DES FISTULES SALIVAIRES
1° De la Rafiule y on de là Grenouillette.
■ La tumeur salivaire se formé au dedans de la boucbe,
au-dessous de la langue, et prés son ligament antérieur. Dans les commenceinens. elle est molle ^ en quelque sorte transparente , et présente au milieu de sa partie la plus élevée une Euctuation qui est plus ou moins marquée. Dans cet état , . elle ne cause pas de. douleur et ne gêne presque pas les mouvemens.de la langue j; mais , si elle devient plus grosse, elle caiise beaucoup d’incommodités , et nuit surtout à l’action de parler. Dans la suite, lorsqu’elle a pris un accroissement plus considérable encore , le malade ne rend plus que des. sons mal articulés , que l’on a comparés, assez mal à propos au bruit que forment les grenouilles , ce. qui a fait donner le nom de ^enouillette à la tumeur dont il s’agit. On en a vu quelques-unes devenir aussi grosses que des oeufs de dinde, et plus , soulever et porter la' langue de coté , occuper une grande partie de la, cavité de la bouche, jeter les dents incisives et canines en dehors , abaisser le plancher inférieur de la bouché;.
Opinions isursa nature.
^.^2 l'A MÉ'DECINE
^ -sfâ porter aü-tléssous du menton. Alor$ elles sont ^émloù-reuses i et peuvetit être compliquées d’inflam- -tna^iorijcle fièvre et de suppuration.
'' ‘La nature de la grénouillette a été lôngî^temps mé-, connue. Gelsë r^ prise pour un abcès d’une nature par-; trciilîêre , en quoi il a été suivi ^ar Ambroise Paré. Ils ignoraient l’existence du conduit excréteur des glandes maxillaires, lequel a été décrit pour la première fois oar Warthon, dans son traité d’Adénographie , publié en i654 ou i655. Mais comment excuser Fabrice d’Aquapéndente d’avoir rangé la grenouillêtte parmi les-tumeurs enkystées , et de l’avoir confondue avec le mélicéris, lui qui devait Connaître le conduit dont il s’agit ? Mùnnicks, qui écrivait à pCu près dans le.inèttie temps, ue s’y est point mépris. Il a connu que la gre-nouîÜette est formée par la salivé retende dans un des canaux qui vont s’ouvrir au-dessoiis de lâ langue.. Potius dicemus ranulam oriri a saliva nimis aeri simulqüe erassiore^ ^ucB^ per infenores ductas. s/ilivales enm-r péris ^ atque ob suam ipsius 'vïsçidïtateirp. eocivema ipsop rurti orifwia libéré permeare neq^iens j Jiine süb lingiiâ ^ pope ejus ligamentum^ subsistens , himc\ibidém tumorein , insigni cum âolore , excitât. TJn texte aussi précis et aussi clair n’a pas/empêclié Heister d’embrasser l’opinion de Tabrice d’Aquapenden te, et ce ni’ est que dans ces derniers temps que celle de Munnieks a prévalu : encore La Paye et Louis y ont-ils, mis une sorte de restriction , en disant que la grenouillette a son siège dans le canal excréteur des glandes maxillaires et dans celui des sublinguales , comme si ces dernières, glandes avaient nn canal èxcréteur cominun.
opéiiâtoirï;.
La greno'Liillette est donc une. tumeur faite par la sa- ^ live épaissie et amassée dans un des canaux salivaires de Warthon. Lorsque cette maladie est récente, l’humeur 4ui y est contenue coii^rvé sa limpidité , mais elle a en même temps une viscosité qui la fait ressenihler à du blanc d’œüf. Dans un temps plus avancé , elle devient louche , et il s’y forme des concrétions comme sablonneuses. Quelquefois ces concfétions sont rassemblées, et présentent l’apparéncè dé pierres molles et friables. Enfin , lorsque la grenoüilletté est parvenue à un volume excéssif; il est possible que ses parois suppurent, et qiié le pus quellés fournissent se mêle à l’humeur amassée , ou que la préssmn que , la tumeür exerce sur lés parties VoMnes y attire des ahcès. -
On a employé divèrs moyens pour parvenir à la guérison dé la grenoüilletté. Paré y plongeait un -fer rougi au féü à travers une plaque de métal percée en son milieu , dont il couvrait la tumeur, êt qUi servait à défèndre les parties voisinés dé l’impressiorf du cautère. Il ne dit point lés- motifs qui l’engageaieiit -à Suivre Ce procédé. Peut-être j était-il déterminé par la nature froide de l’humem.' amassée. Peut-être aussi ■ se proposait-il une ouverture avec perte dé substan'eé, dont les bords , endurcis par l’action du feu 3 offrissent a cette humeur une voié par laipielle elle put continuellement s’échapper. Ceux qui l’ont suivi ont préféré de l’évacuer en incisant les parois dé la poche qui la renferme. Quelques-uns cependant ont éprouvé que cette manière d’opérer n’a pas toujours le succès qu’on en attend , parce quéles bords de la plaie se rapprochent
Ce qu’elle
Moyens ;<΀ guérison.
«tse consolident , de sorte que le mal ne doit pas tarder à se renouveler : aussi ont-ils conseillé de faire l’incision aussi étendue que les circonstances le permettent, ce qui est assez inutile : car on sait qu’une plaie simple .qui 'a beaucoup de longueur se ferme aussi aisément qu’une plaie plus petite. Quelques-uns ont regretté de. ne pouvoir extirper la poche ; et sans doute ils auraient essayé de le faire, s’ils n’eussent été retenus par la crainte d’intéresser les vaisseaux sanguins et les nerfs voisins. Au défaut de ce procédé , on a tenté de la détruire en la touchant avec un caustique liquide , dont Teffet aurait pu s’étendre jusque sur la portion du canal de Warthon qui tient à la glande maxillaire, et donner lieu à une cicatiâce qui l’aurait bçuché.
^ Quel est le Le but. que Ton doit se proposer n’est pas seulement mojecs. de vider la tumeur , et de faire cesser les incommodités ' qu’elle cause , mais d’empêcher qu’elle ne se forme de. nouveau; ce qu’on ne peut obtenir qu’en conservant une ouva’ture, au moyen de laquelle la salive filtrée dans la glande maxillaire puisse continuer de couler /dans la bouche. Les raisons qui ont été exposées plus haut montrent que le cautère actuel y mène plus sûrement que le bistouri. J’ai cependant éprouvé qu’il peut manquer son effet. Une femme , dont la ^enouillette était fort grosse , quoique simple, ayant consenti que je le lui appliquasse, je me servis d’un de ces cautères dont on faisait usage pour percer l’os unguis dans l’opération de la fistule lacrymale, et que l’on y portait ' au moyen d’un entonnoir. Le bec de ce dernier instrument ayant été appuyé sur la partie la plus saillante de la tumeur, le fer rougi au feu, que je fis glisser le long
àe sa cavité , y pénétra dans un instant, et sans presque causer de douleurs. L’humeur s’échappa aussitôt , et il ne fallut que peu dé jours pour que lescharre se détachât , et pour que l’ouverture se consolidât. La malade se crut guérie , -et fut plus d un an sans ressentir d atteintes de son incommodité. Au bout de ce tenaps la tumeur reparut, et parvint bientôt à la mêmé grosseur que la première fois. Je m’aperçus que l’ouverture faite à la membrane interne de la bouche s’était conservée, et que la poche faite par le canal de la maxillaire passait à travers. Je saisis, avec des pinces à disséquer, la portion de cette poche qui faisait saillie au dehors, et je l’emportai avec des ciseaux courbes sur leur plat. L’humeur sortit, la poche s’affaissa, et la malade s’aperçut à péîne de cette légère opération , qui la débarrassa de son incommodité pour toujours.
Si les malades ne veulent pas se soumettre à l’application du cautère actuel , il faut se contenter d’ouvrir la tumeur avec le bistouri ; mais il faut en meme temps faire en sorte de rendre la plaie fistuleuse , en introduisant , sur la fin , une tente de charpie un peu sohde , qui l’empêche de se fermer entièrement. J’avais ouvert deux grenoui dettes assez grosses à un jeune enfant de dix ans, et j’avais eu l’attention de donner aux plaies toute l’étendue quelles pouvaient avoir. Cette précaution , recommandée par Louis et par plusieurs autres , ne me réussit pas ; les plaies sè fermèrent , et la maladie se renouvela. Je voulus usêr du cautère actuel ; on ne put déterminer le jeune malade à y consentir, et il .fallut que j’eusse encore recours à l’instrument tranchant. Les ouvertures étaient plus grandes que les pre-
liV: LA MÉDECINE
toières. Néanmoins je m’aperçus bientôt quelles se i-esserraient au point de faire craindre qu’elles ne se fermassent tout-à-fait. Ce fut alors que j’imaginai de les remplir avec ün corps qui s’opposât à leur consolidation. J’y introduisis deux morceaux de ces bougies que l’on emploie dans le traitement des maladies 'de rufêtre. L’enfant les supportait assez bien ; mais le goût d’emplâtre qu’elles donnaient à ia bouche lui était fort incommode. J’y substituai deS tentes de char- . pie, qu’il introduisait lui-même, et qu’il retirait aai moment' de ses repas. Ce moyen eut un plein succès j et Fenfant' a -été parfaitement guéri. ' ^ ;
Louis a obtenu la guérison de deux grenouillettes pâr uh prtïcédé semblable. Un jeutié homme portait sotts sa langue Jinë 'tumeur qui né l’incommodait que par son volume, et dont Louis connut aisément laiiatüre. Elle était eii quelque sorte partagée en partie droite et en partie gauche', par une sirinosilé qui sè voyait a son milieu j et chacune était surmontée d’une espèce d’aphte. Louis ayant introduit Un stylet boütohné dans ces idcères', rinstrimrent pénétra à uiie ^nde profondeur , et facilita la sortie de beauéoup d’humeur épaisse et trtinsparénte assez semblable à du blanc d’œuf. Un fil de plomb fut substitué au stylet et laissé â demeuré^ L’ouverture agrandie laissa sortir l’humeur amassée , et la double tumeur se vida. Louis mit Un fil de plomb plus gros que lé prémier , et copseilla au malade de le rétitér chaque matin pour permettre à l’humeur de s’écouler et de le feplacér ensuite. Au bout de quinze jours de dilatation continue , les orifices furent à l’abri du resserrementi La salive n’a plus été rt-
Ol'IÎRATOIRK.
tenue, et la grenouiilette ne s’est point reproduite.
Dans le cas où on parviendrait, au moyen de fils de plomb de diverse grosseur , à agrandir l’ouvertime naturelle du conduit de Wartbon, de manière , à procurer- une issue libre à l’humeur dont l’amas forme la grenouillette, ét où cette ouverture tendrait continuellement à se rétrécir , nii pourrait faire usagé d’uriç canule, laissée assez long-temps danV cette ouverture pouf qu’éllè devînt calleuse. J’ai été consulté par un particulier qui en portait une depüis trois ans sans être incommodé. Elle ne l’empecbaitni de parler ni de manr ger. Cette canulé avait 'quarante millîinétrés dè long suv une épaisseur de trois. On y avait fait faire une espèce de tête de ferme lenticulaire', dé peur quelle ne pénétrât trop âvant.Quoiqùe lé vc^ùme'dé la tumeur eût permis d’y faire une éuvérture assez grande , çetté ouverture s’était fèrniéé trois fois , et' trois fois il avait fallu fa rouvrir. La crainte que la dernière ouverture qui y avait été faitè né sé fermât aussi, avait fait.pei^. ser â l’entretenir avec la canule dont ' d vient d’être parlé. Le but qu’on s’était proposé était rempli. J^fëanmoiiis la personne incommodée , désirait nètre plus assujettie à én faire usage. Je crus qu’il était prudent de l’engager â la porter encore quelque temps.' - '
Si cette tumeur était parvenue à un volume fort çe qu’il faut conadërable, et que ses parois eussent acquis beaucoup fa^grenouîu d épaisseur., il ne suffirait pas de l’ouvrir avec le eautèré actuel ou avec l’instrument tranchant; il/audrait retrancher une partie delà poche , ce qui ne pourrait se faire si elle n’avait été incisée dans une grande étendue. Les bords de la plaie seraient soulevés avec des
pinces ou avec une aii’igne , et emportés avec le bistouri ou avec les ciseaux. Cette opération , que les circonstances rendent nécessaire , ne pourrait avoir au-' cune suite fâcheuse, puisqu’il ne s’agit que d’extirper des portions dé membranes qui ont souffert une extension forcée , et qui ne sont garnies de vaisseaux sanguins ni de nerfs assez gros pour faire craindre une hémorragie ou des affections nerveuses de quelque conséquence. S’il venait du sang dans les premiers instans , on ne manquerait pas de moyens pour le réprimer, et l’usage fréquent de gargarismes détersifs , aidé d’un bon régime , procurerait bientôt la consolidation de la plaie.
Il est quelquefois arrivé que des grenouillettes méconnues sont devenues si grosses, quelles faisaient autant de saillie au-dessous' du menton^ qu’au dedans, de la bouche, et que la fluctuation se faisait mieux sentir en dehors qu’au dedans de cette cavité. Tel est le cas rapporté par Louis, d’après Leclerc, chirurgien à Saint-Vinox. La maladie occupait toute la bouche , et faisait à l’extérieur une saillie qui égalait un œuf de cane. Plusieurs personnes jugeaient qti’il ne fallait pas y toucher 5 mais Leclerc , voulant être utile à la malade, qui était menacée d’une suffocation prochaine , plongea un trois-quarts dans la tumeur , à l’endroit où elle offrait le plus de mollesse à l’extérieur. Il sortit par la canule une liqueur jaunâtre et d’assez grande consistance. L’ouverture fut agrandie avec le bistouri, et on tira du foyer de la tumeur beaucoup de matière sablonneuse et de couleur cendrée. Il n’y eut point d’hémorragie. Dès ce moment , la malade , qui était privée .
OPÉRATOIRE. ^6g
depuis long-temps de l’usage de la parole , commença à parler. La respiration et la déglutition devinrent fa- ' ciles, et des pansemens méthodiques procurèrent la guérison en nn mois.
On ne peut élever des doutes sur l’exactitude avec Ce qn’il faut
. t ^ ^ faire quand ^
laquelle cette observation est exposée ; cependant la elle sepro-
^ ... nonce au de-
maladie avait commence il y avait vingt-deux ans , et hors, il est vraisemblable que le canal excréteur de la glande maxillaire qui en était le siège ne laissait point échapper de salive depuis ce temps. Son ouverture devait être bouchée. Comment s’est-elle rétablie assez bien pour que la malade n’ait pas ressenti la moindre atteinte de son incommodité ? Il me semble que dans un cas de cette espèce il faudrait tourner ses vues du côté de ce canal , et y faire une ouverture que l’on entretiendrait assez long-temps pour s’assurer quelle restât fistuleuse. Rien ne serait plus facile que de rempbr cette indication. Il suffirait de pousser par la plaie extérieure jusqu’à l’endroit de la bouche qui paraît le plus favorable , une canule le long de laquelle on ferait glisser un trois-quarts terminé comme une aiguille, et percé d’im chas du côté opposé à sa pointe , lequel traînerait après lui une mèche de coton dont on se servirait comme d’uu séton , et dont on continuerait l’usage aussi long-temps qu’il serait nécessaire.
■ ( Le raisonnement et l’observation démontrent que Procédé de l’ouverture de la tumeur formée par la salive , accumulée dans son canal excréteur, et formant sous la langue une tumeur plus ou moins considérable , est un procédé peu efficace. Il en est de même de l’introduction temporaire des mèches , des fik de plomb , des
canules et d’autres moyens semblables, soit que l'on, ait fait supporter ou non aux parois de la. tumeur une perte de substance plus ou moins considérable.
, Ces parois sont tellement molles , tellement flexibles, et si faciles à rapprocher, que leurs ouvertures . se cicatrisent presque toujours peu de temps après que les moyens dilatans sont extraits, et que,, la maladie se reproduit. Les caustiques ou même le feu, recommandés par Marc - Aurèle Séverin , Ambroise Paré , Warthon, Camper , et quelques autres, n’ont pas de succès plus, assurés et plus pe'rmanens. M, Dupuytren a imaginé , depuis un assez grand nombre d’années, de maintenir ouverte la plaie faite aux parois de la tumeur salivaire , en plaçant entre les lèvres de cette plaie un corps qui pût y demeurer constamment. L’instrument qu’il fit construire afin de remplir cette indication , consiste en une tige arrondie, d’argent , d’or ou de platine, longue dé huit millimètres, large de quatre ,. environ , portant à cha>^ cune de ses extrémités une plaque ovoide légèrement convexe sur sa face libre et concave sunla face opposée. L’une de ces petites plaques doit se trouver dans l’intérieur de la poche , et l’autre au debors, c’est-à-dire dans la cavité de la bouche. Au lieu de cet instrument, M. Dupuytren s’était d’abord servi d’une canule a double tête ; mais il remarqua bientôt que les alimens s’engageaient dans le canal quelle présentait , et que le liquide pouvait très-bien passer à l’extérieur entre la tige et les lèvres dé la plaie.
L ouverture de la poche étant faite, soit par ponction , si elle est peu considérable j soit par l’excision
OrÉllATOIEE.
Vji-
dune partie: de ses parois, si elle est ttès-yoliiniinense, ou que les membranes qui la forment aient acquis une
épaisseur plus ou moins grande j cette ouTCrture , «lisons-nous , étant faite, M. Dupuytren laisse s’écouler le liquide , et attend pour placer l’instrument que nous venons de décrire, que la plaie, revenue sur elle-même, ne présente plus qu’un pfetit orifice assez grand pour recevoir l’instrument qui doit s’opposer à sa complète occlusion. Cette méthode de traitement a eonstammeni été’ suivie de succès ; elle est aussi simple que facile â employer, et jamais les malades n’ont été gepés par., l’instrument , iorsqu’après quelques jours de sa pïéseîicé ils s’étaient accoutumés à le porter.)
Je terminerai cet article par un fait qui n’a daùtre Oteæ-Faûons rapport avec la grenouillette qu’en ce que la maladie pBciroarrêavait son siège dans une des glandes maxillaifes et essAAe la dans son canal: excréteur , et qui me paraît mériter ïsjî^aire, d’être connu. Un . homiiie dans la force de l’âge sentît ime douleur vive à la glande maxillaire gauche, eh tirant des armes, dans le temps qu’d: poussait un cri familier à ceux qui se hvrent à ce genre d’exercice. Ceæ douleur fut suivie d’un gonflement inflammatoire qu’on ne parvint pas à dissiper- entièrement par l’emploi des moyens ordinaires. La glande resta grosse , dure , et d’une sensibilité médiocre. Peu de temps après, elle augmenta de volume, et devint fort douloureuse. Quelques personnes ; Gonsultées furent 4’àvis de l’attaquer avec des résolutifs appliqués à l’extérieur et adminis^ très intérieurement , et une autre conseilla la eautérî^ sation, Cette dernière appliqua un morceau de potasse concrète sur la glande , la fit suppurer long-temps, et
I® Fistules de la parotide.
crut avoir guéri le malade. Cependant son incommodité était la même. Il ne pouvait parler pendant quelque temps J tirer des armes , mâcher des alimens un peu durs , sans que la douleur et le gonflement revinsr sent. Il s’aperçut alors d’un embarras sous sa langue , près du ligament antérieur de cet organe ; et , portant le doigt sur le lieu où l’embarras dont il sugit se faisait sentir , il reconnut qu’il y avait quelque chose de dur. Je fus prié de lui donner mes conseils; et, après avoir entendu le récit de qui s’était paàsé , et avoir examiné le dessous de la langue , je reconnus , à travers l’épaisseur des parties , qu’il y avait à l’extrémité du canal de Wârthon un corps pierreux qui le remplissait. Une incision que je pratiquai fl^nna issue à ce corps, dont la forme , approchait de celle d’un grain d’orge , avec un peu plus de volume. C’était lui qui retenait la salive, et qui, la, forçant de refluer en arrière, avait causé les incommodités dont le malade se plaignait depuis si long-temps : aussi ces incommodités se dissipèrent-elles bientôt. Mais , étant revenues quelque temps après , oii reconnut la présence d’une nouvelle pierre, qui fut aussi ôtée par incision ; et depuis ce temps, le malade n’en a plus ressenti les atteintes.
2® Des fistules^ de la parotide et de son conduit excréteur.
Il y a deux espèces de fistules salivaires qui sont du même genre , mais qui diffèrent entre elles par la nature des parties intéressées. Les premières sont le produit d’une ouverture qui communique avec un des' canaux excréteurs particuliers qui se trouvent en grand
îîombrè dans la parotide. Les secondes résultent d^une ouverture faite au canal excréteur commun de cette glande. '
Les fistules de la parotide sont très-anciennement connues. Galien , de composit. medicaïnentor. ,
parle d’un jeune homme de quinze ans a qui il survint un abcès à l’une de ces glandes, à la suite d’une fièvre. Cet abcès ayant été ouvert, la plaie ne put être entièrement consolidée. Il resta une fistule qui dura pendant six mois , et que Galien guérit au moyen d’un emplâtre caustique. Paré a vu en iSSy un soldat qui, à la suite d’un coup d’épée à la joue , avait près de la jointure des mâchoires un trou qui aurait à peine reçu une tête d’épingle, et qui fournissait beaucoup d’eau claire lorsque ce malade parlait ou qu’il mangeait. Cette incommodité a cédé à l’application d’un peu d’ acide nitrique et de sulfate de cuivre calciné. La nature de cesrèmèdes, insuffisans pour guérir une fistule du canal excréteur commun de la parotide, et surtout le lieu où celle-ci se trouvait en indiquent la natùre. Paré ne l’a pas dit, parce que de son temps on ignorait lès fonctions de cette glande , dont le canal excréteur n’a été connu qu’en 1660.
Fabrice d’Aquapendente dit avoir rencontré des cas semblables , et • s’être servi des mêmes moyens avec succès. Fabrice de Hilden fait aussi mention d’un jeûné homme à qui il resta une fistule sous l’oreille droite , à la suite d’un ulcère en cette partie. Plusieurs chirurgiens avaient tenté inutilement de la guérir. Fabrice y parvint en sept semaines , au moyen de médicamens caustiques. Le mal durait depuis trois ans. L’art n’a II- 18
pas fait de progrès à ce sujet. Ceux qui ont vu des fistules de l’espèce de celle dont il s’agit y ont aisément remédié au moyen de compressions et de cautérisations légères , et ces procédés sont tout ce quelles exigent.
2“ De son H n’est point si facile de guérir les fistules du canal
canal excré- ■■ . 1 t ^ i /
teur. commun de la parotide. La première idee qui se soit présentée aux gens de l’art , a été de pratiquer un conduit artificiel par lequel la salive pût tomber dans la boucke, et être détournée de la fistule. C’est celle qu’a ' suivie un chirurgien nommé De Roy, dontSaviard nous a conservé le procédé. Gomme ce chirurgien craignait que le conduit qu’il allait pratiquer ne se fermât avant Percer la sâlive en eût rendu les parois calleuses , il réso-
joue avec un Je percCr la joue de dehors en dedans avec un fer
cautere ac- ■ ■
tuei. déformé allongée, de peu d’épaisseur, et rougi au
feu. Le Succès répondit à son attente. L’ouverture fistuleuse se ferma de bonne heure, et la salive, qui avait peu tardé à se porter du côté du nouveau conduit , continua à couler dans la bouche par cette voie.
Percer avec Duphénix a aussi pensé à pratiquer un nouveau connu bistouri J . , , .
et placer une dult a la salive; mais soit qu il craignit que ce conduit canule. fermât trop tôt, lors même qu’il serait fait avec
un cautère actuel , soit que les circonstances de la maladie lui parussent exiger un moyen plus efficace , il se servit d’une canule pour l’entretenir. La fistule qu’il avait à traiter était la suite d’une plaie énorme faite par un coup d’andouiller de cerf. Il en sortait une grande quantité de salive. On avait essayé la compression sans succès. Duphénix fit préparer une canule de plomb longue de trente millimètres , taillée en biseau à l’une de ses extrémités , garnie d’un trou à l’autre poiu recevoir
an fil , et grosse comme un tuyau de plume à écrire.
La cicatrice fut emportée avec le bistouri, de manière
à former une plaie longue au dehors et étroite au fond.
La joue fiit percée au-devant du massé ter , de haut en bas et de derrière en devant. Duphénix eut soin , en plaçant la canule, que le biseau regardât le fond delà plaie , et que l’extrémité opposée répondît à l’ouverture intérieure de la joue. Trois points de suture en^ tortillée rapprochèrent les bords de la plaie extérieure.
Le pansement fut simple. On pourvut à l’état du malade, que l’on fit tenir couché sur le dos, que l’on fit saigner, et à qui on prescrivit un régime sévère. On s’aperçut bientôt que la salive passait dans la bouche à travers la canule. Lorsqu’on pansa pour la première fois , ce qui arriva le quatrième jour , la plaie fut trouvée dans la voie de la consolidation. Le sept , elle était guérie , et l’on ôta les aiguilles. Le dix, là cicatrice était parfaite. Le seize , la canule fut tirée par la bouche^ au moyen du fil qu’on avait eu la précaution d’y atta-^ cher. Depuis ce temps la fistule n’a plus reparu. ..
Monro s’y est pris d’une manière plus ingénieuse. Percer de n perça avec une alêne de cordonnier, non directe- ^erun^séton. ment de dehors en dedans , comme avàit fait De Roy, mais obliquement de derrière en devant, de haut en bas et de dehors en dedans, à peu près dans ladirection du conduit de Sténon. Tour rendre cette opération plus facile, il avait introduit dans la bouche deux doigts qui lui servirent à tendre la joue. Le trajet de l’instrument fut rempli avec un cordon de soie , dont les deux extrémités furent liées d’une manière lâche en dehors.
Le séton était changé à chaque pansement. Lorsque