‹ De la médecine opératoire (volume 4)Chapitre 7 sur 48 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des qualités de V Opérateur.

La médecine opératoire est cette partie des sciences médicales qui traite de la théorie et de la pratique des opérations.

L’exercice de ces opérations est une des branchés les plus importantes de l’art de guérir ; il caractérise le chirurgien proprement dit.

Tous les hommes ne sont pas également aptes à les pratiquer.

Les qualités que doit posséder le chirurgien opérateur sont nombreuses; il serait trop long de les indiquer toutes; nous n’insisterons que sur celles qui sont le plus importantes et le plus indispensables.

Son éducation première devra être complète. Les langues anciennes lui seront familières , non-seule*ment afin de pouvoir lire les ouvrages dé médecine et de chirurgie qui sont composés dans ces langues, mais encore afin d’élever son âme par la méditation des écrits des philosophes et des poètes les plus illustres de l’antiquité. Avoir un esprit éleyé et des sentimens nobles, c’est le seul moyen de hêtre pas audessous de la profession honorable que le chirurgien veut exercer; c’est le seul qui lui permette de jouir dans la société de la considération qui doit toujours

Définition

de

la médecine opératoire.

Qualités

du

chirurgien

opérateur.

Éducation

littéraire.

raccompagner, et de cette indépendance de caractère dont il ne doit jamais se départir.

Les travaux littéraires ont encore cet autre avantage , de rendre l’exercice des fonctions intellectuelles plus ' libre et plus régulier; ils favorisent l’étude de toutes les sciences, et par conséquent celle de la chirurgie. Familier avec les principes de la philosophie et de la logique, l’homme de l’art se livrera avec plus de succès à l’observation des maladies ; il appréciera plus facilement toutes les conséquences qu’il doit déduire de leur nature et de leurs phénomènes; il raisonnera plus , juste sur les avantages et sur les inconvéniens de la pratique des opérations, et sur la valeur des procédés à l’aide desquels chacune d’elles peut être exécutée.

Sciences Le chirurgien faisant un fréquent usage des agens

accessoires. .... , . , , .

chimiques; plusieurs phenomenes physiques venant se mêler à ceux que présentent les corps vivans; la plupart des instrumens dont il se sert étant construits d’après des règles fixées par le calcul , il devra s’être livré à l’étude de la chimie, de la physique et de la mécanique, La mécanique, surtout, est trop négligée de la plupart des opérateurs. Son importance ne saurait pourtant être révoquée en doute. G’ est à des chirurgiens qui en avaient fait l’objet de leurs méditations que nous devons l’invention et le perfectionnement des instrumens dont nous faisons le plus fréquent usage; maintenant encore, ce sont des chirurgiens à qui les connaissances de la mécanique sont familières , qui étendent chaque jour les ressources de l’art, qui en simplifient l’exercice, qui en assurent les succès, soit

en imaginant de nouveaux instrumens , soit en rendant les anciens plus parfaits. N’est -il pas inconcevable qu’un homme se serve à chaque instant du bistouri, des ciseaux, du lithotome caché , d.es gorgerets , etc., et qu’il ignore d’après quels principes ces instruniens doivent être construits, afin d’agir de* la manière la plus simple, la plus facile, la moins douloureuse et la plus sûre?

La médecine ne saurait être considérée comme une Médecine, science accessoire pour le chirurgien : une grande partie des maladies dont il s’occupe a la même origine, le même mécanisme, et réclame le même traitement que les maladies qui sont du domaine de la médecine proprement dite ; des affections internes peuvent compliquer toutes les lésions extérieures , ou survenir à la suite de toutes les opérations ; et le chirurgien doit pouvoir traiter les unes et les autres. Le temps n’est plus où des opérateurs ignorans répétaient, mais en y attachant un autre sens, le mot d’Ambroise Paré, et disaient, en quittant le sujet, qu’ils avaient instrumenté : « Je t'ai opéré ; que Dieu le guérisse! » C’est le chirurgien qui doit administrer au malade les secours qui peuvent ' rendre, dans quelques cas, les opérations inutiles; c’est lui qui est chargé de décider de la nécessité de pratiquer celles-ci ; c’est lui qui doit y préparer le sujet, tant au physique qu’au moral ; c’est lui enfin qui se charge, après l’opération, d’assurer la guérison et d’écarter toutes les complications qui pourraient l’empêcher ou la retarder : il doit donc être médecin praticien en même temps qu’opérateur habile.

Parmi toutes les sciences à la culture desquelles le Anatomie.

«t anatomie chirurgien doit se consacrer, l’une des plus importantes

I'atquc*?°! est l’anatomie. Sans elle , il serait incessamment expose à aggraver les maladies qu’il se propose de guérir, ou à occasioner, en blessant des organes importans, les accidens les plus funestes. Mais il ne suffit pas au chirurgien de la connaissance intellectuelle de l’anatomie , si nous pouvons ainsi parler; il doit connaître avec la dernière exactitude quels sont la situation et les rapports des parties sur lesquelles il opère, et quels changemens les maladies entraînent dans leur disposition naturelle. Des dissections réitérées à l’infini , tant sur les sujets sains que sur ceux qui sont morts avec des maladies chirurgicales, peuvent seules lui donner ces connaissances détaillées dont il a besoin. Il se livrera surtout, et nous ne saurions trop le répéter, avec une infatigable persévérance, aux recherches d’anatomie pathologique; il ne saurait assez se rendre familiers les changemens que les affections chirurgicales apportent dans la structure et dans les connexions des organes. Il faut que toutes les parties soient transparentes pour lui, et qu’alors même que la pointe de son instrument est cachée dans leur profondeur, il la voie encore, pour ainsi dire, et qu’il la détourne des organes qu’elle doit respecter pour la diriger sur ceux quelle doit atteindre. C’est afin de faciliter les études des élèves en ce genre , et afin de montrer de quelle utilité elles sont pour la théorie et pour la pratique des opérations , que nous avons fait précéder la description de celles-ci de considérations anatomico-pathôlogiques concernant les parties qu’il faut diviser en les exécutant*

Ce n’est qu’après avoir répété un grand nombre de fois les opérations sur le cadavre, que le jeune chirurgien pourra se hasarder à les pratiquer sur l’homme vivant. Il ne doit pas oublier que les difficultés sont bien autrement multipliées dans ce dernier cas que dans le premier. Les organes sont agités par des tremblemens convulsifs ; les vaisseaux', les nerfs, le tissu cellulaire, les muscles, qu’il est si facile de distinguer, de séparer et d’éviter sur le cadavre, sont presque uniformément colorés par le sang, et se confondent , sur l’homme vivant, pour tout autre que pour le chirurgien exercé. Afin d’acquérir cette assurance, cette légèreté de la main qui distinguent les opérateurs du premier rang, l’élève devra se livrer avec ardeur aux dissections minutieuses et difficiles qui exigent une grande patience et beaucoup d’adresse et de dextérité : telles sont, par exemple, les préparations qui ont pour objet d’isoler le feuillet séreux du péricarde des parties auxquelles il est uni; de suivre jusque dans le tissu des organes les filets les plus déliés des nerfs , etc.

Enfin , un. dernier exercice qui doit précéder la pratique des opérations chirurgicales consiste dans les expériences sur les animaux vivans. Nous avons souvent entendu M. Dupuytren insister sur cette pratique, et il est le premier qui ait complètement développé les avantages que le jeune opérateur peut en retirer. Ces expériences seules familiarisent aveq l’écoulement et aveel’odeur du sang , que quelques personnes ne peuvent jamais supporter , et avec les moyens les plus prompts et les plus faciles de l’arrêter pendant lès opérations; elles habituent à ne pas se laisser déconcerter

Répétition

des

opérations les cadavres.

Expériences

par les cris qu’arrache la douleur, par les mouvemens convulsifs des membres ; elles permettent de fixer approximativement jusqu’où peuvent être portés , sans ' devenir funestes, la longueur des opérations , la multiplicité des douleurs, la quantité de sang répandu , le volume des parties retranchées. Ces expériences "apprennent aussi quelle est l’étendue des ressources de la nature pour conserver les parties , après que l’on a lié les principaux vaisseaux qui s’y distribuaient. Nous n’ajouterons qu’un mot pour en faire sentir toute l’importance; c’est que nos maîtres les plus illustres ont acquis , en s’y livrant , la sage hardiesse et le sangfroid qui les distinguent : c’est en les pratiquant que le jeune chirurgien devinera s’il est fait pour être un jour un grand opérateur.

Qualités Aux études qui sont propres à former l’esprit, à

morales. , i .

etendre les connaissances du chirurgien ; aux travaux qui doivent le préparer à l’exercice pénible des opérations, celui qui veut parcourir avec succès cette noble et difficile carrière doit joindre d’autres qualités que l’éducation perfectionne toujours, mais ne communique jamais. Il faut , dit M. le professeur Percv, que l’opérateur ait du génie, de l’industrie, de la présence d’esprit, de la fermeté dans le caractère, un sangfroid imperturbable, une grande patience, et cette douceur dans les formes et dans le langage qui attire, subjugue , console , anime le courage , et inspire la sécurité. Les témoignages de sa sensibilité , différente de celle du vulgaire , ne consistent pas à. gémir sur les douleurs du malade, mais à les soulager. Après avoir tout fait avant l’opération, en faisant tout encore pendant

sa durée, pour épargner des souffrances à l’infortuné à qui il prodigue ses secours , il doit ne pas entendre les gémissemens qu’il lui arrache ; ou , s’il les entend , ils ne doivent point arriver jusqu’à son âme, et troubler la tranquillité dont il a besoin pour opérer sûrement et promptement.

Tous les organes du chirurgien doivent jouir de la plus parfaite intégrité. Les organes des sens, en particulier, doivent être d’une sensibilité exquise; et il faut que leurs fonctions s’exercent avec cette assurance et cette finesse qu’une éducation bien dirigée peut seule leur communiquer. L’œil , et surtout la main , dont l’opérateur habile fait un si fréquent et un si heureux usage, ne sauraient être doués de trop de justesse, de légèreté, d’aplomb, de mobilité; le tact ne saurait être trop fin, trop exercé. Aussi le chirurgien doit-il s’abstenir de consacrer sa main à des travaux pénibles et grossiers, qui pourraient altérer la délicatesse de la peau qui la recouvre, et l’assurance de ses mouvemens.

Physiques.

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