‹ De la médecine opératoire (volume 2)Chapitre 3 sur 22 · SECTION CINQUIÈME · texte numérisé non relu

SECTION CINQUIÈME

DES PROCÉDÉS OPÉRATOIRES

QUE L’ON EMPLOIE POUR l’eXTRACTION DES CORPS ÉTRANGERS.

Lorsqu’il a été question des plaiès de la tête , de la poitrine , du ventre , de celles qui sont faites par les armes à feu, des fistules et des abcès qui arrivent si souvent à la suite de ces dernières , des tumeurs de la vésicule du fiel et de celles qui sont produites par. l’amas de la salive dans le canal de Warthon, j’ai parlé de la manière de procéder à l’extraction des corps étrangers dont ces maladies sont quelquefois compliquées. Il me.reste à exposer comment doit être faite celle de ces corps qui ont été introduits dans une des ouvertures naturelles , qui ont été imprudemment appliqués aux organes qui servent à la génération , ou qui sont formés au dedans de l’œil, dans la vessie urinaire , ou dans la matrice.

Des corps étrangers qui ont été introduits dans une des ouvertures naturelles .

Ces corps sont entrés dans les yeux , dans les oreilles pans l’œsophage, dans la trachée-artère, dans le canal de l’urèthre, dans le vagin et dans le rectum.

Des corps étrangers dans les yeux .

Il arrive souvent que des corps de toute espèce s’introduisent entre les paupières et le globe de l’œil , où ils ne tardent pas à exciter une irritation dont les suites peuvent être funestes. S’ils ont assez de volume pour pouvoir être saisis , on les retire avec des pincettes ; s’ils en ont peu, on les déplace et on les amène au dehors avec un stylet d’argent boutonné à son extrémité. Une petite bande de papier roulée sur elle-même et légèrement mouillée, pour la rendre plus souple, et, dans des cas plus difficiles , un morceau d’éponge fine arrêté au bout d’une tige, et humecté avec de l’eau de rose ou de plantain, peuvent avoir le même effet. On a quelquefois réussi eniaisant entrer au-dessous des paupières quelques graines d’orvale , sclarea pratensis foliis scutatis , flore cœruleo ( Inst. R. H. 179). Fabrice de Hilderc, qui en recommande l’usage, comme d’un moyen épirouvé par l’expérience, dit qu’il se servait, dans la même intention, de ces pierres connues sous le nom d’yeux d’écrevisse , qu’il introduisait entre les paupières et. le globe de l’œil à l’instant du sommeil, et qu’il en a obtenu beaucoup de succès.

Ces moyens suffisent lorsque le corps à extraire est libre ; mais s’il est implanté dans l’œil, il faut agrandir l’ouverture qu’il a faite aux membranes de cet organe, et le retirer ensuite de quelque manière que ce soit. C’est ainsi que Saint-Yves est parvenu à enlever plusieurs fragmens de baleine extrêmement petits , dont les uns s’étalent glissés au-dessous de la conjonciv. 3

S’ils sont ■ libres, leur extraction ne présente pas de difficultés.

S’ils sont implantés dans la substance del’œil, il faut les

promptement en de-

34 DE Ki A MÉDECINE ‘

tive, et les autres n’étaient pas entièrement couverts par cette membrane. Ges derniers furent ôtés avec la pointe d’une lancette. Les premiers mirent dans la nécessité d’ouvrir la conjonctive avec une aiguille à cataracte. Quelques-uns de ces fragmens avaient une ligne et demie de longueur. > -

Fabrice de Hilderi s’est conduit de la même manière pour ôter de dessous la conjonctive une parcelle dé plomb qui s’était glissée derrière cette membrane. Le malade était un enfant qui avait jeté imprudemment du plomb fondu dans de l’eau. Il se fit une explosion violente , et il fut frappé à l’œil par deux parcelles de ce métal, dont une s’était introduite dans l’épaisseur de la' paupière supérieure , et l’autre était entrée dans l’œil. Fabrice regarda comme une circonstance heureuse d’avoir pu faire sur-le-cbamp l’extraction de ce corps; car si l’on eût tardé, il aurait pu survenir une inflammation accompagnée de symptômes très-graves. Quelquefois le corps étranger s’implante dans la cornée. Le même praticien a vu cet accident deux fois. Une scorie de fer sauta dans l’œil d’un ouvrier, et vint frapper la cornée un peu au-dessous de la pupille. Elle était excessivement petite , de sorte qu’il ne fut pas possible de la saisir. La paupière inférieure en était blessée lorsque le malade fermait l’œil. Il y avait une tache de peu d'étendue à la cornée, à l’endroit que cette scorie occupait. La douleur et l’inflammation étaient si fortes , que Fabrice n’osa pas essayer de la déplacer , en agrandissant l’ouverture quelle s’était faite. L’accident durait depuis quinze jours. Fabrice eut recours aux saignées et aux topiques relâchans , qui

OPERATOIRE.

dissipèrent les symptômes dont il était accompagné , de manière que le malade se trouva guéri avec le temps, sans doute parce que la suppuration survenue à l’ouverture de la cornée avait permis au* corps de se détacher et de tomber aii dedans des paupières , d’où il était sorti avec les larmes.

Un malade qui était dans le même cas fut plus heureux. On n’avait pu le débarrasser d’une parcelle d’acier qui s’était engagée dans la cornée, et les symptômes paraissaient devoir être menaçans, lorsque la femme de Fabrice s’a visa d’approcher une pierre d’aimant deToeil, dont les paupières étaient tenues écartées. Lé corps étranger s’élança vers cette pierre , et le malade fut promptement soulagé.

Ce fait , connu de tout le monde , a suggéré à Deshasy-Gendron l’idée d’attirer les corps légers qui pourraient s’être glissés entre les paupières, et qui sont libres, avec un bâton de cire d’Espagne rendu électrique par frottement. Péut-être cependant l’adhérence de ce corps avec la cornée , qui est continuellement humectée , serait-elle^ supérieure à la force d’attraction que la cire d'Espagne pourrait acquérir.

Des corps étrangers dans les oreilles.

Ceux de ces corps qui sont petits peuvent en être tirés ave,c des pincettes, ou amenés au dehors avec un stylet boutonné , un rouleau de papier mouillé à son extrémité , ou un morceau d’éponge fixé au bout d’une tige, comme ceux qui sont engagés entre les paupières. Les injections peuvent être aussi fort utiles pour déta-

Employer

d’âimant.

Ou de la cire d’Es- . pagne rendue élec-

S’ils sont petits.

DE Ii A MÉDECINE

cher ces corps d’avec le conduit auditif, auquel ils adhèrent aisément, parce qu’ils y sont collés par le cérumen dont il est enduit. Si leur présence ou les tentatives nombreuses qui ont été faites pour les tirer ont excorié le conduit auditif et déchiré quelques-uns de ses vaisseaux , de sorte que le sang empêche de les voir , on peut faire sur l’oreille des applications émollientes qui disposent les parties au relâchement , et le sang amassé à se porter au dehors. C’est ainsi qu’en a usé Fabrice de Hilden dans un cas dans lequel une aiguille engagée dans l’oreille commençait à causer de fortes cîqüleurs. Il fit mettre sur cette partie une éponge trempée dans une décoction de racine de guimauve, de graine de fenu-grec , de fleurs de mélilot, de camomille et de hétoine. Le lendemain , l'oreille se trouva vide de sang, et l’aiguille, facile à vpir et à saisir, fut retirée avec de petites pinces.

s’ils sbùt de II s’introduit quelquefois dans l’oreille des corps

et1 substance dont la forme répond à celle du conduit auditif, et molle' qui peuvent se porter à une grande profondeur. Ces corps sont mous, tels qu’une houle de cire, une boule de papier, un pois, une fève de haricot; ou ils sont durs , tels que des noyaux de cerise , une balle de plomb ou de verre , des pierres de forme ronde , etc. On éprouve quelquefois beaucoup de difficulté à les saisir et à les amener au dehors. Voici comment on peut y parvenir. L’oreille malade exposée à un beau jour, on commence par y faire tomber ou par y injecter quelques gouttes d’huile, ou d’une décoction de substances mucilagineuses , pour lubréfier le conduit ; après quoi , s’il s’agit d’une boule de cire, de papier, ou

OPERATOIRE.

d’un pois, on va saisir ce corps avec une airigne, et on le retire avec précaution, de peur de déchirer la membrane qui tapisse le conduit auditif. Fabrice de Fabrice Hilden avait imaginé d’appliquer le tire-fond àl’extrac- de Hilden a~

O r r T j appliqué le

tion de ces corps. Il le conduisait le long d’une canule tire-fond à dentelée à son extrémité , afin qu’elle eût prise sur tion. eux, et de donner au tire-fond la facilité d’y pénétrer à une'pro fondeur assez grande. Fabrice a fait usage de cet instrument en 1096 , pour tirer dé l’oreille un gros pois qui s’y était gonflé, et dont la présence causait beaucoup de douleur. Il a guéri de même, en 1604, la fille d’un apothicaire à Lausanne , laquelle s’était introduit un pois dans chaque oreille un an auparavant. Elle était devenue presque sourde , et dans les temps de pluie elle ressentait des douleurs violentes à la tête , aux bras et aux jambes , de sorte qu’elle ne pouvait prendre de repos. Néanmoins il regarde l’usage de ces instrumens comme dangereux entre les mains des personnes peu instruites et non exercées,; et- il leur fèreiebecde préfère celui du bec de cuiller, qui lui avait été ex- cut1^ \ trêmement utile dans un cas de toute autre importance/ corps ^est soet dans lequel on ne pouvait guère se servir d’aucun autre moyen, puisque le corps à extraire était une boule de verre , et par conséquent de substance fort dure.

Une fille de dix ans, jouant avec des jeunes per- Cas^dW sonnes de son âge , Une d’elles lui jeta dans l’oreille verre^tiré gauche la boule dont il s’agit, laquelle était de la gros- de Hilden. seur d’un pois. Elles ne purent la tirer, et plusieurs chirurgiens appelés l’un après l’autre n’y réussirent pas mieux. Au contraire, la boule fut enfoncée plus avant.

La mère , désespérant que l’on pût en faire l’extraction, s’en rapporta au temps pour le soulagement de sa fille , qui souffrait beaucoup. Ses douleurs d’oreille se calmèrent peu à peu ; mais il lui en restait sur le côté de la tête , lesquelles augmentaient lorsque le temps était humide. Il lui survint de l'engourdissement au bras , aux lombes , à la cuisse et à la jambe gauches, de sorte que toute cette partie du corps était dans un .grand état de langueur. Cet engourdissement fit place à des douleurs aiguës dans les mêmes parties. Une toux continuelle succéda à ces symptômes. Les menstrues ne vinrent plus qu’une fois en trois mois, et en petite quan tité.En fin, après quatre à cinq mois de souffrances, la malade eut des attaques de convulsions épileptiques, et le bras gauche tomba dans l’atrophie.

La mère consulta beaucoup de gens de l’art sans parler de la cause du mal , parce que sa fille ne ressentait plus de douleurs à l’oreille. Fabrice de Hilden fut aussi prié, en i5gS, de voir la jeunepersonne, à laquelle il donna des soins qui furent inutiles. Il commençait à désespérer de pouvoir la soulager, lorsque elle lui conta ce qui lui était arrivé. huit ans auparavant. Fabrice pensa que la présence de la boule de verre pouvait bien être la cause de la maladie, et il détermina la malade à se soumettre à l’opération, à laquelle elle répugnait beaucoup , par rapport aux tentatives infructueuses qui avaient été faites précédemment. Il tira la boule avec assez de facilité, qugiqu elle fût située profondément, et' quelle fût pour, ainsi dire collée parle pus et par les autres humeurs. De l’huile de vers que 1 on fit tomber dans l’oreille apaisa les engourdisse-

mens et les convulsions, et le bras reprit son embonpoint , de sorte que la santé de la malade s’est parfaitement rétablie.

Le procédé suivi par Fabrice a été celui-ci. La malade exposée à un beau jour, de manière que les rayons du soleil tombassent dans l’oreille , il fit une injection avec de l’huile d’amandes douces, dilata le conduit auditif au moyen d’un spéculum dont il donne le dessin, examina de quel côté jl pourrait introduire plus aisément une espèce de bec de cuiller avec lequel il embrassa la boule , après quoi il la tira avec une sorte de violence sans laquelle il n’eût point réussi. - Il avait aussi une petite tenette pour le besoin. Ces deux ins- . trumens sont gravés dan s son ouvrage.

La conduite que Fabrice a tenue dans cette occasion Cas d’un

A ^ v noyau de ce-

serait celle qu’il faudrait suivre, quel que fût le corps rfee* tiré du à extraire , si la substance en était dure. Il serait pos- teur. sible qu’un corps de cette espèce , excitant de la suppuration dans le conduit auditif, les parois de ce conduit se relâchassent au point qu’il sortît de lui-même.

Fabrice en cite un exemple. Un enfant de dix ans reçut un noyau de cerise qui lui fut jeté dans l’oreille droite.

Les gens de l’art auxquels il fut adressé firent des tentatives pour retirer ce corps au moyen d’un crochet > qui causa beaucoup de douleur. Il s’établit un peu de suppuration dans le conduit auditif; et lorsque le père de l’enfant se disposait à le conduire chez Fabrice , il vit que le noyau se présentait au dehors avec le pus dont il était couvert, et il le tira aisément. L’enfant guérit en peu de temps. Fabrice observe avec raison que ce fait ne doit pas encourager à laisser des corps étrangers

Observ. de l’auteur sur une boule de papier dont ,1a présence a causé la mort.

Opération fjg Paul d’Égine.

dans l’oreille , où leur présence pourrait attirer de la suppuration et de la carie , produire la surdité, et donner lieu à la formation de fongosités difficiles à détruire. J’ai vu une boule de papier attirer des maux plus graves, et causer la perte du malade. Il était incertain qu’elle fut entrée dans l’oreille , et les recherches qui furent faites à cette occasion furent si peu méthodiques , que la boule fut enfoncée très-avant, et qu’on crut quelle avait seulement frappé l’oreille sans y entrer. Le malade continua à jouir d’une bonne santé pendant quelques mois. Au bout de ce temps , il fut attaqué d’une fièvre putride maligne accompagnée de douleurs de tête violentes , de laquelle il périt le dix-septième ou le dix -huitième jour. Je fus prié de faire l’ouverture de son corps. La tête me parut mériter une attention particulière. Il ne paraissait y avoir aucune altération au cerveau , lorsque , l’ayant soulevé de dessus la base du crâne, j’aperçus que la partie de ce viscère qui repose sur la face supérieure du rocher du côté gauche avait contracté une adhérence extraordinaire avec la dure-mère. Il y avait à l’endroit de cette adhérence un abcès de peu d’étendue, dont le pus tombait dans la caisse du tambour par une ouverture qui s’était faite à l’os des tempes. La boule de papier était dans cette cavité, dans laquelle elle avait pénétré après avoir détruit le tympan. Elle était couverte de pus. Les asistans furent convaincus, ainsi que moi, que la présence de ce corps avait produit le désordre que nous avions sous les yeux.

On était si persuadé que celle des corps tombés dans 1 oreille pouvait être extrêmement nuisible, que Paul

OPERATOIRE.

d’Égine avait autrefois recommandé de renverser cette partie de haut en bas , et de l’inciser en arrière vers le pli quelle forme a.vec les parties voisines , dans la vue de parvenir au conduit auditif, et de faire sortir le corps en le poussant de dedans en dehors avec un stylet aplati , lorsqu’on n’avait pu parvenir à en faire l’extraction par les moyens ordinaires. Fabrice dAqua- Rejetée par

, , . a i. „ Fabrice d’A.

pendente , apres avoir rapporte le texte meme de eet qUapenauteur , qu’il trouve obscur , et ne pas désigner d’une dente' manière assez positive, le lieu où l’incision doit être faite , rejette cette opération , de laquelle il pense qu’on ne doit attendre aucun succès. Au moment où elle sera pratiquée , la .sortie du sang ne permettra pas d’aller à la recherche du corps étranger, et, quelque temps après, l’inflammation survenue à la plaie s’y opposera également. Il vaut donc mieux, continue-t-il, s’en tenir à l’usage des instrumens introduits dans le conduit auditif , sans faire d’ouverture. Ceux dont il se servait sont une espèce de cuiller proportionnée aux dimensions du conduit, et un stylet dont T extrémité* mousse était courbée en manière de crochet. Le malade gouché sur le côté sain et contenu par des aides , ces deux instrumens étaient introduits l’un après l’autre , de manière à engager le corps étranger dans la cavité du premier, après quoi ils étaient amenés au dehors avec lui. Quelquefois Fabrice faisait usage des pincettes; mais il ne saisissait le corps qu’après l’avoir touché avec l’extrémité de cet instrument, et s’être bien assuré qu’aucune autre partie ne s’était glissée entre ses mors.

Ce procédé est méthodique ; mais que penser de ce- Procédé

décrit par Cclse.

Amas de cérumen.

lui de Celse , qui consiste à faire coucher le malade sur une table du côté de l’oreille affectée, de manière que l’oreille porte sur cette table, et à frapper dessus, du côté qui regarde les pieds ? Dans des cas plus graves , on soulevait la table du côté de la tête , et on la laissait tomber. Il pouvait résulter des commotions dangereuses de cette manière d’agir. Aussi Paré la condamne-t-il. Les modernes l’ont totalement abandonnée.

On doit mettre au rang des corps étrangers qu’il faut retirer des oreilles , les amas de cérumen épaissi , qui remplissent quelquefois une partie du conduit auditif, et qui interceptent quelquefois les rayons sonores , au point que- la membrane du tambour n’en est plus affectée , et que le malade tombe dans la surdité* Les amas dont il s’agit se forment chez les personnes qui n’ont point soin d’elles, et qui n’ont pas l’attention de se nettoyer les oreilles. On les connaît à la dureté ou .à la perte totale de l’ouïe qui en résulte, et en même-temps par l’inspection de l’oreille. Si on expose cette partie à un beau jour , et que, les rayons du soleil y tombent , où qu’ils y soient dirigé avec un miroir sur lequel ils se réfléchissent, on voit que le conduit est bouché par une matière d’un jaune obscur dont il est plus ou moins rempli* Pour l’ordinaire , il est facile de tirer cette matière avec un cure-oreille. Si elle a de la ténacité on l’assouplit avant, et quelquefois on parvient à la délayer au moyen d’une injection que l’on fait dans ce conduit. On n’est pas d’accord sur celle qui convient le mieux. Les uns se servent d’huile, les autres emploient des dissolutions alkalines , des li-

queurs inflammables, de l’eau de savon ou de l’eau pure. Des expériences faites en 1769 par un médecin de Chester, et communiquées à la Société des médecins de Londres , lesquelles se trouvent dans le quatrième tome des Medical Observations and Inquiries, prouvent que cette dernière injection est celle qui convient le mieux , pourvu qu’elle soit poussée dans l’oreille en quantité suffisante, et quelle ait le plus grand degré de chaleur que le malade puisse supporter. L’ouïe se rétablit parfaitement après cette petite opération, dont plusieurs charlatans ont tiré parti pour faire croire aù public qu’ils avaient le talent de guérir toutes les maladies des oreilles ; mais celui qu’ils ont ne s’étend pas au delà de l’espèce de surdité qui est produite par la . cause dont il vient d’être parlé.

Des corps étrangers dans V œsophage.

Lorsqu’un corps tombé dans l’œsophage s’arrête dans ce conduit, il faut l’en retirer ou le pousser dans l’estofliac.

*° Le procédé le plus simple pour la première de Les retirer, ces opérations, consiste à tirer le côrps avec les doigts, s’il est à leur portée , ou avec des pinces dont la forme il faS projet les dimensions varient suivant les circonstances. S’il «orps^stà est enfoncé plus avant , les pinces ordinaires ne peuvent suffire. Il faut en employer de plus longues et de plus iastrumensfortes , qui soient courbes comme celles dont on fait usage pour ^rracher les polypes des narines. Cet instrument et ceux dont il va être parlé doivent être introduits avec précaution. Le malade, assis sur une chaise,

ayant la tête appuyée sur la poitrine d’un aide , qui l’assujettit avec ses mains croisées sur le frpnt, et qui la tient médiocrement renversée , le chirurgien porte le doigt indicateur de la main gauche sur la base de la langue qu’il tient abaissée , et conduit les pinces sur ce doigt,, après les avoir trempées dans l’huile, avec l’attention de les faire glisser le long de la paroi postérieure de l’œsophage , pour s’éloigner du larynx , et ne pas exciter sur cette partie une irritation qui pourrait ajouter à la gravité de l’accident.

^S’ii est Un corps qui serait descendu trop bas pour être à

plus bas. la portée des doigts et des pinces pourrait être tiré au moyen d’une tige de métal solide et courbée à son ex- ‘ trémité en manière de croissant.Un pareil instrument exposerait au danger de déchirer la membrane intérieure de l’œsophage ( si l’on n’avait le soin de terminer le crochet par un bouton olivaïre), et s’il n’était conduit avec beaucoup de prudence. Il a été recommandé pour l’extraction des corps anguleux. On parviendrait également bien , et sans risque , à faire l’extraction de ces corps avec un fil d’argent flexible , plié en anse , et dont les' deux extrémités seraient tordues l’une sur l’autre. Quelquesuns se sont servis d’algalies ordinaires, dans les yeux desquelles ils avaient passé plusieurs brins de filasse d’une manière lâche. J.-L. Petit a proposé pour ce cas une tige de baleine ou d’argent, au bas de laquelle on fixerait de petits anneaux de métal passés les uns dans les autres , en manière de chaîne.

Manière Les anciens faisaient avaler au malade^in morceau ^onge? d’éponge trempé dans l’huile , et qui était retenu par des fils passés en croix dans son épaisseur. Fabrice de

Hilden a ensuite fixé cette éponge à l’extrémité d’une sonde d’argent ou de cuivre , creuse et percée de trous.

D’autres ont pensé que l’éponge serait plus facile à introduire si elle tenait à une tige flexible, telle qu’un brin de baleine. Enfin, J.-L. Petit a rendu ce moyen v\ nstrument aussi sûr qu’il peut l’être» en enfermant la tige de ba- de.J'^’ Pe~ leine dans un tuyau d’argent flexible, fait avec un fil de ce métal aplati et tourné en spirale , et en y arrêtant l’éponge avec un fil de métal plus mince, qu’il croit beaucoup plus sûr que celui que l’on fait avec de la soie, ou avec du chanvre.

On conçoit aisément comment des corps dont la n convient forme est anguleuse , et la substance solide , peuvent suivre l’éponge dans laquelle leurs aspérités s’engagent. des corPs Ceux qui sont mous dbivent le faire plus difficilement. Cependant on l’a vue quelquefois en attirer au dehors , sur lesquels on eût cru qu’elle ne pourrait avoir aucune prise. Cleghorn, médecin de Dublin, a rapporté observ. à la Société des médecins de Londres quelle lui a servi de cleshorn à retirer de Vœsopîaage une plume d’oie, qu’une jeune fille privée de raison s’était enfoncée dans ce conduit pour s’exciter à vomir, et qui lui avait échappé. Un des amis de Cleghorn craignait qu’elle n’enfonçât la plume dans l’estomac , où elle aurait pu nuire beaucoup par sa grosseur. Ce médecin était persuadé que, s’il pouvait pousser l’éponge assez avant, et la laisser gonfler par l’humidité du lieu, elle pourrait s’introduire entre les barbes de la plume et l’amener avec elle. Pour plus de sûreté , il la traversa avec deux cordonnets de fil pour pouvoir l’extraire , en cas qu’elle se détachât de . la tige de baleine.

L’instrument fut introduit deux fois sans succès. On le faisait tourner sur lui-même, dans la vue de donner plus de prise à l’éponge ou aux cordonnets de fil, sur

/ les barbes de la plume; il ne réussit qu’à la troisième

fois , que le corps étranger fut remonté assez haut pour qu’on pût le saisir avec les doigts , après deux heures de séjour dans la gorge. On saigna la malade le soir même , ce qui n’empêcha pas qu’il ne survînt de l’enflammation. Il fallut lui faire une seconde saignée : cet accident se calma , et elle guérit. Si la plume fût tombée dans l'estomac , elle aurait pu causer de’ vives douleurs à ce viscère , ainsi que l’a observé l’auteur du Zodiacus medico-gallicus , sur un maître à chanter, qui fut incommodé pendant deux années, après en avoir avalé une. Les douleurs furent violentes pendant six mois ; ôn n’en a trouvé aucun débris dans ses excrémens. Une autre personne de Dublin a aussi rapporté au docteur Gleghorn, avoir vu tirer de l’œsophage une plume toute semblable, par le même moyen. Ce corps ne céda qu’à la troisième tentative ; le malade n’en a ressenti aucune incommodité; il est venu dès le lendemain remercier celui qui l’avait opéré.

Pousser le 2° Si le corps arrêté dans l’œsophage résiste aux pro-

ger dans cédés qui viennent d’être indiqués , il n’y a d’autre parti

l’estomac. , „ £ ... , , \ r

a prendre que d en faciliter la chute dans 1 estomac , ou de l’y pousser. On est quelquefois parvenu à remplir la première de ces indications, en donnant de légers coups du plat de la main sur le dos du malade , ou en l’excitant à rire. Lorsque la boisson passe, 'on lui fait boire une grande quantité d’eau à la fois. Des corps aigus, mais d’un volume peu considérable, ont quel-

OPÉRATOI UE.

quefois été entraînés par des alimens pulpeux, ou que leur substance rendait propres à être avalés avec facilité , tels que du pain bien mâché, de la bouillie, des purées de diverses sortes, des prunes dépouillées de leur peau, des portions de figues fraîches, des figues sèches retournées sur elles-mêmes. Lorsque ces moyens simples ne réussissent pas , il faut pousser le corps jusque dans l'estomac. Anciennement on se servait d’une tige de métal,; qui s^ns doute était plus grosse à son extrémité que partout ailleurs , et qui était arrondie en manière d’olive ou de boule. Son usage s’est conservé jusqu’à la fin de l’avant dernier siècle. Yerduc la recommande encore. Cependant Paré avait eu recours an poireau , dont la tige flexible lui permet de s’accommoder à la courbure des parties qu’il doit tra- verser. Fabrice d’Aquapendente préférait une de ces grosses bougies dont on se sert pour passer d’un lieu à un autre, et dont on forme ce que l’on appelle des rats de cave. Il voulait qu’elle fût médiocrement chauffée, afin qu’elle perdît sa dureté , et qu’elle fût trempée dans de l’huile. Cette précaution est également nécessaire lorsqu’on se sert du poireau ou delà longue tige de métal. Jean-Louis Petit, qui craignait que le poireau ne cassât dans l’œsophage, et que la bougie trop amollie n’eût pas une solidité suffisante , ou qu’elle ne restât dure et cassante, si elle ne l’était pas assez, lui- a substitué l’éponge montée sur une tige de baleine , laquelle est elle-même enfermée dans une canule d’argent flexible , comme il a été dit précédemment.

Ces moyens doivent être introduits avec les mêmes précautions et de la même manière que ceux qui sont

Si ce corps est volumi-

roenace de suffocation, il faut faire la bronchotomie.

S’il est

destinés à opérer l’ extraction. Quoique l’on ait proposé un instrument propre à être conduit jusque dans l’estomac , et à nettoyer ce viscère avec l’espèce de balai qui' le termine , ce qui lui fait donner, le nom de balai de l’estomac, excutia ventriculi, et que cet instrument ait été décrit sérieusement dans des ouvrages estimables, on ne peut porter ceux dont il vient d’être parlé à une trop grande profondeur. Leur forme et leurs dimensions s’y opposeraient également , à moins qu’on ne se serve de la bougie, sur la force de laquelle on ne peut compter. Si le corps tombé dans l’œsophage paraît être demeuré à la partie inférieure de ce canal , et. qu’il cause de fortes angoisses, on pourrait encore èssayer de faire avaler de petits morceaux d’éponge , et de faire boire le malade par-dessus , ou de lui faire dans l’œsophage des injections d’eau tiède. Le gonflement des éponges peut élargir ce canal ; l’eau injectée peut donner une forte impulsion au corps qui le bouche; mais l’expérience n’a pas assez prononcé sur le succès de ces moyens, pour qu’on puisse les proposer avec beaucoup^de confiance.

Ce qui vient d’être dit suppose que la suffocation produite par le corps arrêté dans l’œsophage n’est pas excessive ; que ce corps, dont la figure anguleuse est connue, peut êtré déplacé, et qu’il ne fait pas saillie au dehors. S’il ést d’un gros volume, et que la pression qu’il exerce sur la trachée-artère intercepte la respiration , comme dans l’un des cas rapportés d’après Habicot, dont il va être fait mention à l’article qui suit, on ne peut se dispenser de pratiquer la bronchotomie , après laquelle on se servira des moyens propres à le

retirer ou à le pousser dans l’estomac. Si , quoique anguleux et d’un volume moindre , il est fortement retenu dans le ^s|e. lieu qu’il: occupe, êt qu’il fasse saillie au dehors, il rlJo- *

est possible d’en débarrasserde malade , en faisant au phagotomie. cou une ouverture qui pénètre jusqu’au dedans de l’œsophage, et qui permette de l’extraire. Verduc, à qui on doit la première idée de cette opération , que l’on a désignée depuis sous le nom d’œsophagotomie, dit que les difficultés qu’elle présente sont bien compensées par le danger de voir périr le malade, si on ne la fait pas. Guattani s’en est occupé depuis, d’après les réflexions qui lui ont été suggérées par un fait qui s’était ' passé sous ses. yeux à Rome. Un homme qui jouait avec une châtaigne bouillie, l’ayant jetée en l’air, ouvrit la bouche pour la recevoir. Il se plaignit bientôt de ne pouvoir plus avaler, et il fut envoyé à l’hôpital du Saint-Esprit. Comme il parlait et respirait aisément , qu’il avait vomi depuis son accident , et qu’il était ivre au moment où il lui était arrivé, on ne pouvait croire qu’il eût avalé la châtaigne. Cependant il continua d’éprouver des incommodités si graves , qu’il mourut le dix-neuvième jour. Guattani ouvrit le cou à gauche , au-dessous du larynx et de la glande thyroïde, qui était fort gonflée. Il parvint bientôt au siège d’un dépôt qui contenait beaucoup de pus , et où la châtaigne se trouva tout entière. L’œsophage était fort resserré au-dessus et au-dessous dè ce corps, et l’abcès auquel sa présence avait donné lieu communiquait avec la trachée-artère par une ouverture que la gangrène avait faite à la paroi membraneuse de ce conduit.

Procédé Guattani , instruit par les observations d’Eustache , Guattam r de Winslow , de Haller , et par celles de Morgagni , que l’œsophage , au lieu de descendre en droite ligne le long de la partie postérieure de la trachée-artère, se porte un peu à gauchi, propose* d’ouvrir le cou de ce côté , dans l’opération dont il s’agit. Le malade placé sur une chaise , le tête renversée en arrière et assujettie sur la poitrine d’un aide, les tégumens, le tissu cellulaire subcutané , et celui qui se trouve entre les muscles sterno et thyro-hyoïdiens , seront incisés en long dans une étendue convenable , et on séparera ces muscles et la trachée-artère d’avec l’œsophage , en tenant les bords de la plaie écartés avec des airignes. S’il se présente quelque gros vaisseaux, on en fera la ligature, ou on fera appuyer le doigt d’un aide sur son ouverture. Enfin , l’œsophage sera ouvert sur le corps étranger , qui sera tiré avec les doigts ou avec des pinces. La plaie n’exige qu’un pansement simple; et quelques expériences faites sur des chiens vivans portent à croire qü’elle guérirait aisément. Ces expériences n’ont offert aucune difficulté , et celle que Güattani a faite en présence de Faget, sur un cadavre humain , ne lui en a pas présenté davantage.

L’Académie de Chirurgie, à laquelle il a fait hommage de son travail, paraît l’avoir adopté , puisqu’elle a joint à l’extrait de son mémoire deux observations sur l’œsophagotomie, pratiquée arec succès sur des hommes vivans , dont un lui a été communiqué par Goursaud , l’un de ses membres. Ce fait est rapporté trop succinctement pour ne pas le transcrire en entier. Un particulier avait avalé un os de vingt-sept

millimètres de long sur quatorze de large. On fit diverses tentatives pour le faire tomber dans l’estomac ; mais ces tentatives ayant été infructueuses, et l’os se faisant sentir à gauche , le père de Goursaud se détermina à faire une incision sur ce corps étranger, dans la vue de procéder à son extraction. Cette opération ne fut suivie d’aucun accident notable. Le malade ne prit rien par la bouche pendant huit jours, et ses forces furent soutenues par des lavemens noürrissans. L’historien de l’Académie ajoute que pareille opération a été faite avec succès par un chirurgien militaire nommé Roland.

Des corps de toute espèce, et surtout ceux dont Quelques la forme est aiguë, peuvent échapper aux procédés rejetés parla dont on fait usage pour les extraire et pour les pousser forment des dans l’estomac, et ne causer long-temps que des in- aices‘ commodités supportables , après quoi ils sont rejetés par la bouche , où ils se fraient une voie à travers les parties, et viennent se présenter au dehors, où ils forment des abcès. Hévin rapporte, d’après Hocstetterus, dans un long mémoire à ce sujet, inséré dans le premier volume de ceux de l'Académie de Chirurgie , qu’un jeune homme qui , pendant son sommeil , avait avalé une pièce d’or qu’il avait mise dans sa bouche, la rendit par cette même voie, au bout de deux ans , après avoir essuyé divers accidens , et être tombé dans un assoupissement qui donna de l’inquiétude pour sa vie. Cet auteur cite aussi quelques exemples de corps étrangers , tels que des épingles , des aiguilles, des arêtès de poisson, lesquels après avoir séjourné plus ou moins long-temps dans la subs-

Principes établis par M. Dupuytren, concer-

ration de l’œsophage.

tance des poumons, se sont fait jour à l’extérieur, et ont été tirés par des incisions qui n’intéressaient que les tégumens.

( Il résulte de ces faits que la pratique chirurgicale relative aux corps étrangers arrêtés dans ï’œsophctge, a été jusqu’ici à peu près dépourvue de dègles fixes et de principes assurés. On voit toujours les chirurgiens appelés pour des cas semblables agir presque au hasard; et suivantla nature des corps étrangers, ouïes pousser jusque dans l’estomac , ou se livrer à des tentatives peu réfléchies pour les extraire, ou bien enfin les abandonner dans le lieu qu’ils occupent, laissant à la nature le soin de leur expulsion. M. Dupuytren a depuis long-temps fixé son attention sur cet objet , et c’est le résultat de ses réflexions et de son expérience que nous allons reproduire ici.

Cet habile chirurgien a imaginé d’abord de pratiquer le cathétérisme de l’œsophage comme on pratique celui de l’urèthre. Cette operation préliminaire est toujours indispensable lorsque le corps étranger ne peut être immédiatement apperçu ou touché; car si l’on ne connaît exactement sa situation il est impossible dé faire agir aucun instrument sur lui d’une manière méthodique. L’instrument dont se sert M. Dupuytren, et que l’on pourrait appeler cathéter œsophagien , se compose d’une tige d’argent flè'xible , quoique résistante , longue de quarante - cinq à cinquante centimètres , et terminée d’un côté par un anneau ou une plaque qui sert à le tenir et à le diriger; de l’autre par une petite boule sphérique qui forme son extrémité exploratrice. Il convient d’avoir plu-

sieurs sondes de ce genre dont la longueur et le volume soient différons , et dont les boules présentent depuis deux jusqu’à cinq à six millimètres de diamètre. Il est facile de voir qu’avec un tel instrument , on ne saurait ni blesser ni même irriter l’œsophage," et que, corn duite jusqu’au corps étranger , la boule fait sûrement reconnaître la profondeur à. laquelle il est arrêté , la densité de sa substance, le degré de. force avec lequel il est retenu, et enfin sa direction longitudinale ou transversale , soit, d’un côté à l’autre.', soit. d?avant en arrière. La boule permet également d’apprécier le volume du corps étranger* de distinguer aisément la.situa? tion et la grandeur de l’espace qu’il laisse libre entre lui et les parois du- conduit. Enfin, l’usage, de cet instrument n’est pas borné aux seuls cas qui nous occupent ,*

M. Dupuytren s’en est servi avec succès pour déterminer le siège et le degré des rétrécissent ens dont l’œsophage est quelquefois affecté, et qui s’opposent à l’exercice de ses fonctions.

Connaissant et la nature et le volume des corps étran- 20 E’extrac-

. 1 • tion des-

gers, ainsi que la force avec laquelle ils sont retenus corps étranle chirurgien peut facilement adopter le parti qui sera aS^conle plus avantageux au malade.; Il ne faut pas oublier dmt‘ que souvent, ce- n’est pas sans occasioner de vives douleurs et sans déchirer la membrane muqueuse que l’on parvient à les extraire ou à les pousser dans l’estomac. Le premier de ees procédés est quelquefois même plus difficile et plus laborieux que l’autre , parce qu’il est opposé au mouvement habituel de l’organe. Cependant , veut-on se servir de la tige recourbée en crochet pour opérer l’extraction, il faut la

diriger vers le côté de 1’œsophage qui ne presse pas le corps étranger, glisser son extrémité jusqu’au-dessous de ce corps, et l’accrocher enfin en la retirant. On évite ainsi des tâtonnemens toujours pénibles , douloureux et fatigans pour le malade.

Le corps étranger est-il situé à la région cervicale , il est possible dé diriger surlui dés pinces longues, recourbées en demi-cercle sur leurs bords, et dont les branches arrondies île sont en contact que par leur extrémité. On les introduit fermées jusques sur le corps étranger; et lorsqu’elles y sont parvenues , on les ouvre de manière à ce que leurs bouts correspondent aux portions libres de ce corps, que l’on saisit dans le sens le plus favorable. De cette manière , on agit avec autant de certitude que si Ton opérait sur toute autre partie du corps.

Accidens^ Quelques personnes ont proposé d’abandonner à FJ séjour des eux- mêmes les corps étrangers arrêtées dans l’œso-

corps étran- et qui, à raison de leur forme, ne peuvent

gers dans r ° 7 A 7 7 r

l’œsophage, être retirés sans de trop grandes difficultés, ou poussés dans l’estomac sans occasioner de violentes douleurs. On “trouve dans les mémoires d’Hévin plusieurs exemples de la sortie dé ces corps à travers des abcès dont ils avaient déterminé la formation. Mais il n’est pas toujours sage de compter sur un aussi heureux événe-, ment. M. Dupuytren a vu l’oesophage enflammé par la présence d’un corps étranger , contracter des adhérences avec la trachée-artère , et s’ouvrir dans ce conduit , de telle sorte ; que le malade rendait par la toux la plus grande partie des alimens et des boissons dont il faisait usage. Il est presque inutile d’ajouter que la mort fut le résultat d’un désordre aussi grave.

M. Dumoustier , chirurgien major à l’hôpital de Saint-Omer^ a recueilli l’observation d’un hoinipe chez lequel un os arrêté dans l’œsophage' déterminâTadhérence de ce conduit avec l’artère carotide , dont l’ouverture détermina une hémorrhagie subitement mortelle. Il faut donc , dans les cas qui nous occupent , ne rien négliger soit pour extraire le corps, ce qui est le plus sûr , soit pour l’enfoncer , opération qui laisse fréquemment aussi le sujet exposé à de grands dangers,.

M. Vacca Bérlinghieri a proposé , pour exécuter Procédé de rœsophagotomie , un procédé fort ingénieux. Cet ha- Beîiilghiéri, hile praticien introduit d’abord dans l’œsophage une canule de gomme élastique , qui est fèndue latérale- pkagotomie. ment dans, une partie de sa longueur. Une tige d’acier, élastique, divisée en deux portions terminées chacune par un demi-bouton olivaire , est placée dans la sonde , et ses branches sont maintenues en contact par le cul-de-sac qui termine celle-ci. Le sujet étant convenablement situé , on incise la peau dans l’étendue d’un pouce et demi à deux pouces , vis-à-vis du lieu qu’occupe le corps étranger et sur le côté gauche de la trachée-artère. Cette incision étant faite, la. sonde remplie par la tige est introduite dans l’œsophage, et la fixant avec la main gauche , on retire de la droite le mandrin , dont la branche externe s’écarte du reste de l’instrument , soulève la paroi œsophagienne et sert de guide au chirurgien. Ainsi exécutée, rœsophagotomie est exempte de tout danger ; elle peut servir à retirer ces corps peu volumineux dont la présence est éminemment irritante, et que l’on abandonnait presque toujours autrefois, parce que l’on n’osait pénétrer

jusqu’à eux. Au reste, il est à remarquer que l’ouverture de l’œsophage n’est ni aussi difficile ni aussi dangereux qu’on l’a cru , et qu’avec des connaissances anatomiques précises on peut toujours parvenir facilement jusqu’à cet organe. Après l’opération, et le corps étranger étant extrait , la plaie doit être traitée comme une division simple, dont la guérison n’est entravée par aucun obstacle ).

D’autres Parmi les corps, étrangers qui tombent dans l’œsodans l’esto- phage , il y en a beaucoup qui descendent le long de causent des ce canal, jusque dans l’estomac. Si la substance de

accidens . . .. .

graves, ces corps est dure, si leurs dimensions sont grandes, si leur forme est aiguë , leur présence attire le plus grand danger. L’art n’offre point de ressources contre les accidens qu’ils oecasionent; mais la nature en a qui semblent surnaturelles. On peut bien faire prendre des substances huileuses et* mucilagineuses, et faire user au malade de bouillies qui , relâchant les parties , et qui enveloppant ces corps, en émoussent en quelque sorte les aspérités ; peut-être ces moyens ont-ils quelquefois favorisé leur sortie ; cependant on conçoit combien peu ils doivent avoir influé' sur plusieurs événemens de ce genre que les observateurs nous ont transmis. On a vu une boucle de soulier qu’un enfant avait avalée en jouant, sortir par les selles 5 un petit couvercle de fer-blanc qui était tombé dans l’estomac d’un autre, une flûte de cent huit millimètres de long, de longs fragmens de lames d’épée, deslamesde couteau entières, une fourchette , une cuillère d’argent, être rendus aussi par l’anus à des époques différentes : mais il arrive- souvent que des corps de cette espèce font pé-

rir les malades , ou qu’ils donnent lieu à des abcès en diverses régions du ventre , d’où ils sont tirés avec le pus que ces abcès contiennent. Enfin ceux qui parcourent le canal des intestins , et qui se présentent à l’ôuvérture de l’anus, percent souvent les tuniques du rectum, et attirent des abcès stercoraux, ainsi qu’il a été dit en son lieu.

(Dans ces derniers temps, plusieurs observations ont démontré que les corps étrangers arrêtés dans le canal intestinal ont provoqué l’inflammation des parois de cet organe , fait adhérer sa face externe au péritoine , et donné lieu ainsi à la formation d’abcès étendus , au pus desquels ils étaient mêlés. M. Dubois a retiré ainsi une lame de fer-blanc qui , après avoir perforé 'l’estomac, s’était introduite dans le colon, et qui, arrêtée dans le cæcum , avait déterminé la formation d’un abcès sfercoral à la région iliaque droite. M. Bouchet de Lyon, a pratiqué avec succès la gastrotomie afin de retirer de l’estomac une fourchette d’argent qu’une femme avait avalée.) '

Des corps étrangers dans la trachée-artère.

Lorsqu’un corps étranger a été introduit dans la i,a brontraehéë-artère , il n’y a d’autre ressource que celle de étT'p^tiquée faire une incision longitudinale aux tégumens du cou juiqu’à et au tissu cellulaire, pour mettre ce canal à décou- ces derniers

71 temps pour ;

vert, et pour le fendre dans la même direction. Plu- extraire les

. , v . - corps étran-

sieurs ont pense a cette opération , que Junkers a près- gers arrêtés

crite d’une manière positive dans son Conspectus medi- ckée-artèsL cinœ chirurgicœ. Comment en effet faire cesser autrement la suffocation et la toux convulsive que cause le

corps dont il s’agit? Néanmoins peu de praticiens ont osé y avoir recours. Bonnet l’avait conseillée en i65o pour un enfant de sept ans, qui, en mengeant du riz cuit dans du bouillon de viande, avait avalé un petit os qui lui passa dans la trachée-artère. Le jeune malade désignait avec le doigt le lieu où le corps étranger s’était arrêté, ce qui répondait à la partie moyenne du cou/ Un autre médecin consulté jugea que l’opération était un moyen inepte, soif qu’il ne fut pas convaincu de la présence de l’os dans la trachée-artère, ou qu’il crût qu’on ne pourrait l’en tirer sans exposer l’enfant à une mort certaine. Cet enfant périt au bout de cinq ' jours, et la trachée-artère ayant été ouverte, on en ôta n t , le corps étranger avec la plus grande facilité. Rau et

sente à Rau Heistér n’ont sans doute pas éprouvé la même conet à^Heister. ... . . • .

tradiction, puisquils ont extrait avec succès, lun un morceau de champignon qui avait été avalé dans un bouillon, et l’autre une ‘fève qui s’était glissée dans la trachée-artère.

Observation Louis n’a pas été aussi heureux dans un cas où Top éde Louis. rat*orl aurap infailliblement sauvé la vie à la malade.

Celte enfant, âgée de sept ans, comme celifi de Bonnet, jouait avec des fèves de haricots sèches , quelle jetait dans sa bouche. Elle crut en avoir avalé une, et fut attaquée sur-le-champ de difficulté de respirer, et d’une toux convulsive extrêmement fatigante. On pensa que la fève s était arrêtée dans la gorge , et on mit en usage tous les moyens que l’on crut propres à la faire descendre dans 1 estomac , ou a la faire rejeter par la bouche : * neanmoins les accidens reparaissaient de temps en temps , et il s’y joignait des convulsions dans

Ce cas s’était cependant présenté à Bonnet en i65o.

tous les membres. Il y avait deux jours que les choses étaient en cet état, lorsque Louis fut consulté. Il trouva la jeune enfant à son séant sur son lit, appuyée sur ses deux poings , et respirant avec peine. Lorsqu’il lui demanda où elle sentait du mal, elle porta le doigt indicateur de la main gauche sur la trachée-artère, entre le larynx et le sternum. La réunion de toutes les circonstances que présentait la maladie lui fit juger que la* fève était entrée dans la trachée-artère , et qu’on ne pouvait se dispenser de l’en tirer par la bronchotomie. D’autres personnes consultées ne pensèrent pas de même; Louis ne put lès amener à son avis. L’opposition qu’elles y mettaient était d’autant plus grande, que l’enfant paraissait aller mieux. Cependant il était survenu un nouveau symptôme que personne n’avait encore observé, et qui n’existait pas deux heures avant. L’enfant avait un emphysème bien caractérisé aux deux côtés du cou, au-dessus des clavicules. On lui administra de l’émétique qui la fatigua. Le troisième jour elle paraissait plus tranquille., quoiqu’elle respirât toujours avec peine : elle mourut dans la soirée. Lorsqu’on fit l’ouverture de la trachée-artère , on vit la fève à la partie supérieure de ce conduit, d’où il fut facile de la tirer avec des pinces.

Rien n’a plus contribué à jeter des doutes surda présence de ce corps dans la trachée-artère que les intervalles de tranquillité assez longs qu’avait la malade. On pensait qu'il devait y causer une irritation Continuelle qui ne permettrait pas les alternatives de bien et de mal qui avaient lieu. Mais ce corps était lisse; il était descendu au-dessous de la glotte , dont la sensibi-

lité est sans doute plus grande que celle de la trachée, et ne causait d’accjdens remarquables que lorsque , porté dans les mouvemens de la respiration vers la partie inférieure de la glotte , il venait en heurter les ligamens et en boucher l’ouverture , de sorte que l’air ne pouvait s’échapper avec sa liberté ordinaire. C’est à cette cause qu’il faut attribuer l’emphysème dont il a été fait mention , parce que l’air, obligé de refluer dans les poumons, a du rompre quelqu’une des cellules bronchiques , s’insinuer dans le tissu cellulaire de ce viscère , et s’étendre de bas en haut, jusqu’à la partie inférieure du cou dont il a soulevé les tégumens. Ce symptôme est vraiment pathognomonique. On a aussi pensé que, si lè corps étranger eût été dans la trachéeartère , il aurait moins tardé à causer une suffocation mortelle ; mais on trouve dans les observateurs , des faits qui prouvent que les malades ont survécu plus long-temps à leur accident. L’enfant de Bonnet, et un autre dont parle Marcellus Donatus , ne périrent que le cinquième jour; le seul accident que ce dernier éprouva était une toux légère , avec un peu d’irritation. Celui qui précéda sa mort fut une toux de la même espèce , dans les mouvemens de laquelle l’enfant devint livide, comme s’il avait été étranglé avec une corde. D’autres enfans, qui avaient également avalé des fèves , et dont l’histoire est, rapportée par Louis, d’après feu de la Romiguière, chirurgien de Paris , et d’après Jïuys , sont morts , l’un le huitième ou le neuvième jour après son accident , l’autre au bout de trois semaines , et après s’être livrés dans cet intervalle aux occupations de leur âge..

Peut-être pourrait-on craindre qu’un corps étranger £es corps engagé dans la trachée-artère ne descendît, par sa pe- t0,“^sch^s santeur, jusqu’au bas de ce conduit, ou qu’il ne fût par tr*^™tSan trop difficile d’en faire l’extraction , après les incisions dessous du convenables ; mais l’expérience répond à ces deux objections de la manière la plus victorieuse. Dans presque tous les cas de cette espèce, on a trouvé le corps étranger vis-à-vis le lieu où la trachée-artère aurait été ou- , verte, si on eût pratiqué la bronchotomie ; et les essais de cette opération qui ont été faits sur des animaux vivans, pour juger de la facilité ou de la difficulté qu’il y aurait à faire l’extraction des corps qui y seraient engagés , ont montré que non-seulement ils restent à la partie supérieure de la trachée-artère , où iis sont ils cherchent portés par l’air qui cherche à s’échapper des'poumons , la glotte, mais encore qu’ils sortent d’èux-mêmes de ce conduit , et qu’ils sont chassés au loin par la même cause , aussitôt qu’on a pratiqué une ouverture capable de leur livrer passage. On doit ces expériences à» M. Favier , alors 0bs. de élève en chirurgie aux Invalides , et depuis membre FaJ^ta ce du Collège 4^ Chirurgie de Paris. Un gros chien , quil avait muselé , ayant eu la gueule ouverte au-dessous de la mâchoire inférieure, par une incision qui permit d’en tirer la langue , M. Favier saisit un moment d’inspiration pour introduire dans la glotte un morceau de squine irrégulièrement arrondi. L’animal eut des mouvemens convulsifs qui firent craindre qu’il ne suffoquât sur-le-champ; mais ces mouvemens se calmèrent assez bien pour qu’on pût différer six heures à lui ouvrir la trachée-artère par une incision longitudinale , qui divisa trois de ses anneaux cartilagineux. Le bis-

touri était à peine retiré, qu’une forte expiration poussa le corps étranger au dehors par la plaie. Ce corps introduit une seconde fois sortit de nouveau; l’expérience a été répétée dix fois avec le même succès. J’ai vu M. Favier introduire dans la trachée-artère d’autres chiens des corps de toute espèce et de toute figure, parmi lesquels il y avait des clous et de petites balles, de plomb; je’ les lui ai vu pousser à de grandes profondeurs avec des instrumëns ; ils n’ont pas moins été rejetés avec force aussitôt qu’il cessait de les contenir.

La difficulté de trouver et d’extraire les corps étrangers engagés dans la trachée-artère ne sera donc plus un précepte pour se dispenser de pratiquer la bronchotomie sur ceux qui seront attaqués de suffocation imminente par la présence de ces corps. Si, après l’incision des tégumens et celle de la trachée, ils ne sortent ni ne se présentent à l’ouverture, on ne doit pas hésiter de les aller chercher avec des pinces ou avec tout autre instrument capable d’en favoriser l’extraction. Il ne reste plus qu’à panser la plaie de la manière la plus simple, et à en favoriser la consolidation par tous les moyens d’usage.

Le procédé opératoire dont il vient d’être parlé peut être employé avec succès en toute autre circonstance. Lorsque la faculté de respirer est très-altérée dans une esquinancie inflammatoire, ou par la pression qu’un corps étranger tombé dans l’œsophage exerce sur la trachée-artère , sans qu’il soit possible de le retirer ou de l’enfoncer , on peut sauver la vie au malade en ou- Seiiif6 vrant la trachée-artère ou le larynx. On a reconnu là S’introduire nécessité de cette opération dès la naissance de l’art.

Hippocrate conseille, dans cette vue, d’introduire un tuyau dans la gorge. Cette mauvaise pratique s’est conservée jusqu’à Asclépiade, qui a proposé de faire une incision au larynx des personnes attaquées de suffocation. Cette opération a trouvé des improbateurs. Cœlius Aurelianus l’a regardée comme 'fabuleuse et téméraire. Cependant elle a été adoptée par des médecins habiles, tels qu’Antilus, Oribase, Aëtius , et surtout par Paul d’Égine, qui l’a décrit ainsi.

« Il faut faire l’incision à la trachée-artère sous le larynx, vers le troisième ou quatrième anneau. Cet endroit est le plus convenable, parce qu’il n’est couvert d’aucunes chairs , et que les vaisseaux en sont éloignés. On renversera la tête du malade, pour que la trachéeartère se porte plus en avant. Nous faisons une section transverse entre deux anneaux, de manière que ce ne soit point le cartilage , mais la membrane qüi les unit qui soit divisée. »

Les Arabes , qui ont succédé aux Grecs, ont aussi approuvé la bronchotomie. Il ne paraît cependant pas qu’ils aient mis souvent cette opération en usage , par rapport aux dangers dont ils croyaient qu’ëîlç pourrait être spivie. Depuis la renaissance des lettres , on est plus généralement convenu de la possibilité delapratiquer. Les exemples fréquens qui se sont présentés de guérisons dé- plaies au cou qui intéressaient la trachéeartère ont convaincu que ce canal pouvait être ouvert avec succès dans les cas qui l’exigent. Fabrice d’Aquapendente est celui qui l’a proposée de la manière la plus affirmative. Il examine et discute savamment toutes les parties de cette opération , dont il connaît

dans la gorge.

Asclépiade le premier proposa la bronchotomie qui est rejetée et adoptée par plusieurs.

•Manière de procéder de Paul d’Égine*

Fabrice d’Aquapendente l’admet et invente la ca«

Cassérius la perfectionne.

An même temps Habi-

savamment toutes les parties de cette opéra-

doDne trois exemples.

les avantages. La canule que l’on a cm devoir placer dans l’ouvertue de la trachée-artère paraît être de son invention. Il veut quelle soit mise entre deux anneaux. Sa forme doit être droite. Il faut qu’elle ait des ailes , au moyen desquelles on puisse l’assujettir. Sa longueur doit être médiocre, de peur quelle n’aille heurter contre la partie postérieure de la trachée. Enfin , Fabrice conseille de ne la laisser qu autant de temps que dure la suffocation, parce que c’est un corps étranger qui blesse , et qui doit causer de la douleur et de la toux.

Cassérius, son élève, parle aussi de la bronchotomie avec soin. Il décrit la manière de la pratiquer. Une première incision doit ouvrir la peau en long, vis-à-vis la trachée-artère. Une seconde faite entre les muscles bronchiques met ce canal à nu, Il est ensuite ouvert en travers au-dessous de la glande thyroïde. Morgagni loue beaucoup cet auteur d’avoir le premier parlé de la glande dont il s’agit , parce quelle peut nuire à la facilité de l’opération lorsqu’elle est gonflée. Cassérius conseille la canule proposée par Fabrice d’Aquapendentê. Elle doit être d’argent , plate , courbée , percée de plusieurs trous en tous sens , et fixée à la nuque par des rubans. Il reconnaît, à l’usage de cette canule, tous les inconvéniens dont Fabrice était convenu.

Pendant que ces deux habiles praticiens recommandaient la bronchotomie dans les cas où elle est jugée nécessaire , ùn chirurgien français (Habieot) cherchait à accréditer cette opération. Le traité qu’il a publié sur ce sujet a pour titre : Question chirurgicale par laquelle il est démontré que le chirurgien doit assurément

pratiquer Topèràiioü de la bronchotomie , vulgairement dite laryngotomie ou perforation de la flûte , ou tuyau.

Ce traité parut en 1620. Outre les raisons sur lesquelles son auteur se fonde, il rapporte plusieurs cas où la bronchotomie a sauvé la vie aux malades. Le premier Les est celui d’une jeuife fille, blessée à la gorge d’un l’occasion, coup de feu qui , après avoir brisé le larynx etpàrticu- des I>lai6S' fièrement la partie gauche du cartilage thyroïde, avait sa sortie au-dessous de l’angle inférieur de l’omoplate du côté droit. Il survint un gonflement si considérable,1 que la malade était prête à étouffer. Habieot introduisit et laissa dans la trachée-artère un tuyau de plomb qui y demeura pendant trois semaines , jusqu’à ce que l’inflammation fût passée’. La malade guérit. La seconde personne à laquelle il ait fait la bronchotomie était un jeune homme blessé de vingt-deux plaies , à la tête , au visage, à la gorge, aux mains, aux bras , à 4a poitrine , au dos , à la verge et aux cuisses, qui lui avaient été faites à coup d’épée , de Couteau et de canif. Le soir du même jour, Habieot s’aperçut que le malade était près de suffoquer par f inflammation et le gonflement survenus à la gorgé; ce qui le détermina à faire une ouverture à la trachée-artère , au-desSoiis de la plaie qui répondait à la partie supérieure du larynx.

La respiration fut rétablie sur-le-champ , et la plaie fut tenue ouverte avec une tente cannelée , jusqu a ce que celle du larynx fût dégonflée; La guérison fut parfaite en trois mois. Louis pense que , sur ces deux- malades , la canule a dû ne servir qu’à tenir écartées les lèvres de la plaie des tégumens, parce que, dans le premier cas, le cartilage 1 thyroïde avait été brisé dans une assez

Le troisième, à l’occasion d’un corps engagé dans le pharynx.

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grande étendue pour ne pas craindre qu’il mît obstacle à l’entrée de l’air; et parce que, dans le second , la plaie faite à la trachée-artère avait permis à l’air d’entrer et de sortir aisément sans le secours d’aucun tuyau.

On trouve dans l’ouvrage d’flabicot un troisème exemple d'opération de la bronchotomie pratiquée avec succès. Un garçon de quatorze ans , qui avait ouï dire que l’or, avalé ne faisait point de mal , « ayant vendu « quelques marchandises à Paris , dont il avait reçu « quelque neuf pistoles , de peur des voleurs , il les em- « paqueta dedans un linge qu’il avala. Mais , ne pou- <c vant passer dans le détroit du pharynx ou gosier, la « face lui devint si épouvantable et difforme, pour fen- « Eure et noirceur d’icelle, que ceux qui l’accompa- « gn oient le mécognoissoient ; de sorte-que, l’appor- « tant chez moi, ne pouvant lui faire dévaller n’y attirer « un tel obstacle dedans l’estomac , tant il étoit serré « par l’enflure de la gorge ; considérant qu’il étouffoit , « après un bon prognostiç, je lui fis la bronchotomie, « laquelle étant faite, il ralloit si impétueusement de « la yiole.nce de l’air, que cela épouvantoit ceux qui « étoient autour de lui ; mais la tumeur et la mauvaise « couleur de la face s’étant évanouies, les assuroit de la « y.ie; et de rechef, après que j’eus introduit la sonde « de plomb ( dans l’œsophage ) pour achever de dé- « valler dans ledit estomac le tampon, lequel, huit à « dix jours après, lç rendit par le siège à divers fois, « et son or ne fut perdu ne si aventuré que sa vie , « qui lui fut restituée par la plaie de la trach.ée-artère , « de laquelle il reçut prompte guérison. »

Il est probable que , le malade ayant été si promptement soulagé , Habicot n’aura pas pensé à entretenir la plaie dé la trachée ouverte au moyen d’une canule , et qu’il aura fait en sorte, de la consolider le plus tôt qu’il lui aura été possible. Dans les deux autres cas, il s’est servi de cet instrument, qu’il décrit en ces termes , au dernier chapitre de son traité : « Quant à la nature de 11 décrit « la tente, elle sera d’or , d’argent ou de plomb; de ijeni^a- « telle grandeur quelle puisse entrer en la capacité de nule'

« la trachée-artère, pour laisser entrer et sortir l’air :

« pour cet effet, elle sera un petit courbée, creuse et « plate, ayant l’orifice assez capable par le dedans, et « par le dehors, elle aura été garnie d’un bord assez « large , tant pour empêcher qu’elle ne tombe dedans « la plaie , comme aussi pour la mieux faire tenir sur « icelle au moyen de deux liens qui l’attacheront à côté « ou derrière le col. Elle sera de telle longueur qu’elle « pénètre en la cavité de l’artère sans toucher à la pa- « roi opposite, pour éviter la toux insupportable qui « en arriveroit. »

Depuis Habicot jusqu’à la fin du siècle dernier, on rencontre un grand nombre de témoignages avantageux en faveur de la bronchotomie , mais personne n’a contribué à la perfection de cette opération jusqu’à Deckers, qui proposa , en 1670, delà pratiquer avec un petit trois-quarts armé d’une canule. Le procédé en est Le troisplus simple , plus facile, et sujets à ce qu il semble, à posé par Demoins d’inconvéniens , si on ne perce la trachée-artère kers,eni675* qu’après avoir mis ce conduit à découvert par une in-, cisioh pratiquée à la partie antérieure et inférieure du cou, entre les muscles destinés à abaisser l’os hyoïde

I)E IiA MÉDECINE

Pauli le re- et le larynx. Pauli , dans ses notes sur Van-Horne, re- Vfavi^edeen vendique cette invention en faveur de Sanctorius, qui Sanctorins. recommande , pour perfeer la trachée-artère dans l’opération de la bronchotomie, le même instrument qu’il avait imaginé pour la paracentèse au bas-ventre. Par ce moyen , on ouvre la trachée, et on place la canule en même-temps, qui s’oppose à la sortie du sang qui pourrait s- échapper des bords de la plaie,- et causer une toux incommode, et peut-être funeste, Dionis , qui ne

Procédé

proposé par propose la bronchotomie que dans le cas de 1 esquman-

Dionis. . . „ . , .

cie inflammatoire, croît qu on peut la pratiquer par un procédé plus, expéditif, moins douloureux, et plus propre à procurer une prompte guérison, que celui qui était en usage avant lui. Cè procédé consiste à exécuter l’opération par une ponction seule, de sorte que le bronchotome ou la lancette ouvre en même-temps la peau et l’entre-deux des cartilages de la trachée-artère, et qu’on ne retire pas l’instrument avant d’avoir introduit le stylet qui doit servir à conduire la canule. Les avantages qu’il lui attribue exigeraient la plus grande attention, s’ils n’étaient Contre-balancés par les ineon- Ses incon- véniens qui semblent devoir en résulter. Il y a peu de vemens. sujets Jont le cou soit assez dépourvu de graisse , pour qu’on puisse sentir l’intervalle des anneaux de la tra* chée-artère. Ce canal , dont la forme est cylindrique, glisse aisément sur les doigts , et son changement de position rendrait l’opération pratiquée à la manière de Dionis j extrêmement difficile. Cette opération exposerait au danger de blesser sa paroi postérieure , parce qu’on ne pourrait pénétrer dans sa cavité à travers lepaisseur des tégumens et du tissu cellulaire.

qu’en employant un degré de force dont il est difficile de fixer, la mesure. Enfin il serait à craindre que la canule introduite dans la trachée-artère ne quittât bientôt ce canal qui monte et descend en beaucoup de circonstances, et notamment dans les mouvemens de la déglutition.

Verduc , avant Dionis , avait réformé le précepte qui concerne la situation du malade pendant l’opération.

Il devait avoir la tête renversée en arrière, et les tégumens ne devaient être incisés qu’après avoir été pincés en travers. Yerduc observe quen faisant pencher la tête en arrière , il est à craindre d’augmenter la suffocation , et qu’on pincerait difficilement les tégumeris du cou sur un homme à qui l’on aurait donné cette position. Il vaut mieux faire garder au malade celle dans laquelle il respire avec moins de peine.

La bronchotomie n’avait été pratiquée que pour re- Bétharding médier à la suffocation que cause l’esquinancie , et à 1714, la sut-

i • . 1 . , , mèïsion au

celle qui est produite par la pression qu un corps etran- nomËre des ger engage dans 1 œsophage exerce sur la trachee- qui exigent artère. Détharding , professeur en médecine à Rostoch, la publia en 1714 une dissertation sous le ti tre de Methodo subveniendi submersis per larjngotomiam, dont l’objet était de prouver que cette opération est nécessaire pour rendredes noyés à la vie, Le principe duquel il part, est que les personnes submergées ne peuvent respirer quand on les a retirées de l’eau, parce que l’épiglotte, abaissée sur la glotte, ferme cette ouverture avec exactitude, et ne laisse aucun passage à l’air.

Des observations faites avec beaucoup de soin par Louis prouvent que la gotte est ouverte et libre chez Louis

prouve qu’elle est inutile dans

Danger de cette opération par rapport aux veines thyroïdiennes inférieures.

les noyés comme chez les personnes qui périssent de tout autre genre de mort, et que la leur est causée par l’eau qu’ils ont inspirée forcément, et qui, se mêlant à l’air et à la mucosité dont les cellules bronchiques etles bronches sont remplies dans l’état ordinaire, obstrue et bouche ces cellules et ces tuyaux, de manière que l’air ne peut plus s’y introduire. Mais si Détharding s’est trompé sur ce point, il n’a pas méconnu les avantages de la bronchotomie dans toute autre circonstance , et le peu de risque que courent ceux sur qui on est obligé de la pratiquer. Il dit qup les tégumens et la membrane qui unit les anneaux de la trachéeartère étant les seules parties qu’il faille inciser, on n’est exposé à blesser ni des vaisseaux ni des nerfs de quelque conséquence.

S’il ne se présente pas de nerfs dont la grosseur soit considérable, dans le trajet de l’incision que l’on est obligé de faire, on ne peut dire qu’il ne s’y trouve pas de vaisseaux sanguins. La glande thyroïde envoie inférieurement à la veine sous-clavière gauche, des veines qui , après s’être ramifiées à sa face antérieure , se réunissent en deux troncs, dont celui qui est à gauche rampe le plus ordinairement au devant de la trachéeartère , dans l’intervalle qui sépare les deux muscles bronchiques, à leur partie inférieure. Ces troncs n’en forment plus qu’un à l’endroit de leur insertion , dans le plus grand nombre de sujets. Quelquefois ils restent séparés. Quelquefois aussi l’un d’eux aboutit à la souclavière gauche , et l’autre à la sous-clavière droite. Le gauche peut être intéressé dans l’incision du tissu graisseux qui couvre la trachée-artère. Ce canal a lui-

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