II
■Elle n’est susceptible d’aucune opération.
45o DE MÉDECIXE
de se mouvoir les uns sur les. autres; à la transparence qui se remarque aux endroits où ils sont encore membraneux ; à la fluctuation que ces endroits présentent; au flot du liquide contenu; à la pesanteur de la tête , qui tombe tantôt d’un côté , tantôt d’un autre ; à l’assoupissement continuel de l’enfant; à la fixité de ses yeux; et s’il survit quelques années à la faiblesse de ses facultés mentales. Pour l’ordinaire , ces symptômes durent peu , parce qu’il périt de bonne heure. Ceux-là résistent à l’hydrocéphale , en qui là maladie a commencé après la naissance, et en qui elle a cru lentement. On en a vu atteindre la douzième et la quinzième année , mais dans un état de faiblesse de corps et d’esprit pire que la mort, qu’ils ne pouvaient éviter. Il est probable que la maladie avait commencé après le temps où les os du crâne s’unissent par des sutures, car on trouve dans les cabinets d’anatomie des crânes de sujets hydrocéphales dont les os sont solidement joints. Ces crânes ont des dimensions qui surprennent ; mais la face n’a que celles qui sont ordinaires aux enfans de l’âge où ces sujets étaient parvenus. Ils sont fort légers parce que lés os en sont minces.
Les causes de l’hydrocéphale sont sans doute les mêmes que celles des autres hydropisies : mais qui les connaît? Elle fait périr ceux qui en sont attaqués plus sûrement et plus tôt que toute autre maladie delà même espèce, parce quelle dérange les fonctions d’un des organes les plus essentiels à la vie. Il serait imprudent de chercher à y remédier par un des procédés opératoires dont on fait usage ailleurs : les essais qui en ont été faits ont si mal réussi, qu’on ne doit plus se
permettre d’en faire d’autres. Les moyens que la médecine interne emploie seraient également infructueux.
Ainsi il vaut mieux laisser les malades tranquilles que de fatiguer et de troubler la courte existence que la nature leur accorde. ^
Si l’humeur aqueuse vient à s’amasser en grande b. Hydropiquantité au-dedans de l’œil , et qu après avoir distendu *iiydroplitalles deux cavités intérieures de cet organe qui sont destinées à la recevoir, elle se répand partout, et qu’elle en augmente le .volume , il eïi résulte une espèce d’hydropisie que l’on désigne sous le nom d’hydrophtalmie.
Cette incommodité peu fréquente est le plus ordinairement la suite d’inflammations opiniâtres; quelquefois cependant elle survient à des personnes qui n’ont éprouvé aucune maladie antérieure, de sorte qu’on peut encore là regarder comme l’effet d’une disposition particulière.
On la connaît à l’augmentation dti volume de l’œil Ses slgaes. accompagnée d’élévation de la cornée, et de l’enfoncement de l’iris , avec changement dans les dimensions de l’ouverture de la prunelle qui perd plus ou moins de sa mobilité, et diminution ou perle totale delà vue.
Lorsque l’humeur augmente , et que la transparence de rhumeur aqueuse est fort altérée , î’hydrophtalmie cause des douleurs tensives et obtuses vers le fond de l’orbite, tantôt plus légères, et tantôt plus fortes; et elle attire une . sorte de stupeur sur lé côté de la tête qui répond à l’œil malade; enfin cet organe est comme chassé de la cavité de l’orbite qui ne peut plus le contenir , et les paupières sont tendues , écartées , et souvent renversées.
Elle diffère de la Buphthalinie,
Moyens de guérison.
La ponction
connue des anciens.
L’augmentation du volume de l’œil occasionnée par la turgescence de l’humeur vitrée est la seule maladie qui ait quelque rapport avec l’hydrophlalmie. Elle en diffère en ce que le corps vitré, qui pousse l’iris en devant, la rapproche de la cornée, et fait autour du cristallin une espèce de bourrelet qui lui fait ombre. D’ailleurs l’œil est plus douloureux , la vue plus affectée dès les commencemens, et la suppuration et la fonte de l’œil sont plus à craindre.
L’hydrophtalmie peut, ainsi que toutes les autres espèces d’hydropisies , céder à l’usage des remèdes fondaiis, apéritifs et purgatifs employés à propos; elle a surtout l’avantage de .permettre l’usage des topiques discussifs et corroborans, qui peuvent en aider l’effet. Lorsqu’elle a déjà fait beaucoup de progrès ou quelle croît avec rapidité , on y remédie plus,.efficacement au moyen de la ponction.
Cette opération ne paraît pas avoir été connue des anciens. Pline, après avoir parlé de la vertu discussive des deux espèces de mouron à fleur jaune et à fleur bleue , dit bien qu’il faut faire des onctions avec le suc de ces plantes, dans lequel on ait délayé du miel, avant de faire la paracentèse de l’œil, et ideo hoc inunguniur ante^ quitus paracentesis fit ; mais il est douteux qu’il attache la même idée que nous au terme de paracentèse; et il pourrait se faire qu’il ne s’en servît que pour désigner une des opérations qui se pratiquaient dé son temps pour extraire la cataracte que l’on croyait membraneuse, ou pour tirer le sang amassé dans l’œil, à l’occasion d’un coup sur cette partie.
Le premier qui ait fait une mention expresse de la
Valenlîn
ponction de l’œil dans le cas d’hydrophtalmie, est a parlé le Michel Bernîffd Valentin, lequel a fait insérer dans les Éphémérides des curieux de la nature , année 6 , une observation qui lui avait été communiquée par le docteur Wesen, sous le titre d’hydrophtalmie guérie par la paracentèse. Ce médecin avait d’abord conseillé l’ei^tirpation de l’œil ; mais il résolut d’essayer ce qu’il pourrait obtenir de sa perforation. Ce procédé eut tant de succès, que l’humeur fut entièrement évacuée, et que les remèdes internes dont il fit usage et le régime qu’il prescrivit, prévinrent le retour de la maladie. L’observateur ne dit pas quel procédé il employa , et surtout s’il eut l’avantage de conserver la vue au malade.
Nuck depuis à pratiqué avec succès la ponction Puis is^uek. de l’œil dans deux cas d’hydrophtalmie qui étaient fort graves. Le sujet du premier était un jeune homme de Bréda , d’environ vingt-quatre ans , dont la vue se trouva altérée à la suite d’une ophtalmie à l’œil gauche, qui avait duré long-temps, et qui lui avait causé de fortes douleurs. La prunelle s’obscurcit par l’amas de l’humeur aqueusê qui devint trouble, et l’œil grossit au point de faire saillie hors de l’orbite, et de ne pouvoir plus être contenu entre les paupières. Nuck connut que la vue était entièrement perdue ; mais il ne désespéra pas de réduire l’œil à son ancien volume, et de le mettre en état de supporter un œil d’email.
Après avoir administré quelques pilules hydragogues, il fit la ponction au milieu de la cornée transparente, où les vaisseaux de cette partie étaient moins dilatés ' qu’ailleurs. La sortie d’une grande quantité d’humeur
t) E LA M É D Ji C I X’ É
aqueuse diniinua le volume de l’œil d’un cinquième ; le lendemain il était grossi et revenu à son premier état. Nuck y fit une seconde ponction par laquelle il tira un peu plus d’humeur, et obtint une diminution plusmq.rquée; néanmoins il fallut faire une troisième ponchpn deux jours après. Les collyres corroborans, qui avaient paru s’opposera une nouvelle distension de l’œil, furent trouvés sans effet, de sorte qu’une quatrième ponctioni fut jugée nécessaire : celle-ci fut faite le dixième jour. L’œil n’était pas revenu à un volume plus considérable que la première fois ; il grossit encore. Une cinquième ponction fut faite le quatorzième jour;, et cette opération ayant été suivie d’une plus grande diminution de l’œil que les autres, on put faire usage d’une lame de plomb , convexe d’un côté, concave de l’autre, figurée comme un œil d’émail, laquelle fut introduite entre les paupières et l’œil , et s’opposa si bien aux nouveaux accroissemens de cet organe, qu’il fut possibî^d’y ajuster un œil artificiel , auquel le malade s’accoutuma en. peu de temps , et qui corrigeait parfaitement sa difformité.
L’autre personne à qui Nuck a fait la ponction, pour une hydrophtalmie, était une femme de La Haye, dont l’œil grossit. beaucoup à la suite dune ophtalmie vio» lente, mais moins que dans le cas précédent. Cet or» gane était surmonté de trois excroissances en manière de cornes : la plus élevée fut percée „ et l’humeur qui s’en échappa permit aux autres, de s’af^sser. Le mal étant revenu, au bout de quelques jours , il fallut faire une secondé ponction après laquelle il se dissipa, au point que l’œil avait sa grosseur et sa forme naturelles; il est resté long- temps dans cet état : Nuck a pourtan t
appris que la malade a été obligée depuis de se faire •faire deux ou trois fois la même opération.
Ceux qui ont écrit' depuis Nück sur les maladies dés yeux n oilt rien dit de l’hydrophtalmie et de l’opération qui y convient. Heister séül paraît y avoir eu récours en plusieurs circonstances. Il ne croit pas qu’il faille percer le milieu de la cornée , comme a fait N uck, de peur que la vue ne soit troublée par la cicatrice qui doit en résulter j il préfère la partie inférieure de la sclérotiijüei C’est là qu’il dit avoir toujours enfoncé ^ non un trois-quarts, mais une lancette ; et il n’a jamais négligé de se servir d’üne lamé de plomb concave, pour exercer une pression raisonnable sur l’œil, ét d’employer, lestopiques et lés remèdes intérieurs qui pouvaient assurer le succès de son procédé. Quel a été ce succès ? Est-il parvenu à conserver la vue à ses malades , ou n’a-t-il pu obtenir que la diminution de l’œil, et la cessation des incommodités auxquelles l’hydroph- -talmiedonnaitlieu?-
Le trois-quarts employé par Nuck pour la ponction de l’œil dans le cas d’hÿdrophtalmië a été adopté par Wolhôüse, qui én a parlé comme d’un instrument de son invention j dans un catalogue d’instrumens propres *aux maladies dès yeirs, léquel a été publié dans un des journaux de Lèipidck, en 1696. Il lui donne le nom de paracmteriam. dit qu’il s’en sert pOtif vider l’hu- adopté par
^ ^ T , Wolhouse.
meur aqùeusè devenue trouble eKez les: vieillards, et pour leur rétablir la vue. Wolhouse ne s’attribue pas l’honneur d’avoir imaginé cette opération , qu’il dit avoir été ènseignée à son père par un ancien oculiste de Londres, nommé Tuberville , lequel la tenait lui-même
Pour vider Fœil dans l’amblyopie desvieiïlards
456 DE LA MÉDl^GINE
d’un capitaine anglais qui , ayant vécu long-temps à Pékin , l’avait apprise des Chinois. Wolhouse l’avait vue pratiquer plusieurs fois par son père, et il avait connu un particulier à Londres à qui Tuberville l’avait faite deux fois en onze ans. 11 disait aussi l’avoir mise en usage en plusieurs circonstances avec beaucoup de succès , en Irlande et en France.
Cet oculiste n’a décrit nulle part l’opération dont il s’agit ; mais il l’enseignait à ses élèves , du nombre desquels ont été plusieurs praticiens du mérite le plus distingué, tels que Heister, Platner, Maucbart et autres. Il perçait l’œil à l’endroit où on porte l’aiguille dans l’opération de la cataracte par abaissement. Il recommandait de tenir la plaie /Ouverte, pendant trois ou quatre jours, dans la vue de faciliter l’écoulement des humeurs, mais sans en indiquer les moyens; et du reste il ne manquait à aucune des précautions qu’il croyait propres à favoriser la guérison. Sès malades étaient tenus dans un lieu obscur. Ils restaient quelque temps couchés à la renverse , pour éviter que la cornée ne contractât des adhérences vicieuses avec l’iris. On leur appliquait dès compresses trempées dans des liqueurs astringentes; ilsétaient saignés , et ils usaient des moyens les plus propres à prévenir l’inflammation. Lorsque le danger de cet accident était dissipé , Wolhouse , à l’imitation de Tuberville, leur faisait prendre, pendant vingt-cinq à trente jours, des cloportes écrasés dans du vin d’Espagne.
On voit qu’indépendamment de l’hydrophtalmie , à laquelle la ponction, de l’œil convient essentiellement» cette opération a été recommandée pour remédier à
l’amblyopie ou obscurcissement de la vue des vieillards. Mauchart, qui a rassemblé toutes les connaissances acquises à ce sujet dans une dissertation publiée en 1744? sous le titre : De Paracentesi oculi in hydrophtalmiâ et amhlyopiâ senum , demande si on pourrait également y avoir recours dans les cas de cataractes laiteuses, et dans les amas de pus dans la chambre postérieure de l’œil. Mais il est rare que la cataracte soit purement laiteuse. Dans les cas même où la capsule du cristallin paraît distendue par la plus grande quantité de liqueur quelle puisse contenir, le cristallin existe encore , .diminué de volume à la vérité, mais devenu très-obscur , et la capsule cristalline elle-même est fort opaque ; de sorte qu’en supposant qu’on tirât aisément l’humeur viciée au moyen de la paracentèse , la vue serait toujours troublée et empêchée par l’un et par l’autre. Quant à Yempyesis ouamas de pus dans la chambre postérieure de l’œil, cette affection paraît plutôt un être de raison qu’une maladie réelle à laquelle on puisse appliquer une opération particulière. ;
Que penser de la paracentèse à l’œil , dans la vue de renouveler l’humeur aqueuse devenue trouble, et de corriger l’amblyopie ? Si l’épaississement de cette humeur et la perte de sa transparence étaient les seules dispositions qui pussent affaiblir la vue , on pourrait essayer de la renouveler en ouvrant la cornée : car les expériences de Nuck et les observations qui ont été faites depuis qu’on a adopté la méthode d’extraire le cristallin cataracte, au lieu d’en opérer le déplacement , montrent qu’elle se reproduit avec beaucoup de facilité, et que les plaies de la cornée n’ont rien de dan-
Opération de la paracentèse de l’œil.
Quels cas la réclament ?.
Ces cas sont
drophtalmie et la buphthalmie.
Manière de la pratiquer.
Le trois-
d’un usage .trè^rdifficile.
$t dange-
458 DE LA Mi;r)i:crN’E
gereux. Mais tant d’autres causes peuvent produire le même effet , qu’il paraît douteux que les gens de l’art osent suivre là méthode de Tuberville et de Wolhouse et qu’on puisse y déterminer ceux à qui cette opération pourrait paraître utile.
L’hydrophtalmie et la buphthalmie, c’est-à-dire l’excessive augmentation du volume de l’œil pâr la turgescence de l’humeur vitrée , sont donc les seuls cas dans lesquels on doive l’entreprendre. /Reste à déterminer la manière de la praüquèr. Doit -on se servir d’un trois-quarts dont les dimensions -y soient appropriées, ou d’un instrument semblable à une lancette , comme Heister dit l’avoir fait? lè trois-qüarts paraît plus simple. Cependant il est d’un usage difficile. On sait avec quelle peine on parvient à l’introduire dans lés grandes cavités du corps , telles que lè bas- ventre et la poitrine. Il faut lui Adonner une impulsion assez foCte, que l’on modère avec le doigt indicateur étendu juSqü’anprès de la pointe de l’instrument. Si les membranes de l’œil offraient une résistance analogue , il serait peut-être à Cfaindre qu’on fie le poussât trop avant, et qu’il ne blessât les parties intérieur^ de cet organe. Tuberville et Wolhouse paraissent avoir éprouvé cet înconvénient / car ils faisaient tourner cinq à six fois le trois-quarts entre le pouce et lè doigt indicateur, afin qu il pénétrât plus aisément. Ce proéédé doit oécasionêr- Une sorte de déchirement dans lè trajet què l’ingfrnraent parcourt. Il expose par Conséquent lè nralade aux accidèns que l’irritation peut produire; et on sait quels étaient ceux qui résultaient de rintroduciion de l’aiguille dans
OPES ATOIRE, 4og
l’abaissement de la cataracte. Un instrument tranchant sur les côtés , et terminé par une pointe aiguë , comme le plus étroit de ceux dont Daviel se servait pour ouvrir la cornée , ne ferait pas courir les mêmes risques , et il mérite la préférence.
Le malade situé sur une chaise, la tête» appuyée Comment il
. . n .1 .... * faut se servir
sur la poitrine dun aide qui releve en meme temps de l’instrula paupière supérieure, s’il en est besoin, et qui assujettit le globe de l’eeil par en haut , comme dans l’opération de la cataracte, le chirurgien, assis vis-à-vis sur un siège un peu élevé , abaisse la paupière inférieure avec les doigts de la main gauche, et assujettit le globe par en bas. Si cét organe très-gonflé sort d’entre les paupières, elles ne sont point contenues, mais le chirurgien tâche de prévenir sa mobilité par les pressions légères et bien concertées qu’il exerce sur lui avec les doigts de la main gauche. Prenant alors de la droite l’instrument qu’il a préparé , il le plonge à travers la cornée transparente, â l’endroit où Daviel commençait l’opération de la cataracte, jusqu’à ce que la liqueur amassée vienne à s’écouler ; après quoi il le retire, et cessant toute pression, il permet à l’œil de se vider. Des linges trempés dans un défensif , tel que le blanc d’œuf battu dans de l’eau de rose avec un peu d’alun , appliqués et retenus sur cet organe, préviennent l’impression de la lumière , et les effets inévitables de l’irritation , et le malade est couché dans un lieu obscur , et assujetti au régime que les circonstances exigent.
Mauchart et Wolhouse. veulent que l’on entretienne l’ouverture pendant quelques joxus. Ils pro»
DE LA. 51EDECI\E
posent pour cela d’introduire une tente de diarpie , dont la présence pourrait exciter une inflammation dangereuse. Il vaut mieux abandonner l’œil à lui-même.
Si la petite plaie qu’on a faite à cet organe vient à se fermer, et qu’il soit nécessaire de le vider une seconde fols ou plus, on fait autant d’ouvertures qu’il est né - . cessaire. Nuck n’a pas craint de recommencer "cette opération, et il n’a pas vu que les personnes sur qui il raq)ratiquée plusieurs fois en aient été inconlmodées. Enfin on ne néglige aucun des moyens de prévenir un nouvel amas de liqueur , et on règle sa conduite sur cellé que le praticien dont on vient de parler a tenue dans le traitement des maladies de cette espèce qu'il a eues à soigner.
c. Hydro- L’hydropisic de la poitrine reconnaît les mêmes
poitrine ou causcs quc Ics autres espèces d’hydropisie. Elle atta- ^
byd.rotlior3.x« i- • vi9i'
que fréquemment les personnes sujettes a l asthme convulsif. Si donc cette maladie a précédé , qu’il y ait des dispositions à la leucophlegmatie , et que le ma-, lade éprouve plusieurs des symptômes qui caractérisent l’hÿdropisie dont jé parle , on peut croire qu’il en est affecté. Ces symptômes sont, une grande difficulté de respirer accompagnée de toux sèche, d’enflure œdémateuse au visage , au bras , et souvent aussi aux extrémités inférieures , laquelle ne permet au malade de se tenir couché que d’un côté , quand l’eau occupe une des deux cavités de la poitrine , et le force à se tenir sur son séant, et courbé en devant lorsqu’elle les occupe toutes deux. Il y a de la lenteur, delà faiblesse, et souvent de l’intermittence dans le poids. Le sommeil est difficile et interrompu par des spasmes.
fréquens; le malade a une suffocation plus forte la nuit que le jour, à quoi il faut ajouter , suivant l’observation d’Hippocrate, qu’il entend souvent le flot de l’eau, lorqu’il se remue ou qu’on le change de position , et que le côté où se trouve l’hydropisie paraît plus ample et plus dilaté que l’autre.
La réunion du plus grand nombre de ces symptômes indique un épanchement d’eatt dans une des cavités de la poitrine; mais on ne peut pas dire que la maladie ^oit simple , car souvent l’eau amassée exerce sur les poumons une imtation à laquelle succèdent de l’inflammation et une sécrétion plus ou moins abon- dante de mucosité puriforme qui les ulcère et qui les corrode; alors l’hydropisie est plus compliquée et plus grave.
On a toujours pensé qu’il serait possible d’y remé- Onpeutyap-
T 1 V T plLquerla
dier par la paracentèse , non , a-t-on dit, que cette paracentèse;
opération puisse guérir la maladie , mais parce quelle doit procurer du soulagement , et donner aux remèdes dont on fait usage intérieurement le moyen d’agir avec plus d’efficacité. Hippocrate s’exprime de façon à faire croire que la ponction de la poitrine était en usage de son temps , et qu’il en avait obtenu de bons effets. La manière dont il pratiquait cette opération était fort différente de celle que nous employons : après avoir incisé sur la quatrième côte de bas en haut, et avoir mis cet os à découvert , il faisait une ouverture au moyen du trépan, et parvenait à la cavité de la poitrine. L’eau amassée n’était évacuée qu’en partie : une tente introduite dans l’ouverture , soutenue par une éponge et ensuite par les pièces extérieures de
DK KA MÉDECINE
l’appareil, empêchait l’eau de s’écouler j chaque jour il en laissait sortir une portion jusqu’au treizième , qu’il permettait à ce qui pouvait en rester , de s’échapper en entier. Au delà de ce terme, l’eau qui tombait de nouveau dans la poitrine avait la liberté de sortir à chaque pansement. Si les pièces d’appareil se trouvaient humectées de pus le cinquième jour de l’opération , Hippocrate augurait bien de sa réussite : si la suppuration ne se montrait pas, et que le malade fut tourmenté par la soif et par la toux, il n’en attendait aucun succès.
Le procédé que je viens de décrire répond à l’opi- ' nion que les anciens avaient du danger de tirer la totalité des eaux amassées dans les hydropisies. Lorsqu’il est question de celles du ventre , nous prévenons ce danger par des pressions convenables : mais ici ces pressions ne peuvent avoir lieu. Peut-être serait-il à propos d’imiter en quelque sorte le procédé des anciens, et de ne pas tirer à la fois toute l’eau amassée dans la poitrine. Les poumons ne passeraient pas aussi subitement dé l’état de conglohation où la pression de ce fluide les réduit , à celui qui doit suivre son évacuation totale ce viscère se développerait peu à peu et les fonctions qu’il doit remplir s’exerceraient avec moins de trouble.
Elle a été Des praticiens modernes ont conseillé la paracentèse dans l’hydropisie de poitrine ; mais elle paraît ne pas avoir été souvent mise en usage. Duverney le jeune, au commencement du siècle dernier , communiquait Observ de ^ ^ Académie des Sciences des observations propres à DuTerney. ençourager à la faire. Une femme à qui il avait jugé
OPÉB.ATOIRE. 463
que cette opération pourrait être utile ne voulut pas y consentir. On lui trouva après sa mort une collection d’eau assez considérable dans le côté de la poitrine que Duverney s’était proposé d’ouvrir. Cette femme avait eu aussi une bydropisie ascite que ce chirurgien avait vidée par la ponction. Une autre femme qui était dans le même cas fut plus docile. Duverney , apres lui avoir fait une ponction au ventre, par laquelle il ne tira que quatre à cinq litres d’eau , se détermina à lui en faire une autre à la poitrine, parce que les symptômes qui avaient paru diminuer, revinrent avec unenouvelleforce quelques jours après, quoique le ventre ne se fut pas gonflé de nouveau. Il porta le trois-quarts entre la seconde et la troisième fausse-côte , le plus près de l’épine qu’il lui fut possible , et tira encore trois quarts de litre d’une sérosité mucilagineuse , et semblable à de la tisane fortement citronée. La malade, qui ne respirait qu’avec peine, qui ne pouvait demeurer dans aucune autre situation que demi-courbée , et dont le pouls était petit , inégal et serré , fut soulagée^ Le pouls se développa ; la respiration se rétablit; ilgr eut un flux d’urine assez abondant, et elle fut si promptement rétablie, qu’elle se trouva en état de vaquer à ses affaires au bout d’un mois.
Bianchi , peu de temps après, a obtenu un succès pareil sur un jeune homme attaqué d’une hydropisie de poitrine récente, à la suite d’une pleurésie ; malgré cela il avoue qu’il n’oserait conseiller cette opération fréquemment.
Elle a de même réussi à Senac, dans un cas tout
Obserr. de Biauehi.
Obserr. de
nr, I.A MIÎDECINE
semblable. Un jeune homme qui venait d’essuyer une forte pleurésie eut une difficulté de respirer, telle qu’il ne pouvait trouver de soulagement que lorsqu’il était à son séant. Comme il paraissait prêt à expirer , on lui fit la ponction : cette opération procura la sortie de six litres d’eau jaune, et il continua de s’en écouler autant les jours suivans. Le malade fut guéri en moins de deux mois , et se trouva bientôt en état de monter à cheval.
obserr. de Le succès n’a pas été moins marqué dans le fait inté- Morand. j-essant que Morand a autrefois communiqué à l’Académie de Chirurgie, et qui est inséré dans le second volume in-4° des Mémoires de cette compagnie. Un jeune homme de vingt-deux ans, dont la rougeole disparut le troisième jour de la maladie, éprouva bientôt les effets de cette métastase. Dès lors la fièvre augmenta, le sommeil se perdit , il y eut des douleurs à la tête , au cou, à l’épigastre, et surtout à l’hypocondre gauche et à la poitrine du même côté. Il s’y joignit une enflure œdémateuse sur tout .ce côté, et une grande difficulté de respirer ; le malade avait de la peine à parler; ses yeux étaient enfoncés; il avait de fréquentes faiblesses ; enfin tout annonçait une mort prochaine , lorsque Morand fut appelé , le cinquantedeuxième jour de la maladie. Il reconnut qu’il s’était formé un amas^d’eau dans la poitrine, et proposa de l’évacuer, en faisant une ouverture à cette cavité. Quelques incertitudes jetées sur la nature du mal l’en-, gagèrent à se contenter d’y porter un trois-quarts au lieu 'd’élection, après avoir déprimé avec les doigts un œdème de plus de vingt-sept millimètres d’épaisseur ,
pour mieux connaître l’intervalle des côtés ; il sortit cinq litres d’eau, sans ce qui tomba sur les linges, ce que Morand évalue à un sixième litre. Sur la fin, cette , eaü était purulente; on en remplit un petit verre.
Le malade parut renaître : son pouls se ranima ; il eut des moiteurs et du sommeil , mais l’oppression revint promptement, et au bout de sept jours les choses étaient au mêmé état que> la première fois. Alors Morand fit l’opération de l’empyème, par laquelle il tira cinq litres d’eaU, et un peu plus de sérosité purulente que la première fois, line mèche de linge effilée fut introduite dans la poitrine; on y substitua bientôt une tente de charpie mollette, chargée d’un di;gestif qui se préparait sur-le-champ avec un jaune d’œuf, et douze gouttes de baüme de souffre térébenthiné» Au moyen de cette opération, les accidens sé dissipèrent; mais le malade tomba dans une maigreur qui fit encore désespérer de sa vie. Le lait, auquel on le mit pour toute nourriture^ le ranima : une canule d’argent fut substituée à la tente. Quand cètte canule,' au moyen de laquelle on faisait des injections détersives, devint incommode, on mit en place une tente mince et plate d’emplâtre de Nuremberg ; enfin la plaie fut entièrement cicatrisée plus de neuf mois après la première invasion de la maladie. '
Morand conclut de ce fait que la ponction à la poitrine n’ayant rien de dangereux en soi , on devrait la faire plus souvent dans les cas d’hydropisie de poitrine, lesquels se présentent assez fréquemment; il ne dit point que ces hydropisies sont quelquefois difficiles à discerner.
D. Hydropisie dü pé-
On a d’autant moins à craindre, selon lui, que les poumons pressés par l’eau se resserrent et se retirent vers la partie supérieure ét postérieure de la poitrine , où ils ont leurs principales attaches. C’est à ce resserrement, qui se dissipe d’une manière tardive, qu’il attribue la difficulté de respirer, plutôt qu’au poids de l’eau sur le diaphragme.
Les faits qui viennent d’être exposés montrent que ' la paracentèse peut être pratiquée avec succès à la poitrine. Mais en quel cas ? Lorsque l’hydrOpisie ou plutôt les amas lymphatiques et purulens qui se forment dans cette cavité sont le dépôt d’une maladie aiguë, telle qu’une pleurésie ou une péripneumonie ; ou lorsqu’ils succèdent à un transport d’humeurs, comme il ést arrivé au malade de Morand , et que le sujet encore jeune est présumé avoir conservé une partie de ses forces. Mais s’il est avancé en âge j- s’il est affaibli par le développement de la maladie qui peut avoir crû d’une manière lente , et durer depuis long- temps ; si la cause de cette' maladie n’est pas connue, et qu’il y ait lieu de l’attribùer à la décomposition des humeurs, ou à une altération notable des viscères contenus dans la poitrine; si les symptômes qui la caractérisent ne sont pas d’une grande évidence , ainsi qu’il arrive le plus souvent ,. il serait fort imprudent de plonger un trois-quarts dans la poitrine , et de chercher à procurer une grande évacuation de liquide, qui pourrait être suivie d’un épuisement subit, ou de s’exposer au risque de percer le poumon , s’il ne se rencontrait pas d’eau.
L’hydropisie du péricarde peut être rangée parmi celles de la poitrine. Cette maladie a des signes obs-
opératoire. 467
curs; cependant elle cause un sentiment de pesanteiu’ . et d’angoiàse aux endroits auxquels les attaches du médiastin répondent. Il s’y joint une difficulté de respirer occaôionée par la pression que l’eau exerce sur les poumons, et par la gêne qu’éprouvent les mouvemens du diaphragme; le malade a de la toux, pour la même raison. Gomme l’action du cœur est troublée, il éprouve des hattemens de cœur , des'syncopes fréquentes , des suffocations qui se répètent de temps en temps , et son pouls est dur, inégal, petit et vif. Il a les pieds enflés et le visage pâle et bouffi. Senac a de plus observé dans cette maladie un mouvement ondulatoire, assez marqué à la partie antérieure et gauche de la poitrine , entre la troisième , la quatrième et la cinquième côte, mouvement qu’il dit se faire aisément distinguer de celui que les battemens de cœur font apercevoir en cette ^^rtie.
• La réunion de ces symptômes peut donner une connaissance assez précise de l’hydropisie du péricarde : suffit-elle pour engager à y appliquer l’opération de la paracentèse ? Cette opération a été proposée , et Senac la recommande comme le moyen le plus sûr de tirer le malade du péril imminent auquel il est exposé, et le plus propre â assurer l’effet des médicamens intérieurs qui pourraient lui être administrés. Il dit de quelle manière cette opération pourrait être pratiquée. Le trois-quarts devrait être plongé entre la troisième et la quatrième fausse côte, en comptant de bas en haut du côté gauche, et à cinquante-quatre millimètres du ^sternum, pour éviter l’arl^ère mammaire inferne. Sa pointe devrait être dirigée en dedans et en bas , vers la base du cartilage xiphoïde , et on aurait l’attention de porter linstrument parallèlement aux
ricarde ou
Ponction
hydropisie.
DE EA MEDECINE
Ses dangers.
Coftiment or pourrait la
Oliserv. de Harvée.
côtes,- dans la vue de s’éloigner du cœur et du poumon. Van-Swieten, qui parle aussi de cette opération, et presque dans les mêmes termes, ‘dit qu’èlle a étépro. posée par Henri Velse, dans un. mélange de disserta-, lions anatomiques et pratiques que je n’ai pas été à portée de consulter; il ne se dissimule ni l’incertitude, dont elle .est, ni les dangers auxquels elle peut donner lieu. En effet, ilest difficile de juger de la natui-e et de, la quantité de la liqueur épanchée ; cette liqueur peut. ' déjà avoir altéré la substance du cœur, qui se trouve souvent couverte de mucosités épaisses et purulentes, ou ulcérée assez profondément dans les épànçhemens, de cette espèce ; d'ailleurs iè cœur pourrait être lilessé par le trois-quarts. -
Voilà de fortes raisons pour s’abstenir de semblables, opérations ; cependant si les symptômes de cette es-; pèce d’hydropisie se trouvaient réunis , et que le malade parût menacé d’une mort prochaine, ne^ourrait-on pas mettre le péricarde à découvert par une incision qui pénétrerait dans la cavité de la poitrine, et ouvrir ensuite ce sac avec la pointe du bistouri? Des observations incontestables prouvent qu’il l’a quelquefois été accidentellement, sans qu’il en soit rien résulté de fâcheux. On trouve un cas de cette espèce dans GalienV, Celui que Harvée nousn conservé est bien propre à rassurer sur les dangers de l’ouverture de ce sac membraneux. ünjeune^homme de dix-huit ans, qui, dans son enfance, avait eu quelques- côtes fracturées par une chute sur, la poitrine, conservait à l’endroit frappé un ulcère d’une grande étendue, qui était guéri en partie , et dans lequel il restait un vide tel qu’on pouvait y introduire les trois grands doigts de la main et le
OPÉRATOIRe; 469
pouce. Des cliairs fongueuses et mobiles en occupaient les bords et le fond. Harvée, qui examina ces dernières avec attention , vit qu elles couvraient le cœur , à qui elles servaient de défense. Ces chairs suppuraient, et il fallait panser l’ulcère avec soin, et faire des injections dans sa cavité, pour entraîner le pus qu elles fournissaient, après- quoi la plaie était couverte avec une plaque de métal. Le jeune homme jouissait en apparence de la meilleure santé : son état parut si curieux à, Harvée , qu’il inspira à Charles II le désir de le voir, afin de contempler les mouvemens du cœur sur un homme vivant. Ce prince porta le doigt sur cet organe, sans exciter la moindre sensibilité au jeune homme.
(Un homme vint se présenter à l’hôpital de la Charité avec tous les signes caractéristiques d’une hydropisie du péricarde. MM. Dubois , Sue, Demangih-, Desault, appelés en consultation , ne s’accordèrent pas sur la cause d’où dépendaient les phénomènes que présentait le malade. Les avis furent partagés : les uns crurent qu’il existait un hydrothorax , et les autres un hydropéricarde. Desault proposa une opération qui convenait à l’un et à l’autre cas. C’était d’ouvrir la poitrine entre là sixième et la septième cote, du côté gauche, vis-àvis la pointe du cœur, en intéressant la peau, l’entrecroisement des muscles grand oblique et grand pectoral e-t le plan des intercostaux. Ce projet fut adopté. L’incision ayant été faite , Desault porta le doigt dans la poitrine, et sentit une espèce de poche pleine d’eau qu’il prit pour le péricarde. H l’ouvrit en conséquence avec un bistouri mousse, et donna issue à une chopine d’eau qui s’échappa avec un sifflement à chaque expiration. L’écoulement étant fini, le doigt porté dans la
ühserv. de Desault;
DE E A. M ÉDE CINE
plaie sentit un corps uni , pointu, conique, qui venait ■ le frapper. On crut que c’était le cœur. Les accidens se calmèrent d’abord ; mais ils reparurent le troisième jour , et le malade périt le quatrième. L’ouverture du cadavre fit voir une fausse membrane qui unissait le bord du poumon gauche au péricarde et formait la poche que l’on avait incisée. Le corps conique et pointu que l’on avait senti était bien le cœur , mais enveloppé du péricarde , auquel il adhérait en grande partie.
Procédé Le procédé adopté dans ce cas par Desault.fut sanc- *^M.*skieide-'^ tionné par l’approbation générale des praticiens. Ce^ pendant M. Skielderup, professeur d’anatomie à Christiania en Norwège, a proposé une nouvelle opération
' qu’il considère comme plus avantageuse et même
comme ne faisant courir aux malades aucun danger, dans le cas où l’on se méprendrait sur la nature de leur affection. Cette opération consiste à appliquer une couronne de trépan au sternum, un peu audessus de l’endroit où cet os reçoit le cartilage de la cinquième côte du côté gauche. L’ouverture doit être, assez grande pour permettre l’introduction du. doigt indicateur dans l’espace triangulaire que laissent entre elles les deux lames du médlastin. Ce doigt , destiné à reconnaître la fluctuation du péricarde , servira en même temps de guide au bistouri. Les considérations anatomico-physiologiques à l’aide desquelles M. Skielderup cherche à démontrer l’exçellence de cette opération, analogue à celle que pratiqua Galien, dans un cas d’abcès du médiastin, sont fort judicieuses; mais il est besoin que des observations pathologiques en démontrent l’excellence.
CeS'. divers procédés n’oiit pour but que de donner Opération
^ * **• proposée par
issue- au fluide épanché , et ne sont propres qu’à pro- M. Ræhecurer une cure momentanée et simplement palliative de la maladie. M. Richerand a porté plus loin ses vues , et , forçant à la vérité tous les termes d’une analogie raisonnable , il a conçu l’espoir d’assurer la cure radicale en employant contre l’hydro-rpéricarde des moyens analogues à ceux qu’on met en usage contre l’hydrocèle par épanchement qu’on veut guérir. C’est pour arriver à ce résultat qu’il a conseillé de pratiquée une large fenêtre au-devant du cœur et d’inciser sa poche remplie d’eau. L’action de l’air sur cette membrane suffirait, suivantlui, pour décider l’inflammation adhésive des surfaces, après l’évacuation dit liquide,
Cette proposition nous paraît tellement absurde,, tellement contraire aux lois que la pratique a. consacrées, qu’il est superflu d’en examiner ici. la valeur).
Il se forme deux espèces d’hydropisies.dans. le ventre, b. Hydropil’une que l’on nomme hydropisie ascite, et l’autre qu’on appelle hydropisie enkystée. Dans la première, la li- ses espèces, queur est épanchée et répandue dans toutes les parties de la cavité. Dans la seconde , elle est contenue dans une poche ou kyste , d’où elle tire son nom. ])i’une est. plus fréquente, et est commune aux dèux sexes; l’autre arrive moins souvent, et elle est plus ordinaire chez les femmes que chez les hommes. Toutes deux reconnaissent pour cause un engorgement intérieur, auquel une infinité de circonstances peuvent donner lieu.
Celui qui produit l’hydropisie ascite a son siège dans, quelqu’un des viscères du ventre, dont le volume augmente, et qui prend une dureté plus ou moins .grande,
sans perdre sa forme et son organisation apparente,
‘ Celui qui donne lieu à l’hydropisie enkystéé altère et détruit pour l’ordinaire l’organisation de la partie qui en est affectée, de sorte que souvent on a de la peine à- la reconnaître.
Opérations Ccs deux espèces d’hydropisies sont du domaine de vLçiJUieut, la médecine. Mais lorsqu’elles sontparvenues à un point considéralale , elles exigent les secours de la chirurgie, dont les opérations facilitent l’action des médicamens ,
/ ou qui procurent un soulagement qtie l’on attendrait ■ vainement de ces médicamens, et prolongent la vie -des malades. Les opérations dont il s’agit se bornent à la ponction ou paracentèse , laquelle consiste à tirer l’eau amassée en piquant le ventre avec wn instrument propre à cet usage. ,
ParaGeistèse - La ponction dâns le cas d’hydropisie ascite ne peut Iro, piste asr être pratiquée que lorsque la quantité d’eau est assez grande. On le ref onnaît aisément au volume du ventre, à la tension de ses parois , et au flot du liquide épan-r. ebé , lequel se fait sentir dtans tous les points de cette capacité j ce dont, on s’assure aisément , lorsqu’ayant : upe main appuyée à plat sur un de ses côtés, on donne un coup sec avec les doigts de l’autre main sur le côt é opposé. Si-cette circonstance n’a pas lieu , si le ventre conserve encore de la souplesse, s’il tombe à droite ou à gauche dans les diverses attitudes, que l’on fait prendre au malade j l’épanchement n’est pas assez grand , et il serait à craindre de blesser les parties intérieures.
Ce qu’il faut - La nécessité de la ponction reconnue, il fautpréparerpour lafaire. l’instrument dont on va s.e^ervir , les linges et le vase
nécessaire pour recevoir la liqueur , et lés pièces d’appareil dont on aura besoin après ropérâtipn.
Jusqu’à la fin du siècle dernier , on n’a connu pour cette opération d’autre procédé que celui d’ouvrir le ventre avec un instrument étroit , aigu et tranebant des deux côtés, et de lui substituer une canule à trar vers laquelle les eaux pussent s’écouler. Quelques-uns faisaient faire aux tégumens un pli transversal avant de les couper , puis , les faisant retirer ou en haut ou en bas , ils plongeaient leur instrument à travers les muscles et le péritoine , de manière que l’incision de la peau ne fut pas parallèle à celle de parties intéjpi-ieures. Quelques autres pénétraient directement dans le ventre à travers toutes ses enveloppes. Il y en avait cependant qui cautérisaient avant d’ouvrir, afin que la plaie se fermât moins aisément , et qu’elle donnât plus long-temps passage aux eaux amassées dans le ventre , ou qui pouvaient y tomber de nouveau. Celte méthode est décrite par Gelse , comme étant en usage de son temps. On la retrouve encore dans Théfenin. Cet auteur , qui écrivait il y a environ cent trente ans, la met au nombre de celles dont on peut se servir pour vider les eaux amassées dans l’hydropisie ascite. On commençait pourtant alors à se servir du trois-quarts , instrument aussi commode pour les chirurgiens qu’avantageux aux malades , par le peu de douleur qu’il leur cause , lequel avait été inventé par Sanctorius , et dont la description se trouve dans les commentaires que ce médecin a fait imprimer sur Avicenne, en 162$. Cet instrument , apporté d’Itahe en Hollande par Jacques Ulock , chirurgien d’Amsterdam , qui a beaucoup con-
Le troisquarts.
tribué à le faire connaître , n’était alors qu’une canule d’argent armée d’une pointe conique à l’une de ses extrémités , et percée de quelques trous vers cette pointe , pour permettre la sortie des eaux. Barbette substitua bientôt une pointe aplatie en fer de lance à la pointe conique de la canule de Sanctorius , et Job à Méeckren en fit construire une dont le calibre était plus gros.
Ces légères corrections ne rendaient pas encore l’usage de l’instrument dont il s’agit bien sûr. La pointe, qui devait rester dans le ventre pendant l’écoulement des eaux, pouvait blesser les parties intérieures. Pour obvier à cet inconvénient , on a imaginé de percer d’abord avec un gros poinçon et d’y substituer une^ canule qui remplît l’ouverture qu’il avait faite. On a bientôt armé le poinçon d’une canule qui s’y adaptât avec exactitude , et qui pût être introduit^e- en même temps que lui. Le trois-quarts était encore susceptible de quelques perfections. L’extrémité du poinçon avait une forme conique ; on lui a donné celle d’une pyramide triangulaire. Il a été monté sur un manche qui donne plus de force et d’adresse au chirurgien. Enfin Jean-Louis Petit a armé la canule d’un bec de cuiller du côté qui regarde le manche , afin que les eaux fussent plus sûrement dirigées vers le vase destiné à les recevoir , et qu’elles coulassent moins le long du ventre du malade. Tel est l’instrument dont on se sert non-seulement pour la ponction au ventre , mais encore pour celles qui se pratiquent ailleurs , et dans toutes les occasions où il ne faut qu’évacuer un liquide aqueux. On a vu que Barbette avait jugé qu’il pénétrerait avec plus de facilité s il était terminé par une pointe aplatie
que par une pointe conique. Cette disposition a été adoptée par les Anglais , et notamment par. Bell, qui la propose comme une chose fort utile.
Il faut donc avoir un trois-quarts fait comme il vient d’être dit, ou un poinçon canulé terminé par une pointe plate à la manière des Anglais; se prémunir de quelques gouttes d’huile d’olive; garnir le lit avec un drap en plusieurs doubles , pour qu’il ne soit pas mouillé par f eau qui peut couler le long du ventre ; faire apprêter un grand vase où cette liqueur puisse être reçue , et préparer un appareil , lequel sera composé de quelques compresses qui seront trempées dans du vin chaud avant d’être appliquées sur le ventre , d’une serviette longue et large , pliée en trois doubles , pour faire un bandage de corps , et d’un scapulaire. V
Toutes ces choses disposées , on place le malade. On a long-temps été dans l’usage de le faire asseoir sur une chaise, et de le faire renverser en arrièce. A présent on le fait mettre sur le bord de son lit, du même côté que celui sur lequel on se propose d’Opérer. Quel doit être, ce côté? Est-il indifférent de pratiquer la ponction à gauche ou à droite ? Lorsqu’on appuyant la main sur le ventre on sent à travers l’eau dont il est rempli une tumeur squirreuse d’un côté, quel que soit le viscère engorgé , il faut opérer de l’autre , non de peur d’affaiblir celui qui est malade , comme quelquesuns l’ont dit , mais pour ne pas s’exposer à blesser la partie devenue squirreuse. Le lieu où on doit plonger le trois - quarts a été déterminé d’une manière différente,. Les uns ont pensé qu’il fallait le porter a quatre travers de doigts à côté et au-dessous du nombril : mais
Antres cho-
Sltuatlon dn malade, et lieu de la ponction.
4j,6 i>e la médecine
toutes les parties du ventre étant dans une grande extension , le muscle droit , qu’on se propose d’éviter , pourrait être blessé en opérant ainsi , parce qu’il est fort élargi. D’autres ont cru rencontrer mieux en prescrivant de faire la ponction au milieu de l’intervalle qui sépare le nombril et la crête des os des îles. Monro observe judicieusement que ce point est indéterminé , vu bétendue de la crête dont il s’agit. En conséquence , il veut que l’on pique entre le nombril et l’épine antérieure et supérieure de l’os des îles. La forme elles dimensions du ventre changent tellement dans les personnes attaquées d’hydropisie ascite , que ce lieu ne serait rien moins que favorable à l’évacuation des eaux : aussi ai-je toujours pris celui qui tient le milieu entre le bord des fausses côtes et la crête de l’os des îles, le nombril et l’épinf ; et l’opération pratiquée en cet endroit a toujours eu la réussite que je pouvais en attendre, « '
An uombrii. Dcs circonstances particulières peuvent déterminer à plonger le trois-quarts ailleurs. Si l’extension que souffrent les parois du ventre a donné lieu à l’élargis-? seraent du nombril , et que les eaux , chassant le péritoine à travers cette ouverture j et soulevant les tégumens , aient donné naissance à une tumeur plus ou moins élevée, il semble que la peau et le péritoine étant les seules parties à percer, la ponction faite en cet endroit doive être moins douloureuse et réussir égale-? ment bien. Aussi presque tous les auteurs en ont -iis donné le conseil. Cependant Heister -ne trouve pas que la méthode d’ouvrir au nombril soit avantageuse , par la raison que les plaies de cette partie guérissent diffî-?
cilement , et qii’on ne peut procurer la sortie des eaux qu’en faisant mettre le malade dans une situation inr commode. Morgagni pense de même. Il paraît craindre que la petite ouverture qui résulte de l’introduction du trois - quarts ne permette aux eaux de sortir du ventre pendant un temps trop long. Cette circonstance, loin de nuire au malade , pourrait lui être utile en pré-, venant un nouvel épanchement, et en donnant aux parois du ventre la liberté de reprendre, leur ressort, et d’exercer leur -pression accoutumée sur les parties, contenues dans cette capacité. Il est certain du moins que des crevasses spontanées à Tombilic, des ouver-? turcs faites au ventre par accident, des esdaarres gan-: greneuses qui se sont formées aux parois de cette capacité sur des personnés attaquées d’bydropisie ascite, et qui ont donné lieu à de longs écoulemens, ont été suivies de guérison; ce qui arrive bien rarement lorsqu’on se contente de faire la ponction. Voyez â ce sujet Fabrice de Hilden, Rousset, et les Mélanges, des curieux de la nature.
De même, un sac herniaire non réduit pourrait être dilaté par les eaux qui tombent du ventre, et former le long du cordon des vaisseaux spermatiques, et jusque dans les bourses , une tumeur aqueuse, dont il sera facile de connaître la nature par la fluctuation manifeste quelle présente , par sa transparence , par la facilité avec laquelle cette tumeur paraît et disparaît quand le malade est debout ou couché, èt par l’impulsion qui se communique à l’eau qu’ellè contient, lorsqu’on le fait tousser. Je trouve deux exemples de ponctions faites en cet endroit avec succès ; l’un de Grégoire ’fîorstius,
ObserT. de Ledran.
Au rectum.
Au vagin.
l’autre de Ledran. Le premier pourrait paraître équivoque, en ce que l’ouverture du scrotum tuméfié donna issue à une assez grande quantité de sérosité sanguinolente, semblable à de la lavure de chair, pendant que l’eau contenue dans le ventre des personnes attaquées d’hydropisie ascite a un tout autre caractère : . mais la manière dont Horstius s’explique dans un autre endroit de ses ouvrages ne permet pas de douter que là sérosité dont il s’agit ne vînt du bas -ventre; car, après avoir dit qu’il faut choisir le scrotum de préférence pour faire la ponction dans les cas où le relacbément du péritoine permet aux eaux de s’y amasser, il renvoie le lecteur à l’observation que je viens de citer.
L’exemple transmis par Ledran ne laisse aucune équivoque. La liqueur amassée dans le scrotum était de l’eau ; elle venait du bas-ventre, qui se vida complètement. Mais il survint peu à peu un gonflement aqueux d’un volume énorme au scrotum, qui acquit une grosseur double de celle de la tête , et cet engorgenxentfut deux mois à se dissiper. Ledran l’attribueà ce . que l’ouverture faite au sac herniaire par le troisquarts ne s’était pas fermée , de sorte quelle permit à l’eau qui s’épanchait de nouveau dans le ventre de s’infiltrer dans le tissu cellulaire des bourses. Si pareil événement se présentait, il ne" faudrait pas hésiter à faire une légère incision aux tégumens, vis-à-vis le lieu de la ponction , pour que l’eau pût s’échapper à mesure qu’elle sortirait du ventre et du sac herniaire.
Il paraît qu’on a aussi pensé à faire la ponction par le rectum chez les hommes , et par le vagin chez les
femmes. Macarn , chirurgien à Turin, écrivit, en 1788, une lettre à ce sujet au secrétaire de l’Académie de Chirurgie. Il disait dans cette lettre , avoir trois exemples de paracentèses pratiquées en ces lieux. Un homme était mort à la suite de l’opération : une jeune femme vivait encore. Il demandait des éclaircissemens sur cette manière d’opérer, et sur les suites quelle pourrait avoir. Personne n’en avait connaissance qu’un des membres de l’Académie, M. Allan, qui a rappelé qu’en 1767 il avait, présenté à la compagnie un mémoire dans lequel- il recherchait si la paracentèse exécutée de cette manière ne réussirait pas mieux que lorsqu’on la pratique en divers points de la circonférence du ventre.
Le lieu de la paracentèse déterminé, voici comment Façon d’ôpécette opération doit être faite : le malade couché, la tête et la poitrine un peu élevées , un ou deux aides intelligens et forts, placés du côté opposé à celui sur lequel on va opérer, appuient sur le ventre de manière à pousser les eaux de ce côté. Le chirurgien prend alors le trois-quarts de la main droite , et après s’être assuré que le poinçon de cet instrument glisse aisément dans sa canule , et l’avoir graissé avec un peu d’huile , il le plonge dans le lieu désigné, en observant d’éviter les veines qui rampent sous les téguniens, et qui, pour l’ordinaire, sont excessivement dilatées. La manière dont il le tient lui donne la force dont il a besoin pour pénétrer à travers les tégumens, dont le tissu est fort serré à la partie antérieure du ventre, et qui offrent quelquefois beaucoup de résistance. Il en appuie le manche sur la paume de sa main , et al-
ÈE LA MÉDECIISÈ
longé le doigt indicateur sur la canule , pour servir de modérateur au trois - quarts , ■ et pour empêcher qu’il ne pénètre trop avant. Le défaut de résistance lui fait connaître qu’il est parvenu dans le ventre. Pour ^ lors il prend le manche de l’instrument avec le pouce et le doigt indicateur de la main gauche ^ saisit la canule avec les mêmes doigts de la main droite , retire le poinçon, et permet aux eaux ,de s’écouler.
Sortie et La pression qu’il fait faire sut le ventre du malade, des eaux, du côté opposé à celui SUE lequel ilnpère, n’a pas seulement pour objet d’amener les eaux vers le lieu de la ponction. Cette prëssion doit continuer pendant tdut le temps de leur sortie , et mênae àu delà, comme il va être dit. Le chirurgien soutient la canule sans la changer de position; quelquefois cependant il est obligé de l’incliner de côté dû d’autre, pour faciliter l’écoule-^ ment de la liqueur , lequel peut être interrompu par diverses causes , mais surtout par la présence d’une portion d’intestin ou d’épiploon qui vient se présenter • à son extrémité. Quelquefois aussi il est nécessaire de faire glisser dans cette canule un stylet boutonné pour écarter les corps qui la bouchent; S’il sortait avec les eaux quelques flocons de matières glutinéuses, ou quelques lambeaux qui eussent l’apparence de membranes, ©h pourrait essayer de les tirer, pourvu qu’ils né fissent point de résistance, ou que leur extraction ne eâiisât oiiserr. de pas de douleur. C’est ainsi que Morand autrefois ( ert 1718 ) a tiré du ventre d’un hydropique , par l’ouverture que le trois-quarts avait faite , un corps allongé qui avait mis obstacle à l’écoulement des eaux , et qui se trouva être une membrane aussi mince qu’une toile
d’araignée roulée sur elle-même. Ce corps sortit avec facilité, et sans que le malade éprouvât de douleur. Il fut suivi de l’écoulement des eaux par la canule , qui fut facile à remettre. Morand regardait la membrane dont il s’agit comme un kyste, dans lequel les eaux avaient été contenues; et l’historien de l’Académie des Sciences dit, sans doute d’après lui, que ce kyste devait avoir été formé par les particules les plus épaisses de la sérosité, poussées et rejetées vers la cirçonîérence de l’eau, par les parties les plus subtiles qui en occupaient le centre. Cette explication pouvait paraître satisfaisante dans le temps ; elle ne serait pas reeue aujourd’hui ; mais le fait reste.
On est surpris en parcourant les livres de l’art, de voir avec quelle timidité ^eu?. qui nous ont précédés pratiquaient l’opération de la paracentèse. Presque tous ont recommandé de ne tirer qu’une partie des eaux amassées , au moyen de cette opération , et de la recommencer trois à qpiatre fois pour obtenir leur entière évacuation. Quelques-uns prescrivent de laisser la canule dans le ventre, afin dé les tirer peu à peu. Tous parlent de syncopes et de faiblesses effrayantes lorqu’on les éva' eue toutes à la foi^. Ces symptômes para.issent prpcé.der dè ce que le diaphragme cessant d’être soutenu, l’affaissé sur-le-champ et i^^aîne avec lui le. cœur et les gros vaisseaux,; ou de ce qu’il se fait dans' le système vasculaire du ventre une dérivation subite , qui devrait se porter aux parties supérieures. Sans doute nous évitons l’un et l’autre de ces deux effets , ou peut-être tops les, deux à la fois , par la situation couchée que nous donnons aux malades; et surtout par la pression que
CE LA MÉDEÇIN'E
Extractron de la canule.
Hémorragie.
Observ. de Bellocq.
nous faisons exercer sur le ventre pendant le temps que les eaux s’écoulent, et que nous continuons après leur écoulement , au moyen des bandages avec lesquels nous comprimons cette partie; car nous tirons toutes les eaux à la fois sans voir les malades tomber en faiblesse. Il faut donc procéder de cette manière. Si le mala^ éprouve quelque anéantissement , on peut lui dojmer une ou deux cuillerées de vin d^Espagne, ou de tout autre bon vin.,
'Les eaux évacuées , le chirurgien prend le pavillon de la canule entre le pouce et le doigt indicateur de la main gauche , et appuyant avec les mêmes doigts de la main droite sur les bords de la petite ouverture que l’instrument a faite, il la retire doucement, et elle suit sans causer de doùleur. Pour l’ordinaire il ne sort qu’un peu de sang. Il est possible cependant que la plaie en rende davantage ; et même une quantité qui pourrait devenir effrayante, si on n’avait trouvé un moyen bien simple de s’opposer à cette hémorragie. Bellocq, dans un cas de cette espèce , où il avait éprouvé un peu de résistance en retirant la canule , crut qu’il se rendrait aisément maître du saiig eh mettant sur la plaie une compresse plus épaisse, et en tenafit le bandage de corps plus serré qu’à l’ordinaire, pièces d’appareil ayant été sur-le-champ imbibées^e sang, il en mit d’autres qui faisaient une compression plus forte. Le sang reparut encore , et il employa , pour l’arrêter , d’autres compresses plus épaisses , qu’il contint avec une de ces ceintures dont se servent les personnes qui courent la poste. Le malade était assis dans un grand fauteuil , un peu renversé en arrière. Le sang parut
arrêté ; mais il coulait le long de ses reins , et bientôt on vînt avertir qu’il tombait sur le parquet. Bellocq , arrivé auprès du malade , vit bien qu’il fallait user de moyens pliis efficaces. Une hémorragie assez grave , à la suite d’une dent arrachée , n’avait pu être arrêtée que parce qu’il avait imaginé de pousser aveè force dans l’alvéole un morceau de cire amollie j'^ui , en s’insinuant dans tous les points de cette petite cavité , avait porté la compression jusque sur l’artère déchirée. Le souvenir de ce fait lui suggéra l’idée de faire usage d’un cylindre de cire qui remplirait le trajet que le trois-quarts avait parcouru , et qui le comprimerait en tout sens. Il en prépara un avec de la cire jaune, et l’introduisit assez avant, avec le soin d’en aplatir l’extrémité sur le ventre. Le sang fut arrêté sur-le-champ.
Il survint une échymose autour de la petite plaie, qui s’enflamma et qui suppura. Belloqq alors jugea que le cylindre de cire n’était plus utile, et il voulut le retirer. Mais ce cylindre cassa , de manière qu’il Mlut attendre que ce qui en était resté dans la plaie sortît par la suppuration.
Pour éviter cet inconvénient , il employa une de ces petites bougies que l’on met dans les lanternes de poche, dans la vue d’empêcher que l’eau qui continuait de sortir du ventre d’un autre hydropique, par l’ouverture du trois-quarts , ne s’en échappât, ce qui était fort incommode à ce malade, qui en était mouillé et refroidi. La cire, soutenue parla mèche, sortit tout entière , quand on jugea à propos de retirer la bougie. Bellocq aurait pu se servir, avec plus de sécurité, d’une bougie emplastique , telle qu’on les prépare pour les maladies de l’urètre.
Compression et bandage de Monro.
Utilité de la compression.
484 DE ÇA MEDECINE
3’il DE vient point de sang, il ne reste qu’à panser le malade et à le replacer dans sbn lit. Oü applique sur la pètilB plaie la comprèsse épaisse qu’on a préparée , trèinp'ée dans du vin chaiid ; puis on la Soutient avec le bandagè de 'corps que l’on a eu soin de placer sous le malade avant de l’opérer, ou que l’oii passe après soùs ses reins , et que l’on serre assez pour que le ventre soit bien contenu. Ce bandage est lui-même assuré par le scapulaire.
La compression du ventre a paru si utile à Monro , pendant et après l’opération, qu’il a employé, pour la faire , un bandagé particulier fait avéb dé la toile forte' doublée de Hanellé fine, fenêtré à l’endroit où il convient de faire la ponction , et garni de cOurroies et de boucles au moyen desquelles il peut être serré par degrés, à mesure que les eaux secoulent. Ce bandage ingénieux 'est décrit dans les Essais d’Edimbourg, tome prèmiêr. Monro dit s’en être servi avec succès. Cependant il lié paraît pas que d’autres que lui en aient fait usagé, même eii Angleterre , où l’on applique autour du ventre une bande de flanelle de dix à douze mètres de long, et de treize centimètres de large, avec laquelle on fait des circonvolutions en doloires, comme dans tous les bandages roulés. Celui-ci doit être renouvelé pendant quelques jours. Il me paraît bien propre à remplir son objet, et je n’y vois d’autre inconvénient que celui de mettre dans la nécessité de tenir le malade soulevé pendant son application.
Si la compression que Ton exerce sur Te ventre à là' suite de la paracentèse n’avait d’autre 'objet que dé prévenir la faiblesse dans laquelle on dit que les malades tombaient autrefois , faute de cette compression
dont Sharp attribue le conseil à Mead, suffirait de la faire pendant vingt-quatre heures 5 luais elle a upe autre utilité, hia dispositition du systèrqe ya^eult^Ûe du ventre est telle, que le sang qui revient des viscères par les veines se repd dans le tfonp de la yeipeporte ventrale , et ensuite dans celui dp la yeine-porte hépatique, laquelle se divise dans le fpie à la mauière des artères , et distribue aux diverses parties de ce viscère glanduieuv le sang qui doit servir à la filtration de la bile. La fqrpe qui déteruiine pe sang à j couler est celle qui résulte de ractiou siniultanée du diaphragme et des muscles du ventre , qui exercent sur elles une pression égale et continue. La belle observation de Boerbaave le preuve incontestablement. Il u souvent remarqué, lorsqu’il ouvrait des animaux vivans, que les artères et les veines du ventre se remplissaient peu à peu, et quelles acquéraient d’autant plu^ de grosseur,, que ces animaux survivaient plus longtemps à l’ouverture de cette capacité. La cause de<œ phénomène s’est présentée à lui. Tant que les parties sont dans leur intégrité, le sang des veines-porte ventrale et hépatique obéit à l’action des muscles du ventre. Lorsque cette -action n existe plus, il s’amasse dans la seconde de cesrveines qu’il ne peut franchir, puisdaps la première, et enfin dans les artères corcespondaktes, de sorte que ces vaisseaux se remplissent. Ce qui arrive alors aurait lieu après l’opération de- la paracentèse , si on ne suppléait à l’action des muscles par une nompression extérieure. Avant que les eaux s’écoulent^ cés muscles, soutenus par elles, exercent leur action .ordinaire sur les veines. Les eaux sorties , ils tombent dans un affaissement d’autant phis grand , que la quan-
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tité d’eaux qui ont été évacuées a été plus considérable. Ils cessent en quelque sorte d’agir, et le sang ne coule plus avec sa facilité ordinaire. Il remplit et gonfle les vaisseaux, ce qui produit des coliques, et il laisse transsuder une partie de sa sérosité qui tombé dans le ventre; où il comprime les vaisseaux lymphatiques qui accompagnent presque partout les vaisseaux sanguins, et donne lieu à l’exudation d’une partie de la lymphe qu’ils contiennent. Rien n’est donc plus propre à faciliter le prompt retour de l’hydropisie ascite que le défaut de compression sur le ventre; et par conséquent rien ne peut être plus efficace pour s’y opposer, que d’exercer cette compression d’une manière aussi exacte et aussi longue que le malade le peut supporter. Il faut cependant convenir qu’il est rare que ce moyen réussisse. L’hydropisie ascite est sujette à se renouveler, et elle est souvent mortelle.
Manière d’o- Dans le cas où l’ombilic se trouverait saillant, d’opé-
pérer à l’om- . ^ ,
bilic. ration de la paracentèse -ne différerait en rien de ce qui a été dit , excepté que le malade , au dieu d’être couché sur le dos , le serait sur le côté; et qu’on le ferait incliner en devant, afin que les eaux eussent plus A Vaine, de facilité à s’écouler. Si c’était le scrotum, il faudrait qu’ü fût situé sur le dos comme dans le cas le plus ordinaire , et que la liqueur fût reçue dans des vases placés entre ses cuisses , et que l’on ferait succéder les uns aux autres, à mesure qu’ils se rempliraient. On a surtout l’attention de bien vider le ventre , pour éviter l’infiltration des bourses dont il a été parlé précédemment , d’après l’observation de Ledran.
Comment Reste enfin à savoir ce qu’il faudrait faire si l’on manil faudrait dé tout secouTs, et qu’on n’eût pas de trois-quarts
En cas que la circonstance fût pressante, on pourrait opérer si l’on préparer une canule avec du plomb battu , et opérer à la manière des anciens c’est-à-dire plonger directement un bistouri dans le ventre, pour faire aux enveloppes de cette cavité une ouverture qui pût recevoir la canule. Les eaux écoulées , et cet instrument retiré , on couvrirait les bords de l’ouverture avec un emplâtre ag'glutinatif, tel que le diachylùm simple, dont l’action secondée de l’appareil suffirait pour ^obtenir la guéi'ison. Ce procédé paraîtrait préférable à celui qui a été recommandé d’inciser les tégumens et les muscles en deux temps,- pour que la plaie de l’une de ces parties ne réponde pas à celles de l’autre, parce qu’il exposerait, moins aux infiltrations qui ne manqueraient pas de se faire, s’il restait une certaine quantité d’eau dans le ventre , ou qu’il vînt à s’en amasser de nouvelles.
Il n’y a peutrêtre pas une partie de cette capacité qui Siège de ne puisse devenir le siège de l’hydropisie enkystée. De enkystée. Haen rapporte l’histoire d’une fille de quarante ans , devenue bydropique , à laquelle on avait, tiré trente litres d’eau rougeâtre et glutineuse. Après avoir été soulagée pendant quelque temps, elle retomba dans l’état où elle était avant la ponction , et elle mourut.
On trouva tout le lobe gauche du foie distendu en manière de sac , et plein d’une liqueur semblable à celle qu’on lui avait tirée. Le même médecin a vu une autre hydropisie enkystée, laquelle avait son siège dans l’épiploon. Cette partie adhérait en devant au péritoine , et en arrière aux intestins. Elle avait souffert une si grande extension, quelle contenait cinquante litres de liqueur.
Le malade mourut après la htiitième ponction, et toutes
Hydropisie enkystée de la matrice.
Oïpserv. de Tîicolaï.
avaient donné cette même quantité. Munick avait déjà rencontré une hydropisie enkystée dans l’épiploon. Le tissu cdlulaire du péritoine est plus ordinairement le siège de cette maladie, soit celui qui sépare cette membrane d’avêc les muscles dû bas-ventre , soit celui qui tapisse la partie postérieure de cette cavité. ÎÆais l’hydropisie enkystée ne se forme nulle part aussi souvent que dans les ovaires , ce qui fait qu’elle est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes, j Malgré les -engorgemèhs de toute, espèce qui la précèdent ou qui l’accoriipagnent , et les adhérences plus ou moins multipliées que cefr organes distendus contractent avec les parties dû voisinage , il est facile de voir que l’un dès ovaires , et quelqüéfois tous les deux, en sont le sié^ë. Alors l’humeur n’èst pas contenue dans une seule cavité ; elle en remplit deux qui sont essentiellèmèht distinctesir Dans le premier cas même, où il n’y à qu’ün dés ovaires mâtadé, la liqueur épanchée a Souvent plusieurs foyers séparés par des cloisons dont l’épaissèur varie beaucoup. . ' ,
Si on voulait rapporter aux hydropisies enkystées les amas énormes de liqueur qui se sont quelquefois rencontrés dans la matrice ou dans Testomâc, il faudrait mettre ces deux viscères au nombre des parties où Ces sortes d’hydropisies peuvent sè former. LTne des dix observations publiées en lyào à Strasbourg, par N’icolaï, fait mention d’une femmè dè soixante ans, à l’cruverture du corps de laquelle on à trouvé la matrice excessivement grosse, et formant une poche dont les parois avaient uhè durëté approchante de celle des caftilàgès. Cètte poche contenait seize mesurés d’une
liqueur épaisse, semblable au marc de l’huile. L orifice en était étroitement fermé. Des hydatides nombreuses occupaient sa face externe. Le paqpiet des intestins était remonté vers le diaphragme. On ne voyait aucun ves“ tige des ovaires. Presque toutes les parties intérieures du ventre offraient des squirrosités^ La maladie avait commencé il y avait douze ans, à la suite d’une grossesse malheureuse- Je ne puis fixer les idées d’une manière précise sur la quantité de liqueur que cette matrice contenait, parce que j’ignore la capacité de la mesure dont on s’est servi pour la déterminer. Mais on peut juger de quelle extension prodigieuse la matrice est susceptible , et combien de liqueur peut s’y amasser, si on se rappelle que Vésale a autrefois trouvé dans observ.de cette poche quatre-vingt-dix litres d’eau séreuse, cen~ '«sale. tum et octoginta lïbras^ sur un cadavre dont toutes les parties: étaient saines, et dont les extrémités n’offraient aucune apparence d’œdème.
Rivière rapporte, d’après Antoine Jodon, médecin Dans l’estode réputation à Auxerre , rhistoire d’une collection abondante d’humeurs dans l’estomac, laquelle fut prise pendant près de trois ans pour une hydropisie. La ma- observ. de lade était âgée de près de quarante-huit ans lorsqii’elle commença à devenir malade. Ayant senti que son ventre s’élevait, elle se crut enceinte; Quand le terme ordinaire de la grossesse fut passé, elle reconnut qu’elle avait quelque dérangement intérieur, et consulta son médecin. Celui-ci lui administra plusieurs remèdes lesquels furent sans succès. Le ventre devenait énorme.
11 survint de l’oppression , delà fièvre, des inquiétudes dans les jambes, et la mort mit fin à ces incommodités.
Espèces de liqueurs contenues dans les hydropi-
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Le corps de cette femme s’étant trouvé disproportionné au cercueil qui devait le recevoir, ses parens prièrent le docteur Jodon d’en faire l’ouverture. Une ponction faite au ventre avec la pointe d’un scalpel en laissa sortir une quantité d’eau qui fut évaluée à quarante-cinq litres. Sur la fin cette eau paraissait trouble et contenir unje espèce de sédiment. Lelieu par où elle s’écoulait ayant été bouché avec un tampon, on fut surpris de trouver l’estomac adhérent au péritoine; des recherches ultérieures firent voir que le tampon était entré dans la cavité de ce viscère , qui était exc^ssivenient dilaté, et dont les deux orifices avaient conservé leur distance relative. Il y avait encore une assez grande quantité de ce sédiment qui avait suivi l’éruption des eaux, do sorte que l’on ne peut douter que l’estomac n’ait été le siège de cette singulière maladie.
Le caractère de la liqueur qui la formait est assez ordinaire dans le plus grand nombre des hydropisies enkystées. Celle qui s’y trouve, ou qu’on en fait sortir par la ponction, nest pas claire, limpide , inodore et de couleur citronnée , comme l’eau amassée dans le ventre des personnes attaquées d’hydropisie ascite. Cette liqueur est plus ou moins haute en couleur , jusqu’à être tout-à-fait brune. Elle entraîne après elle un sédiment dont l’épaisseur et la quantité varient, et dans lequel on distingue quelquefois du pus et des caillots de sang, et elle répand souvent une odeur désagréable , “èt même fétide. La consistance en est aussi différente. Rarement elle est parfaitement limpide : on y trouve une viscosité tantôt médiocre et tantôt si grande, que cette liqueur ressemble parfaitement à de la gelée. On
Ol'ÉRATOlRE.
volt un exemple de cette dernière disposition dans l’observation communiquée à l’Académie de Chirurgie par Laporte. Quoique la fluctuation fut très-marquée, il ne sortit rien par la canule du trois-quarts. Une sonde qui fut introduite dans cette canule jusque dans le ventre, amena avec elle une substance gélatineuse assez épaisse et transparente. Laporte se servit le surlendemain d’un trois-quarts plus gros, et dont la canule avait une cannelure pratiquée sur sa longeur. Cette canule lui servit à glisser, jusque dans le foyer de la tumeur, ûn bistouri avec lequel il fit une incision de dix centimètres de long. Il sortit du ventre un paquet de gelée gros comme la tête d’un enfant. On en tira d’abord cinq litres , et ensuite dix-sept litres en deux heures et un quart. Les premiers jours en fournirent encore beaucoup. Dans la suite il ne vint que des sérosités, et la malade mourut le treizième jour. J’ai rencontré un cas de la même espèce ; mais , instruit par l’exemple que je viens de citer, du danger excessif d’ouvrir le ventre dans une pareille circonstance, lorsque je me fus bien assuré de la nature de l’humeur contenue, dont je parvins à faire sortir une petite quantité par la canule du trois-quarts , je retirai cet instrument et je renonçai à tout projet d’opération. La malade a survécu plus d’un an. Il est probable qu’elle serait morte en peu de jours.
Je ne dois pas omettre que l’humeur qui se trouve dans les hydropisies enkystées peut être chyleuse. L’histoire de l’Académie des Sciences pour lyaS dit qu’on a trouvé dans le ventre d’un jeune homme , mort sans doute à la suite d'une maladie de consomption , une tumeur qui en occupait presque toute la capacité.
Obierv, de Laporte.
Observ. de l’Auteur.
Hydropisie enkystée "chyleuse.
Observ. de Morand.
et qui pénétrait dans la poitrine , en suivant l’aorte. Cette tumeur, dont on ne détermine pas les dimensions d’une manière précise, contenait une liqueur aussi blanche que du lait, en grande partie fluide, et en partie épaisse comme du fromage , .et pourtant sans odeur. Lorsqu’elle eut été détachée des parties environnantes et de la colonne vertébrale où elle était fixée, elle se trouva encore du poids de près de quatre kylogrammes , sans compter la liqueur qui s’était écoulée. Ses parois étaient fort blanches. L’historien de l’Académie dit bien , diaprés l’auteur de l’observation , que la première cause du mal devait avoir été la rupture de quelqu’un des vaisseaux lactés qui traversent le mésentère, en conséquence de l’obstruction des glandes de cette partie , ce qui rend raison de la formation de la tumeur : mais il manque à cette observation un d étail des incommodités que le' sujet a éprouvées pendant les derniers temps de sa vie, .et des adhérences que présentait la tumeur. ,
Hydatides. En parlant de l’amas considérable d’humeur trouvée dans la matrice d’une femme morte après avoir passé sans doute pendant douze ans pour être attaquée d’une hydropisie enkystée ordinaire, j’ai dit que Hicolaï avait observé que la face externe de ce viscère était couverte de beaucoup d’hydatides. Ces corps, qui se montrent sous la forme de vésicules ovales de diverse grosseur, depuis celle d’un très-gros œuf de dinde jusqu’à celle d’un grain de chenevis, que l’on trouve isolés les uns des autres , et nageant dans une liqueur plus ou moins transparente , remplis eux-mêmes d’une liqueur semblable contenue dans une enveloppe extrêmement
TOÎTice et de couleur laiteuse, se montrent quelquefois en diverses parties du corps , mais plus fréquemment dans, les hydropisies enkystées, en quelque lieu du ventre que ces hydropisies aient pris naissance. On a cru long-temps qu’ils étaient formés par la dilâtâtidn de vaisseaux lymphatiques, qui, remplis d’une quantité excessive de liqueur entre leurs valvules, présentaient l’apparence d’une suite de corps ovoïdes, lesquels parvenaient à se séparer les uns des autres. Ceux qui ont proposé et embrassé cette singulière opinion ne devaient cependant pas ignorer que Tyson avait autrefois reconnu que les hydatides, très-fréquentes dans les brebis malades et hydropiques, et dan s d’autres quadrupèdes , et sans doute analogues à celles de l’homnie , étaient des vers d’une espèce particulière , qu’il avait désignés sous le nom de^ lümhrici hydropi-* c&rum. Pallas j Miscèilane'a Zioologica )^ Magæ<rœmiiis 1766, lear donne celui àe tœma hydatigena,i il croit que ces vers ^ qu’il a souvent observés dans des q^uadrupèdes sains, comme dans ceux qui étaient hydropiques, tautd^t seuls et tantôt en un nombre plus ou moins grand , ne sont pas plus la cause ou ieffet d’une maladie, que les tcGnia ou les autres vers qu’au garde quelquefois toute la vie, sans en être incommodé. L’examen qu’il en a fait leporte à penser que les hydatides en. question sont différentes de ces bulles pleines de liqueur qu’on rencontre dans toutes les parties du corps des quadrupèdes, excepté dans le ventre, et surtout des hydadides qui se trouvent dans l’espèce humaine.
Les nouvelles observations nelaissent plus de doute à eet égard. Les hydatides humaines diffèrent peut-être
Hydatides
bumaines.
Signes de l’hydropisie enkystée
en quelque chose de celles des quadrupèdes, mais ce sont aussi des vers de l’espèce du tœnia hjdatigena de Pallas. On peut consulter à ce sujet l’ouvrage que Warner, sous-démonstrateur d’anatomie à Leipsick, a publié en 1782 , sous le titre de Vermium intestinalium expositio. Ce médecin a découvert pour la première fois l’insecte auquel appartiennent les hydatides humaines, sur le corps d’un soldat submergé qu’il disséqua pendant le mois de janvier, et qui avait séjourné pendant quinze jours dans l’eau; il ne- trouva les insectes dont il s’agit que dans quelques intervalles des muscles. Ils avaient résisté à l’action du froid , et donnèrent des signes de vie dès qu’on les plongea dans l’eau tiède. On en mit quelques-uns dans de l’eau qui se gela, et qui resta dans cet état pendant huit jours. Au bout de ce temps , ils donnèrent aussi des signes de vie lorsqu’on les plongea dans l’eau tiède. Il paraît que cette espèce de tœnia fait rarement sortir son corps de l’hydatide. Elle diffère des autres vers à vessie des animaux, en ce quelle a une membrane vaginale dans laquelle elle peut se retirer, et deux vésicules transparentes sur les côtés de cette membrane vaginale. Tout porte à croire quelle se reproduit d’une manière analogue à celle de plusieurs autres insectes, et que chaque individu réunit les deux sexes.
La lenteur avec laquelle croissent ordinairement les hydropisies enkystées , le peu d’incommodité qu’elles produisent tant qu’elles n’ont pas acquis un volume bien considérable, et la forme du ventre des personnes qui en sont attaquées , sont les signes auxquels on peut les distinguer d’avec l’hydropisie ascite.
En effet, elles se montrent le plus souvent sous l’apparence d’une tumeur médiocre, qui est long-temps à se développer, et dans laquelle on n’aperçoit qu’une dureté plus ou moins grande, sans fluctuation. Cette tumeur occupe la partie du ventre qui répond au siège de l’hydropisie. Lorsque cette partie est un des ovaires, elle est mobile et change de place , suivant la situation que la malade prend. Il n’y a point de douleurs, et la personne incommodée il’ éprouve qu’un sentiment de distension ou de pesanteur qui répond au volume de la tumeur.
A mesure que le mal croît , les circonstances Signes de changent. Les parties du voisinage, pressées par le ^enkystée* poids de la partie tuméfiée, ou distendues en conséquence de leur adhérence à cette partie, commencent à devenir sensibles. Le ventre s’élève du cèté malade.
La forme en est égale. Le flot du liquide ne se porte pas encore d’une partie du ventre à celle qui lui est opposée , mais il se fait sentir distinctement. Les fonctions des viscères s’exécutent avec liberté et régularité.
Il n’y a de dérangement ni dans l’excrétion des urines, ni dans celle des matières fécales. Si l’hydropisie a lieu sur une femme qui soit jeune, ses évacuations périodiques se font comme à l’ordinaire.
Lorsque enfin la maladie est parvenue au point d’oc- signes de eu per toute l’étendue du ventre, cette capacité ne pré- enkystée qui sente plus qu’une vaste tumeur où la fluctuation est occupe tout plus ou moins sensible, et se fait apercevoir d’un côté à l’autre, lorsque , ayant appuyé le plat de la main sur l’un d’eux, on frappe sur celui qui lui est opposé avec l’extrémité des doigts de l’autre main, comme dans
4g6 DE DA MÉDECINE
l’ascite. Cette circonstance en a souvent imposé, et a fait prendre des hydropisies enkystées pour des hydropisies ascites. Cependant avec un peu d’attention on peut aisément discerner les unes des autres : car, dans la première espèce d’hydropisie , le ventre conserve sa forme, quelque situation que le malade prenne, au lieu que dans la seconde , le poids des eaux le porte à tomber sur le côté sur lequel le malade se couche, La lenteur ou la promptitude avec laquelle ces hydropisies se forment, et la nature des incommodités qui sont moins grandes dans celle qui est enkystée , en sont des . signes assez clairs. On en est encore assuré par l’espèce de liqueur qui s’écoule lorsqu’on se laisse abuser jusqu’à faire la ponction, parce que cette liqueur présente les caractères que j’ai exposés précédemment.
Ce que de- JJ jest possible , il est même assez ordinaire que les
Viennent les ^
hydropisies liydropisies enkystées se bornent, et qu’elles devien-
enkvstées. . , ' ' .
nent stationnaires, Le plus souvent cela n arrive que lorsqu’elles sont parvenues à occuper toute la capacité du ventre. Elles sont fort incommodes par le sentiment de pesanteur qui en est inséparable, et par la difficulté de se mouvoir. Du reste, elles troublent peu la santé. Il s’est vu des personnes qui en ont porté très-long-
Observ. de temps. J’en ai connu plusieurs dans ce cas. Tascheron Tascberon, , i i • • t 9
a trouve une hydropisie de Tovaire chez une fille de quatre-vingt-buit ans , dont la maladie avait Commencé à trente. Ce kyste occupait toute la capacité du yenobserv. trc , exccpté le bassin. Les Medical observations and
des Med.ohs^ • . . -er , . . ...
andinquiries. mquiries ^ tome 1 , font mention dune hydropisie
enkystée qui a duré quarante-quatre ans. Son siège était sous le péritoine. Elle contenait cinquante-un
litres de liquide de mauvaise odeur. Deux fois j ’ai fait l’ouverture de femmes extrêmement avancées en âge , puisqu’elles étaient parvenues à celui de quatre-vingts ans , en qui le ventre avait commencé à croître quand elles n’étaient âgées que de trente. Elles avaient des collections d’humeurs considérables qui étaient renfermées dans des poches distinctes, et ces poches étaient appuyées sur des amas de squirrosités qui paraissaient avoir pris naissance dans l’un des ovaires, et peutêtre dans tous les deux.
Lors donc que les hydropisies dont nous parlons Elles ne défont des progrès, ou lorsqu’elles ont cessé d’en faire, mm opéra" et qu’elles ne causent que des incommodités médiocres, la prudence et l’humanité commandent ’de s’abstenir d’y faire la ponction, quelque soulagement que les malades en espèrent, quelque avantage qu’on leur persuade qu’ils peuvent en retirer. L’expérience montre en effet qu’une hydropisie enkystée que l’on a vidée j ne tarde pas à se former ;,de nouveau,; de lorte qu’une première ponction amène bientôt la nécessité d’en faire une seconde , une troisième et un nombre plus ou moins grand. Si on était sûr que le ventre mît beaucoup de temps à se remplir, peut-être les ponctions seraientelles plus utiles que nuisibles; mais on. a observé que l’eau s’y amasse avec d’autant plus de promptitude, que plus de ponctions se sont succédé les unes aux autres ; de sorte que ces malades ne tardent pas à s’épuiser et à périr, au lieu qu’ils auraient pu vivre beaucoup davantage , s’ils , avaient eu la force de résister à leurs incommodités.; - ,
Cependaiit., si ces incommodités devenaient exces- cependant II. ' Sa
DE DA MÉDECINE
elles exigent sivcs , OD DC pourrait so dispenser d’avoir recours à ?a°p!?nctbi!. ponction, qui les calme pour un temps plus ou moins long , et qui prolonge la vie aux malades. On tances. ©gt dans la nécessité de faire cette opération lorsque la fièvre lente et les douleurs qui surviennent donnent lieu de craindre que la distension du kyste n’ait été suivie de la crevasse des vaisseaux de toute espèce qui rampent sur sa face intéi-ieure , de l’effusion du sang et des humeurs que ces vaisseaux contiennent , et de l’excrétion de mucosités ou de pus qui, se mêlant à la liqueur épanchée , et passant dans le sang , feraient tomber le malade dans la consomption. Les incommodités qu’éprouvent lespersonnes attaquées d’hy dropisies enkystées parviennent aussi au point de ne pouvoir être supportées lorsque ces hy dropisies acquièrent un grand , volume. De Haen a vu une femme dont lè ventre avait
Observ. de
De Haen. trente centimètres du creux de l’estomac au nombril, et soixante-cinq du nombril au pubis. La fluctuation était sensibfê partout. Malgré cette grande distension, il n’en sortit que dix' neuf litres de liqueur. La malade mourut douze heures après. Le corps exhalait une si mauvaise odeur, qu’il ne fut pas possible d’en faire l’ou- , verture.iJne autre femme, dont Mouton a eommuni- Mouton, qué l’observation à l’Académie de Chirurgie, avait le ventre si élevé , qu’il avait deux cent onze centimètres de circonférence, et cent sept seulement de l’appendice xiphoïde au pubis. Cette maladie n’avait été que deux ans à se former. A l’ouverture du corps, il s’échappa soixante litres de liqueur sans odeur, de là consistance et delà couleur delalie de vin. Lekyste avait jusqu’à onze centimètres d’épaisseur en quelques endroits. Il était
parsemé d’hyilatides. Les muscles du bas-veatre étaient presque entièrement effacés. Il n’y avait aucun dérangement dans les viscères. Quand le volume du ventre est devenu aussi considérable, les malades ne respirent plus qu’avec beaucoup de difficulté , ils se meuvent avec peine , les fonctions sont dérangées , les urines cessent de couler , les extrémités inférieures deviennent oedémateuses , et la vie est très- prochainement menacée.
Il faut venir à leur secours en leur faisant la ponction, quelque crainte que l’on doive avoir d’ètre dans la nécessité de réitérer souvent cette opération- Du reste il s’en est vu qui l’ont supportée un grand nombre de fois , et à , qui elle a long-temps conservé la vie. Mead ofcserv.de parle d’une femme à qui on a fait soixante-cinq ponc- ^Laffise.*^* tions. Laffise , chirurgien à Nanci, l’a pratiquée quatrevingt-dix-huit fois sur une même malade. Il tirait chaque fois quinze htres' de liqueur. La malade fut dix ans sans être obligée de se faire faire la ponction , quoiqu’elle eût le ventre extrêmement gros. Au hout de ce temps, il fallut encore la lui faire, et elle mourut.
Ledran , après avoir fait connaître avec assez d’exac- Opinion de titude la nature des hydropisies enkystées et les signes qui les caractérisent , dit qu’on peut les guérir par la ponction ou par l’incision.
La ponction lui paraît devoir réussir, lorsque le kyste La ponction, est unique, lorsqu’il a peu d’étendue, et lorsque la tumeur du ventre présente une fluctuation manifeste.
Il convient qu’on est obligé de la réitérer souvent , mais elle s’oppose à l’augmentation du mal, et procure quelquefois une guérison radicale. Ledran dit en avoir vu des exemples.
L’iucisîon. - Lorsqu’il y a plusieurs kystes , lorsque la fluctuation n’est pas très-sensible, et surtout lorsque la maladie a fait beaucoup de progrès , il croit qu’il faut avoir recours à l’incision , laquelle doit être faite à la partie la plus déclive de la tumeur. Cette opération procure la sortie de l’humeur amassée dans la portion du kyste qui a été ouverte. S’il y a d’autres kystes qui communiquent avec le premier, ils s’ouvrent et né laissent échapper la liqueur qui y est contenue que lorsque la suppuration a détruit leurs parois, ou lorsque le défaut de soutien les force à céder. On voit alors une liqdeur plus ou moins limpide se mêler à celle que le kyste ouvert par incision fournissait , et qui était en partie •purulente. La plaie doit être remplie avec une bande de toile effilée , à laquelle on substitue une tente dans un temps plus avancé , et ensuite une canule qui offre une voie libre aux écoulemens, et qui permette de faire dés injections détersives. Par ce procédé^ le kyste ou les kystes se désemplissent , leurs parois suppurent, ils se détergent et se rapprochent, et il ne reste qu’üne . fistule avec un léger, suintenaent.
, Observ.de Cette doctrine est confirmée par des observations pui dé^rLcf^ d’hydropisies enkystées que Ledran. a traitées de cette manière, et dont il a communiqué l’histoire à l’Académie de Chirurgie. Le sujet de la première a conservé une fistule qui paraît avoir duré toute sa vie. Celui de la seconde, après en avoir porté une pendant deux ans , a guéri Complètement. Ce dernier fait est, assez curieux Autre obser- pour trouver place ici. Une fille âgée de trènte-déux ans ÏÏdran^* s’aperçut que son ventre grossissait, avec fièvre, douleurs , vomissemens fréquens , borborygmes , constipa-
OPERATOIRE.
tion, urines briquetées. Elle fut jugée hydropique. On lui fit la ponction par laquelle on lui tira, quinze litres de liqueur bourbeuse et puante. Les accidens se calmèrent, mais ils 'revinrent au bout de trois semaines avec, une nouvelle tuméfaction du ventre. Cette fois,
Ledran fit une incision à la ligne blanche , au-dessous de l’ombilic, et tira autant de liqueur de la même qualité .
Une canule fut mise dans la plaie. Le soulagement ne fut pas tel qu’on l’avait espéré : au contraire ,' il survint de nouveaux accidens , comme délire et dégoût: si affreux , que la malade ne pouvait supporter . què le vin d’Espagne, avec lequel seul oii la soutint pendant trois semaines. Les écoulemens étaient séreux et hourbèux. On faisait des injections détersives. Au bout de quelque temps, on -vit sortir du véritable, pus. Ledran jugea qu’une tumeur squu’reuse qn’il avait sentie dans le ventre était tombée en fonte. Il ne; sé rtCompait pas .
Depuis cette époque, le pus est devenu de bonne qualité : il n’en sortait plus qu’une; Cuillerée par, jour . Gela a subsisté pendant deux ans, que la malade,' ayant ôté sa canule pour la nettoyer , ne put plus la; remettre. Elle sé trouva complètement guérie.
Ledran dit que , dans toutesdés hydropisies enkistées Jugement qu’il a traitées par incision j celle-là est la seule qu’il thodedei’inait vu parvenir à une entière guérison. Il en avait donc ^ibion. traité plusieurs , et même un certain nombre. Que n’a-t-il parlé des autres ? Quel succès, en a-t-il obtenu ?
En comparant ces succès bons ou mauvais avec ceux de la ponction ; oh pourrait se décider pour l’une ou pour l’autre de ces opérations. Il est vraisemblable qu’il h’a pratiqué l’incision que dans les deux cas cités;.
Soa
Du reste , il est facile de juger de cette méthode/ Si toutes les hydropisies enkystées avaient leur siège entre le péritoine et les muscles du ventre, ou dans les ovaires , et que le sac qui contient la liqueur fût partout adhérent au péritoine ; si ces hydropisies étaient simples et non comphquées de squirrosités dont le nombre et la grosseur varient ; si leurs parois étaient minces ; si elles n’offraient qu’une cavité et qu elles ne fussent pas partagées en un grand nombre de loges , ainsi que celà arrive très-ordinairement , on pourrait être tenté de les inciser i mais il s’en faut de beaucoup que les circns tances soient aussi favorables. Il s’en forme dans l’épaisrseur de tous les viscères du bas-ventre et même dans la cavité de quelques-uns de ces viscères. Souvent lé sac qui renferme les eaux n’a nulle adhérence avec le péritoine. Ce sac est ordinairement squirreux en différent endroits. Plus ordinairemeut encore son épaisseur est fort considérable , et il est partagé en un grand nombre de logés dont les unes communiquent ensemble, pendant que les autres ne communiquent pas , de sorte qu on ne pourrait les ouvrir sans le plus grand danger. Il faut donc se contenter d’y faire la ponction : encore faut-il y être déterminé par des raisons pressantes , aiilsi qu’il a été dit plus haut.
Excision dé Outre l’idée d’inciser les hydropisies enkystées pour ^ p'cTsée/aT" vider, en faire suppurer et [rapprocher les parois,
par MorAüd. changer cette maladie en une fistule que l’on puisse
regarder comme un cautère habituel, on a eu celle de faire l’excision des ovaires , quand ils sont le siège de l’hydropisie en question. Cette idée s’est présentée à Laporte. Morand l’a saisie avec une sorte d’avidité , et
il a cherché à prouver que l’excision des ovaires pouvait être tentée, puisqu’on la fait avec succès sur les oiseaux et sur quelques quadrupèdes. Il s’appuie de l’autorité de Félix Plater j de celle de Diemerbroeck , d’Alexandre ab Àlexandro , d’Athenée , de Francknau et d’Hésichius. A la vérité il semble que PÎater ait Jugement de conseillé cette opération ; mais Diemerbroeck jla rejette thode. absolument. Il dit que la plaie qu’il faudrait faire au ventre serait dangereuse , quelle exposerait à des hémorragies graves de la part des artèi’es spermatiques et autres, et que conséquemment l’excision des ovaires ne peut être conseillée sur des femmes , et qu’on doit non-seulement s’abstenir de semblables opérations , mais même les avoir en horreur. Il blâme à ce sujet PIater , qu’il reconnaît pour homme de sens et pour praticien habile.
Alexandre ah Mexandro parle de nations d’Arabie qui châtraient les femmes à l’exemple des Égyptiens.
Athénée dit, après Xanthus, qu’ Adramitès , roi de Libye, les faisait aussi châtrer pour s’en servir comme d’eunuques. Hésichius et Suidas accusent Gigès de ce crime. Quant à Franknau, il. est possible qu’il ait vu une femme perdre un ovaire à la suite d’une plaie.
Mais qu’en conclure ? Peut-on dire que l’ovaire malade puisse être ôté comme quand il est sain ? i® Il est souvent adhérent à toutes les parties voisines; 2° ses vaisseaux se dilatent à mesure qu’il grossit, dé sorte que son extirpation exposerait à des hémorragies dangereuses ; 3° il est quelquefois impossible de savoh* d’une manière positive si la maladie qu’on a à combattre est dans ce corps ou dans toute autre partie ; ^ souvent
5g4 DE LA médecine OPÉRATOIRE.
les deux ovaires sont malades en même temps, ce qui exigerait deux opérations au lieu d’une; 5® enfin, quel temps prendrait-on pour faire cette opération .? Celui où la tuméfaction commence ? On en est rarement averti , parce qu’il y a peu d’incommodité. D’ailleurs on ne sait si le mal continuera, ou s’il se bornera et s’il deviendra stationnaire. Prendra-t-on le temps où il est déjà très-avancé.? Mais la grosseur de la tumeur augmente le danger, et ses adhérences, qui, peuvent être nombreuses , rendraient l’opération impossible. Il faut donc perdre de vue ces projets, enfantés dans l’intention de se rendre utile , mais qui n’ont pas été assez médités.