CAUTÉRISATION
Ce que c’est La cautérisation est une opération par laquelle on ^risation. ^ détruit, à l’aide du feu ou des agens chimiques , l’organisation et la vie dans les parties. ,
Ses effets îm- Elle a pour effets immédiats une douleur plus ou moins vive , et la formation d’une eschare sèche ou humide qui est produite par les tissus désorganisés, combinés ou non à la matière cautérisante. Ses résul- Consécutifs. tats éloignés sont une fluxion , et bientôt après une inflammation éliminatoire, pour nous servir d’une expression de M. Dupuytren, suivie d’une perte de substance et d’une suppuration plus ou moins abondantes. Chacun de ces effets de la. cautérisation varie d’iriten-
site suivant le moyen qui a servi à l’opérer, et suivant le temps pendant lequel on en a prolongé l'application.
Les corps qui déterminent la désorganisation rapide Les agens des parties forment deux grandes classes. La première soutdésciTusepmprend eeux que l’on a appelés cautères potentiels j tlïuesojn simplement çciÿ$jLique$.; détruisent la texture des organes, en se combinant ayec leurs élémêns chimiques, et en formant de nouveaux composés incapables de vivre, et qui se présentent sous la forme d’eschares. Les cautères actuels constituent la seconde Et les corps niasse. Ils agissent sur les tissus à raison de la grande de calorique, -quantité de calorique dont ils sont chargés et qu’ils dégagent avec rapidité. Les eschares qui résultent de leur action ne contiennent aueuns principes étrangers; elles sont sèches, solides et formées parles élémens organiques de la, partie , privés de sués , et plus ou moins complètement carbonisés,
d&ius ne distinguons pas ici les eathérétiques des Les cathérévéritables caustiques, parce que la ligne qui sépare ces ne sont que deux ordres de moyens n’est nullement tranchée , et caustiques, que les derniers .ne diffèrent des autres que par leur action plus intense et plus profonde : les mêmes substances entrent dans la composition de chacun d’eux ; ils agissent de la même manière sur les tissus vivans , et les mêmes considérations leur sont applicables.
Les caustiques sont employés sous forme solide, li- Ceux-ci sont quide, molle, ou pulvérulente. Ceux qui existen taux souf'^ïudeux premiers états sont le plus employés ; il est rare sieursforme® que l’on se serve des caustiques en poudre : presque toujours on les incorpore à quelques liquides ou à
es
mou.
iis sont so- Les caustiques solides les plus usités sont la potasse üdes. et la soude concrètes ; le deutochlorure d’antimoine
solide, le nitrate d’argent; les tro'chisques, fort employés autrefois , et que l’on compose avec des pâtes desséchées qui contiennent du deutochlorure ou de l’oxyde rouge de mercure, de l’oxyde blanc d’arsenic, quelques préparations de plomb , telles que son oxyde rouge ( minium ) etc. Nous ne parlerons pas des sulfates de fer, de cuivre, de zinc, et autres préparations du même genre , connues sous le nom de vitriols , et dont on a fait un grand usage, mais qui sont actuellement abandonnées.
Liquides. Les acides hydrocblorique , sulfurique , nitrique et nitreux; les dissolutions concentrées de potasse, de soude, de nitrate d’argent, l’ammoniaque liquide^ le nitrate de mercure , le deutochlorure liquide d’antimoine, le collyre de Lanfranc, dont le sulfure jaune d’arsenic et l’oxyde vert de cuivre forment la base ; l’eau phagédénique et quelques autres liqueurs dans lesquelles entraient le deutoehlorure de mercure ; les oxydes de cuivre, etc. , et qui ne sont presque plus employées aujourd’hui, tels sont les plus remarquables parmi les caustiques liquides.
MoBS‘ Combinés avec les corps gras , le miel , ou même. l’eau ,
les caustiques solides réduits en poudre , ou ceux qui avaient d’abord cette dernière forme , constituent des caustiques à l’état mou ; il en est de même de la combinaison de l’ammoniaque liquide avec l’huile ou les graisses. Les préparations les plus remarquables qui se
quelqu
corps gras , afin de les appliquer à l’état
PROLÉGOMÈNES. 3a5
rattachent à cet ordre sont : l’onguent égyptiac, composition barbare proscrite avec raison depuis longtemps ; l’onguent-beurre , dont l’usage a été beaucoup restreint; la pâte arsénicale, formée avec la poudre de Rousselot et l’eau ; enfin la pommade de Gondret , dans laquelle on unit l’ammoniaque à la graisse.
Les caustiques solides réduits en poudre , le sulfate Pulvérulens. d’alumine calciné, l’oxyde rouge de mercure , les cendres légèrement alcalines de certains végétaux, les poudres d’iris, de sabine , etc. , sont les plus remarquables des caustiques ou des cathérétiques pulvérulens. Mais parmi eux est une composition qui méritespécialement de fixer l’attention, c’est la poudre dite de Rousselot , dont nous donnerons ailleurs la composition.
On se sert des caustiques solides , et surtout de AppiicMicm la potasse, pour établir les cautères ou fonticules. ques solides; Appliquée à la peau, cette substance se liquéfie Ducautere* promptement, s’étend en largeur, et porterait au loin son action si l’on n’y mettait obstacle. Il faut donc appliquer d’abord sur la partie un emplâtre de diachylum percé à son centre d’une ouverture moitié moins grande que celle que doit avoir l’eschare. Au milieude cette ouverture doit être placé un morceau de la substance cautérisante , assez considérable pour opérer la désorganisation que l’on veut produire, mais pas assez pour qu’il reste du caustique surabondant qui pourrait s’étendre sur les parties. Si la potasse était très-sèche, et que l’on craignît que la transpiration cutanée ne suffît pas pour la ramollir, ainsi que cela a lieu quelquefois chez les vieillards et chez les su- -
Phénomènes
Quelques praticiens se servent du
jets dont la pëau est très-sèche , il faudrait l’humecter avec une petite goutte d’eau. Le caustique et l’emplâtre qui l’environne devront être couverts par un autre emplâtre plus grand qui les maintienne dans leur situation. Une compresse circulaire et quelques tours de bande suffiront pour affermir cet appareil.
La potasse, ainsi que les autres alcalis caustiques, semblent s’attaquer principalement aux élémens graisseux de nos parties, et former avec eux un véritable savon.
Une chaleur vive, brûlante, qui acquiert à chaque instant plus d’intensité, et qui chez quelques sujets détermine une extrême agitation, de la fièvre, et devient insupportable , est le premier effet que produisent ces substances. Après six ou sept heures, leur action est entièrement épuisée ; l’eschare est complètement formée, et l’on péut lever l’appareil. L’eschare a le double en largeur de la partie de peau laiàsée à découvert par l’emplâtre fenêtre ; elle est d’un jaune foncée ou brunâtre ; les parties voisines sont rouges, gonflées, douloureuses. Ce gonflement persiste pendant quelques jours; il se forme ensuite un cercle inflammatoire autour de la portion désorganisée que la suppuration détache de la eirconfé-. rence au centre. Ce travail éliminatoire est plus ou moins long à s’opérer suivant l’énergie vitale du sujet ; il est ordinairement terminé du huitième au vingtième jour, et la plaie qui en résulte est facilement entretenue.
Quelques praticiens préfèrent au caustique l’instrument tranchant pour établir les cautères : ils font un
pli à la peau, divisent le derme, placent au centre de bistouripour la plaie une boulette de charpie qui en tient les bords le 'cautère, écartés, et quand la suppuration est établie ils lui substituent un pois. Blais il est facile de voir que la douleur, l’irritation et la phlogose plus violentes que détermine la potasse aidant à l’effet révulsif du cautère, et favorisant l’établissement d’une abondante suppuration, il faut la préférer, dans presque tous les cas, au bistouri, dont l’action est plus prompte, plus simple et moins douloureuse.
Après avoir levé les emplâtres et lavé la partie , afin Pansement de la débarrasser de la portion surabondante du caus- de la p aie* tique, il faut recouvrir l’eschare et les parties voisines d’un cataplasme émollient, si l’irritation , la rougeur et le gonflement sont considérables; ce moyen sera continué jusqu’à la chute des aceidens. Dans le cas contraire , on placera sur la portion désorganisée un plumasseau enduit d’un corps gras, et l’on renouvellera ce pansement jusqu’à la chute de l’eschare. On placera alors dans la plaie un, pois ordinaire ou une boule d’iris de Florence , que l’on recouvrira ou avec une feuille de lierre, oü avec un linge enduit de cérat , et l’on continuera le même pansement tant que devra durer le fonticulé. Si la suppuration du cautère languissait, il faudrait en exciter la surface avec de la pommade de garou ou quelque autre onguent excitant dont on recouvrirait le pois. Il se forme quelquefois sur l’un dés points de la circonférence du fonticulé , des végétations qu’il convient de réprimer OU avec le nitrate d’argent ou avec le sulfate d’alumine calciné, et qui doivent être emportées avec les ciseaux courbes sur
Lieux où l’on applique le cautère.
le plat, dans le cas où ces caustiques seraient insuffisans.
Les cautères peuvent être appliqués sur presque toutes les parties du corps. On préfère cependant celles qui sont abondamment pourvues de tissu cellulaire, éloignées des saillies osseuses, des tendons et du centre des muscles, afin que la pression qu’exerce le pois ne soit pas douloureuse , et que la suppuration soit plus abondante. On choisit ordinairement au bras le léger enfoncement qui existe entre l’attache inférieure du deltoïde et l’insertion supérieure du brachial antérieur. Il doit être également éloigné de chacun de ces muscles, ainsi que du biceps qui est en avant et du triceps brachial, qui est en arrière. A la cuisse, on le place presque toujours à quelques travers de doigts au-dessus du condyle interne dxi fémur, sur la ligne celluleuse qu est bornée en avant par la portion interne du crural, et en arrière par les muscles troisième adducteur et biceps. Le lieu d’élection pour la jambe est l’espace compris entre le bord interne du tibia et le bord correspondant du muscle jumeau , au-dessous de l’expansion tendineuse que forment les muscles couturier, grêle interne , etc. Il est plus rare qu’on l’applique au tronc ; on l’a cependant placé quelquefois avec avantage, dans les cas de céphalalgie ,, d’ophtalmie , d’otite rebelles, à la nuque, au centre de l’écartement que laissent à leur partie supérieure les muscles splenius , complexus, etc. Quelques praticiens, au lieu de l’établir au bras, dans les cas de pleurésie ou de pneumonie chroniques, l’ont appliqué sur le côté malade , dans l’un des espaces intercostaux , et cette innovation a été
prolégomènes- Mg
suivie de succès. On a obtenu les mêmes résultats de son application sur l’hypocondre droit, dans les cas de maladie du foie. Pott le plaçait sur les côtés des apophyses épineuses déviées dans les cas de rachialgie, et cette pratique a été imitée contre les affections chroniques des articulations de la hanche' et de l’épaule; le cautère a été alors appliqué avec succès derrière le grand trochanter ou au-devant de la tête de l’humérus.
L’application de la potasse, telle que nous venons de la décrire, a Mté proposée pour l’ouverture des abcès froids et des abcès par congestion ; les chirurgiens anglais l’ont souvent employée pour évacuer le liquide accumulé dans la tunique vaginale , et dans l’intention de guérir radicalement la maladie. Cette méthode, recommandée par Gui de Ghauliac, conservée â l’hôpital Saint-Thomas , à Londres, a été surtout vantée par Else , chirurgien en chef de cet établissement. Ce moyen convient dans les abcès froids , parce qu’il provoque dans les parois du foyer une excitation salutaire qui favorise leur mutuelle adhésion. Il est moins approprié à la guérison des abcès par congestion , parce qu’à la chute de l’eschare, l’air pénètre dans le foyer et y détermine de graves aCciden s. On préfère enfin linjection irritante au caustique dans les cas d’hydrocèle, parce que ses résultats sont plus assurés, et la guérison plus rapide.
Quoi qu’il en soit, lorsque le caustique a été appliqué pour donner issue à quelque liquide purulent ou , autre, il faut panser l’eschare comme nous l’avons précédemment indiqué, et attendre qu’en se détachant elle livre insensiblement passage à la ma¬
tes caustiques solides
employés pour ouvrir •les abcès.
tière étrangère. Cette conduite est toujours préférable à celle que l’on emploie ordinairement, et qui consiste à fendre l’eschare lors dé la levée du premier appareil. En adoptant cette dernière pratique, on se prive du plus grand avantage que procure l’application du caustique, Celui de vider insensiblement le foyer sans que l’air pénètre dans sa cavité , et à mesure que les parties reviennent sur elles-mêmes par le développement de leurs vaisseaux.
^Application On n’applique pas toujours la potasse caustique sur
sur les ulcères les tégumens et de la . manière que nous avons indi-
çancéreux, > . , . .
quee.Oans les cas ou les parties a cautériser sont situées à de grandes profondeurs, et où il serait imprudent ou impossible de laisser le caustique long-temps en contact avec elles , on doit se borner à des applications momentanées, et que l’on réitère assêz ^souvent pour détruire les excroissances fônguéuses, malgré la force de végétation qui les développe. Tel est le cas de dégénération cancéreuse du col de l’utérus. M. Dupuytrén a fait fondre, pour ces cas particuliers, des trochisques de potasse très-pure , longs de six à huit centimètres, ayant trente millimètres de diamètre à leur base, et allant de là en se rétrécissant jusqu’au sommet qui est épais et mousse. Ces trochisques sont fixés sur un long -porte-crayon et présentent leur base, si la! surface à cautériser est large et unie; et leur sommet, au contraire , si les parties sont creusées en cône rentrant dans lequel on puisse enfoncer le caustique.
A l’instant de l’application , un afflux de liquide et même de sang a lieu ; la potasse est délayée, çt bientôt, se forme sur la surface de l’ulcère une eschare molle ,
PROLÉGOMÈNES. 33l
humide, iîoiîâtre, peu épaisse, qui se détaehe du sixième au dixième jour , et tombe en lambeaux à chaque pansement.
Ce caustique est très-puissant ; il produit moins de douleurs que les acides minéraux et le nitrate de mercure; et bien qu’il se répande un peu sur les parties voisines, il le fait beaucoup moins que les caustiques habituellement liquides.
Il est excessivement rare que l’on applique le deutochlorure d’antimoine à l’état solide ; on lui préfère presque toujours cette substance lorsqu’elle est liquide. Si cependant on voulait en faire usage , il faudrait le fixer sur un porte-pierre et le promener sur les parties à cautériser jusqu’à ce qu’il ait produit l’action que l’on attend. Il ne peut servir que pour cautériser et renouveler là surface des vieux ulcères.
Le nitrâte d’argent fondu est ordinairement employé sous forme d’un cylindre a-llongé , que l’on fixe sur un porté-erayon d’argent , et qui est reçu dans un étui qui fait partie de l’appareil portatif d’instrumens que le Chirurgien doit toujours avoir avec lui. Cette substance est presque exclusivement employée pour réprimer la végétation trop active des bourgeons celluleux et vasculaires qui recouvrent les plaies et les ulcères. On en fait aussi usage lorsque la surface dés plaies est molle , blafarde, exubérante ; elle remplit dans ce cas le double objet de réduire en eschare les chairs surabondantes , et d’exciter les vaisseaux sous-jacens , ce qui les dispose à la cicatrisation.
Il faut, avant de s’en servir, absterger le pus,- le sang ou les autres liquides qui recouvrent la plaie, et
Du deutochlorure d’antimoine
Du nitrate d’argent.
promener le caustique tantôt légèrement , tantôt avec plus de force ^suivant le degré d’action que l’on veut obtenir, sur toute la surface de la plaie ou seulement sur les parties les plus saillantes/ Cette application est à peine sentie dans la plupart des cas ; elle est d’autres fois la cause de douleurs très-vives. Une eschare blanchâtre, légère, et qui se détache d’un pansement à l’autre , recouvre à l’instant toutes les parties qui ont été touchées. Il faut avoir le soin d’essuyer le cylindre aussitôt qu’il est recouvert d’humidité , afin d’en renouveler la surface, et ce n’est qu’ après avoir eu cette attention qu’il convient de le serrer. Si on négligeait de le bien dessécher, sa surface se recouvrirait d’une. sorter d’effleurescence que l’on ne peut enlever qu’en grattant.
Des trochi- On se sert aussi du nitrate d’argent pour produire ..
à l’ouverture très-étroite dq certaines fistules;, une eschare qui contienne lé liquide , et sous lequel la eica-, trice puisse s’opérer. C’est ainsi qu’on en agit dans les cas de fistule salivaire , lacrymale , etc. On l’appliqua avec succès sur les ulcères de la cornée ; il sert à arrêter le sang que fournissent les piqûres de sangsues , etc.
Les anciens , qui n’avaient que des idées erronées sur l’origine et le mécanisme des fistules , en remplis- , saient fréquemment le trajet avec les trochisques que nous avons indiqués, et dans l’intention de détruire les callosités qui suivant eux, s’opposaient à la cicatrice. Mais d’autres méthodes , plus rationelles et plus efficaces , ont succédé à celle - là. On a souvent employé
\ aussi les trochisques pour faire tomber en gangrène et
par portions, les masses squirreuses que l’on n’osait at-
taquer par le fer. Le chirurgien enfonçait ces cylindres dans la tumeur et circonscrivait, avec plusieurs d’entre eux, la partie qu’il voulait retrancher ;,et lorsqu’elle était tombée, il pgussait plus loin son opération. Mais ce procédé est encore heureusement remplacé , dans la plupart des cas, par l’instrument tranchant; et la chirurgie de nos jours, plus hardie et moins cruelle que celle des anciens, a presque entièrement banni les trochisques de la pratique.
Les caustiques liquides sont préférés aux précédens lorsqué la surface à cautériser est profonde et présente des inégalités, dont aucune ne doit échapper à la désorganisation. Telles sont les plaies faites par la vipère,, par les animaux enragés, etc. On les emploie aussi dans les cas où des filets nerveux étant imparfaitement divisés , des douleurs atroces et des convulsions sont la:suite de l’irritation qui en résulte. Ils servent enfin à détruire certaines végétations, à renouveler la surface de certains ulcères, etcl ; mais alors ils sont moins convenables que les caustiques solides, parce qu’il est difficile de borner, de diriger leur action , et quils se répandent presque toujours au delà des parties à cautériser.
Lorsqu’on fait usage des caustiques liquides , il faut se servir d’un pinceau de charpie ou de linge fin, monté sur un morcèau de bois assez long et à l’aide duquel il est facile de porter la substance désorganisante sur les parties. Les humidités qui recouvrent celles-ci devront être préalablement enlevées , afin quelles n’affaiblissent pas le médicament.
Il est presque indifférent de se servir de l’un ou de
Applications des caustiques liquides.
l’autre des caustiques liquides ; tous présentent les mêmes inconvéniens et les mêmes avantages.
Des acides Cependant les acides minéraux tiennent parmi eux minéraux. place très-distingués, et méritant souvent la pré¬
férence. Ils semblent attaquer plus particulièrement les élémens solides du corps et les carboniser. L’ eschare qui résulte de leur action .est sèche ; jaunâtre, si l’on s’est servi des acides nitriques ou nitreux ; noire , si l’on a fait usage de l’acide sulfurique. Leur action s?ér ' tend à une petite profondeur , et il est assez facile de la graduer suivant le besoin.
Des disso- Il n’en est pas de même des dissolutions alcalines , centrées elles agissent quelque temps encore après leur appliefdT 'soude, cation ; de sorte qu’à l’instant de celle-ci on ne sait jamais avec certitude à quelle profondeur s’étend la désorganisation que l’on a provoquée. Beaucoup de praticiens emploient -ces dissolutions caustiques dans les cas de blessures envenimées ou avec lésion impar*faite des nerfs. Mais il faut leur préférer, dans le pre* mier cas, le deutoehlorure liquide- dantimoinei et dans l’autre l’instrument tranchant.
De dento- La combinaison liquide du chlore et de l’antimoine d’antimoine portée, à l’aide d’un pinceau, sur un ulcère ou dans liquide. |os sinuosite's dfone plaie , détermine une douleur trèsviolente qui se prolonge pendant-cinq à six heures , et une eschare sèche, rapidement formée, et dont il est plus facile de limiter l’étendue que quand on é’est servi des dissolutions -alcalines. Ce moyen est celui que l’on emploie le plus généralement , et il réussit fort bien. Il est préférable aux caustiques, solides qui pourraient ne pas agir dans toutes les sinuosités des plaies ; mais
il n’est pas permis de douter que dans beaucoup de circonstances le cautère actuel ne lui soit supérieur, tant a raison de la rapidité de son action que de la facilité avec laquelle on s'en rend maître.
C’est presque toujours avec le deutochlorure d’antimoine liquide que l’on cautérise la base des végétations épidermoïdes , tels que les verrues , les porreaux, les cors, etc., dont on a préalablement excisé le sommet. Tous les autres caustiques liquides pourraient cependant le remplacer. On a proposé aussi de s’en servir pour aviver les bords cicatrisés du bec-delièvre ; mais il est plus convenable alors de se servir du bistouri ou des ciseaux.
Le nitrate de mercure a, comme le caustique précédent, la propriété d’exciter de vives douleurs et de provoquer la formation d’une eschare sèche et solide. Mais il a de plus Une qualité précieuse, c’est celle de disposer lés parties sous-jacentes à celles qui ont été cautérisées à une prompte cicatrice. Quelques praticiens, qui ont souvent employé ce moyen , pensent qu’il est susceptible de déterminer la cicatrisation des ulcères cancéreux du col de l’utérus sur la masse squirrheuse qui leur servait de base.
Enfin le collyre de Lanfranç, l’eau phagédénique et les autres préparations de ce genre, ne sont que des cathërétiques assez faibles , et que l’on n’emploie que contre les ulcères superficiels des gencives , des autres parties de la bouche , de la partie interne du prépuce, etc. L’application de ces .moyens est si simple qu’il suffit de l’indiquer pour que l’on conçoive comment elle doit être faite.
Du nitrate de mercure.
Du collyre de Lanfranç et de Veau phagédénique.
1 33 6 ÏROLEGOMÈSES. ^
Usage Après les caustiques solides et liquides , les plus im-
des caustiques • i • î r n
à l’état mou. portans sont ceux que 1 on emploie sous la rorme molle.
Toutefois , l’usage des onguens caustiques , tels que l’onguent égyptiac, est tombé dans un discrédit mérité. On préfère avec raison cautériser d’abord les parties et les panser ensuite , à les recouvrir d’une substance dont il est impossible de diriger et de modérer l’action. On se servait d’ailleurs de cet onguent comme des autres préparations du même genre, c’est-à-dire qu’on les étendait sur des plumasseaux et qu’on en Application r ecouvrait les plaies. Les seuls caustiques mous que la
pommade chirurgie emploie aujourd’hui sont la pommade ammo> ammoniacale. . . . . , . . *
macale et la pâte arsenicale.
C’est à M. Gondret que l’on doit , sinon l’invention , du moins l’art d’appliquer méthodiquement la première. Ce médecin l’a substituée avec avantage dans beaucoup de cas aux vésicatoires , à là potasse, et même au feu. Cette pommade est composée de parties égales , en poids , . d’ammoniaque concentrée et d’axonge ou de suif, parfaitement mêlés et conservés , pour l’usage, dans des flacons hèrmétiquement fermés.
On étend ce composé sur un linge, auquel on donne ■ - la forme et la grandeur de la partie de peau que l’on veut irriter, et l’on en met une couche plus ou moins épaisse suivant le degré d’intensité d’action qu’il s’agit de produire, On applique cet emplâtre; quelques minutés suffisent pour rougir la peau ; bientôt après dès phliçtènes y apparaissent ; un peu plus tard , l’épiderme et la surface du derme sont détruits ; enfin dix minutes ou un quart d’heure après l’application , une eschare plus ou moins profonde est formée. Elle res-
semble à toutes les eschares produites par les alcalis, c’est-à-dire quelle constitue un véritable savon. Le même moyen est donc successivement rubéfiant , vésicant et caustique, et l’on peut facilement obtenir avec lui, en peu d’instans, ces différens effets.
M. Gondret a substitué l’application de sa pommade à celle du feu, dans presque tous les eas où l’on employait celui-ci comme révulsif. C’est ainsi qu’il opère avec elle la cautérisation syneipitale , dans les cas d’épilepsie ; qu’il remplace le moxa dans ceux de rachialgie , de coxalgie , etc.
Toutefois, les praticiens ont observé qu’il est difficile d’obtenir une pommade assez chargée d’ammoniaque ou assez bien préparée pour obtenir facilement la formation d’une eschare. Cette pommade, d’ailleurs , perd insensiblement son activité , soit parce que l’alcali volatil se dégage peu à peu entre le col du vase et son obturateur, soit parce qu’il s’en échappe une assez grande quantité chaque fois qu’on le débouche. Plusieurs médecins ont donc imaginé d’appliquer d’abord sur la peau un emplâtre enduit de cérat , et percé à son centre d’une ouverture aussi grande que la portion de tégumens que l’on veut frapper de mort ou simplement exciter. On verse alors dans une soucoupe une certaine quantité d’ammoniaque caustique ; on y trempe une compresse pliée en plusieurs doubles, que l’on exprime médiocrement , et que l’on place sur l’ouverture de l’emplâtre appliqué à la peau , et dont elle ne doit pas dépasser les bords. On est sûr de cette manière d’obtenir tous des résultats que l’on désire; et suivant qu’on lève la compresse trois, six, douze ou
quinze minutes après son application, on trouve la peau rougie, couverte de vésicules ou cautérisée. Il faut pansër ensuite les parties comme nous avons dit que doivent l’être les irritations , les vésications ou les cautérisations de la peau.
Une douleur brûlante accompagne l’action de cette pommade, qui doit être considérée, sous ce rapport, comme un puissant révulsif, et que l’on doit généralement préférer à l’eau bouillante , toutes les fois que l’on se propose d’appliquer un vésicatoire énergique et dont l’effet soit rapide, chez les sujets affectés de maladies adynamiques.
De la pâte Une composition plus utile et plus connue que la précédente, c’est la pâte arsénicale. On la prépare avec la poudre dite de Rousselôt, composée de 0,70 d’oxyde sulfuré rouge de mercure, de 0,22 de sang-dragon, et de 0,08 d’oxyde blanc d’arsenic, que l’on délaie avec de la salive ou avec de l’eau, jusqu’au point d’en.former une pâte molle et susceptible de s’étendre facilement.
On n’avait eu jusqu’à un temps très-voisin de nous, que des notions imparfaites sur les cas dans lesquels cette préparation jouit d’une efficacité presque constante ; et parce qu’on la prodiguait sans discernement y on observa des accidens graves à la suite de son application, et l’on avait fini par la proscrire. On doit à M. Sabatier de l’avoir remise en honneur , et à MM. Dubois et Dupuytren , d’en avoir étendu la pratique , et d’avoir déterminé les affections contre lesquelles il convient d’y avoir recours. On peut l’employer dans trois circonstances principales : i° contre les ulcères cancéreux de la peau qui reposent sur une base assez peu épaisse pour qu’en une , deux ou trois appliea-
t>HOl/ÈG O MÈNES.
lions au plus on puisse la détruire entièrement ; a° dans le cas d’ulcère stationnaire des tégumens. On rencontre souvent des ulcérations de cette espèce à la suite des affections vénériennes ; leur surface est grisâtre, presque insensible, rien ne pëut l’exciter, et il faut absolument la renouveler. On peut choisir alors entre l’instrument tranchant et la pâte arsénicale , mais celle-ci mérite le plus souvent la préférence ; 3° enfin, pour arrêter les progrès de certains ulcères phagédéniquës dartreux ou autres.
Le procédé à suivre pour son application est fort simple. Il consiste , après avoir rafraîchi" à l’aide du bistouri , ou simplement abstergé la plaie , à eh recouvrir la surface d’une couche de deux à trois millimètres d’épaisseur. On doit avoir soin de n’aller que peu, au delà des bords de l’ulcération. On recouvre ensuite la substance cautérisante avec une toile d’araignée ; quelquefois aussi on place sur elle de la charpie , des compresses; et quelques tours de bande ou un bandage approprié affermissent l’appareil.
Les effets de ce caustique sont variables ; et tandis que chez la plupart des sujets une irritation très- vive, accompagnée d’une sensation pénible et presque insupportable de brûlure, suit presque immédiatement application , il en est d’autres qui ressentent à peine quelques fourmillemens. Quoi qu’il en soit, la désorganisation est opérée en quelques jours; l’eschare se détache du dixième au vingtième ou au trentième jour, et la surface cautérisée se présente alors ou cicatrisée ou rouge, solide, grenue, et ayant une tendance extraordinaire à se cicatriser. Si elle avait d’autres caractères, et que l’on crût le mal imparfaitement détruit,
il faudrait procéder immédiatement à une secondé application. La plaie qui en résulte doit être pansée avec de la charpie sèche , jusqu’à la guérison parfaite. Il arrive assez souvent, et surtout à la suite de l’application de la pâte arsénicale sur le nez, qu’au lieu d’une eschare molle , le caustique , la toile d’araignée dont il est recouvert, les parties molles détruites , et les sucs qui s’échappent de la plaie forment, en se combinant ensemble et en se desséchant , une véritable croûte qui ne se détache que du vingt-cinquième au quarantième jour, et à la chute de laquelle on trouve l’ulcère parfaitement guéri.
Il est remarquable que la cicatrice qui succède à l’action de ce caustique est épaisse, blanche, lisse , solide, ot bien moins difforme que celles qui succèdent aux plaies faites par instrument tranchant.
L’emploi de la pâte arsénicale n’est pas toutefois sans danger. On l’a vu produire des aceidens mortels chez les sujets affaiblis, affectés de fièvre hectique et dont l’absorption est très-active. Ces aceidens étaient produits par l’inhalation de l’oxyde d’arsenic ; il faut donc , afin de les prévenir, lorsqu’on agit sur des malades. qui sont dans ce cas , diminuer la proportion de la substance cautérisante et la rendre aussi faible qu’il est possible quelle' le soit, sans cesser de provoquer la désorganisation des. parties sur lesquelles; on l’applique , ce qui n’est pas toujours facile. Mais la pâte arsénicale. présente cet avantage qui la fera toujours préférer aux autres, caustiques , c’est qu’une seule application suffit ordinairement pour guérir la maladie. j tandis qu’on est obligé de réitérer pendant plusieurs semaines, ou même pendant plusieurs mois , l’applii-
PROLÉGOMÈNES. , 34l
cation du nitrate de mercure ou des acides minéraux , ■et que souvent encore, on n’obtient aucun succès de -l’usage de ces moyens.
On employait beaucoup autrefois les caustiques en poudre ; on prodiguait le sulfate d’alumine calciné, la poudre de Sabine, etc. On accorde aujourd’hui la préférence au nitrate d’argent fondu lorsqu’on veut réprimer les chairs dès plaies ; et au lieu de saupoudrer les excroissances vénériennes avec ces substances, on les excise à l’aide des ciseaux ou du bistouri, et l’on cautérise leur base avec les acides minéraux ou avec le deutochlomre d’antimoine. Si cependant on voulait se servir du caustique à l’état pulvérulent, il faudrait , quel que soit celui dont on ait fait choix, en saupoudrer la surface, de manière à la recouvrir entièrement sans en dépasser les limites.
La chirurgie préfère souvent aux caustiques l’emploi du feu , qui agit plus vivement , plus rapidement sur les tissus doués de la vie, et qui peut-être leur communique une stimulation particulière et très -utile dans un grand nombre de circonstances. les corps dont on se sert pour la cautérisation à l’aide du feti sont de deux espèces ; ou ils sont pénétrés par le calorique , ou ils sont actuellement en ignition et dégagent ce principe à mesure qu’ils se consument. Les premiers sont les cautères proprement dits, l’èau ou l’huile bouillante, etc., et quelques autres corps fortement échauffés; les autres sont les divers genres de moxa, la poudre à canon, etc. •
. Les cautères sont les plus usités de ces moyens. On est généralement d’accord aujourd’hui que les suhs-
Usage des caustiques pulvérulens.
Emploi des corps pénétrés par le calorique.
Des cautères Métaux qui
servent à leur tances employées à les former ne sont que de simples
construction. . . -, . • . j 1
excipiens du calorique, unique source de leur vertu; que les propriétés autrefois accordées à quelques métaux de modifier la nature de la chaleur et sa manière d’agir sur les parties vivantes , sont des propriétés supposées , et que le fer et l’acier sont , à cause de leur grande capacité pour le calorique , de la facilité avec laquelle ils le cèdent , de leur infusibilité et de leur moindre prix, les métaux les plus propres à la confection des cautères. L’acier surtout , que sa densité plus grande et que sa moindre oxydabilité mettent à l’abri des altérations auxquelles la surface du fer est sujette, doit être préféré à tous les autres. À- ces avantages, déjà très-grands par eux-mêmes, le fer et l’âcier en joignent un autre qui n’est pas moins important dans la pratique ; c’est de prendre , en se pénétrant de la matière de la chaleur , des teintes successives et très-distinctes qui indiquent d’une manière précise la mesure ou la quantité de calorique dont ils sont chargés.
Les cautères doivent être composés d’un manche, d’une tige et d’un renflement ou d’une extrémité cautérisants disposée suivant les principes établis par M. Percy.
Du manche. Le manche , fait de buis ou d’ébène, doit avoir dix à à douze centimètres de longueur, assez de volume pour remplir la main , et être taillé à six ou huit faces ce qui permet de l’embrasser, de le fixer et de le retenir solidement.
Celle de ses extrémités qui reçoit la tige doit être formée d une colonne métallique longue de trois à quatre centimètres , fixée au manche à l’aide d’une soie
rivée à l’autre bout : cette colonne doit être creusée elle-même par un canal carré et équilatéral propre à recevoir la tige du cautère ; elle sera percée sur un de ses côtés , à un tiers de sa longueur , d’un trou traversé par une vis de pression à l’aide de laquelle on fixe la tige aussitôt qu’elle a été reçue dans le manche.
Il est facile de voir que de cette manière celui-ci n’est exposé ni à s’échauffer , ou à se brûler , ni à se dessouder comme ceux qu’on employait autrefois, et qui se détachaient dès les premières chaudes.
La tige des cautères , faite en acier et tirée du même De la tige, morceau que l’extrémité cautérisante, doit être arrondie en baguette et avoir environ vingt-cinq centimètres de longueur; sa queue doit figurer un parallélogramme dont les dimensions , semblables à celle du canal creusé dans le manche , lui permettent néanmoins d’y être reçue avec aisance. Son extrémité opposée doit être recourbée, et former, à quelque distance, du renflement destiné à cautériser, un angle de quatre-vingts à quatre-vingt-dix degrés. Cette courbure donne la facilité de porter l’instrument dans toutes les directions, et permet de le diriger plus sûrement avec l’œil que s’il faisait une suite directe avec la tige. Il est cependant un Cautère qui est entièrement droit , c’est le cautère dit en roseau.
Les formes de l’extrémité cautérisante ont été si va- De ' riées, elles ont tant exercé l’industrie des chirurgiens, cautérisante qu’il fut un temps où c’était un titre à la considération générale que d’avoir pu en imaginer une nouvelle. Mais M. Percy a démontré que ces- conformations variées peuvent être réduites à sept principales , qu’on peut
PROLEGOMENES.
encore réduire à six , lesquelles suffisent à presque tous les cas qui en réclament l’emploi.
Cautère L’un des, plus utiles parmi ces instrumens est celui dont l’extrémité cautérisante est formée par un cylindre rectiligne de cinq à six cèntimètrés de longueur sur environ quinze millimètres de diamètre , et qu’on a nommé cautère en roseau , à cause de sa ressemblance avec un roseau en fleurs. On l’emploie avec succès toutes les fois qu’on â besoin de cautériser des trajets droits et longs ou des points d’une médiocre étendue situés à de grandes profondeurs.
Cautère cli- La tige du cautère de la seconde espèce est plus
mince que celle du précédent ; elle est recourbée et supporte un renflement olivaire d’où elle tiré son nom, et qui est plus ou moins considérable. 'Cette forme le rend susceptible d’être introduit dans les parois de certaines cavités, telles que celles des tumeurs enkystées, et d’en cautériser la surface intérieure , en ménageant leur entrée. -
Cautère co- L'extrémité cautérisante de la troisième espèce , ou
n <L e’ cautère conique, a la forme d’un cône tronqué dont l’axe
est de ving-sept millimètres , et dont la basé en a dixsept de diamètre; elle s’unit à sa tige courbée à angle droit, dfe manière à ce que le sommet du cône se présente aux parties à cautériser.
Cet instrument est propre à opérer toutes lés cautérisations , tant superficielles que profondes , dans lesquelles on veut donner beaucoup dê largeur à l’ouverture par laquelle il à pénétré.
Cautère has-. Dans la quatrième espèce , l’extrémité cautérisante a
la forme de la hache qui ornait les faisceaux des licteurs
romains. ' M. Dupuytren le nomme cautère hastile.
Son dos, qui s’unit à la tige, a dix millimètres- d’épaisseur; son tranchant, très-obtus, forme le quart d’un cercle d’environ trente-cinq millimètres de rayon.
Il serait avantageux que la tige en fût courbée à angle droit, au lieu de former un angle obtus, comme on le pratique ordinairement.
Ce cautère est uniquement employé à pratiquer des raies de feu, autrement appelées cautérisation transcurrentè : on pourrait encore le faire servir à détruire la base de certains épulis plusieurs sortes de tumeurs, fongueuses, et certaines exostoses des ôs maxillaires, qui fournissent communément du sang lorsqu’on les • attaqué par le fer seulement.
La cinquième espèce, le cautère nummulaite^ est Cautère
, . . v , uummulaire.
formée par une plaqué ronde ayant trois centimètres de diamètre, sur huit à dix millimètres d’épaisseur. Il est convenable que cette plaque soit légèrement convexe " du côté de sa surface libre.
Ce cautère est très-propre à cautériser les parties découvertes, planes et d’une certaine étendue. La forme de sa platine rend facile son exacte application aux parties qui requièrent sa manière d’agir.
La dernière forme de cautère, le cautère annulaire , Cautère an a une tige droite terminée par une masse globuleuse, na'a re‘ surmontée elle-même par une portion annulaire, assez semblable à une couronne de trépan, et de six millimètres de profondeur. Ce cautère est destiné à pratiquer la cautérisation syncipitale ; il a, pour cette opération , cet avantage sur les autres cautères , de.
désorganiser les tégumens du crâne sans exposer à l’irritation et à l’inflammation des méninges.
Disposition Les cautères ainsi choisis doivent être chauffés à un feu de charbons très-ardent , et sur un réchaud portatif susceptible d’être tenu à peu de distance du malade. Un aide, chargé de veiller sur eux doit se tenir prêt à les présenter à l’opérateur , chauffés au degré requis par la nature du mal ; ces degrés , qu’on mesure d’après les nuances de la couleur que leur donne le feu , varient depuis le gris, qui indique le moindre degré de chaleur ; le rouge obscur et le rouge cerise, qui annoncent une
, plus haute température, jusqu’au blanc, qui en indique
le maximum.
influence En général , les cautères irritent d’autant plus, et
de leur tem- . , . , ' * . : . , ,
pérature détruisent d autant moins les parties, quils sont pene-
SEièred’'a™ir." très d’une moindre quantité de calorique; ils irritent au contraire d’autant moins , et ils détruisent d’autant plus promptement les parties , que leur température est plus élevée. Ainsi, le cautère gris est très-irritant, et cause de très- vives douleurs, tandis que l’action du cautère chauffé à blanc est beaucoup moins sentie.
Le premier né désorganise pas les parties, ou ne les désorganise qu’à la longue; le second détruit leur organisation , et avec elle toutes les propriétés de la vie , à l’instant même du contact. Ces observations doivent servir de guide au chirurgien, et lui apprendre à proportionner les degrés de température des cautères, et à leur donner par conséquent des propriétés qui soient en rapport avec la nature des effets qu’il veut produire.
Est-il nécessaire de dire que les manches des cautères doiventêtre séparés de leur tigelorsqu’on veut faire chauf-
fer celle-ci, et qu’ils ne doivent lui être présentés qu’à l’instant où l’on veut s’en servir 5 que cette tige doit être assuj ettie sur le manche au moyen de la vis de pression; que l’instrument doit être ensuite présenté à l’opérateur de manière à ce que celui-ci puisse le saisir par le manche sans s’exposer à être brûlé ; que l’aide chargé du soin des cautères doit constamment en tenir qui soient prêts à remplacer ceux dont la chaleur s’est épuisée; qu’il doit enfin , après la cautérisation , les éteindre en les plongeant dans de l’eau froide, qui les retrempe en quelque façon, et conserve leurs qualités ?
Les anciens opposaient le feu à presque toutes les ma- L’usage . ladies extérieures qui résistaient à l’emploi des médica- successîvemens et à l’instrument tranchant ; ils en obtenaient de plro*trk.te grands succès : aussi la cautérisation était-elle chez eux en grand honneur. Elle fut conservée par les Arabes, de nos jours, mais elle tomba dans un discrédit complet pendant le moyen âge, lorsque la chirurgie était abandonnée à des mains ignorantes et inhabiles. On accusait de. cruauté ceux qui osaient y recourir. Malgré les travaux dé Marc- Aurèle Séverin , de Raempfer, et de quelques autres chirurgiens attachés aux saines doctrines; malgré la tradition, que consultaient souvent des praticiens généralement instruits, la prévention contre le feu était encore si générale et si grande au milieu du dernier siècle, que Dionis ne montrait les cautères à ses élèves qu’afin, disait-il, de leur faire connaître tous les instrumens, et qu’il espérait bien que jamais ils n’auraient la barbarie d’en faire usage et de torturer ainsi de pauvres malades. L académie royale de chirurgie s’éleva avec force contre ces doctrines erronées; elle provoqua la compo-
ÏROLÉGOWÈNE S.
sition de cet excellent mémoire qui répandit l’usage du feu dans toute l’Europe -, dont les principes furent adoptés par tous les praticiens , dont l’influence , en un mot, fut telle, qu’on peut attribuer à son auteur la régénération de la pyrotechnie chirurgicale. Depuis ce temps , il n’est pas de praticien qui hésite à en faire usage dans les cas qui en réclament l’emploi. Nous n’en avons vu nulle part tirer un plus grand parti qu’à l’Hôtel-Dieu, par M. Dupuytren.
, Le feu peut La cautérisation à l’aide du feu est en effet très-sou-
jour^rempia- vent nécessaire ; elle peut remplacer les caustiques chiüque$S caus* niiques dans presque tous les cas; elle agit avec plus de force, de rapidité, et il est plus facile de graduer ' et de borner l’étendue des tissus quelle détruit, que
quand on emploie les cautères potentiels ; aussi méritet-elle le plus ordinairement de leur être préférée. On l’emploie principalement afin d’exciter la surface des ulcères a toniques, d’arrêter la pouriture d’hôpital, de donner de la forcé et du ressort à la peau, aux aponévroses et aux tégumens qui entourent les articulations affectées d’engorgemens passifs ; de détruire les chairs fongueuses, de réduire en eschare la base des ulcères cancéreux, de borner les progrès de la carie des os, de détruire le virus déposé dans les plaies par les animaux enragés ou venimeux , d’ouvrir certains abcès, enfin d’arrêter les hémorrhagies.
Cautérisation Certains ulcères , entretenus par le défaut d’énergie objective. ^es va;sseaux sanguins de la partie qui en est le siège, présentent une surface grisâtre, molle , fongueuse , que les moyens ordinaires ne peuvent exciter. Avant de la détruire complètement à l’aide des caustiques , du feu
Où de l’instrument tranchant , il faut essayer l’emploi de la chaleur. Lecomte et Lapeyre se sont servis avec A l’aide succès de là chaleur solaire ; ils concentraient les rayons solaire™* lumineux à l’aide d’une forte lentille, ou de plusieurs petites qui étaient disposées de manière à ce que leurs foyers tombassent près les uns des autres , et couvrissent une surface assez étendue. Mais il paraît bien démontré que la chaleur du soleil n’a, dans ce cas, absolument aucun avantage sur le feu ; tout ce qu’on a dit à cet égard est fondé sur des hypothèses que rien de positif ne jus * tifie. Il faut donc recourir aux charbons incandescens ou aux cautères chauffés à blanc , dont, nous pouvons toujours disposer , tandis que le soleil nous refuse souvent son secours*
Les charbons seront saisis avec des pinces à anneaux , a l’aide da et promenés à une distance de l’ulcère proportionnée à l’effet que l’on veut produire. Cette distance doit être en général de deux à trois centimètres. Les charbons présentent ce grave inconvénient, qu’ils s’éteignent facilement hors du foyer, qu’il faut les renouveler fréquentaient, et, que par conséquent, l’opération est allongée et moins efficace. Le cautère actuel doit donc leur être préféré. On fait alors chauffer à blanc lé eautère nurnmulaire dont la surface est la plus étendue , et on l’approche graduellement de là partie à mesure qu’il se refroidit. H est rare: qu’une seule application ne suffise, pas ; mais on devra cependant avoir toujours au feu un autre cautère de même forme , afin de remplacer , s’il en était besoin., celui qui vient de s’éteindre.
Sous l’influence de cette cautérisation , les tissus rougissent , se gonflent par l’afflux du sang 5 une douleur
Cautérisation transcarr
assez vive se fait sentir ; on excite en un mot une vert» table inflammation artificielle dont les symptômes se dissipent lentement, et qui laisse après elle dans la partie une plus grande énergie vitale. Toutefois une seule cautérisation ne suffit jamais : les tissus retomberaient bientôt dans la même débilité ; il faut donc en continuer l’emploi jusqua àe que le mouvement imprimé aux vaisseaux soit tel, que la maladie marche vers une guérison rapide.
Ce moyen convient dans les cas d’ulcères et de tumeurs scrofuleuses ; il échauffe ces dernières et détermine dans leur intérieur un travail salutaire. Cette excitation par le calorique a encore été employée avec succès contre la pouriture d’hôpital et contre toutes les maladies accompagnées de la faiblesse des parties ou entretenues par elle.
Lorsque les organes plongés dans un état d’atonie sont profondément situés et qu’il s’agit: de leur communiquer une roideur , une solidité , et une force vitales qu’ils ont en partie perdues , on. promène sur elles le cautère incandescent de manière à entamer légèrement la peau et à communiquer aux tissus sôus-jacens l’excitation dont ils ont besoin. Cette cautérisation se nomme transcurrente. Elle est fort usitéé dans la médecine hippiatrique contre les infiltrations séreuses des jambes des chevaux , les reîâchemens des ligamens et des capsules fibreuses des articulations. M. Percy a proposé de l’employer sur l’homme dans des circonstances semblables, et surtout dans le traitement des tumeurs blanches ou lymphatiques des articulations.
PROLÉGOMÈNES. 35l r
Le procédé opératoire dont on fait usage pour la cautérisation transcurrente est des plus simples. Le cautère hastile doit être chauffé à blanc. Le malade sera maintenu par des aides, et le chirurgien pratiquera, en promenant l’instrument avec vitesse et légèreté sur la peau, un plus ou moins grand nombre de raies dirigées suivant la longueur des membres et placées sur les endroits où le relâchement est le plus considérable. Ces raies ne doivent intéresser que le corps du derme ; leur nombre sera proportionné à l’effet que l’on veut produire. Les eschares seront pansées avec des bandelettes de linge enduites d’un corps gras , et les parties recouvertes de compresses imbibées d’une liqueur stimulante, telle que le vin, afin de soutenir et de prolonger l’excitation que le feu à déterminée. -
Les eschares se détachent facilement et la cicatrisation a lieu en peu de jours. Et si on le juge convenable, on peut réitérer un grand nombre de fois l’opération , jusqu’à ce qu’on ait obtenu une guérison parfaite.
Ce moyen local est un des plus actifs que l’on puisse employer. Mais* pour qu’il soit efficace, il faut l’associer aux autres remèdes intérieurs ou extérieurs que réclament la nature et la cause du mal.
Mais le cautère actuel est surtout appliqué aux caotérisatloa parties pour opérer des pertes de substances salutaires. mhereate- C’est ainsi que l’on cautérise la surface des ulcères, des caries, etc. Dans tous ces cas, le chirurgien se propose de remplir la double indication de réduire en eschare les parties malades, et d’exciter dans les tissus
sous-jacens une réaction sanguine qui favorise la cicatrisation et.s’oppose au renouvellement de la maladie.
Le procédé opératoire est à peu près le même pour tous les cas. Si le siège du mal est caché par quelques portions de peau saine , il faut pratiquer des incisions et le mettre complètement en évidence. Les cautères nummulaires, en roseau ou olivaires , seront chauffés à blanc et appliqués sur les parties avec plus ou moins de force et pendant un temps plus ou moins long, suivant l’intensité des effets que l’on veut produire. Aussitôt que le cautère dont ont fait usage est éteint par l’afflux du sang que l’irritation et la division des vaisseaux déterminent , il faut le changer et continuer l’opération avec un nouvel instrument.
Les règles relatives à la cautérisation varient tellement, suivant le siège des parties affectées, suivant la . disposition particulière des diverses maladies , que les procédés qu’il faut employer sont incessamment modifiés , etqu’ils ne sont soumis qu’à un très-petit nombre de préceptes communs. C’est au génie du chirurgien à , varier incessamment la manière d’appliquer le feu, et de diriger son action d’après les dispositions locales des parties.
Cau^ûcu Parmi les lésions qui exigent le plus impérieusement plaies empoi- la cautérisation, les morsures faites par les animaux venimeux , et surtout par les animaux enragés , tiennent le premier rang. Nous avons dit précédemment que les caustiques liquides sont souvent employés dans ce cas ; beaucoup de praticiens préfèrent même ces médicamens au cautère actuel , parce que , suivant eux , le liquide corrosif s insinue mieux que le fer ardent dans toutes
EROIiÉGO MENES.
les sinuosités de ces plaies , et détruit par conséquent les parties imprégnées du virus avec plus d’exactitude. Mais ce raisonnement n’est pas complètement exact.
Il est possible, en effet, de promener le cautère dans toutes les sinuosités des plaies les plus étroites, et de les réduire complètement en eschare. Il serait possible, d’ailleurs, que le feu, agissant avec plus de forcé et d’activité, neutralisât le venin avec plus d’efficacité.
Mais à quelle époque ces cautérisations doivent-elles être faites ? La plupart des praticiens prétendent que le virus déposé par les animaux enragés reste quelquefois stationnaire dans les parties blessées , et qu’il n’est absorbé qu’à une époque plus ou moins éloignée. Cette théorie, il faut en convenir, est absolument contraire à ce que nous connaissons des lois qui président à l’absorption des liquides étrangers : comment supposer, en effet, qu’un poison reste au milieu d’un ^partie vivante pendant dés mois, et même des années , sans être introduit dans l’économie ou dénaturé par le mouvement vital de la partie? Si quelques sujets n’ont prouvé les symptômes de la rage que long-temps après la morsure, cela n’a-t-il pas dépendu de ce que, chez eux, il fallait ce temps-là pour que les effets du virus se dëvelopàssent? On sait que l’absorption de toutes les substances étrangères placées sur les tissus vivans commence à l’instant même de leur application. Les phénomènes terribles que détermine Xupas tieutè , le strychnine , l’acide prussique , etc. , démontrent l’exactitude de cette proposition. Mais on sait aussi qu’il peut arriver que les effets de la substance absorbée se développent plus ou moins tard, bien que leur introduction ait eu lieu très-
promptement. C’est ainsi que le mercure n’agit manifestement que quand on l’a administré pendant quelques jours.
Il résulte de ces considérations qu’il faut cautériser les plaies venimeuses le plus promptement possible. Mais de Ce que cette opération n’admet aucun retard, quand on peut la faire sur-le-champ , doit-on en conclure que si elle est quelquefois inefficace, c’est toujours moins parce qu’elle a été incomplète , que parce quelle a été faite trop long-temps après la blessure, et faut-il admettre avec quelques persohnes , qu’il ne faille que quelques minutes pour que l’absorption soit commencée, et pour que le virus de la rage soit introduit en quantité assez considérable pour que ses effets ne puissent plus être prévenus? Quelque théorie qu’on adopte , comme il reste toujours des doutes , tant que lés symptômes de la rage ne se sont point manifestés , il’ sera toujours d’une saine pratique de cautériser les plaies faites par les animaux enragés, lors même qu’il se serait écoulé plusieurs heures ou plusieurs jours depuis la blessure , en un mot, à quelque époque que l’on soit appelé auprès des malades, parce qu’en détruisant le foyer qui recèle le virus on s’oppose à toute absorption ultérieure, et que le mal étant arrêté dans sa source , on peut espérer qu’il sera moins difficile de le combattre s’il apparait par la suite.
Lorsqu’on emploie le cautère actuel pour la cautérisation de ces plaies , il faut en dilater les ouvertures avec l’instrument tranchant, et enfoncer le cautère en roseau ou le cautère olivairë jusque dans leurs parties les plus profondes. Il ne faut craindre dans ce cas que de ne pas aller assez loin , en évitant toutefois autant que possible les artères, les nerfs et les autres
parties importantes qui peuvent avoisiner la blessure.
Les eschares seront pansées avec quelques corps gras ; et lorsque la suppuration les aura détachées, l’usage, plus que la raison , ordonne d’entretenir la suppuration le plus long-temps possible. On pourrait se dispensér de ce soin sans craindre que la maladie en fût rendue plus grave; mais dans un danger aussi imminent , et lorsque la nature et le siège du mal ne sont pas parfaitement connus, il faut prendre toutes les précautions, même celles que nous savons être superflues.
Le feu a été long-temps le seul remèjde contre les Des vaisseaux hémorrhagies, et nous avons vu précédemment qu’il doit être employé toutes les fois que la ligature ou la compression latérale ne peuvent être mises en usage. :
Il faut se servir pour cette opération du cautère en roseau ou du cautère olivaire. Ces instrumens, chauffés à blanc , sont portés sur l’ouverture du vaisseau , à l’instant où l’on soulève la boulette de charpie avec laquelle on s’opposait à l’écoulement du sang , en même temps que l’on desséchait les parties. Cette ap- . plieation doit être rapide, et le cautère enlevé avant qu’il ait perdu sa rougeur ; sans cette précaution, il enlèverait avec lui l’eschare qu’il vient de former. Si cette eschare était trop faible , il faudrait cautériser une seconde fois avec un instrument plus chaud.
Presque toujours l’eschare a besoin d’être soutenue par une compression directe, modérée, qui la maintienne sans froisser les parties.
Un des objets qui doivent le plus attirer l’attention } Des parties de l’opérateur, pendant toutes les cautérisations, et meut situées, surtout pendant celles des organes situés à de grandes
profondeurs , est l’art de préserver les parties voisines de l’action du feu. La chirurgie fait usage , dans ces cas, de canules métalliques percées ou latéralement ou à leur fond , de manière à ce que le cautère n’agisse que sur un seul point. Ces canules sont fixées sur un manche qui fait avec elles un angle droit , et qui sert à les tenir et à les fixer. Elles sont utiles dans tous les cas où la cautérisation doit être instantanée ; mais si le cautère doit rester quelque temps en place, ou si l’on veut renouveler son application , comme elles s’échauffent très-rapidement , elles brûlent bientôt les parties qu’elles doivent préserver. .
Il faut donc se servir de ces canules le moins souvent possible. On arrive, en général , avec plus de facilité et moins de danger sur les organes qu’il faut cautériser, en écartant les parties situées au-devant d’eux avec les doigts ou avec des pinces, de manière à les découvrir parfaitement. La canule a ce grave inconvénient, de cacher à l’opérateur l’extrémité cautérisante , de manière que celle-ci agit presque toujours au hasard.
Lorsque l’on veut pratiquer au fond de la bouche, du vagin ou de quelque cavité accidentelle, des cautérisations qui doivent se prolonger pendant quelques temps, il faut préférer aux canules métalliques des lames de carton mouillées que Ton applique sur les parois de ces cavités, et qui servent à les écarter. Ces lames sont moins propres à recevoir et à transmettre le calorique, elles préservent parfaitement les parties quelles recouvrent et ne cachent pas celles qu’il faut brûler. Nous reviendrons sur l’emploi de ce moyen en traitant en particulier de chacune des maladies qui exigent l’application du feu,
La cautérisation sincipitale est quelquefois em- Destégumens ployée dans les cas d’épilepsie , d’hydrocéphalite et de du crane' quelques autres affections chroniques de l’encéphale ou des méninges. Cette opération, pratiquée avec les cautères ordinaires , déterminait quelquefois des accidens mortels qui étaient le résultat de la transmission du calorique, à travers les os du crâne, jusqu’à la duremère et à l’arachnoïde, téihoins les malheurs reprochés à Pouteaü.
M. Percy a cru éviter cet inconvénient au moyen de son cautère annulaire. Il le fait chauffer à blanc, et l’applique sur les tégumens en lui faisant exécuter quelques mouvemens de rotation. L’instrument pénètre avec facilité en divisant et en brûlant les parties ; le disque’ de parties molles renfermé dans le cautère étant entouré en haut et latéralement par le cautère , est à l’instant même réduit en eschare, et cette' opération dure à peine quelques secondes. Aussitôt que le rebord de l’instrument est appuyé sur l’ôs il faut le retirer, et appliquer sur la partie quelques compresses trempées dans une liqueur froide et volatile, telle que l’éther, l’ammoniaque affaibli, etc., afin d’enlever le calorique dont elle est imprégnée et qui pourrait être transmis à l’intérieur.
Après la chute de l’eschare il faut entretenir la suppuration , et souvent il est convenable de convertir la plaie en cautère. / ;
On attache beaucoup d’importance à ce que cette cautérisation soit pratiquée au-dessus de la réunion de la suture pariétale avec les sutures pariéto-frontales. On a beaucoup varié sur la manière de déterminer cet endroit ; celle qui réussit le mieux consiste à
Usage des corps en cour bnstion.
Du ,moia.
reconnaître la ligne médiane du crâne, et à laisser en avant à peu près la hauteur du coronal chez le sujet sur lequel on opère. Les mesures que l’on a conseillé de prendre, les lignes que l’on a voulu tracer sont presque toujours en défaut, à raison des variétés qui existent dans le développement de la partie frontale du crâne chez les divers individus. C’est en examinant la conformation particulière de la tête du malade, et en faisant usage de ses connaissances anatomiques, que le chirurgien pourra déterminer avec justesse le lieu où le cautère doit être appliqué.
Il est souvent utile de produire lentement une eschare sur la peau , afin que l’irritation qui est produite par une.longue action du feu soit plus vive et pénètre plus profondément. Le moyen le plus convenable pour : remplir cette indication est le moxa. On donne ce nom à des cylindres de coton , de feuilles d’armoise desséchées et battues, d’agaric de chêne, etc., que l’on brûle sur les tégumens. Les étoupes , la mèche des canonniers , la charpie , le vieux linge , toutes les matières , en un mot, susceptibles de s’embraser et de devenir l’excipient du feu, peuvent servir àla formationdu moxa.
Les Chinois, qui font un usage très-fréquent de ce moyen, et chez qui il est répandu depuis la plus haute antiquité, se servent des feuilles d’armoise, qui ont l’avantage de brûler sans qu’il soit nécessaire d’animer leur combustion par le soufflet. On a cherché à faire usage en France de la même substance , mais l’eschare quelle détermine est trop légère, l’irritation quelle provoque est trop peu considérable , parce que sa combustion se fait avec trop de rapidité. M. Percy a proposé d employer le coton ou le lin bouillis dans une forte
dissolution de nitrate de potasse ; mais la combustion de ces substances présente les mêmes inconvéniens que celle de l’armoise : elle est trop prompte et ne produit pas des effets assez profonds. Il en est de même de la moelle spongieuse et légère que renferme le tronc du grand soleil ( helianthus annuus ) ; cette substance ne mérite le titre de moxa de velours que lui a donné le savant professeur que nous venons de citer, que par son action plus faible et par conséquent moins douloureuse. Il faut donc revenir au coton ; il forme les moxas les plus communs et les plus efficaces.
On ne doit jamais perdre de vue que le moxa n’est . jamais employé comme simple agent de désorganisation : comme tel , il est inférieur à l’ustion métallique qui doit toujours lui être préférée. C’est un moyen très-puissant de révulsion , qui n’agit qu’à raison de la douleur et de l’irritation qu’il détermine , et que l’on oppose à la douleur et à l’irritation morbide.
Il faut prendre, pour former les moxas, du eoton cardé que l’on tord de manière à en faire une sorte de corde, ou que l’on roule sur lui-même jusqu’à ce' qu’on en ait formé un cylindre compacte que l’on ficèle , et autour duquel on coud une toile fortement serrée; on coupe cette corde ou ce cylindre en tronçons longs de deux centimètres. Leur diamètre doit être proportionné à celui de l’escbare que l’on veut obtenir. Ce procédé est bien préférable au cy- . lindre de carton dans lequel on entassait la substance inflammable. Lorsque les- moxas sont bien faits, il est presque inutile de les entourer même de linge, pour empêcher le coton de se désunir. Et quand on les prépare d’avance, il suffit d’enduire leur sur»
face externe avec une 'dissolution de gomme arabique qui, en se séchant, arrête les filamens du coton, les unit les uns aux autres , et donne au moxa une solidité suffisante.
On peut appliquer cette espèce de cautère sur toutes les parties du corps ; il faut seulement éviter celles où une peau très-mince est immédiatement collée à des os, à des tendons, à des ligamens, à des capsules articulaires, à des nerfs, etc. Ce n’est pas sans de grandes précautions qu’on peut l’appliquer sur le crâne et surtout sur le crâne des enfans affectés d’hydrocéphale. Il faut faire alors usage de ces substances qui brûlent avec rapidité , et que nous avons dit ne pas produire d’effets assez considérables sur les autres parties du corps.
M. le docteur Régnault a proposé d’appliquer sur le, crâne des enfans, pendant l’hydrocéphale, ce qu’il a nommé moxa tempéré. Ce sont des cylindres peu serrés de coton, longs de douze à quinze millimètres, et de huit ou dix de diamètre. On recouvre préalablement la partie d’une pièce de drap épais et serré, sur laquelle, on fait brûler le moxa. Ainsi .appliqué , celui-ci produit non une véritable cautérisation , mais une rubéfaction très-prononcée j la partie se tuméfie légèrement, devient très-rouge dans une assez grande étendue , et se couvre de gouttelettes' de sérosité limpide.Ces moxas, promenés le long des sutures pariétales et pariéto-frontale, sont de puissans révulsifs , et M, Régnault a obtenu de nombreux succès de leur emploi.
Il faut, pour appliquer le moxa, allumer une de ses extrémités, et placer l’autre sur la partie que l’on doit cautériser. Quelques praticiens le maintiennent en le fixant dans une sorte d’anneau monté sur un manche ,
et qu’ils appellent porte-moxa ; d’autres le placent dans une ouverture pratiquée au centre d’une plaque de carton ; d’autres cousent sur une compresse la toile qui lé revêt à l’extérieur. Mais il suffit de le maintenir avec des pinces à anneaux, et lorsque les malades sont dociles , il ne se déplace jamais.
On a employé , pour entretenir et accélérer la combustion du coton , les soufflets , les chalumeaux , etc. ; mais la bouche d’un aide remplit parfaitement cet objet. Il faut souffler assez pour que le moxa ne s’éteigne pas, et de manière à ce qu’il brûle le plus lentement possible.
Le malade éprouve d’abord une sensation agréable de chaleur; cette sensation augmente graduellement d’intensité, et dégénère en brûlure. Celle-ci est trèsdouloureuse et presque insupportable. Les parties qui sont le siège de la cautérisation et celles qui les avoisinent deviennent rouges ; des gouttelettes de sérosité les recouvrent ; mais , à l’instant \où la douleur est le plus élevée , c’est-à-dire lorsque l’eschare se forme , on aperçoit des rides qui vont de la circonférence au centre , et qui sont le produit du raccornissement de la peau. Il n’est pas rare , à la fin de la combustion , qu’une assez forte crépitation ait lieu, parla rupture de quelque vésicule qui contenait de la sérosité, et que les débris du moxa soient lancés au loin ; on trouve alors à la place qu’il occupait une eschare jaunâtre , ou même noire, solide, et qui s’étend à toute l’épaisseur de la peau, et même à quelques portions du tissu cellulaire sous-cutané.
Cette eschare doit être pansée avec un corps gras ;
Du
phosphore.
elle se détache du vingtième au trentième , et même . au quarantième jour; et, suivant le besoin, on entretient plus ou moins long-temps la suppuration, ou Ion convertit la plaie en cautère.
Le moxa est appliqué avec succès dans les névralgies et les paralysies , le long des nerfs affectés ; dans les maladies chroniques des viscères thoraciques et abdominaux, sur les régions qui leur correspondent; dans les, caries profondes des vertèbres ou des articulations, sur les parties qui les avoisinent, etc. Il est peu de moyens plus héroïques , et dont la chirurgie ait obtenu plus d’avantages.
Quelques praticiens ont voulu remplacer, dans la construction du moxa, le coton par des cylindres de phosphore; mais cette dernière substance ne remplit pas le but que l’on se propose : elle brûle ou trop vite ou trop lentement ; tantôt elle produit des eschares considérables, et d’autres fois elle cautérise à peine la surface du derme. Elle a été rejetée avec raison.
On a proposé de suppléer au moxa et à tous les autres moyens d’irriter ou de cautériser la peau, par une cuillère ou un vase de cuivre, d’argent, etc., arrondi, sans soudure, mo'nté sur un long manche et dans lequel on verserait de l’essence de térébenthine, de l’alcohol à 8o°, ou quelque autre liquide inflammable. Lorsque le feu y serait mis on appliquerait le vase sur les tégumens que l’on pourrait rubéfier, : couvrir de vésicules ou réduire en eschare, suivant que l’application serait plus ou moins longue. Mais il est facile de voir que ce moyen qui peut être utile, lorsqu’on n’en a pas d’autre à sa disposition , est moins
commode et moins sûr que la plupart de ceux dont nous avons parlé jusqu’ici.
On a proposé enfin, et, chose étrange! le ridicule De la poudre
■ . . , , ti à canon.
n en a pas fait justice ; on a propose de remplir les plaies faites par des animaux enragés de poudre à canon, et de faire éclater les parties en mettant le feu à cette mine de nouvelle invention. Il suffit d’indiquer un moyen aussi bizarre , aussi inexécutable , pour en faire justice. Il est évident que l’humidité fournie parles surfaces blessées s’opposerait toujours à l’exécution de ce dessein absurde.