‹ De la médecine opératoire (volume 3)Chapitre 6 sur 22 · J)K LA MÉDECINE · texte numérisé non relu

J)K LA MÉDECINE

d’impulsion , le sang qui coule dans leur intérieur ne fait point effort pour les dilater, et pour écarter les lèvres des plaies faites à leurs parois ; et ces plaies se réunissent ordinairement avec facilité, sans que le calibre du vaisseau soit effacé, et sans que les blessés restent exposés à aucune maladie.

Une seule circonstance peut rendre ces plaies dangereuses ; c’est lorsqu’un obstacle quelconque s’oppose à la libre circulation du sang veineux dans le tronc ouvert ou dans les veines environnantes, soit que cet obstacle tienne à quelque difficulté dans la respiration, aux moyens employés par l’art, pu à quelque autre circonstance.

Les plaies même qui ont complètement divisé les veines en travers ne deviennent communément dangereuses que par celte cause ; et toutes les fois qu’on peut l’enlever, l’hémorragie s’arrête et la circulatipn se rétablit au moyen des nombreuses anastomoses qui existent entre les diverses parties du système veineux.

Observa- Un jeune orfèvre, âgé de quatorze à quinze ans, ^ ^bies'sure”^ courait tenant à la main un emporte-pièce aigu , lorsla se précipita sur la partie antérieure de son corps ,

'^einejémo- gt se fit, à la partie supérieure de la cuisse, près de l’arcade crurale , une petite plaie qui ouvrit l’un des gros vaisseaux de cette région : une grande quantité de sang s’écoula aussitôt. Un chirurgien , appelé près du malade , tenta vainement d’arrêter l’hémorragie par la compression exercée tant sur la plaie qu’au-dessus d’elle. Loin de s’arrêter, l’hémorragie semblait tirer de nouvelles forces du moyen employé ; enfin au bout de deux heures le malade fut conduit à l’Hôtél-Dieu; il

-était expirant, et périt ayant qu’on put rien tenter pour son salut.

Sur ce qui fut rapporté à M. Dupuytren de la couleur du sang, de la manière émit il c’était écojtilé, de l’inutilité et meme des mauyais effets de la compression qu’on avait exercée , et surtout, à la situation de la plaie au coté interne de là ligne suivant laquelle marche l’artère, il jugea que la veine fémorale avait seule été blessée. En effet, on trouva à l’ouverture du corps une plaie de quelques lignes de longueur, sur le •coté antérieur de la veine crurale, à un pouce au-des*sous de l’arcade du même nom. L’artère fémorale superficielle et la profonde étaient intactes.

Il ne parut pas douteux que la compression exercée sur cette plaie et au-dessus d’elle, en retenant le sang dans le membre , ne l’eut oblige à sortir par l’ouverture faite à la veine fémorale, La blessure eut été moins dangeréUse abandonnée à elle-même^ Peut-être elle ■aurait guéri à l’aidfe d’une compression plus légère, bornée a fournir un appui au coté du vaisseau blessé, et qui aurait permis au sang de circuler dans son intérieur comme avant l’accident.

On reconnaît ordinairement les hémorragies fournies parles veines à la situadon, à la profondeur,- à la direction de la plaie, et surtout à la couleur noirâtre et à l’écoulement en nappe du sang quelle fournissenti il est vrai que la contraction des muscles et le passage rapide du sang des artères dans les veines , peuvent donner au sang veineux un mouvement de projection et une couleur rouge ; et que l’épuisement des forces et 1 affaiblissement de la respiration peuvent ôter II. 12

A quels signes ou reconnaît les hémorragies veineuses.

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au sang qui sort d’une artère son mouvement de projection , et lui donner une couleur noirâtre capable d’en imposer; mais, dans le premier cas, la concordance des/mouvemens des muscles avec ceux du sang , la cassation de ceux-ci déterminée par le repos ; et, dans le second cas , les mouvemens légers de projection et les filets de sang vermeil qui se reproduisent toutes les fois que l’action du cœur ou du poumon se réyeille, font bientôt distinguer l’une de l’autre , ces deux sortes d’hémorragie.

On les ar Danslcs cas ordinaires, lorsque l’écoulement du sang

1 f te par une ^ lieu par une plaie d’une médiocre étendue , faite obli-

compression

légère. quement OU bien en long a une Veine , même d’un Calibre très -Considérable , on l’arrête- aisément à l’aide d’une compression exercée sur la plaie ^ de manière à Insister seulement à l’effort du liquide , sans aplatir, le vaisseau et sans effacer son calibre.

L’observation que nous avons rapportée peut servir à démontrer les mauvais effets d’une compression exercée au-dessus de l’ouverture. C’est à une compression ainsi dirigée, ou faite avec trop de force, qu’il faut rapporter la plupart des hémorragies qui forcent à lever l’appareil après l’opération de la saignée.

Lorsque l’hémorragie continue d’une manière opîniâtre, et quelle menace de devenir fâcheuse, il faut toujours en accuser quelqu’une des autres causes indiquées, comme, par exemple, les obstacles qui gênent la respiration , et s’opposent à ce que le sang contenu dans les veines arrive dans la poitrine et traverse les poumons ; les tumeurs placées sur le trajet: des veines' au-déssus du point où elles ont été ouvertes, etc. ; et

alors il ne faut pas hésiter à faire la ligature de la veine ouverte. Mais ordinairement ce n’est pas seulement le bout qui regarde l’origine des veines qui fournit du sang ; le plus souvent celui qui regarde le cœur en fournit aussi, non que ce liquide vienne alors du cœur ou qu’il soit poussé par lui , mais parce qu’il arrive presque toujours que quelque branche collatérale venant à s’ouvrir dans le tronc veineux, entre les valvules les plus voisines et la plaie , le sang versé dans ce point et qu’aucun obstacle ne retient, s’échappe en rétrogradant par l’ouverture voisine du lieu où il se décharge. D’où la nécessité de faire la ligature des deux bouts d’une veine divisée, en commençant néanmoins par celui des deux qui regarde son origine. '

Cette opération offre d’assez grandes difficultés, dues, pour la plupart , à l’écoulement continuel du 'Sang ^ qui permet à peine de distinguer les parties que la ligature doit embrasser de celles qu’elle ne doit pas comprendre. On ne lève pas toujours ces difficultés en mettant à découvert la veine ouverte , et en la comprimant tant au-dessus qu’au-dessous de la plaie ,* car il peut arriver que quelque branche veineuse vienne s’ouvrir dans le tronc, précisément vis-à-vis celle-ci, entre les deux points sur lesquels portent soit la compression, soit la ligature , et suffise pour entretenir l’écoulement du sang et lés dangers que courent les malades. Il ne faut donc laisser que le moindre intervalle possible entre les ligattires qu’on jette autour d’une grosse veine ouverte.

O utre cela il n’est pas indifférent d’éviter ou de com-

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prendre dans la ligature des veines , les artères et les nerfs avec lesquels elles marchent.

Les suites de cette ligature peuvent en- effet devenir graves et meme mortelles, pour la partie ou pour l’individu , en interceptant tout à la fois l’arrivee et le retour du sang, et la cause de la sensibilité et des m,ouvemens. Il n’est pourtant pas facile d’isoler ces parties ^ que la nature a étroitement unies. Une sonde introduite dans le bout supérieur delà veine ouverte peut, il est vrai, marquer son trajet, et indiquer les limites de sa circonférence ; mais cette ressource est nulle ou du moins elle est singulièrement bornée pour le hout inférieur, dont les valvules s’opposent à l’introduction ou à l’enfoncement de la sonde.

Dans tous les cas , on doit se servir, pour faire la ligature, d’une aiguille à pointe mousse , qui s’insinue entre le vaisseau à lier et les parties qu’on veut ménager, en- écartant les mailles du tissu cellulaire plutôt qu’en les traversant. Après avoir serré les fils , un pansement très-léger laissera aux veines collatérales la faculté de se dilater , et on placera* ensuite le membre dans une position élevée, pour que le coürs du sang ne trouve aucun obstacle à se rétablir.

Dans les cas où les hémorragies de sang noir sont produites par la section complète des veines , ainsi que cela a lieu à la suite de l’extirpation de tumeurs et surtout de celles qui ont leur siège au col , il faut lier ces vaisseaux par leurs deux bouts, après s’être assuré toutefois que le rétablissement de la respiration , qui les fait communément cesser , est impossible ou qu’il ne

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suffit pas. On ne devra surtout jamais oublier que la ligature d’une branche veineuse un peu considérable , quelque bien faite quelle soit, n’arrête pas sûrement, comme on pourrait le croire, l’hémorragie à laquelle sa 'section a donné lieu. Le cours du sang , suspendu dans un tronc veineux principal, cherche à se rétablir parles vaisseaux collatéraux : le liquide reflue du tronc qui a été lié dans les branches qui le forment, et de celles-ci dans d’autres moins considérables , qui , venant s’ouvrir à la surface de la plaie , y versent le sang par vingt orifices au lieu d’un. On s’appliquerait en vain alors à lier tous ces vaisseaux : leur nombre augmente avec celui des ligatures ; mais il faut se hâter d’arriver au terme de l’opération , qui , amenant la fin des efforts et des cris , amène ordinairement celle de l’hémorragie..

Des Plaies des vaisseaux lymphatiques.

Il ai’rive souvent que des vaisseaux lymphatiques soient ouverts , et très-rarement que le fluide qui en sort puisse être distingué du sang que la plaie fournit. Ces vaisseaux se retirent, et il ne résulte aucune complication particulière de leur ouverture. Les plaies des vaisseaux lymphatiques ne sont guère sensibles qu’à la suite delà saignée du bras. Celle qui est l’effet de cette petite opération , quoique cicatrisée dans presque toute son étendue , laisse quelquefois suinter une assez grande quantité d’humeur limpide qu’on ne peut méconnaître pour de la lymphe. On remédie aisément à ce suintement au moyen d’une compression médiocre , ou de l’application du nitrate d’argent fondu ,, qui

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oblitère le vaisseau qui le fournit , ou qui le dispose à s’oblitérer. Ôn voit aussi des tumeurs lymphatiques se former dans les mêmes circonstances. Ces tumeurs, dont le volume ne s’élève pas au-dessus de celui d’un gros pois, sont sans douleur , et ne changent la couleur de la peau qu’en ce qu elles lui donnent un peu de transparence. Elles guérissent pour le plus souvent par la compression. Si elles y résistent , il faut les ouvrir avec la pointé d’une lancette , et guérir la plalé. comme il vient d’être dit.

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