‹ De la médecine opératoire (volume 3)Chapitre 12 sur 22 · BONT ON FAIT. USAGE BANS I.E TRAITEMENT DES TUMEURS · texte numérisé non relu

BONT ON FAIT. USAGE BANS I.E TRAITEMENT DES TUMEURS

I® Des Tumeurs inflammatoires avec étranglement.

(Lorsque lesparties du corps sontcomprimées pendant leurs inflammations, ou lorsque des obstacles s’opposent à ce qu elles se tuméfient et s’étendent librement à mesure quelles reçoivent les bquides que l’irritation appelle dans leur tissu ; dans ces circonstances , disonsnous , les accidens qui caractérisent la phlogose deviennent très-intenses et se terminent rapidement par la gangrène ou la mort des organes incarcérés. Les tissus qui compriment les autres, distendus par eux, partagent aussi les effets de cette pression , et il n’est pas rare de voir la maladie se terminer par la mortification commune des parties comprimées et des parties comprimantes. L’observation de ce phénomène , sur lequel M. Dupuytren a le premier fixé l’attention des pathologistes, est d’une grande importance en chirurgie pratique. Les étranglemens dont il s’agit sont fréquens à l’occasion des plaies d’armes à feu qui ont traversé des membres entourés par de fortes aponévroses ; la phlogose du tissu cellulaire sous-aponévrotique du crâne à la suite des plaies de tête, en présente de nombreux exemples ; enfin , l’inflammation du tube

intestinal ou de l’épiploon dans les hernies , est le résultat de l’étranglement de ces organes , et reçoit , de cette circonstance , un nouveau degré de violence et d’activité.

L’indication principale que les chirurgiens . doivent Indication

^ ^ ° . ^ . générale que

remplir dans tous les cas d étranglement consiste à in- présentent ciser les parties qui compriment les autres, et à rendre, mens.^'^^ par cette opération , à celle-ci , toute la liberté dont elles ont besoin. Les procédés qu’il convient de mettre en usage , varient suivant la situation et la nature des maladies et des parties affectées : ils sont indiqués dans les diverses parties de cet ouvrage. Mais nous devons jjes tuajouter ici quelques remarques concernant deux espèces de tumeurs inflammatoires dans lesquelles l’étrangle- l’et>'angie-

A O ment joue le

ment joue le rôle principal : il s’agit du furoncle et de principal l’anthrax. ' /

La peau présente à sa face profonde une multitude a. Du fade cloisons fibreuses qui se détachent du derme et s’unissent au tissu cellulaire sous-cutané. Ces cloisons circonscrivent des loges plus ou moins larges , qui renferment un paquet de tissu adipeux et de rameaux nerveux et vasculaires qui vont s’épanouir à la surface libre des tégumens. C’est dans l’inflammation isolée d’un ou d’un très-petit nombre de , ces paquets celluleux que consiste le furoncle. La tumeur qu’il forme , d’abord dure, arrondie, circonscrite, très-douloureuse, devient incessamment plus rouge à l’extérieur; elle s’élève en pointe; son sommet brunâtre s’entr’ouvre, et laisse s’écouler une petite quantité d’un pus séreux.

Bientôt après le bourbillon lui-même se présente , expulsé par les efforts de la nature , et la cicatrice résulte

Traitement qu’il réclame.

B. De l’an-

4o4 de la médecine

du rapprochement, ordinairement rapide, des parois du foyer.

La phlogose débutant par le tissu adipeux dont il a été précédemment question , elle tend à lui communiquer plus de volume , à l’étendre , en meme temps que la cloison fibreuse qui le contient réagit sur lui et le comprime. Il résulte de là des accidens inflammatoires très-violens et une gangrène: rapide de l’un et l’autre organe.

Presque toujours sympathique d’une irritation gastro-intestinale , le furoncle réclame d’abord comme, moyen de traitement les médications propres à détruire cette irritation. S’il est peu considérable et qu’il n’occasionné que de faibles accidens , on peut l’abandonnér à lui-même. Dans le cas contraire, et surtout che^ les femmes , lorsqu’il entretient une ‘fièvre violente , l’agitation, l’insomnie, et d’autres pbénomènes^graves , il faut inciser 'crucialément son sommet. Gette légère opération détèrmine une saignée locale salutaire 5 elle rend aux tissus incarcérés leur liberté , et tous les accidens s’apaisent. Le bourbillon sort immédiatement , et la tumeur, couverte de cataplasmes émolliens , est bi^tot guérie.

L’anthrax ne diffère du furoncle que par son étendue- et la .multiplicité des paquets celluleux qui sont enfiammés à la fois. Les auteurs ont distingué deux espèces d’anthrax, l’un qu’ils ont appelé bénin], et l’autre qpi’ils désignaient par letitre àe malin. Maisil est évident qu’ils confondaient sous cette ^iernière dénomination 4a pustule maligne ou le charbon pestilentiel.

Gommé ié furoncle , l’anthrax proprement dit , sur-

OPÉRATOIRE. 4o5

vient le plus ordinairement aux parties du corps où la peau est la plus épaisse et où les paquets celluleux, dont l’inflammation le constitue, sont le plus développés et le plus abondans; les fesses, la région : dorsale , la nuque , les parois du thorax, les épaules,\y sont le plus exposé. Les accidens qui signalent l’apparition de l’anthrax sont des plus graves , à raison de l’étendne de parties qu’il envahit. La tumeur est d’un rouge brün, dure -, très-doidoureuse ; il s’ouvre à son sommet une multitude dé petites ouvertures qui laissent échapper la suppuration et qui bientôt se confondent en une seule excavation , dont lè fond grisâtre est formé par la réunion des paquets celluleux frappés de mort.

D’abord borné à un espace circonscrit, l’anthrax s’étend fréquemment au loin, malgré l’ouyerturè de son centre^ et, précédé par une Tougetir érésypélateuse des parties qu’il affecte , il entretient la fièvre ainsi que tous lés autres accidens, et détermine , dans un assez grand nombre de cas , la mort des sujets si l’on ne parvient à limiter ses ravagés.

Les anciens recouvraient ordinairement l’anthrax Traitement de substances grasses et emplastiqùes ; et, lorsqu’ils le ^ soupçonnaient de malignité, ils n’hésitaient pas â ap- pUquer des caustiques à son centre. Ces moyens , aidés de l’administration de boissons stimulantes à l’intérieur, étaient plus nuisibles qu’utiles , et la tumeur ne cessait de s’agrandir, qu’après avoir envahi une grande étendue de parties. Les modernes , connaissant mieux la nature de la maladie, l’ont combattue par des moyens plus rationnels et plus efficaces. Ôn est parvenu à faire avorter des anthrax, à leur début, en appliquant un

4o6 'DK la'médecine

grand nombre de sang-sues autour de leur base et en laissant long-temps et abondamment saigner les piqûres faites par ces animaux. Les réfrigérans ont quelquefois réussi 5 mais leur action répercussive pourrait devenir dangereuse. Il faut préférer à ces moyens l’incision., cruciale de la tumeur, dont M. Dupuytren a démontré les avantages. Cette incision doit s’étendre à: toute la profondeur de l’anthrax et dépasser les limites de sa circonférence. Si la tumeur, était très-volumineusè , il faudrait pratiquer une incision suivant la longueur de chaque lambeau,’ de manière à former une croix: à huit branches.. Des pressions; exercées^ sur la tumeur feront sortir , des lèvres des incisions , du sang, du pus, et les bourbillons quelle renferme. Cette opération est le moyen le plus puissant' qu’il soit possible d’employer ; elle permet au pus. déjà formé d’évacuer les cellules qui le contenaient , elle fait cesser la distension des cloisons fibreuses et la compression des tissus enflammés ; elle prévient l’extension de la mortification ; elle limite la durée du travail nécessaire à l’élimination des escharres; elle arrêteles progrès de la maladie dont elle diminue la longueur et les dangers. C’est à elle qu’il faut avoir recours toutes les fois que l’anthrax est un peu volumineux. On doitla préférer aux; scarifications dont on a sillonné la tumeur, ainsi qu’à l’incision ' circulaire recommandée par M. le professeur Lallement.

Les plaies qui résultent des incisions seront pansées avec des plumasseaux trempés dans une décoction légèrement excitante , la tumeur devra être recouverte d’un cataplasme émollient , et les pansemens midtipliés d’après l’abondance de la suppuration. Il faudra con-

tinuer, à chaque pansement , et jusqu’au dégorgement parfait des parties , les pi'essions destinées à favoriser la sortie des débris du tissu cellulaire gangréneux. Il est inutile d’ajouter que l’on devra employer à l’intérieur, les moyens les plus propres à remédier à l’état d’embarras et d’irritation du tube intestinal. )

a® Des tumeurs faites par le pas.

Ces tumeurs portent le nom d’abcès. Le pus qui les forme provient, le plus souvent , de phlegmon d’érésypèles ou de rhumatismes qui se sont terminés par suppuration. Quelquefois il est déposé dans le lieu qu’il occupe par l’effet d’une crise qui termine la fièvre de mauvais caractère, ou il y est porté par la pesanteur. Enfin il y a des abcès qui sont formés par la présence de corps étrangers, ou par l’effusion de liqueurs excrémentitielles sorties des canaux qui les contiennent; de telle sorte que les abcès sont phlegmoneux, érésypélatcux , rhumatismaux critiques , métastatiques , ou dépendans d’une des dernières causes dont il vient d’être parlé.

A. Des .Abcès phlegmoneux.

La manière de procéder dans le traitement de ces tumeurs varie suivant le lieu qu’elles occupent. Je vais danc exposer celle qui convient lorsqu’elles sont placées au-dessous des tégumens, et lorsqu’elles ont leiu siège dans divers organes.

L’indication géitéralè que présentent les abcès, est

Abcès situé»; au-dessousdès tégn-

4o8 de ia médecike

d’évacuer le pus qu’ils contiennent au moyen d’une ouverture pratiquée à l’endroit où ils font le plus de saillie j et, autant qu’il est possible, au lieu le plus déclive, afiw que le pus, qui doit continuer à s’écouler des parois de leur foyer , se porte plus facilement au-de- Les aLcès ' hoi’s. CepeUdant tous ceux qüi sont situés au-dessous pas étrrouT des tégumens ne doivent pas être ouverts. Il y en a qu’il paraît mieux d’abandonner à eux-niémes. La cause qui les a produits , en écartantle tissu cellulaire qui est le siégé de toute inflammation ^ a nécessairement aminci la peau à l’endroit qui lui répond. Le pus la soulève j il la tend et parvient à la percer 5 cette hunieur s’écoule pat ünè OU par plusieüfs ouvertures 5 la partie se àé-^ gOrgë ; la tiiméfaction des parties Voisines se dissipe ,( les parties së rapprochent et le mal guérit. Il ne faut donc que faciliter la niatufité de ces sortes d’abcès par des applications émollientes et relâchantes , telles que ~ lés eataplàsftiës préparés avec la farine de graine de lin . Ou là rtiie de pàih râssis , cuites dans- de l’eau de gnintaUve Ou dans du lait 5 ou avec la pulpe des hérheséfftolliën tés Seule j Ou ren du ë OnctUeuSé par le mélan ge d’une substance grasse , comme le sain-doüx ou l’onguent basilicum , ou simplement l’emplâtre d’onguent de la mère ou de diâcbylüm gomméi Lorsque la tU-, meur est ouverte , on insiste sur l’un de ces moyens autant que êela paraît nécessaire. '

On à toujours recommandé de traiter les abcès qui sütTiënneù't au visage -, aù cou 5 et aux mamelles des féthnies comme il vient d’être dit , pour éviter la difformité qui résulterait de la cicatrice , si ces abcès étaient ôUveftSt Gortthient les succès journaliers qüe l’ôn ob-

tient en suivant cette manière d’agir n’ont-ils pas engagé à l’appliquer aux autres abcès de la même espèce , tels que ceux des aisselles, des aisnes, et ceux qui arrivent eti quelque partie du corps que ce soit, et (pii ont leur siège aù-dessous des tégumens.»^ Je puis assurer qu’elle réussit égâlement bien, et que la guérison qu’elle procure est exempte de tout inconvénient. Aussi Oti’ouvrâi-je plus les abcès par fluxion , que lorscpi’ils sont situés profondément, ou lorscpi’ils sont sous des^ aponévroses.

Ceux-ci ne parviennent pas aussi facilement à la maturité, et cette maturité doit être provoquée par un usage plus long des tc>piques qui viennent d’être indiqués, et surtout des cataplasmes faits avec la pulpe dès herbes émollientes , à laquelle on ajoute quelquefois les oignons de lis ou des oignons ordinaires, du' levain et quelques corps grâs. On les reconnaît à la diminution des symptômes de l’inflammation qui a précédé , à l’empâtement qui s’élève sur le foyer de l’abcès, et à la fluctuation qu’il présente. Lorsqu’on . appuyant alternativement les doigts sur divers points de l’abcès, elle se fait sentir d’une manière distincte, il ne faut pas hésiter à procurer une issue au pus , en faisant une ouverture convenable. Cette ouverture doit être pratiquée avec l’instrument tranchant , dans le lieu où la tumeur fait le plus de saillie, et en même temps à sa partie la plus déclive , suivant la rectitude de la partie sur laquelle on opère, et d’une étendue proportionnée à la quantité d’humeur amassée et à la profondeur du lieu quelle occupe; c’est-à-dire qu’elle doit être plus grande lorsque l’abcès est plus considé-

A moins

soient situés profondé-

des aponé-

Manière d’y procédeF.

4lO

rable , et qu’il est situé plus profondément; et wc<f ■versa. Cependant il est rare qu’elle doive avoir plus de quarante millimètres de longueur, quelles que soient les dimensions de l’abcès qu’on se propose d’ouvrir. Elle sera toujours assez grande si le pus peut s’évacuer aisément. Dans le cas où la forme ou la grandeur du foyer ne permettrait pas d’obtenir cet avantage d’une seule ouverture, il faudrait en faire plusieurs, soit en retenant le pus par l’application d’un tampon de char- ' pie sur la première, soit en glissant un ou deux doigts ou une sonde dans le foyer de l’abcès, pour tendre les tégumens à l’endroit où la seconde doit être faite.

Cette ouverture se pratiquait autrefois avec Une lancette fort large destinée à cet usage , et que l’on nommait lancette à abcès. Ori se sert à présent d’un bistouri que l’on plonge dans la tumeur, et avec lequel on coupe avec plus de facilité. Si l’abcès était au voisinage de, quelqués gros vaisseaux ou ; de toute autre partie qu’il fallût ménager, il serait prudent de plonger le bistouri de manière que le dos de cet instrument fût tourné vers le fond de la tumeur, et que son tranchant le fût du. côté des tégumens , et de le conduire comme si on se servait de la lancette, de peur que la résistance que la peau offre à son action n’obligeât à appuyer avec trop de force, et n’exposât à blesser les parties intérieures. En cas que l’ouverture ne.se trouve pas assez grande, il est aisé d’en augmenter l’étendue en portant le doigt indicateur d’une main au-dessous de l’un des angles de la plaie pour tendre les tégumens, et en incisant vers l’autre.

La tumeur ouverte , le pus s’écoule. Il ne faut cou-

OPÉRATOIRE. 4n

vrir la partie, dans les premiers instants, qu’avec un linge , et l’envelopper avec le drap qui avait été placé dessous pour recevoir l’humeur. Lorsqu’elle paraît suffisamment dégorgée, on se contente d’appliquer dessus un cataplasme ou un emplâtre, ou on introduit dans l’ouverture une bande de linge effilée ou une mèche de charpie pour servir de filtre au pus , et pour empê- , cher que les bords de cette ouverture iie se rapprochent trop tôt. Les pansemens suivans sont presque les mêmes , excepté que la bande de linge ou la mèche de charpie sont graissées avec un peu d’onguent. Les premiers ' jours passés , on ne couvre la plaie qu’avec un plumasseau sec et avec des. compresses qui sont contenues par quelques tours de bande.

Il n’y a pas.de doute qu’il ne se fasse quelquefois des .4bcèg du collections de pus dans l’épaisseur ou dans les cavités du cerveau. Ges abcès sont nécessairement mortels, parce qu’ils sont hors de la portée des procédés opératoires. n n’y a que ceux qui occupent la superficie de ce viscère , et qui se forment à l’occasion d’üne plaie aux tégumens et au crâne qui a mis le lieu où ils résident à découvert , qu’on pourrait vider en y plongeant la pointe d’un bistouri. Mais combien doivent être rares les occasions dans lesquelles cette opération puisse être pratiquée! Combien d’incertitude dans les signes que . de semblables abcès peuvent donner de leur présentée !

Enfin combien de prudence il faudrait pour ne; porter l'instrument qu’à la profondeur nécessaire , pour éviter dé donner atteinte aux vaisseaux qui rampent entre 1^ circonvolutions du cerveau., et, pour ainsi dh’e, à sa superficie! Il a été parlé de ces abcès à l’occasion des

Abcès des yeux.

Ils sont de plusieurs espèces.

Grands abcès des

Iicurs signes.

plaies de la tête qui pénètrent au-dedans du crâne , et les difficultés de l’opération qu’on croirait pouvoir leur être appliquée n’ont pas été dissimulées.

" Une inflammation violente aux yeux peut être suivie d’abcès, dont le pus occupe toute la cavité intérieürê de cet organe , ou est logé dans le lieu destiné à rece^ voir l’humeur aqueuse, ou dans l’épaisseur de la cornée. Ceux de ces abcès qui résultent de la fonte totale de l’œil n’ont pas de nom particulier : les autres sont connus sous ceux d’hypopion et d’onguis.

Les grands abcès s’annoncent par lès symptonies les plus menaçans , tels qu’une douleur profonde à roéil et dans toutes les parties de la tête, une fièvre ardente^ une grande agitation , de l’insomnie et du délire. S’il s’y joint des pulsations ou battemens marqués ; si les accidens inflammatoires , après être parvenus au plus haut degré, se calment sans diminution de volume de l’œil quis’élève inégalement, en quelques points de son étendue; s’il survient des frissons irréguliers, et que des douleurs, tensives succèdent aux battemens que le malade a éprouvés, on peut croire qu’il s’est formé' un abcès dont le pus doit être évacué. On a vu périr des malades, parce qu’une crainte mal fondée avait empêché de donner issue à ce pus ; et d’autres n’ont échap^ au danger qui les menaçait que par la crevasse spontanée de l’œil, et par l’écoulement qui en a été la suite. Il faut donc y pratiquer une ouverture assez grande pour que l’humeur sorte en entier. Cette ouverture se fait avec un bistouri ordinaire que l’on plonge dans la partie de l’œil la plus saillante, ou si rien ne détermine à ouvrir dans un endroit plutôt que dans un

QPlîllA'fOIRE- 4*3

autre , à sa partie moyenne inférieure , au-dessous de la cornée. L’œil s’affaisse, les douleurs se calment, la suppuration diminue peu à peu , la plaie se rétrécit et se ferme ; et l’ceil, réduit à un volume moindre que celui qui est naturel , devient propre à supporter un œil d’émail,, qui corrige la difformité de cet organe. Les moyens qu’il convient d’employer pour assurer le succès de. l’opération que l’on vient de décrire se bornent à de fréquentes ablutions d’eau tiède, et à des applications émollientes d’abord, et ensuite résolutives et disçussives , secondées d’un régime convenable à l’état du malade.

L’hypopion ou abcès dans la chambre antérieure de Hypopion. l’œil se cpnnaît aux marques suivantes : il se forme ses signes, derrière la cornée une quantité de pus dont la couleur est blancke d’abord, et jaune ensuite lequel occupe la pai'tîe inférieure du lieu où il est placé , et présente rapparence d’un croissant dont la convexité est en bas , et dont les cornes sont tournées en haut.. Ce pus augmente peu à peu; il monte jusqu’à la hauteur de la pupille, et s’introduit par cette ouverture entre l’iris et le cristallin. Cependant on le voit souvent rester plusieurs jours et plusieurs semaines de suite en -même quantité ; les mouvemèhs de là pupille s’exercent moins librement qu’à l’ordinaire ; elle se resserre de plus en plus , la lumière devient à charge , la vue est trouble , et souvent le malade a de la peine à distinguer le jour d’avec les ténèbres. Il se joint à ces maux une ophtalmie plus ou moins forte ; la cornée devient terne ; elle fait une grande saillie.; des douleurs pulsatives et pongitives se font sentir dans l’œil et dans le côté de la

tête qui est affecté, et il survient une fièvre symptomatique; cependant ces derniers accidens sont fort rares.

Ses effets. Plus le pus est abondant, plus il est âcre, plus sa couleur est jaune, plus il est à craindre qu’il ne corrode l’iris et le reste de l’œil , dont il entraînera la fonte, qu’il ne perce la cornée, et qu’il ne laisse un staphylôme, une fistule, un rétrécissement à la prunelle, ou qu’il ne détruise les adhérences du cristallin. Il, peut même arriver , dans un désordre aussi considérable , non-seulement que l’organisation de l’œil soit détruite, mais encore que le malade perde la vie, par " , l’inflammation des méninges et du cerveau.

Des suites moins fâcheuses de l’hypopion sont , le changement de couleur qui arrive quelquefois à l’iris , de sorte que les yeux ne sont plus semblables l’un à l’autre, une grande diminution dans la vue, et des taches à la cornée , lesquelles rendent le malade difforme.

Moyens de On parvient quelquefois à dissiper l’humeur dont guérison, forme cette maladie au moyen d’applications

Topiques, résolutives. Des sachets faits avec le serpolet, l’origan ^ l’hyssope, les fleurs de sureau, de lavande et de mélisse , et le safran, cuits dans du vin et appliqués sur l’œil , ont été souvent utiles. On s’est bien trouvé de faire recevoir la vapeur qui s’élève de la décoction de ces substances , et de mettre sur les parties malades des compresses qui en étaient imbibées ; mais il faut avoir soin d’entretenir ces sachets et ces compresses chauds, et comme cela est difficile pendant la nuit, 6n y substitue des cataplasmes avec la pulpe des

OrjSUATOIllE.

pommes acides, à laquelle on ajoute quelques grains de camphre et de safran , avec l’attention de disposer ces cataplasmes de manière qu’ils portent au loin sur les bords de l’orbite, afin qu'ils appuient moins sur l’œil. D’autres» remèdes du même genre ont été employés dans les mêmes vues , et avec le même succès.

Galien parle d’un moyen de résoudre l’hypopion , Procédé

-, mécauique

qui est purement mécanique. Il dit que, de son temps, deinstus, ün oculiste nommé Justus, guérissait beaucoup d’hypopions par les secousses qu’il donnait à la tête. Il plaçait les malades sur une chaise , et , leur saisissant la tête par les côtés, il la secouait de manière que le pus descendait, et se portait vers la partie inférieure de l’œil, d’où il ne remontait plus.

Ce passage a beaucoup occupé les gens de l’art : on l’a interprété diversement. Quelques-uns ont douté dé la vérité du fait • d’autres ont jugé que Galien était trop laconique sur un sujet aussi important , et qu’on ne pouvait rien conclure de ce qu’il dit. Cependant Heister a vu la matière qui s’était répandue dans l’œil , à la suite d’une cataracte purùlente, se dissiper par les secousses auxquelles le malade fut exposé dans une voitxxre pendant un voyage qu’il fit peu de temps après.

En conséquence il ne doute pas que le procédé de Justus ne pxiisse avoir du succès, surtout si on a soin de coxicher le malade à la renverse , et de commencer par de légères frictions sur le globe de roèil. Maucbart faisait quelque chose de semblable. Ses malades étaient placés sur le bord de leur lit , la tête en dehors et plus basse que le reste du corps ; et, lorsque les choses étaient ainsi disposées, il exerçait des frictions sur la partie

fiÉ LA MÉDÉCINE

inférieure de afin de faire remonter le pus vers la prunelle, et de le disposer à passer dans là chambre postérieure , où il était délayé et absorbé par l’bumeur aqueuse. -

Ouverture. Si OU ne peut dissiper l’hypopion , et que les aecidens paraissent menaçans , il faut donner issue au pus ^prariqnée* forme.,' en incisant la cornée. Cette opération a

par Galien. pratiquée par Galien j qui dit avoir quelquefois tiré beaucoup de pus par ce moyen. Il incisait à la partie ^ inférieure de la cornée transparente , près du lieu où elle se joint aux autres tuniques de l’œiL La crainte de voir l’humeur aqueuse s’écouler avec le püs , et l’iæil s’affaisser sans retour, paraît avoir retenu ceux qui l’ont suivi; car personne n’a parlé d’ouvrir la cornée , Par Paré, dans le cas d’hypopion , avant Paré , qui a osé le faire à. son imitation , et qui en a obtenu lé succès dont il / s’était flatté. Gùillemeau, présent à cette opération , assure qu’elle fut faite avec beaucoup de dextérité , quoique Paré eut alors soixante-douze ans : lui-même fa faite depuis en deux occasions, au grand soulagement des malades, auxquels il n’est survenu aucun accident. .

Par Lazarre Quelque temps après , Lazare Rivière a rappelé le

procédé de Galien , qu’il dit être peu usité de son temps, et demander une grande dextérité de la part du chirurgien, de peur que l’humeur aqueuse ne s’échappe. Il rapporte ailleurs rhistoire d’uh chirurgien de Grenoble, qui, voyant dans f œil une substance blanche qu’il prit pour le pus d’un hypopion, fit à la cornée une légère incision par laquelle il retira un caillot de sang qui était blanc au-dehors, et rouge en declans :

OPKRATOIllE.

les douleurs que la présence de cé caillot occasionnait se dissipèrent en peu de jours, et le malade fut parfaitement rétabli sans que sa vue fut altérée.

Ces descriptions trop succinctes jetteraient peu de Procédés jour sur l’opération qui convient à l’hypopion , si des ^mod^mes!* opérateurs plus modernes, tels que Nuck, Méëckren,

Bidloo et autres, qui l’ont pratiquée, ne l’eussent mieux fait connaître. Wolhou se surtout s’en est particulièrement occupé : on ne la trouve pas exposée dans «es écrits, mais ceux qui ont assisté aux leçons qu’il donnait sur les maladies des yeux en ont conservé le procédé. Son premier soin était de préparer les 4nstrumens nécessaires. Méeckren avait fait construire une espèce d’aiguille montée sur un manche , large , bien tranchante , et surmontée , à quelques millimètres de sa pointe, d’un renflement eh manière d’éperon, qui enjpêchait qu’elle ne pénétrât trop ayant. Bidloo en employait une qui avait une pointe alongée comme un bec d’oiseau. Maître-Jan et Saint-Yves ont proposé depuis unelancette ordinaire, armée d’une bandelette, laquelle devait avoir le même effet que l’éperon qui se trouve près de la pointe de l’aiguille de Méeckren.

Wolhouse préférait un instrument de son. invention. Par auquel il donnait le nom àe ponctuale. C’était une aiguille assez longue, triangulaire, courbée à son extrémité, pointue de manière que sa face convexe fut plate, et que l’un des angles, plus mousse que les angles latéraux, fût à sa face concave. Il y joignait, pour plus de sûreté , une autre aiguille de la même forme ,

■mais aplatie, et non triangulaire ; des ciseaux bien tranchans ; un stylet cannelé à l’une de Ses extrémités,

BB I.A MKDECIWE

sur lequel les ciseaux pussent être conduits, et garni de l’autre d’une espèce de cuillère alongée ; une petite seringue , et uû stylet mousse pour suspendre la paupière . supérieure.

Lé; malade, placé sur un siège médiocrement élevé et bien contenu, le dos tourné au jour, Wolhouse couvrait l’œil sain avec un bandeau , de peur que ses mouyemens n’entraînassent celui qui était malade; puis il faisait relever la paupière, supérieure avec le crochet destiné à cet usage, et abaissait lui-même l’inférieure, L’aiguille était plongée au bas de la cornée, trois millimètres au-dessus de sa jonction ave,c la sclérotique j il lui donnait une impulsion, assez forte pour que cet instrument pût parvenir au foÿèr de l’abcès ; et il avait l’attention d’en pr^enterla face, convexe dû côté de l’iris , et la face concave, du côté de la cornée. Lorsqu il : jugeait avoir percé l’épaisseur de cétte membrane, il cessait de pousser: l’aiguille aussi fortement , de peur de blesser l’iris, et il-en portait le tranchant à droite et à gauche, dans la vue d’agrandir l’ouverture : le pus sortait avec rhumeùr: aqueuse. S’il rie tk-ouyaît pas que l’issiie en fût assez libre , il portait dans la plaie une aiguille triangulaire et , plate , ou il introduisait tria stylet cannelé le long duquel il fakait glisser les ciseaux , et terminait, en quelques cas , par injecter une petite quan rite d’eau tiède , avec laquelle; il déla.yait le pus resté , et nettoyait entièrement la chambre antérieure del’œil. - '}• . ;

Les attentioîis de ‘Wolhouse ne &e bornaient point là : il avaifvü quelquefois le Cristallin s’avancer â travers la pupille , et pousser l’iris en devant. Il retenait

OPÉRAIfilKE.

ce cor, ps avec le dos de la coillère dont le stylet, était armé. Dans d’autres ckconslànces le cristalEn ' s'étak entièrenjent déplacé,^ ét il était yenu se loger au.-i3eyant de l’iris, Wolhonse nhésitait pas à augmenier la plaid faite à Ja cornée , pour en faciliter, l’extraction^ Enfin , s’il arrivait que l’iiis , privée du soutiefi que luîidortne l’humeur aqueuse, s’affaissât , et qu’elle vînt séhgager entre les lèyreS; de la plaie de la cornée , il la dégageait avec la partie lafge de son stylçt,etireniettait oefcte pantie meinbraneuse en son lieu. ; ; • ,

L’npération, achevée , l’œjl était couvert de cotçb® cardé , sur ieqeel on ayait étendu l’espèce d’éejunie ,que forme le blanc d’œuf battu avec l’eau de rposp et ,dîù sulfate d’abiniine , : oU: des ^ compresses trëmpéesr, dans une liqueur nittcilagineuse, à laqùede-fth'n^ait jdoiûté un peu de. safran et de :campbre ,‘ ^ ,qjdéîaiénf reêenr, velées assez soüventppur qu’elles n’eusssentpas le fieanps

de séçbér.GespièceSrd’apparéii étaient soutênüesLi^une manière lâche et qui ne put , exercer de , enmpïessipni; le malade était mis dans son litj, la tête, élevée , cou? cbé à la renvefôe , loin du bruit, et de façon à ne pas êtreexposé à ünelumière trop viyej.êt.sonjfégimeétait déterminé d’après les eirconstanc^, , '1 : ' . .i

La -maniéré .d’opérer de Nuck, de hidlo.o et dés, Wuck, Bidautres , était la -même : elle n’offrait d!autre différence autres, que celle qui résulte des instrumens dont ils se.,serr valent. Ces praticiens pouvaient les employer avecheaucoup d’avanfnge,; mais il semble quil serait beaucoup plus simple de faire .usage d’une de ce,s aigu illes triangulaires montées' sur un manche, et portée sur une tige flexible , dont Daviel se servait dans l’opération de

DE.XA MÉDECINE

la cataracte. Gette aiguille , courbée au point où on le croirait, necessaire, serait portée sur la cornée, au même lieu et avec les mêmes précautions que celle de Wolhouse ; et son peu d’épaisseur , sa pointé acérée , et;,sklàr,geur , quLést'-assez grande, donneraient toute la facilité possible d’ouvrir là cornée autant qu’il seraitinécessàire.'

;I1, pourrait arriver que le pus qui forme l’iiypopion se’ fît jour de lui-même, et qu’il perçât la cornée. Si l’ouverture est assez grande pour qu’il s’écoule librement, il n’y a rien à faire que de donner au malade les mêmes soins que sHl avait été opéré. Si elle est trop étroite , on ne doit point hésiter à l’agrandir au moyens d’un stylet cannelé ét-des'ciséaux’, en supposant qu’élle soit placée convenablement , ou à en faire une autre au lieu qui a été désigné. Wolhouse craignait qu’eiy agissant ainsi on 'n'augmentât la disposition inflammatoire dé l’oeil ; sans empêcher le pus de suivre la route qu il S^’esti frayée spontanément; mais l’accident dont il s’agit sera moins l’effet de l’incision dé la cornée , dont Va sensibilité est médiocre , que de la présence du pus , qui cause de l’irritation sur les parties intérieures de Toeil : et il paraît certain qüe cette liqueur, trouvant plus de facilité à sortir par l’ouVerture faite avec l’instrüment tranchant , cesserait de sè porter vers l’autre , qui est plus étroite , et qui ne lui permet pas de s’écouler avec la même.liberté.

(Il est actuellement démontré par l’expérience des plus habiles oculistes, tels que MM.Scarpa etDemours, que l’incision de la cornée , dans le cas d’hypopion ek en général une opération nuisible et qui, rénouve-

42rl

lant l’inflammation de l’œil , aggrave les Etccidens au lieu de les apaiser. Elle est d’ailleurs souvént' suivie d’un ulcère , à la corné& avec procidence' de flitTS^^ ét détermine dans quelques cas plus ïnallieureu^x encore , la désorganisation du globe C>culaire. Toutes les fois que la matière de l’hypopibn ri’ occasionne pas de vives douleurs, résultats de la distension de l’œil, il faut laisser agir la nature, attendre- tout de ses efforts , et se borner à l’emploi des substances rçsolutivësi De suj et sera maintenu à une diète sévère ; des ; évacuations sanguines et des purgatifs réitérés favoriseront l’action absorbante des vaisseaux sur l’amas purulent. Dans les cas rares où le pus , remplissant outre rnesiif e les cavités de l’œil , il deyient indispensable de mettre un terme, par son évacuation , à l’inflammation intérieure et aux douleurs atroces qu’il détermine en distendant toutes les parties du globe, dans ce cas, disonsnous, il faut que le malade' soit placé comme pour l’opération de la cataracte. On fera alors, avec le couteau de Werizel, une incision à la cornée , qui doit avoir les deux tiers environ de l’étendue dé celle que l’on pratique pour l’extraction du cristallin. L’bümeur de l’hypopion étant évacuée, l’on s’abstiendra de hâter cette évacuation par des pressions exercées sur l’œil; le pansement de la partie sera le mêmecqu’à la suite de l’opération de, la cataracte. Lorsque le pus, accumulé dans la chambre antérieure , s’est fait jour spontanément , la plaie de la cornée réclame les mêmes soins que les ulcères de cette membrane , dont il à été question dans la section précédente )- > '

L’onguis, ou amas de pus: entre les lames de la cor-

J3Ji LA MEDECIKT,

• née J est ainsi nommé parce qu’il a la forme d’un ongle. Il diffère de l’hypopioii par le siège qu’il occupe , et des autres maladies des yeux qui ont quelque ressem- Idance, avec lui , telle que le ptérigion , sorte d’excroissance qui naît de; , la caroncule lacrymale , ou seulement, de la conjonctive^ et des taches dé la cornée, lesquelles sont anciennes, permanentes, sans douleur, et pour rqrdinâire sans grande rougeur aux yeux, en ce que ronguis est une maladie récente , douloureuse, ..accompagnée le plus soUvent d’ophtalmie et de diffi-

Ses signes, culté de Supporter la lumière. Qn le reconnaît à ces marques et au changement de couleur qui arrive à la cornée , tantôt; .dans une partie de cette membrane , tantôt dans toute son étendue, safns quelle paraisse beaucoup plus élevée qu’à rordinaire.

4es effets. Si le ,pus qui forme . l’onguis est en quantité médiocre, il peut se dissiper de lui-même ou à l’aide de qiielques ; résolutifs 5 mais , s’il est ahobdant bu qu’il pèche; par acrimonie j il ronge la cor&ée en dedans, en dehors , ou des deux côtés à la foisy.et dégénère en ulcéré ,, en hypopion ou en fistule de la cornée. Dans ce dernier cas j il peut donner lieu à un staphylômè qui cause; une altéràtion très-notable dans l’organe de la vue. Pour le plus souvent, le pus de l’onguis s’épaissit, et forme à la cornée des tâches qui sont indélébiles; G’est pourquoi^ plus cette maladie a d’étendue et de profondeur , plus elle répond à la partie moyenne del’iris j plus le sujet est âgé , plus elle est à craindre. Ge danger est beaucoup moins grand dans les circonstances contraires , surtout lorsqu’on peut opérer de bonne heure^ et qué la cornée s’exfolie, car c’est ainsi quelle guérit.

L’onguis peut être la suite de toute espèce d’inflammation violente à l’œil. Il succède fréquemment aux pustules de la petite-,vérole, qui, lorsqu’elle est confluente , n’épargne pas plus la cornée que les autres parties, du corps. L’onguis peut cependant airiver ada suite de cette maladie sans qu’il se forme de pustule sur la cornée , lorsque j par une précaution mal entendue , on écarte les paupières , que la nature a sagement collées, soit pour éviter que la lumière vienne frapper les yeux et /y causer de la douleur et de l’irritation, soit parce que l’humeur qui découle des paupières , se glissant entre elles , attire de l’inflammation au globe;

Il ne faut donc écarter lés- paupières , dans la petitewrole, que lorsque la doulem* profonde , permanente et pulsative des yeux fait craindre quelque désordre intérieur.

Lorsqu’on* a satisfait aux premières indications que présente l’onguis, celle de calmer l’inflammation qui le cause, et celle de résoudre le pus qui le forme , on ne peut se dispenser de donner issue à cette humeur; Les instrumens qui y sont propres, sont les ai- Manière guilles de l’espèce de celles recommandées pour l’hypopion, que l’on porte entre les lames de la cornée , jusqu’à ce qu’elles soient parvenues au siégé du mal.

La manière de s’en servir lie peut être décrite : eUe varie suivant le lieu et la profondeur de l’onguis. On fait succéder à leur usage des lotions émollientes et résolutives, et dans la suite des topiques plus actifs, tels que le sucre candi réduit en poudre dans un mortier de plomb , pour qu’il contracte un peu de la vertu

de ce me'tal , ou un onguent dont celui de tutie est la base, et auquel on ajoute quelques parcelles de camphre et d’aloès soccotrin. Cinq à six graines d’orvale introduites entre les, paupières , et laissées pendant une demi-heure, peuvent favoriser le dégorgement et lexfoliation de la cornée. Quoique pour l’ordinaire il reste aux adultes et aux vieillards une tache plus ou moins forte à la suite de l’onguis, c’est beaucoup que Avis de d’avoir évité des maladies plus graves.

Saint-Yves donne deux avis importans à l’occasion des taches de la cornée : le premier est, que souvent quelques vaisseaux variqueux de la conjonctive se portent vers le siège de ces abcès, et les entretiennent. Ces vaisseaux doivent être coupés avec une aiguille que l’on passe par-dessous. .L’autre est , qu’il est dangereux et inutile d’enlever avec la lancette les pustules de la cornée, comme quelques-uns ont l’habitude de lé faire , parce qu’il en résulte une cicatrice qui obscurcit la vue. 11 convient cependant qued’oiv peut en user ainsi dans les abcès qui résultent de la petite- vérole , sans doute parce que, ces sortes d’abcès sont beaucoup plus superficiels que les autres.

Le pus qui forme ces abcès , étant renfermé dans siniî's''maxü- cavité osseuse , ne peut être connu que par les laire. signes de l’inflammation dont il est le produit, et par les incommodités qui en résultent. Les abcès dont il s’agit ne sont pas toujous précédés d’accidens bien graves, parce qu’ils sont plutôt le produit d’une inflammation sourde et chronique que d’une inflammation aiguë. Pour le plus souvent ils sont occasionés

OPÉRA.TOIRE. 4^^

par la carie dont les racines des dents qui approchent le fond du sinus sont attaquées. On ne connaît donc les ^bcès de ce sinus que par les douleurs dont ils ont été précédés , et par la sortie du pus qui s’en échappe à travers les alvéoles des dents qu’il a percées , et qui se fait jour en un ou plusieurs endroits, entre lé collet des dents malades et les gencives. Lorsque cela arrive, il faut lui donner issue par une ouverture qui perce dans le sinus , et qui permette d’user d’injections détersives pour nettoyer ce sinus, et pour disposer ses parois ulcérées à se consolider. On y parvient en faisant arracher la seconde et la troisième molaire , dont l’anatomie apprend que les alvéolés n’en sont séparées que par une cloison mince. Cette cloison est facile à percer et à détruire avec le poinçon d’un trois-quarts que l’on porte au fond des alvéoles , et que l’on tourne en différens sens pour agrapdir l’ouverture qu’il a faite. Il n’y a rien de dangereux dans ce procédé. Cependant, avant de le mettre en usage, il eistLon de s’assurer si Técoulement du pus qui détermine à la pratiquer vient du sinus; car il pourrait se faire qu’il fut fourni par les gencives à l’occasion d’une carie à l’une des alvéoles. Les doutes qu’on pourrait avoir à cet égard sont aisés à dissiper. Si le pus continue à couler en même quantité après l’arrachement des dents, il est probable qu’il vient du sinus. Alors on fait des injections dans cette cavité plusieurs fois par jour, pour diminuer l’incommodité du pus qui tombe dans la bouche. Peu à peu ce pus diminue de quantité ; l’ouverture qu’on a faite au sinus devient moins grande , et bn la laisse se fermer, à moins que, pour assurer la guérison, on n’y

place une canule qui permette de continuer les injections plus long-temps. A la fin tout rentre dans l’état naturel. ,

Abcès de la Rien n’est plus commun qqe les abcès qui se forla gorge. ment dans le tissu des gencives et le long du, bord alvéolaire des mâchoires. Pour l’ordinaire , ces abcès percent et guérissent -sans le secours de l’art, et l’on est rarement dans la nécessité de les ouvrir, ce qui se ferait aisément avec la pointe d’un bistouri.

Les abcès qui occupent les amygdales peuvent être de plus grande importance. Le gonflement dont ils sont acGonapagnés gêne les mouvemens de la déglutition et ' de la respiration. Il faut donc les ouvrir s’ils tardent trop à percer d’eux-mêmes , pour établir ^ liberté de ces deux fonctions également nécessaires. Un bistouri dont la lame serait entourée jusqu’à peu de distance de sa pointe avec une bande de linge fin remplirait bien cet objet; mais on se sert communément d’un instrument dont on attribue l’invention à Jean-Louis Petit, et qui est essentiellement composé d’une lanr cette large et épaisse, montée sur une tige, laquelle est enfermée dans une canule longue et plate, fendue à son extrémité. Le manche ou, si on veut, la partie extérieure de cet instrument est faite par \ une autre çanulede fornîe cylindrique, plus courte, dans laquelle ^ est logé un ressort qui fait rentrer la lame dans sa gaîne

sitôt qu’on cesse d’appuyer sur une autre tige qui tient à ce ressort. L’instrument est connu sous le nom de pharyngotôme. Il peut être employé à divers autres usages , tels que celui de faire une contre-ouverture flans un lieu éloigné, et à travers des parties qu’il

OPERATOIRE.

faut ménager , ou d’établir un séton. Le cystitôme que La Paye a fait construire pour ouvrir la capsule cristalline dans Lopération de la cataracte^ n’est qu’un pharyngotôme construit sur un modèle beaucoup plus petit. De quelque manière que l’on ait procédé pour ouvrir ces abcès , il ne reste plus rien à faire que de prescrire l’usage d’un gargarisme légèrement détersif qui complète la guérison.

Il peut survenir des abcès aux mamelles dans toutes les circonstances de la vie, soit à l’ocdasion d’un coup , d’une forte pression oti de toute autre cause ; mais ceux qui se font dans ces organes sont le plus souvent la suite des engorgemens laiteux qui surviennent pendant la lactation. Ces engorgemens , qui sont en partie laiteux et en partie inflammatoires , produisent rarement de ces grands abcès qui occupent une partie plus ou moins étendue des mamelles, et qui demandent à être ouverts comme les abcès de la même espèce qui arrivent ailleurs. Ceux auxquels ils donnent naissance sont des tubercules qui s’élèvent en diverses parties des mamelles , et qu’il faut abandonner à eux-mêmes , en favorisant leur maturité par des cataplasmes émolliens et légèrement maturatifs. Ces abcès" s’ouvrent , suppurent et se dégorgent. Les mamelles reviennent plus tôt GU plus tard â leur état naturel, et quelquefois on a de la peine à y retrouver les cicatrices que les abcès qui ont eu lieu précédemment ont dû y laisser.

Lorsque l’inflammation qui donne naissance à ces abcès a son siège dans l’épaisseur de la plèvre ou à la surface des poumons, et que ces parties ont contracté des adhérences entre elles, le pus, qui timive moins

Abcès des mamelles.

Abcès de poitrine.

Ils peuTent être ex têt rienrs.

DE XA MÉDECINE

de résistance à se porter au dehors qu’en dedans , use et détruit les muscles intercostaux , se répand dans le tissu cellulaire qui sépare ces muscles d’avec ceux qui les couvrent, ronge ces derniers, et vient former un dépôt au dehors. Cette espèce d’abcès s’annonce par une douleur profonde au lieu affecté , par un engorgement pâteux qui conserve l’impression du doigt, et par une fluctuation peu sensible d’abord, mais qui le dévient davantage de jour ’ en jour , et qui permet de donner issue à l’humeur qui le forme.

Ils peuvent Si OU n’y procèdè pas aussitôt que la fluctuation se

s’onvrir dans • -i . • i i ' 1

cette cavité, fait aperccvoir , il est a craindre que le pus ne ronge la plèvre , et qu’il ne se perde dans lacavité de la poitrine. Cet événement arrive lors même que les abcès dont il s’agit sont ouverts , et que le pus s’en écoule librement.

Observ. de J’ai eu occasion de l’observèr sur un soldat en qui l’amas du pus qui s’était fait dans cette cavité ne se fit connaître que par des douleurs qui s’étendaient sur tout le côté malade , par la difficulté de se tenir couché autrement que sur le dos , et par une sorte de gargouillement dans la poitrine, qui se faisait entendre lorsqu’il changeait de position. Du reste la suppuration qui était abondante n’augmentait pas en quantité lorsque je lui faisais retenir sa respiration, le pus n’était point mêlé de bulles d’air, il n’y avait point d’emphysème à là plaie ni de sifflement dans les mouvemens de la respiration. Je trouvai , à l’ouverture du corps, que l’abcès avait eu son siège entre les muscles intercostaux externes , le petit et le grand pectoral , et qu’il communiquait avec la poitrine par plusieurs trous qui s’étaient faits dans les premiers de ces muscles. Le

poumon était adhérent à la plèvre en quelques points.

Ges parties avaient contracté de la dureté ,* l’épanchement était assez abondant. : '

De même, lorsque l’inflammation a son sié£;e dans Abcès à la

, , . , . . . . . région du

l’épaisseur du médiastin, si elle vient à se terminer sternum, par la suppuration , et qu’elle donne lieu à un abcès , il est possible que; cet abcès ne s’ouvre ni dans l’une ni dans l’autre des cavités de la poitrine, et qu’il sè porte ati dehors;, après avoir altéré et détruit la substance du sternum. -En voici un exemple que je tire des Commentaires de Van-Swiéten ^ sur le §. SpS de Boérhaave. Uii jeune homme avait eu une pleurésie violente qüi- 'paraissait s’être ■ terminée par . d.es xra^ chàts abondans , lesquels' commencèrent à sortir en grande quantité le quatorzième jour de* la maladie, et continuèrent long-temps. lie malade était tombé dans un grand amaigrisseménf , et il paraissait sans ressource , lorsqu’au dixième mois il lui survint un tubercule mou de la grosseur d’une aveline au . milieu, du sternum , dont la substance paraissait sensiblement rongée sur les bords de cette -tumeur. Le tubercule s’ouvrit de lui-même , et rendit du. pus qui continua à couler pendant huit mois. Il ne fallait pas moins qu’un demi-litre d’èau pour déterger le foyèr de l’abcès, qui paraissait communiquer avec la poitrine, et dont le siège était entre la plèvre et lés côtes. Le jeune homme s’est rétabli de cètte. grande maladie , et Van-Swiéten l’a vu bien portant huit mois après. Il ne lui restait qu’une ouverture fistuleuse au sternum , par laquelle il rendait toujours, un peu de pus.

L’abcès formé dans l’épaisseur du médiastin du jeune

DE LA. MÉOEÇINE

homme dont on yient de lire rhistoire avait une çau^ç intérieure. Il était la suite d’une violente {deurésie , ou plutôt d’une maladie de la même espèee;,. ;qui en a la plupart des symptômes, mais qui en diffère pardon siégé , et qui » été décrite avec une grande exactitude par Salins Diversus. La même chpso peut arriver à la ObserT. de &uite. d’uue blessurê uu-devant de la poitrine. On trQüve Caiien. ^j^ns Oalien une observation; bien, intéressante à> ce sujet. Un jeune bomme blés!sé;àia région -du sternum parut bien guéri. Quatre mois après , il vint . à l’endroit frappé un abcès que l’on ouvrit et qu’on cicatrisa. JLa partie ne tarda pas, à s’enflammer .et à suppurer de nouveau. Cette fois on; ne p,uî guérir la plaie. On convoqua une consultation à laîpelle ' Galien fut invité. Comme on vit que: le sternum était altéré, et qu’il laissait apercevoir les .liiouvemens du cœur , personne n’osa .entreprendre la cure de ;cette maladie, parce qu’on croyait qu’il; faudrait ouvrir la poitrine. Galien offrit de traitez® le malade sans pénétrer dans cette cavité , et dit qu’il croyait pouvoir le guérir. N’ayant pas trouvé -baltéraiion de Tos aussi étendue qu’elle paraissait i’étre , et les vaisseaux mammaires étant sains , il commença à GonGevoir de grandes espérances. Lorsque la portion dos fut retranchée , il vit le. cœur à. nu , parce que le péricarde avait été entamé par la pourriture. Le malade guérit peu de temps par cette opération , -laquelle ne pouvait .être faite que par un boname aussi prcdbndément vCrsé’ dans- les connaissances anatomiques que l’étaitCalien.

obserr. de Jcan-Louis Petit a vu aussi un abcès au médiastin J.L. Peut. ^ suite d’zin-coup sur le sternum. Un soldat fut

OPÉRATOm®.

blessé en cette partie par un coup d’arme à feu. On se contenta de panser avec du digestif sans agrandir la plaie, et sans s’assurer de l’état des choses. Ce soldat parut guéri, et il retourna à son corps , où bientôt il tomba malade. H avait de la fièvre et des frissons irréguliers. Petit sonda ïa plaie et trouva ros-altéré. Gomme il y avait de la difficulté à respirer j il soupçonna quelque suppuration au diploé ou derrière le sternum, et proposa démettre cet os à découvert, et d’y appliquer le trépan exfoEatif. Cette opération donna issue à la sortie des matières sanieuses. La : lame interne xlu sternum ayant été détruite , il sortit un verre de pus. Le malade fut soülagé , et il ne tarda pas à guérir. . ; '

Lorsqu’une maladie inflammatoire occupe ie pou- 4jjcès rendir mon , et qu’elle se termine par suppuration ;, éi l’abcès est placé profondément dans la substance de ce viseère, . il/trouve plus de facililé a rompre les celltilés dont il est formé ,-et à se porter^ du côté dés-bronébes qu’à'se faire ^our à sa surface, et à verser le puS qû^il æontieKt;dans la cavité de là poitrine. Le malade alors rend du pus par la bouche. Quand Foüverture qui îhii donne issue: est grande , et, qu’il s échappe en grande quantité à la fois, le malade courtle risque de suffoquer; il peut au cbntmiré guérir , si- cette ouverture •?est médiocre,, que le, pus n’en sorte que peu à peu. Les abcès qui se font dans l’épaisseur du diaphragme , -ceux qui ont leur siège dans le foie , peuvent également se vider par la voie des crachats, dans les cas où Ces parties ont contracté des adhérences -avec les poumons, et où le foyer du mal est à sa face convexe. Dans ceux ^où il occupe toute autre partie de ce viscèré , et il se

^32 I-A. MEDECINE

Abcès trouve, au voisinage de sa face concave , ce foyer s’ouvre souvent dans lé colon, et le pus est rendu par les selles. J’en ai rapporté des exemplés à l’article des abcès au foie. ; ^

Épanche- Quoique, les épandiemens de pus dans -la poitrine

mens de pus . i i i

dans la cavité soient assez, rares , DH: en trouve des exemples dans les ^^trine auteurs. Hippocrate dit que plusieurs personnés ont eu cette maladie , et qu’elles en ont été guéries au moyen

nommé Phalereus , attaqué d’un empyème pour lequel il avait été abandonné des médecins, cherchant la mort dans un combat , reçut à la poitrine xiné, plaie qui procura l’évacuation dû pus qui y était cpnitenu:,;ét qui fut

Obsery. de ^uivie de spu çntiér rétablissèmènt.;On voit aussi dans

Marchettis. , .... " , .

Marchetüs une histoire d un , empyeme dp pus guéri par opération. Le malade avait la poitrine §i pleine , que chaque jour il tombait plusieurs fois en syncope. Marchettis en proposa l’ouverture à '^plusieurs médecins assemblés, et entre- autres à Veslingius , run dé sessdisciples en anatomie, qui lui avait vu faire plusieurs fois cette opération aYéc;succès.; Ils la rqetèrent, sous le prétexte frivole qu’ils craignaient que l’artère intercostale ne fût blessée. Marchettis ihe.ae. laissa pas aller à une crainte aussi .mal fondée^ et il opéra le malade le lendemain. Il lui tira près de deux kilogrammes de pus , et mit une canule de plomb dans la poitrine. Ce malade guérit en vingt-huit jours. .

o^erv. de , Willis a, VU faire l’opération de l’empyème à deux personnes, dont une guérit, et l’autre mourut , parce qu’on y avait en recours trOp tard. Lu personne qui guérit avait le poumon assez sain , mais le pus amassé

dans la poitrine comprimait le diaphragme , au point de gêner beaucoup la respiration. La poitrine fut ouverte. Il sortit d’abord une grande quantité de matières sanguinolentes. Le pus quis’écpula ensuite était blanc et sans odeur. Trois jours après , il en prit une si.fétide que la chambre en était infectée. Les injections déter- . sives lui rendirent ses premières qualités , et le malade . guérit.

Le même auteur dit avoir ouvert le corps de deux Autre obs. malades qui n’avaient point voulu qu’on leur fît l’opération de l’empyème. Le pus , qui venait d’un abcès formé dans l’épaisseur de la plèvre du premier, après avoir percé cette membrane, et gangrené une partie du poumon et du diaphragme , était descendu dans le ventre , où il s’était porté le long de la tunique extérieure de l’estomac et des intestins qu’il avait corrodés. Enfin il avait fait au rectum une ouverture qui lui permettait de s’écouler avec les excrémens. Le malade , robuste et peu ami des remèdes , résista à cette affreuse maladie pendant environ deux mois!; mais la fièvre lente, la soif,) les angoisses et les ' douleurs de ventre le firent enfi^ périr. Son corps répandait une odeur insupportable. Le second ndffrait pas une aussi grande dispersion de la matière purùlëntê. Elle s’était formée au côté droit, dans l’épaisseur de la. plèvre, et était tombée dans la poitrine en quantité excessive.

Elle comprimait le poumon-, et avait donné lieu à une fièvre lente qui consuma peu à peu le malade.

On connaît les épanchemens de pus dans la poitrine , Signes de ces lorsqu’àla suite d’une péripneumonie, d’une pleurésie, ^mens* d’une parapbrénésie ou inflammation au diaphragme j

434 DE LA AIE DiÈ CINE

OÙ d’une inflammation au foie, qui ne se sont terminées les quinze premiers jours par aucune crise j soit par les crachats, les urines, les selles ou les. sueurs, et qui ont été accompagnées de fréquentes horripilations.', de fièvre continue qui augrnéntàit chaque nuit, d’une chaleur extraordinaire, d’un sentiment dé pesanteur à l’endroit affecté , de difficulté de réspirèr et de la perte de l’appétit , le malade est attaqué d’une toux sèche , d’une pesanteur sür le diaphragme qui robligé à se tenir codrbé et couché'snr un côté seüleT nient, dé frissons irrégjiliers'j de fièvre lente, de rougeur aux joues, et de chaleur à la paume des mains. Ses ongles se courbent, et il tombe dans un amaigrissement universel , èn conséquence duquel ses yeüx s’enfoncent. Lorsqu’il change de position, ou qu’on le secoue , sa poitrine fait entendre un bruit semblable a célui d’un fluide que l’on agiterait dans un vase ferme. Les côtes sont plus élevées du côté malade que du côté ôppoæi Leurs intervalles sont plus grands. La capacité de la poitrine en èst souvent aügnientéé. Qud;que£ôis Je flot du liquide qu’éllp renférnié est sensible à rcéil. Enfin si on frappe la poitrine à coups secs ét redoublés avec l’extrémité des doigts rassemblés comme en un faisceau^ elle fait entendre un bruit sourd qui diffère de cèiui quelle rend lorsqu’elle est sàine. Eederniér signe, qui confirme ceux qui viennent d’être énoncés >. est applicablé à toutes les espèces d’épanchemens dans la poitrine, soit qu’il soient formés par du pus, commé dans lé cas dont il s’agit ici , ou par du sang ou de l’éau. Il a été indiqué , il y a déjà long-temps , par ^venbrtigger, médecin allemand , dans uné dissertation qui a

OPÉRÀ-TOIRE. 435

pour titre : De pefcussione thormis , ut signo abstruses pectoris mJorhos detegendi. J’en ai reconnu la justesse en plusieurs circonstances ; mais il ne réussit qu autant que les poumons n’ont point contracté Adhérences avec la plèvre ; car , dans ce cas , le son qui résulte de la percussion de la poitrine est aussi sourd que s’il y avait du sang épanché.

Les épanchemens de pus dans la poitrine ne se manifestent souvent par aucun des signes quiyiennent d’être exposés. Pânarole a ou vert un homme dont le poumon gauche était détruit , en conséquence d’un amas considérable de pus qiii s’était formé dans sa poitrine. Quoiqu’il eut été malade pendant deux mois , il h’avait point eu de difficulté â respirePj et la toux dont il était affecté était légère., Ledran a vu quelque chose de semblable. Un malade, qui avait eu une oppression forte et une douleur vive au coté gauche de la poitrine pendant trois jours , se trouvait mieux. Il n’éprouvait pas une grande gêne dans la respiration , de quelque côté qu’il se couchât. La seule chose dont il se plaignit était un flot qu’il sentait dans la poitrine , et un peu de peine à respirer quand il était assis. Ges symptômes ne parurent point assez décisifs pour l’opérer. On attendit. Là fièvre continua avec des sueurs froides, et il mourut le huitième jour. Il avaitcinq litres de pus dans la poitrine.

Quelquefois aussi les amas do pus dans cette cavité se forment en si peu de temps, que, bien qu’ils présentent la plupart des signes qui ont été exposés ci-dessus, on pourrait avoir des doutes bien fondés sur leur existence. Hippocrate à cependant obsèiré que le temps où la suppuration a liéu^ à la suite des maladies inflammatoires de la poitrine , varie suivant leur gî-avité.

Lear iacertitade.-

Ofeserv. de Panarde.

Observ. de Ledran.

Les aaias de cette espèce se font qnèiquefois en peu de

/[36 de ea médecine

les symptômes en sont pressans , elle se fait plutôt que le vingtième jour. S’ils ont une marche moins rapide , elle peut tarder jusqu’au quarantième. Celse a dit la même chose avec beaucoup d’élégance et en termes plus clairs. Si protinus initio dolor et tussis fuerit et spirandi di0îcultas, vomica vel ante^ 'vel circavigesimum diem erumpet. Sed quo. minus cito adfuerint^ eo Obs. de Pi- tardiîis solvuntur. Pison confirme la même vérité par des observations bien intéressantes. Ayant fait ouvrir le corps d’un de ses malades , mort en moins de deux semaines d’une inflammation à la poitrine , il trouva cette capacité pleine de pus. Il en trouva aussi beaucoup dans la poitrine d’un autre, mort le neuvième jour de sa maladie , parce qu’il avait négligé de faire les remèdes convenables à son état. Pison prétend que ces sortes d’épanchemens se connaissent par les frissons iirégüliers suivis de fièvre qu’ils occasion ent aux malades , pourvu cependant que ces symptômes soient accon^gnés de epux qui dépendent de la pression du pus sur le diaphragme , le médiastin et les pou'mons.

. Ils deman- On ne peut être trop attentif à l’état de ceux à qui grande atten- oiÉ soupçonnc uïi épanchement de pus dans la poitrine. , ^ ter U serait effectivement honteux de leur faire une opé-

prises. ration dont ils n’auraient pas besoin, et les observateurs nous apprennent que cela est arrivé plusieurs Observ. de fois. Willis a VU pratiquer l’empyème sans succès à quelques personnes qui crachaient un pus de mauvaise , odeur, et qui avaient en même temps de la difficulté de respirer, et de la pesanteur à la poitrine. Il ajoute quel événement a été malheureux. Dionis nous apprend que , de son temps , on a ouvert la poitrine à un des chefs de la famille de Mortemart, quoiqu’elle ne con-

tînt aucun liquide. Il ne dit pas qu’il soit rien résulté de cette opération , mais un autre malade en qui on croyait avoir ^reconnu un abcès à l’hypocondre droit , mourut des suites de l’incision qui y fut faite,. et par laquelle on ne tira point de pus.

L’ouverture des abcès qui s’élèvent à l’un des points Comment ... . , . 1 ouvrir les ab-

de la circonférence de la poitrine , a la suite de la pieu- cès eué-

résie , de la paraphrénésie ou de l’inflammation du médiastin , n’a rien de particulier. Elle doit être faite aussitôt que la fluctuation se présente , et avoir une étendue qui réponde à celle du mal . et qui suffise aux dégorgemens qui doivent se faire. La cure de ces sortes d’abcès , dont les uns communiquent avec la surface externe des poumons, les autres avec celle du foie, quelques-uns sont accompagnés de carie aux côtes ou à leurs cartilages, ou d’altération à la substance du. sternum, est quelquefois traversée par des accidens graves , et sauvent retardée pendant long- temps,- surtout lorsqu’il y a des portions osseuses à exfolier., , ,,

L’opération que les abcès dont il s’agit exigent porte comment le nom d’empyème de nécessité , pour la distinguer de celle au moyen de laquelle on vide le pus amassé dans une des cavités de la poitrine.. Celle-ci est ; appef > lée empyème d’élection , parce qu’elle se fait à l’en.r droit que l’on juge le plus convenable à la sortie du pus. Cet endroit est le même que celui où se pratique la contre-ouverture, dans les plaies.de la poitrine, compliquées d’épancbement. L’opération derempyème se fait de la mêine manière. La seule différence quelle . présente est , qu’au lieu de tirer tout le fluide à la fois, il ne faut en laisser sortir qu’unepartie,'et bien remplir la plaie avec une teiité mollette , et non pas avec une

Nécessité d’user d’une canule.

Observ. de Bell.

mèche effilée , comme il est d’usage dans les épanchemens de sang. C’est principalement dans ce cas que les injections sont utiles. Il ne faut pas qu’elles soient trop âcres; car la surface des poumons pouvant être ulcérée en divers points , et le pus venant quelquefois d’un abcès formé dans l’épaisseur de ce' viscère, lequel s’est crevé dans la cavité de la poitrine, et communique avec elle par une ouverture plus ou moins grande, il est à craindre que la liqueur injectée ri’y fasse une impression trop vide, ou qu’elle ne pénètre dans les bronches , et qu’elle ji’ excite uiïe toux éapable de suffoquer le malade.

Il est quelquefois nécessaire d’introduire une canule ' dans la plaie, pour faciliter l’entrée et la sortie des injections , et pour empêcher que cette plaie ne se ferme avant que l’ulcération intérieure soit suffisamment dégorgée. La Canule dont il s’agit doit avoir un rebord qui l’empêche de tomber dans la poitrine. Bell dit que cela est arrivé unë fois à sa connaissance. La canule dont on faisait usage était longue de vingt-sept ^ millimètres , et d’une grosseur proportionnée. On la fixait au moyen d’un fil qui tenait à unebande, laquelle faisait le tour du corps. Ce fil étant venu à casser., elle se perdit dans la poitrine. Le malade n’en a rien éprouyé qu’une suppuration plus abondante.

Les autres précautions à prendre relativement au régime, à la méthode et à la rareté des pansemeiis, sont exactement les mêmes que celles qui ont été recommandées à l’article des plaies de la poitrine. Si le pus qui sort à chaque pansement est blanc , sans odeur, en petite quantité , et que les forcés du malade se soutiennent 5 on peut espérer qu’il guérira. Si au contraire

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le pus est de mauvaise odeur et de couleur variée, si le malade a toujours la fièvre, s’il maigrit et que ses forces diminuent, il y a beaucoup à craindre pour sa vie.

( On ne saurait trop dans ces circonstances insister sur la nécessité d’un^régime convenable, et de l’usage de tous les moyens capables de combattre l’inflammation qui se développe ou qui se ranime presque néces-; saireinent dans la membrane séreuse , et qui entrmne. la perte de presque tous les malades auxquels on a pratiqué l’opération de l’empyème, pour vider un épancbement sanguin, ou surtout pour évaeuey une collection de pus. Gette inflammation est l’éeueil de l’opération, dont la difficulté ne consiste pas à procurer une issue au fluide épanché, mais bien à mettre le malade à l’abri des suites trop souvent funestes de l’irritation aiguë ou chronique qui se développe dans les parois memes du foyer. En général on connaît un assez grand nombre d’opérations pratiquées , mais il y a très-peu d’exemples de réussite , et cela tient uniquement à la catise que nous venons d’indiquer. ) .

R. I),e^ Ahces érysip^élMeyLX.

Les érysipèles qui suppurent foraient des abcès dont Àttections le pus est rarement amassé dans un seul foyer. Cette humeur est comme infiltrée dans le tissu cellulaire de *°des éryX'** la partie dont l’organisation est détruite, et qui est frappé d’une espèce de gangrène qui ne s’étend pas jusqu’aux tégumens. Lorsqu’on ouvre les abcès qui en résultent , ils fournissent moins de pus qu’ils ne devraient en donner , relativement à leur étèndue ; ce pus a moins de consistance que celui que contiennent les

DE ,EA MÉDECINE

abcès phlegmoneux. La couleur en est grise et lodeur: plus désagréable. Le tissu cellulaire se présente, à l’ouyefture , sous la forme d’un corps mollasse , blanchâtre et comme fongueux , ;dont on peut tirer des portions en dehors avec dès pinces à pansement , sans faire souffrir le malade. Si cela arrivey.il faut donner plus d’étendue aux incisions,, et en faire un plus grand nombre que dans les cas ordinaires. On laisse dégorger la partie, pendant quelques instans, après quoi on panse comme dans les autres espèces d’abcès^ A, mesure que le foyer de l’abcès se dégorge, le tissu cellulaire désorganisé se . présente en plus grande quantité ; on le saisit aisément , ^eton en retrançhe, avec les ciseaux, ce que l’on peut en tirer , afin dé favoriser la sortie du pus à laquelle il. s’oppose, en faisant en quelqxie sorte l’office dé bou-, chprt. Bientôt ce tissu cède , , et sort sous la forme de. lambeaux. Enfin , lorsque la .partie^ est totalement dé-, barrassée , les parois du foyer de l’abcès se rapprochent et se recollent', et la plaie se cicatrise. . , ^

c. Des Abcès rhumatismctux .

Ces abcès sont connus sous le nom d’abcès par congestion, parce qu’ils se forment d’une manière lente, et le plus souvent sans que la santé en soit fort altérée : mais celui sous lequel je les désigne me paraît mieux leur convenir, parce qu’il indique la cause qui y donne lieu : cette cause est toujours une affection rhumatismale plus ou moins vive qui s’est fixée sur une partie quelconque. Les abcès de cette espèce se forment principalement le long du dos, au sommet des épaules et à la partie supérieure des cuisses. Les

commencemens en sont obscurs, et les malades rapportent les douleurs qu’ils y ressentent au rhumatisme qui a précédé et qui cesse de se faire sentir avec autant de forcé, aussitôt que ces abcès commencent à se faire. La couleur.de la peau n’en est pas changée. Ils présentent une.fluctualion profonde dans ses commen-^ cemens, plus manifeste à mesure que le mal fait des progrès , et qui devient ensuite presque égale dans toute . l’étendue de l’abcès-, parce que ses bords n’ont aucune:dureté. Cette turneur s’élève et s’étend peu à peu. A la fin elle devient stationnaire pendant un espace dé temps qu’on ne peut déterminer. J’en ai vu durer plu-, sieurs mois, et même des années entières.

Lorsque les abcès rhumatismaux parviennent à un li faut le» volume un peu considérable, et que là fluctuation s’y fait bien sentir., on ne peut se dispenser de les ouvrir,

Un trop long délai augmenterait le désordre qui existe dans le lieu malade, parce que le pus ^ continuant à s’y accumuler , décollerait le tissu cellulaire dans une plus grande étendue et presserait davantage sur les parties voisines. Jusqu’ici on a procédé à cette opéra- Au moyen tion par une application de potasse concrète sur le lieu le plus élevé , et en même temps le plus déclive de la tumeur, afin d’avoir une ouverture avec perte de substance qui fût moins disposée à se fermer > et qui laissât plus long-temps un écoulement libre aux humeurs qui doivent sortir de cet abcès, pour en opérer le dégorgement. On avait l’attention de faire l’ouverture la plus petite possible, pour que le pus sortît lentement; pour que les parois de l’abcès se rapprochassent avec plus de facilité qu’ils ne l’auraient fait

Au moy«n d’une- ponc« tien faiteaTcc un bistouri très-étroit.

^bserr. de Boyer.

après une ouverture phis grande qui les aurait fait , passer d’une manière subite , d’un état de distension à un état de relâchement , et surtout pour que l’air ne pénétrât pas aussi facilement dans son foyer. Souvent mênie on n’ouvrait pas l’escharre , afin que , se détachant d’elle-même, le pus ne s’en échappât qu’en petite quantité à la fois. Ces précautions étaient jugées nécessaires, parce qu’on avait observé que leur omission était suivie d’accidens fâcheux qui conduisaient presque tüujourB les malades à la mort. Mais l’effet n’en était pas certain ; et quoiqu’on les eût prises, le danger était toujours fort grand, et l’événement souvent funeste. ' '

D^uîs quelque temps, M. Boyer, premier chirurgien de S. M. l’Empereur, a pensé, qu’on réussirait mieux, si, au lieu d’ouvrir avec là potasse concrète, dont on ne peut déterminer l’effet avec précision , on se contentait de plonger un bistouri dans la tumeur à l’endroit le plus favorable, et de n’y faire avec cet instrument qu’une simple ponction qui ne permît au pus d’en sortir qu’en petite quantité à la fois. Cette ponction faite à travers des parois épaisses, telles que sont presque toutes celles, des abcès rhumatismaux, se ferme promptement , quoique ces abcès ne soient pas entièrement vides, de sorte qu’on est bientôt obligé d’en faire une seconde, une troisième, et qüèlqüefok plusieurs autres. Je lui ai vu employer ce procédé sur une demoiselle âgée dé dix-huit ans, fraîche, et en apparence delà meilleure santé , laquelle avait au bas des reins, qrrês de la hanche droite , une tumeur ronde, molle, indolente, assez grosse pour contenir un demi-

litre de liqueur, et qui présentait la fluctuation la plus évidente. Cette tumeur avait paru depuis peu. Elle avait succédé à des douleurs de la région dorsale , qui avfdent eu lieu à la suite d’une transpiration supprimée dix mois auparavant, pour être rentrée chez elle à pied , dans une saison froide , après s’être échauffée par la danse. Cette tumeur avait pris un accroissement marqué depuis quelque temps. Elle avait tous les caractères d’un ahcès rhumatismal qu’il fallait ouvrir, pour prévenir un grand délabrement. L’ouverture devait être peu étendue. On aurait pu la faire en suivant le procédé ordinaire. M. Boyer proposa de vider l’humeur amassée par des ponctions successives, de manière qu’on n’attendît pas pour en faire une seconde, une troisième, etc., que la tumeur parvînt à la grosseur qu’elle avait la fois précédente. Cela f ut, exécuté sürle-champ. Il plongea la pointe d’un histouri dans le foyer de l’ahcès d’où il fît sortir un quart de litre de pus , à peu près , et la plaie fut couverte avec un emplâtre diachylum. Cette petite opération n'a dérangé presque en rien la santé de la malade. Elle a été recommencée cinq à six fois, et a constanament donné ^ la même quantité de pus. A la cinquième fois, M. Boyer a jugé à propos d’entretenir l’ouverture avec unepetite tente. Il en sortait tantôt plus, et tantôt moins de pus. Quelquefois la jeune malade en était inondée ; cependant sa santé n’en a pas été altérée. On ne s’est aperçit d’aucune diminution de son embonpoint. Ses belles, couleurs se sont conservées, et sa constitution n’a paru souffrir en rien. Elle a parfaitement’ guéri.

M. Duval, auteur de la quarante- troisième thèse Autre obser-

\vation de M. Boyer.

'observ. de l’auteur.

^^4 DE DA MÉDECINE

présentée et soutenue à l’École de Médecine de Paris a vu M. Boyer procéder de la iriême manière sur un jeune homme de vingt-deux ans, qui portait depuis sept mois, à la région lombaire droite, une tumeur de l’espèce de celles dont il s’agit. Il sortit .un kilogramme de pus , et la petite plaie, dont les bords furent rapprochés et contenus avec un emplâtre diachylum, guérit comme l’ouverture d’une saignée. Dix jours après , la tumeur qui s’était reinplie , fut piquée une seconde fois ; la liqueur qui en sortit était moins épaisse et en moindre quantité. Au bout de, dix-huit jours, il fallut faire une troisième ouverture, et la quatrième allait être faite douze autres jours après , quand la plaie se rouvrit et laissa sortir un peu dé sérosité. Bientôt cette espèce de fistule se ferma, et la guérison fut complète. .

Depuis que j’ai connu ce procédé, je l’ai employé dans plusieurs cas d’abcès rhumatismaux qui se sont présentés à moi avec des succès différens. Tantôt il m’a réussi, et tantôt les malades ont succoinbé. Cette diversité dérive de celle- que présentent les abcès de cette espèce. Quand les sujets sont jeunes, qu’ils sont d’une bonne constitution , et que les os n’ont pas souffert d’altération , ils guérissent. Dans les cas contraires, l’événement est funeste. Or il arrive souvent que les os sont malades dans les abcès rhumatisniàux , non parce que le pus attaque leur substance, mais parce que la maladie, qui donne naissance à ces abcès, a commencé par en attaquer le tissu , et y causer une carie dont on ne connaît ni le lieu , ni l’étendue , et qui par conséquent est inaccessible aux secoui’S de l’art.

Ol'ÉRATOinE.

D. Des Ahces critiques.

On donne le nom d’abcès critiques à ceux qui surviennent à la suite d’une autre maladie dont les symptômes perdent de leur gravité à.mesure que ces tumeurs se forment. Tels sont, ceux qui s’élèvent quelquefois sur les parotides à la fin des fièvres ataxiques. Ils sont faciles à reconnaître. Ces abcès sont toujours accompagnés d’un empâtement inflammatoire et douleureux qui s’étend au loin, et au milieu duquel on aperçoit une fluctuation, profonde. On ne doit pas en attendre la maturité , de peur que l’humeur qui les forme ne se déplace de nouveau, et ne rentre dans le torrent de la circulation pour aller se déposer ailleurs. Ils doivent être ouverts avec la potasse concrète, moins pour attirer une plus grande quantité d’humeur sur la partie malade, et lui donner un degré de coction qu’elle, n’a pas encore acquise , que pour se procurer une grande ouverture qui facilite les dégorgemens qui doivent se faire. Dans ce cas , il n’y a pas les mêmes raisons pour retenir l’humeur dans le foyer de l’abcès jusqu’à ce qu’elle sorte d’elle-même , et en petite quantité à la fois, comme dans les abcès par congestion. Au contraire tout porte à désirer qu’elle s’évacue promptement , parce que cette humeur est mobile , et qu’elle pourrait rentrer dans le torrent de la circulation. .

E. Des Abcès métastatiques.

Les abcès métastatiques sont ceux qui dépendent d’un déplacement d’humeur, laquelle se porte dans un lieu différent de celui qui leur a donné naissance. On en a un exemple dans les abcès qui après s’être

Il faut les ouvrir trèsprompte-

Manière d’ouvrir les aicès faits par nu déplacement d’humeur.

formés dans la région lombaii'e, à l’occasion d’une carie à une ou plusieurs vertèbres de cette région , descendent le long du muscle pS6as , et se glissent sous le ligament de Fallope , pour se porter à la partie supérieure , antérieure et interne de la cuisse. Ceux qui , après avoir pris naissance dans une cavité articulaire attaquée de Carie , se portent vers le lieu où la résistance est moindre j et où la pesanteur les éntraîne, en Offrent un antre. Ces derniers sont excessivement dangereux. L’étacuatiott du pns qu’ils contiennent ne tarde pas à être suivie des àccidéns les plus graves. Pour l’ordinaire, cette humeur devient pütride , le malade est attaqué dé fièvre lénte , il â souvent des frissons irrégidiers, son embonpoint se dissipe, sa peau devient terreuse, il tombe dans une maigreur extrême; enfin il périt. On doit différer l’ouVerture de ces âbéès autant qu’il est possible, èt lorsqu’on est forcé d’y procéder, il faut la faire extrêmement petite Où par uné appliéatioa de potasse conérète , et laisser se détacher l’escharre d’elle-même. On soùtient lés forces du malade par un bon régirùe , ét On éloigne la putridité âu moyen du quinquina^ Ces soins procurent quélqüéfois la guérison dès malades dont les abcès ont leur foyer dans les articulations. Ces malades sé rétablissent aux dépens d’une ankylosé Ou d’ütie fistule qui durent autant que la vie. Mais Oeux qui sont attaqués d’abcès à la région lombaire périssent tous, et le seul but qu’on puisse se promettre d’atteindre , est de leur prolonger la vie.

r. Des abcès causés par la présence de corps éirangejs.

Les corps étrangers de toute espèce peuvent séjour-

ner long-temps dans le tissu des parties où ils se sont inti'oduits sans causer beaucoup d’incommodités ; mais pour l’ordinaire ils y excitent de l’irritation, et ils y attirent de l’inflammation , qui se termine par des abcès, dans le foyer desquels ces corps étrangers se trouvent. On peut présumer qu’il en est resté dans les plaies qui ont été faites par des projectiles , tels que les armes à feu, les frondes, l’explosion des mines , celle des magasins à poudre et autres. Lors donc qu’il survient au voisinage de ces plaies, où à l’endroit même qu’elles occuperit, dés engorgémens inflammatoires et douloureux qui paraissent devoir se terminer par un abcès, il faut favoriser la suppuration , que d’ailleurs on ne pourrait éviter, en couvrant la partie avec des cataplasmes émolliens et maturatifsi Si l’abcès est tin peu considérable , on ne peut se dispenser de l’ouvrir dans une étendue assez grande pour qu’on puisse aller à la recherche du corps qui lui donne naissance. S’il est petit, il s’ouvre le plus souvent avant qu’on se soit aperçu de sa maturité ; mais le corps étranger se présente le plus souvent de lui-inême. Dans l’un et l’autré cas, il doit être saisi avec les doigts ou avec des pinces de forme et de dimension convenables. Rien ne s’oppose plus alors au dégorgement de l’abcès , au rapprochement de ses parois et à la formation de la cicatrice; ce que l’on obtient par les moyens les plus ordinaires : mais la guérison n’est constante, qu’autant que tout ce qu’il y avait de corps étrangers dans la plaie a pu en être tiré. Dans le cas où ce seraient des fragmens d’os qui aurâierit été brisés , il séfait à eraihdrè qu’il n’en restât quelqnes-tins , et que le mal ne se reproduisît ;

mais cela est inévitable , et les personnes qui ont échappé au danger des plaies d’armes à feu qui ont atteint les os ne parviennent presque jamais à guérir complètement. ‘ '

3® Tumeurs faites par la lymphe.

La lymphe amassée donne lieu à deux sortes de tumeurs. Les unes sont faites par infiltration, et les autres par épanchement.

~ Tumeurs lymphatiques par infiltration.

Dans ces tumeurs, la lymphe n’est pas rassemblée ; elle est répandue dans le tissu cellulaire, comme l’eau l’est dans une éponge quon y a trempée. Quand l’infiltration s’étend sur toutes les parties dü corps , on la nomme anasarque ou leucôpblegmatie. On l’appelle œdème quand elle n’occupe qu’une partie, comme les jambes , les bourses , les paupières. Ces maladies tiennent à un grand nombre de causes qu’il est inutile de rappeler ici , parce qu elles sont du ressort de la médecine interne , et que les procédés opératoires qui peuvent y être appliquées ne sont que des moyens auxiliaires auxquels on a quelquefois recours dans leur traitement. Ces moyens tendent à procurer le dégorgement de la partie affectée , en ouvrant une issue à la lymphe qu’elle contient. Ils seront exposés à l’article de l’hydrocèle par infiltration , . laquelle n’est autre chose que l’œdème des bourses.

Des tumeurs lymphatiques par épanchement.

Ces tumeurs sont l’hydropisie de la tête, celles de

Toeil et de la poitrine , les hydropisies du ventre , et celles des bourses , de 1 epine et des articulations.

L’hydrocéphale se divise en externe et en interne, a. De l’hy-

X 1 . drbpisie de la

La première a son siege dans 1 épaisseur des tegumens, tête ou hy-

C’est une véritable infiltration, qui, si elle a lieu par

toute la tête , ne diffère pas des autres œdèmes par- Elle peut

, -Il 1» «tre externe.

tiels , et n est susceptible , comme eux , d autres procédés opératoires que de l’application d’un emplâtre épispastique , et de quelques mouchetures pratiquées aux lieux les plus déclives, pour procurer le dégorgement du tissu cellulaire. La seconde ^ l’hydrocéphale

. , . 1 / . / 1 , Ou interne.

interne , est un epanchement de sérosités dans 1 intérieur du crâne, en quelque lieu que cet épanchement réside. Les uns ont dit qu’il est quelquefois placé entre le crâne et la dure-mère , cè qui-n’est pas vraisemblable; d’autres. entre la dure-mère et l’arachnoïde, ce qui ne l’est guère davantage ; enfin le plus grand nombre pense que cette collection d’eau se forme dans les ventricules du cerveau , où l’on en rencontre quelquefois une quantité remarquable, mais insuffisante pour être regardée comme une hydrocéphale, en ceux qui ont succombé à certaines affections du cerveau , telles que l’extrême affaiblissement delà vue et de l’ouïe, celui des facultés intellectuelles, lés assoupissemens fréquens et profonds, et les apoplexies séreuses, dont lès effets sont plus rapides.

■ L’hydrocéphale interne , dont il doit être spécialement traité ici, est une maladie du premier âge, et que souvent les enfans apportent en venant au monde.

On la reconnaît à la grosseur de la tête ; à la faculté signes de que les os du crâne, mal formés à cette époque, ont

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