‹ De la médecine opératoire (volume 4)Chapitre 13 sur 48 · II · texte numérisé non relu

II

cœur , il faut pratiquer la ligature de l’un et de l’autre.

Mais ces procédés, qu’il est facile d’appliquer quand l’hémorragie se manifeste pendant les premières heures qui suivent l’opération, ne sont plus susceptibles d’être employés lorsqu’elle dépend de la chute prématurée d’une ligature trop serrée, et qu’elle survient trois , quatre ou un plus grand nombre de jours après que celle-ci a été pratiquée. Le tissu cellulaire est alors altéré par l’inflammation et par les fluides que l’irritation a appelés dans les vaisseaux; il a perdu la flexibilité qui lui permettait de céder sans se rompre,, il est devenu épais , dense et lardacé ; alors il est éminemment sécable , ainsi que le dit M. Dupuytren, c’est-à-dire , éminemment, susceptible d’être divisé, et il se couperait infailliblement sous l’action de la ligature. D’ailleurs, à ces époques , les tuniques du vaisseau sont adhérentes aux parties voisines , et il est impossible de les saisir et de les attirer au dehors : elles partagent la friabilité du tissu cellulaire , et on les diviserait avec les pinces plutôt que de les faire saillir au delà de la plaie. Il faut donc se conduire autrement que dans le cas précédent.

Si l’hémorragie est fournie par l’artère principale d’un membre, la ligature, quoique plus difficile à pratiquer, est cependant le moyen le plus efficace. On pourrait alors recourir à la ligature médiate , à l’aide de l’aiguille; mais elle présente de trop graves inconvéniens pour que l’on ne doive pas préférer de découvrir le vaisseau à quatre ou six pouces au moins au-dessus de la plaie, afin d’en pratiquer la ligature immédiate sur les parties saines. C’est ainsi qu’a agi

plusieurs fois M. Dupuytren, à la suite d’amputations et de ligatures pratiquées sur de grosses artères. Dans un cas d’hémorragie survenue après la chute de la ligature au quinzième jour d’une amputation de la cuisse, M. le docteur Sanson, étant seul près d’un malade, cerna avec la pointe d’un bistouri droit les parties qui environnaient l’artère , l’isola, et porta sur elle à un demi-pouce derrière la surface enflammée , et sur les parties saines, une ligature qui réussit à arrêter l’effusion du sang qui provenait de l’artère fémorale. Mais ce procédé qu’il n’a employé qu’à raison de l’impossibilité où il était d’agir autrement , est bien moins sûr que eelui qui consiste à découvrir et lier l’artère au-dessus de la plaie.

C’est parce quon porte les ligatures destinées à arrêter les hémorragies consécutives sur les tissus enflammés qu’elles sont inefficaces : elles divisent rapidement ces tissus, ainsi que les parois de l’àrtère; et le sang reparaît jusqu’à ce que , mieux instruit et plus prudent, le chirurgien découvre une portion saine du vaisseau et la lie. On ne saurait trop insister sur ce précepte.

Si le vaisseau était trop profond et trop peu volumineux , il faudrait recourir à la cautérisation , qui doit être préférée à la compression directe et même à la compression latérale.

Enfin quand on a, immédiatement après l’opération, cautérise ou tamponné les parties , ces moyens , s’ils étaient alors indiqués, le sont encore; on doit en renouveller 1 application en prenant toutes les précautions qui peuvent les rendre plus efficaces.

PROLEGOMENES.

Quand Les hémorragies capillaires ne sont pas lés plus faciles

fournir les à arrêter ; elles exigent surtout, afin d’être combattues pmaires.XCa avec efficacité, et sans que les malades soient tourmentés par des manœuvres inutiles ou nuisibles, que l’on en reconnaisse parfaitement la cause; Si elles dépendent dé l’excès de force où de la trop grande irri- . tabiliié du sujet, dés saignées, dès sangsues appliquées sur les parties éloignées afin d’y provoquer une fluxion dérivative ,. des applications émollientes locales , des boissons délayantes et calmantes , sont les moyens les plus convenables. L’opium doit alors être proscrit, parce qu’il semble rendre la circulation capillaire plus active ef augmenter l’abondance de l’exhalation sanguine. Les moyens les plus propres à calmer le malade devront être mis en usage, quand 1 accident dont il s’agit dépend de son agitation.

Si, après avoir levé l’appareil, le. sang cessé dè couler, il. faut laisser la plaie parfaitement libre, la recouvrir' d’un simple linge , et attendre qùê , par l’emploi de la saignée ét des adoucissans , la stimulation soit dissipée.

Mais dans les cas où ces hémorragies dépendent de l’organisation particulière du sujet ou dé là texture propre à la partie sur laquelle on a opéré, ces moyens ne réussissent pas, il faut , Sans hésiter , caütérisét toute la surface de la plaie. Ce procédé est le seul qui puisse arrêter actuellement l’hémorragie , et s’opposer , én changeant la vitalité des vaisseaux capillaires , à son renouvellement. La ligature est impraticable quand le sang s’écoule ën nappe et par dès milliers de porosités à peine apercevables. La compression serait Un moyen

funeste : car, sans arrêter l’écoulement du liquide, elle irriterait la surface de la plaie , solliciterait l’afflux d’une plus grande quantité de sang, et deviendrait ainsi une cause auxiliaire très-puissante de l’ accident qu on la destinait à combattre. Il n’est peut-être pas un seul cas d’hémorragie par exhalation où il soit possible d y recourir sans danger.

Les moyens, soit extérieurs soit intérieurs, propres à modérer le cours du sang dans la partie malade , et surtout l’application du compresseur de M.Dupuytren , devront être continués avec encore plus de perse ver rance qu’auparavant , après qu’il se sera manifesté des hémorragies eonséeirtives.

Celles-ci effrayent toujours les malades, et cette impression est presqué aussi défavorable que la perte du sang : il faut donc que le chirurgien y remédie sans donner aucun signe d’agitation , et sans que le malade puisse rien découvrir en lui qui décèle le trouble et l’anxiété.

Avec quelque attention qu’une opération ait été faite, et avec quelque soin qu’aient été employés les moyens propres à prévenir une hémorragie, cet accident peut survenir. Il faut donc à la suite de l’opération la plus légère, comme à la suite de l’opération la plus grave, que le chirurgien ou bien un aide trèsintelligent restent auprès du malade , et qu’ils soient pourvus de ligatures , de charpie , d’agaric, de poudres styptiques ou absorbantes , de cautères , etc., afin que si le sang paraissait , ils aient à leur disposition tout ce qui convient pour en arrêter l’écoulement; mais il faut bien qu ils se gardent de confondre avec une véritable

Le chirurgieu doit rester auprès du malade.

hémorragie le suintement d’un sang pâle qui succède toujours aux opérations, et qui souvent pénètre tout l’appareil pour s’arrêter ensuite spontanément. Cette exhalation est un phénomène salutaire qu’il faut respecter ; elle dégorge les tissus , les dispose à n’éprouver qu’une inflammation modérée. .

A quoi L’hémorragie consécutive se distingue du suinteks hlmorra- ment sanguinolent en ce que, quand elle se manifeste, IvesXs^n- l’appareil est coloré par un sang très-rouge, et qu’en g^dnoient aU” Passant Ie doigt sur les pièces extérieures , on en rapporte une certaine quantité , tandis que dans le suintement, les bandes et les compresses sont recouvertes d’une tache plus pâle , terminée à sa circonférence par ' un cercle blanchâtre , formé par la sérosité qui se sé¬

pare de la matière colorante. La marche de l’un est plus rapide que celle de l’autre; et âlors même que l’on aurait conçu des craintes sur la nature de l’écoulement , si le sang se décompose sur l’appareil , on peut être presque assuré que l’accident que l’on redoute n’aura pas lieu. Les chirurgiens exercés distinguent presque toujours , à l’aide de ce signe , les deux phénomènes dont nous parlons , et qu’il est si facile de confondre.

iai

Page 1