préciser le caractère et les conditions de la possession ; il est très probable qu'au début il suffisait d'une simple jouissance telle quelle, pourvu qu'elle fut exercée animo domini. N'oublions pas non plus que l’usus n'est pas la reproduction exacte et fidèle de lusucapion, mais une simple imitation de cette institution.
La Justa causa consistait, en notre matière, dans
la double intention de l'homme et de la femme de se prendre réciproquement pour époux. Pour que la manus fùt acquise au mari, il ne suffisait pas d’une simple tradition de la femme à celui-ci, la cohabita- Lion, simple fait dépourvu de toute valeur juridique, ne se transformait en mariage légitime que si telle était la volonté des parties. Toutefois, cette intention n'était pas suffisante à elle seule; de même que les objets mobiliers ne devenaient la propriété de celui qui les possédait, que s’illes avait eus à sa disposition pendant une année, de même la femme ne tombait sous la anus du mari, que si elle avait vécu avec lui durant une année entière.
35. — Cependant la femme avait un moyen d'échapper à cette conséquence, moyen précisément emprunté à la théorie de lusucapion; elle pouvait quitter le toit conjugal et en rester absente trois nuits consécutives (Gaius, 1, 111); de cette facon, elle interrompait lusus et ne tombait pas sous la manus du mari. D'après Aulu-Gelle. pour que ce résultat fût atteint, les trois nuits devaient être consécutives et entières !.
36. — M. Beauchet * prétend que, par Pusus, la femme n'était pas usucapée, ainsi qu'on le soutient généralement, mais que la cohabitation prolongée pendant une année constituait une possession état destinée à remplacer l'acte de célébration. Ce délai d'un an servait à couvrir l'absence d’autres solennités et à prouver le caractère sérieux el durable de l'union contractée. Aussi, conséquent avec lui-même,