‹ De la médecine opératoire (volume 4)Chapitre 8 sur 48 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Considérations generales sur les opérations chirurgicales

Béfinîtioa L’opération chirurgicale est une action mécanique l’opération, à l’aide de laquelle le chirurgien , agissant sur les diverses parties du corps , se propose d’en conserver la santé ou d’en guérir les maladies. Il peut se servir, pour exercer ces actions, ou de sa main seule, ou de sa main armée d’instrumens plus ou moins compliqués. La main du chirurgien est elle-même un véritable instrument, mais un instrument sentant, comme le dit M. Dupuytren; c’est le plus simple, le plus flexible, et, dans un grand nombre de circonstances, le plus utile que la nature et l’art aient mis à sa disposition. Il doit préférer cet instrument à tous les autres, aussi souvent qu’il peut remplir avec lui les indications que présentent les maladies. Sienne saurait suppléer à la sensibilité dont la main est douée; elle permet de reconnaître, même à de grandes profondeurs, la forme, la situation, la structure des parties, et elle fait distinguer sûrement celles qu’il faut attaquer de celles qu’il serait dangereux d’atteindre. Maladies qui Toutes les maladies n’exigent pas, pour être guér emploi, ries, l’emploi des opérations chirurgicales : on n’y a le

plus ordinairement recours que pour remédier aux lésions physiques des organes. Ainsi le chirurgien réunit les parties divisées, divise les parties réunies contre le vœu de la nature , évacue les liquides infiltrés ou épan-

chés, extrait les corps étrangers, oblitère les vaisseaux qui laissent échapper le sang, dilate les conduits obstrués, replace les parties qui sont 'écartées des lieux quelles doivent occuper, retranche les organes dont la conservation n’est plus compatible avec l’exercice de la vie; il exerce enfin un grand nombre d’autres actions, à l’aide desquelles il rétablit, dans le corps humain , les conditions physiques d’où dépend l’intégrité des fonctions.

Parmi les opérations chirurgicales, les unes sont J>es

A ? opération*

simples , et ne se composent opie d mue seule ou d’un simples petit nombre d’actions faciles à décrire et à exécuter, compliquées, et qui ne requièrent l’emploi que d’un seul instrument : telles sont la piqûre , l’incision , la rubéfaction, la vésication, la cautérisation, l’arrachement, etc. D’autres sont compliquées, et exigent, pour être exécutées, la succession d’un plus ou moins grand nombre d’actions partielles, et Uemploi d’une multitude d’mstrumens; telles sont les opérations delà taille, du trépan, delà fistule lacrymale, les amputations des membres dans leur continuité, etc. Les grandes opérations ne sont compliquées que parce quelles sont formées de la reunion de deux, de trois , de quatre des opérations simples dont nous avons précédemment parlé. C’est ainsi que, dans ropération de la taille, on divise les parties qui sont placées au devant du calcul; puis on le saisit et on l’extrait. Dans l’opération du trépan, on divise les tégumens et les os du crâne:, et l’on relève ensuite les pièces d’os enfoncées , ou Fan évacue les liquides épanchés. Dans Topératian de la fistule lacrymale, le chirurgien dilate le conduit naturel;

Régulières

dépourvues

déréglés

déterminées.

ou, s’il ne peut y parvenir, il divise les parties voisines, et en établit un artificiel. Enfin, dans les amputations des membres, on divise successivement la peau, les muscles, les os; l’on oblitère les vaisseaux qui pourraient fournir des hémorragies redoutables , et l’on rapproche les parties. Quelque multipliés que soient les actes qui se succèdent dans une opération complexe , l’opérateur divise toujours les parties molles bu dures, il les brûle ,-les désorganise , les replace dans leur situation naturelle, etc.; et, dans tous les cas , ces opérations simples sont soumises, dans leur exécution , à des règles générales , qui sont indépendantes des vues particulières pour lesquelles on les pratique.

Il existe donc de véritables élémens, ou temps simples et. élémentaires des opérations , dont l’étude doit précéder celle des opérations plus ou moins compliquées qu’ils constituent par leur réunion.

Toutes les opérations ne sont pas également soumises à des règles universellement admises et déterminées. Il n’y a, en général, que les opérations que l’on pratique sur des parties saines, et dont la structure, la situation et les rapports sont invariables, qui soient susceptibles d’être exactement décrites et rigoureusement calculées : telles sont les opérations de la taille , de l’anévrisme par la méthode d’Ànef, de la cataracte , du trépan, etc.; on peut joindre à ces opérations celle de la fistule lacrymale, parce quelle se pratique sur des organes dont la lésion est presque constamment la même. Mais il est des' opérations que l’on pratique toujours sur des tissus malades, ou pour des lésions qui impriment aux organes des dispositions qui varient à

l’infini ; elles ne peuvent être soumises qu’à des règles générales, de l’observation desquelles l’opérateur doit s’écarter, plus ou moins , dans presque tous les cas particuliers. Lorsque ces opérations ont été pratiquées un grand nombre de fois, les principales dispositions que peuvent affecter les parties ont été notées j et l’on a fixé ce que doit faire l’opérateur quand elles se rencontrent. Parmi ces opérations', plus difficiles, et qui exigent plus d’art , de sagacité et d’adresse pour être pratiquées avec succès, nous plaçons l’opération des diverses hernies étranglées, les extirpations de tumeurs fongueuses , cancéreuses , etc. Il est d’autres opérations enfin dont la création est moderne, qui sont des conquêtes dont la chirurgie de nos jours s’est enrichie , et que l’on doit au génie brillant et créateur des maîtres les plus illustres de notre époque ; ces opérations ne sont soumises encore qu’à un petit nombre de préceptes très-généraux; des hommes du plus rare mérite ont pu seuls les pratiquer pour la première fois, et il faut être éminemment doué des qualités du chirurgien pour oser les répéter après eux. Les plus remarquables de ces opérations sont la ligaturé des artères iliaques et carotides primitives, celle des artères sous-clavières; 1 amputation du corps de la mâchoire inférieure ; 1 ablation du plateau inférieur que forme la mâchoire supérieure , celle de l’anus contre nature , etc.

Ces opérations entièrement insolites s’écartent toujours des règles jusque-là établies ; le génie peut seul en faire connaître la possibilité et les moyens ; c’est là ce qui le distingue du talent; c’est là son plus beau triomphe lorsqu il réussit; mais c’est le sujet des plus odieuses

Nécessité

de

les pratiquer.

récriminations lorsqu’il échoue. Ses essais ne manquent presque jamais d’être taxés de témérité et de barbarie. Mais le génie ne se laisse pas déconcerter par ces envieuses clameurs. Asthley Cowper, ayant échoué une première fois dans la ligature de l’artère carotide primitive, la tenta néanmoins une seconde fois , et réussit complètement. Depuis lui , elle a été pratiquée avec un succès presque constant. M. Dupuytren échoua dans la première opération qu’il exécuta à l’occasion de l’anus contre nature , comme Asthley Cowper dans la ligature de l’artère carotide; mais, convaincu que ce défaut de succès tenait à des causes étrangères à l’opération en elle-même , il la recommença, et il enrichit l’art d’une ressource nouvelle. A coté de ces tentatives heureuses, existent, il faut en convenir, des essais moins rationnels et dont le succès est moins assuré. Les véritables amis de l’art et de l’humanité doivent suivre tous ces travaux avec cet intérêt éclairé qui soutient le zèle, et qui réprime l’audace lorsqu’elle s'élance au delà des limites que la raison ne permet jamais de franchir.

L’ opération chirurgicale la plus simple est toujours douloureuse pour le malade ; et avec quelque dextérité et quelque promptitude qu’elle soit exécutée , elle peut devenir la cause occasionnelle des accidens les plus graves , et même de la mort. Ce n’est donc jamais sans y être autorisé par une impérieuse nécessité que le chirurgien doit l’entreprendre; cette nécessité justifie seule, et les souffrances du malade, et les dangers qui sont attachés à l’opération.

Cependant, avec quelque réserve que l’on doive se

PROLEGOMENES.

décider aux opérations, il faut les pratiquer dans les circonstances suivantes :

Lorsque l’opération est évidemment le seul moyen à l’aide duquel il soit possible de rétablir, dans la disposition des parties , un ordre qui soit compatible avec la santé ou même avec la vie : tel^ sont les cas d’étranglement intestinal; d’ouverture d’un vaisseau considérable; de corps étrangers demeurés, à la suite de plaies d’armes à feu, dans l’intérieur des membres, etc.

Lorsque la maladie a résisté à tous les médicamens externes, à tous les remèdes internes, à l’action desquels on a cru d’abord qu’elle pouvait céder. Ce n’est jamais, en effet, que quand on a épuisé sans succès toutes les ressources de la pharmacie et de l’hygiène , que l’on est autorisé à recourir au fer et au feu pour guérir les maladies. Ainsi l’on ne doit jamais pratiquer les amputations des membres à la suite d'inflammations articulaires chroniques, de caries étendues, etc., que quand les médicamens internes, les topiques, le repos, le régime, ont été employés avec assez de persévérance, pour ne laisser au malade et au chirurgién aucun espoir d’obtenir la guérison autrement que par l’opération. Il en est de même des extirpations de l’œil , de celles de la langue , des mâchoires , à la suite des affections de ces parties , etc.

Enfin , les opérations chirurgicales doivent encore être pratiquées quand le malade est arrivé à cet état de dépérissement et de langueur qui ne laisse d’autre ressource, pour lui conserver la vie, que celle d’opérer. Dans la plupart de ces cas, le succès est douteux, soit à raison de l’extrême affaiblissement du sujet , soit

elles sont le

indiqué.

2° Quand tous les autres moyens ont échoué,,

3° Quand elles sont la

4° Quand elle est possible, et qu’on peut la faire eotnpléte-

l4 PROLÉGOMÈNES.

parce que quelques-uns des principaux viscères sont affectés. Le chirurgien doit faire connaître aux personnes qui s’intéressent au malade toute son incertitude, afin de ne leur pas laisser concevoir des espérances qu’il n’a pas lui-même, et de n’être pas accusé des résultats funestes qui peuvent être la suite de l’opération. C’est dans ces graves et difficiles circonstances que le chirurgien a besoin de toute sa sagacité , de toute son expérience, pour calculer, d’après la situation présente du sujet , la longueur de l’opération, les douleurs et la perte de sang qui l’accompagneront, l’inflammation et la suppuration qui doivent la suivre , si , en la pratiquant, la mort ne sera pas plüs rapide qu’en ne la pratiquant pas. Il n’a pas encore été possible de résoudre cet important problème pour tous les cas; l’art ne possède que quelques préceptes généraux, dont le praticien consommé peut seul faire une application judicieuse.

Mais quelle que soit la nécessité d’une opération, il ne faut l’entreprendre que quand on est certain de pouvoir l’exécuter complètement. C’est une circonstance honteuse pour l’opérateur, et le plus souvent funeste pour le malade , que d’abandonner une opération avant quelle soit terminée. Un chirurgien, trouvant les intestins gangrenés à l’ouverture d’un sac herniaire, jeta loin de lui son instrument, et quitta le patient , en s’écriant que tout espoir de guérison était perdu. L’homme de l’art ne saurait trop se recueillir, surtout avant de pratiquer des opérations sur les parties dont la disposition ne peut être connue ; il doit se représenter toutes les combinaisons qu’il est possible qu’il rencontre,

PROLÉGOMÈNES. l5

tous les accidens qui peuvent troubler son opération ; arrêter la conduite quil tiendra relativement à chacun d’eux, et, s’armant ensuite d’un courage inébranlable, procéder à l’exécution. Une fois entreprise, toutes les réflexions, toutes les incertitudes doivent cesser. Tout entier à l’opération, le chirurgien ne doit plus être arrêté par aucun obstacle; il doit avoir tout prévu, tout calculé, tout préparé. S’il est surpris, troublé, c’est qu’il a manqué de prévoyance, c’est qu’il ne possède pas toutes les qualités qui constituent l’opérateur du premier ordre.

Enfin , quelle que soit la nécessité d’une opération , et quelque certitude que l’on ait de pouvoir l’exécuter dans toutes ses parties , il faut ne la pratiquer que quand une guérison complète et durable doit en être la conséquence. Cet espoir de recouvrer une santé parfaite, est le seul qui puisse engager le malade à se soumettre aux grandes opérations qui mettent plus ou moins sa vie en danger. Il seraitbarbare et déshonorant de pratiquer une opération grave , alors qu’on saurait quelle ne doit entraîner qu’une amélioration passagère et peu remarquable dans la situation du sujet. Cette règle doit être toujours présente! à l’opérateur, lorsqu’il pèse les motifs qui doivent le déterminer à extirper ou à abandonner les affections cancéreuses très - étendues. Les opérations légères, sont les seules que l’on puisse pratiquer alors qu’on est sûr de n’en obtenir qu’une guérison momentanée ; telles sont quelques saignées , l’opération de l’hydrocele par la simple ponction , la ligature ou l’extirpation de certaines tumeurs hémorroïdales , etc.

5° Quand une guérison duraile doit la suivre.

A quelles époques , et sur quelles parties du corps doit-on pratiqueras opérations?

Temps

de

nécessité.

Temps

d’élection.

31 faut, avant d’entrepren-

ration, considérer, i° l’âge du sujet.

l6 PROLÉGOMÈNES.

Lorsque l’on a fait, relativement à l’exécution d’une opération, toutes les réflexions dont nous venons 'de parler, il reste à déterminer à quelle époque et sur quelle partie du corps on la pratiquera.

Toutes les opérations ne doivent pas être faites à l’instant même où elles sont jugées nécessaires. Celles qui sont dans ce cas sont les opérations que l’on pratique afin de remédier à des lésions ou à des accidens qui compromettent actuellement la vie du malade , ou qui peuvent devenir là cause des maladies les plus graves. Telles sont l’opération du trépan , lorsque des pièces d’os sont enfoncées dans le crâne , et compriment le cerveau ou irritent les méninges ; la ligaturé des artères qui fournissent une grande quantité de sang ; l’extraction d’un corps étranger, d’üne balle, par exemple, qui est engagée dans les parties, et qtii les irrite ; la section complète d’un nerf dont la piqûre détermine de vives douleurs ou de violentes convulsions, etc. : ces opérations ne sauraient être différées sans danger, et l’on appelle temps de nécessité celui où on les pratique.

Il est d’autres opérations dont on remet l’exécution à un temps plus ou moins éloigné, temps, qui étant au choix de l’opérateur, se nomme temps d’’ élection. Les motifs de ce retard sont déduits de diverses considérations.

Il est des opérations qu’il est impossible de pratiquer pendant la première enfance , à raison de la mollesse des tissus et de ladifficulté de contenir les sujets. Telles sont l’opération du bec de lièvre congénital, qui doit être différée jusqu’à la fin de la troisième ou de la qua-

trième aimée; celle de la pupille artificielle, dans les cas où la membrane pupillaire persiste après la naissance; celle de la cataracte, lorsque l’enfant naît avec une opacité du cristallin , etc.

Quoiqu’il soit possible de pratiquer toutes les opé- 2® Le climat, rations dans toutes les contrées , il est cependant des climats qui sont plus favorables que d’autres à la santé des hommes, et, par conséquent, au succès des opérations. Ainsi, les plaies des amputations pratiquées à la suite des maladies chroniques qui ont épuisé les sujets, doivent se cicatriser avec plus de facilité dans les beaux climats delà Provence ou de l’Italie, que dans les régions équatoriales, ou au milieu des glaces du Nord. Quelques accidens, le tétanos, par exemple, sont moins fréquens dans les pays tempérés que dans les contrées méridionales, où le^ alternatives du chaud au froid , et du froid au chaud; sont plus marquées et plus nombreuses, etc. On devra éviter aussi d’opérer les malades dans les lieux qui sont ravagés par des maladies endémiques : telles sont les Aùtilles , lorsque la fièvre jaune y règne; les côtes d’Afrique, toutes les' fois que la peste les désole ; les pays humides et marécageux, où les fièvres intermittentes et le scorbut sont 7 en quelque sorte naturalisés.

Il est toutefois très-difficile et souvent impossible 3® La saison, que le malade se transporte , pour se faire opérer, d’un climat à un autre; mais on peut, jusquà un certain point, lui procurer les avantages qui résulteraient' de ce transport, en faisant un choix judicieux dé la saison pendant laquelle on exécute l’opération. Nos pré-

décesseürs ne pratiquaient quelques-unes d’entre elles , celles de la taille , de la cataracte , par exemple , qu’au printemps et à l’automne ; et s’il est vrai que le retour périodique des saisons entraîne des changemens constans et remarquables dans l’exercice des fonctions des corps vivans , les praticiens modernes ont eu tort de rejeter entièrement une précaution à laquelle les anciens attachaient une grande importance. Cependant, quelques-uns de nos grands maîtres ne partagent pas sur ce point l’opinion vulgaire : nous avons vu plusieurs fois M. Dupuytren remettre à une saison plus favorable l’exécution de certaines opérations, et obtenir, par ce délai, des succès plus rapides et plus assurés. Le froid , et surtout le froid humide , est peu favorable aux opérés ; ils sont alors contraints de garder l’appartement , et quelque attention que l’on ait, il ne^è peut, pas faire qu’ils ne ressentent l’impression de l’état atmosphérique du dehors, ou qu’ils ne soient plongés dans un air plus ou moins vicié par les émana-" tions dont, eux-mêmes sont la source. L’humidité unie à la chaleur , ' et probablement à la surabondance de ; l’électricité, favorise le développeînent des fièvres de mauvais caractère , celui de la pouriture d’hôpital , etc. ; et les malades à qui l’on pratique de grandes opérations, pendant que ces états atmosphériques exercent leur influence , sont placés dans leà conditions les moins favorables à l’heureuse issue des plaies qui en résultent. Dans les pays où l’année se divise en saison des pluies ou hiver, et en saison sèche ou été , c’est pendant la durée de celle-ci qu’il faut pratiquer lés opé-

PROLÉGOMÈNES. KJ

rations; l’excessive humidité qui règne dans l’autre ne leur permet que très -rarement d’avoir d’heureux résultats. Une chaleur sèche , lors même quelle est trèsélevée, est préférable au froid, à l’humidité, et surtout aux brusques variations de la température. Au printemps, d’ailleurs, où l’atmosphère est pure, et la chaleur douce et égale, la nature semble sortir d’un long sommeil , et le mouvement qu elle imprime à tout le corps est très-favorable au rétablissement des forces des malades et au succès des opérations. Le malade n’est alors occupé que d’idées gaies; l’espoir entre facilement dans son cœur; il pense au temps où il partagera la joie et les plaisirs de la campagne; et cette tranquillité de l’âme, ces douces émotions , sont les conditions les plus propres à hâter les convalescences et la cicatrisation des plaies. Aussi, quoique l’état général de la température soit assez semblable, en automne, à ce qu’il est au printemps, on doit toujours préférer cette dernière saison à l’autre pour la pratique des grandes opérations. Cette saison présente, il est vrai, cet inconvénient, que les maladies inflammatoires y sont plus communes; mais on sait qu’il est plus facile de remédier à ces affections lorsqu’elles sont franches, ainsi qu’on le dit, qu’à celles qui se compliquent de la prostration des forces.

Les opérés sont plus susceptibles que les personnes 4° Aux saines de contracter les maladies régnantés, c’est-à- rT=naut*s dire celles qui dépendent de l’état présent et des vicissitudes antérieures de l’atmosphère. On observe, dans certaines circonstances , que la plupart des sujets

PROLÉGOS1 ÈXES.

qui ont subi des opérations qui ne pouvaient être dif< férées, sont affectés, ou de catarrhes opiniâtres, ou de pneumonie, ou de pleurésies aiguës, ou d’inflammation de l’estomac, des intestins , du péritoine , qui mettent plus ou moins leurs jours en danger, ou qui entraînent même la mort. Il faut donc, pendant que ces affections sont communes, ne pratiquer que les opérations indispensables, et préserver les malades de l’action de toutes les causes qui pourraient déterminer l’apparition de ces funestes complications . Les hôpitaux sont les lieux où le traitement des plaies qui succèdent aux opérations présente le plus de difficultés, et où surtout il faut s’abstenir, autant que possible , dejes pratiquer dans les temps où des maladies graves exercent leurs ravages , et dans ceux où la pouriture d’hôpital est épidémique. M. Dupuytren ne s’écarte jamais de cette règle.

50 a l’état Tous les sujets ne peuvent pas être opérés aussitôt ^constitutioif fl116 la nécessité de le faire est reconnue. Les lésions du sujet. qUj nécessitent les opérations dépendent fréquemment

d’un état général de la constitution, qui les reproduirait bientôt après quelles auraient été faites, et qui .rendrait inutiles les douleurs du malade et les soins de l’homme de l’art. Il faudra donc toujours faire précédër l’exécution des opérations du traitement interne de l’affection générale à laquelle la maladie locale paraît liée. Ainsi la guérison du scorbut, des écrouelles, de la syphilis, etc., devra être complète , ou presque complète , avant les amputations des membres que des caries scorbutiques, scfofuleuses ou

syphilitiques rendent nécessaires; et alors les moyens propres à combattre ces affections devront être continués long-temps après l’opération, afin de consolidera guérison. La faiblesse de certains malades, épuisés par de longues douleurs et par d’abondantes suppurations, est quelquefois telle, qu’il faut, avant de recourir aux opérations que leurs maladies réclament , remonter , autant que possible , l’action de leurs organes , et leur rendre une quantité de forces sans lesquelles ils ne pourraient supporter la douleur de l’exécution, et fournir au travail inflammatoire qui doit la suivre.

Mais on ne doit pas se laisser tromper par cette faiblesse; et bien qu’il soit utile de chercher à la dissiper , il ne faut pas , quand on ne peut y réussir, abandonner le malade, l’êxpériènce ayant appris que les opérations les plus graves avaient eu souvent, dans ces cas, des succès inespérés.

Il est des circonstances où les opérations ne doi- 6° Aux savent pas être différées : telles sont celles où l’on se pa°rtfcuUèrês trouve fréquemment à l’armée. L’Académie royale de û^r^“ese chirurgie avait proposé, vers le milieu du dernier siècle, cette question de savoir s’il fallait amputer les membres aussitôt après les blessures qui nécessitent cette opération, ou s’il était plus convenable d’attendre, pour y recourir, que les accidens primitifs fussent dissipés. Boucher et Fatxre se trouvèrent , sur ce point, d’un avis opposé , et leurs opinions ont longtemps partagé les chirurgiens militaires; mais une expérience acquise par trente années de guerre ne permet plus de méconnaître que , sur le champ de

bataille surtout, les amputations, et toutes les opérations que nécessitent les plaies d’armes à feu, doivent être pratiquées à l’instant même.

Les plaies d’armes à feu , "même les plus simples, se compliquent, ainsi qu’on le sait, très-fréquemment d’un étranglement qui est provoqué par le gonflement des parties intérieures des membres, auquel s’opposent fortement les aponévroses qui les entourent ; et, si le blessé peut encore marcher, il est incontestable que les fatigues qu’il éprouvera accroîtront l’irritation , le gonflement et l’intensité des accidens ï qui en seront la suite; tandis que le moyen le plus rationnel de prévenir, ou de modérer ces accidens, • .—consiste à débrider d’abord les aponévroses , ét à rendre i la plaie, autant que faire se peut, semblable à une plaie faite par un instrument tranchant. Nous avons constaté un très-grand nombre de fois , et les bons effets de cette conduite, et les funestes résultats d’une conduite opposée.

Lorsque la lésion est assez grave pour exiger l’amputation, il faut encore l’exécuter sur-le-champ. Si , en effet, on ne la pratique pas dans les premières heures S qui suivent la blessure, il faudra la différer jusqu’au déclin de l’orage excité par le développement des phénomènes inflammatoires, toujours violens, qui succè- Æ dent à de semblables désordres; et quand on y re- 1 courra enfin, le sujet sera une seconde fois soumis à la même inflammation et à une suppuration aussi abondante, alors que la diminution de ses forces lui rendent ces nouveaux accidens plus difficiles à supporter.

Si 1 on adoptait les principes de Faure , le blessé serait ,

soumis deux fois aux chances défavorables qui résultent du développement de la fièvre traumatique, d’une suppuration abondante, et d’un séjour beaucoup plus long dans les hôpitaux.

Cette méthode pourrait peut-être être suivie dans cesétablissemens, si les blessés y étaient transportés immédiatement après avoir été atteints ; mais il n’en est pas ainsi à l’armée ; des transports de dix, vingt , trente et même cinquante lieues , sont quelquefois nécessaires avant d’arriver à un hôpital où se trouvent réunis tous les secours que la pharmacie et l’hygiène peuvent offrir aux malades comment leur faire entreprendre des voyages aussi longs, sur les plus mauvaises voitures, quelquefois même sur des caissons d’artillerie, et au milieu de chemins presque impraticables, lorsqu’ils ont des fractures comminutives dont les fragmens, ne pouvant être solidement contenus , irritent et déchirent les chairs, dans lesquelles ils s’enfoncent? Une telle conduite serait aussi déraisonnable qu’inhumaine; et nous devons rendre à Faure cette jusjice, qu’il ne l’a pas conseillée.

On a beaucoup parlé du mémoire de ee chirurgien; mais on lui a prêté des opinions qui n’étaient pas les siennes : sa doctrine n’était pas aussi • exclusive que celle qu’on lui a attribuée. Observons d’abord que la plupart des blessés dont il a communiqué l’histoire à 1 Académie n’étaient point dans le cas d’être nécessairement amputés ; et qu’en disant que , dans des cas semblables, il convient de différer l’opération, il a établi un précepte que fout le monde avoue, puisque tout le monde sait qu’il ne faut amputer un membre

que quand il est démontré que la lésion est assez grave pour ne laisser au malade aucune autre voie de guérison. Or, tous les chirurgiens militaires ont vu guéyir des fractures de l’extrémité inférieure du fémur, lorsque le désordre n’est pas considérable; des fractures des os du métacarpe produites par des balles qui avaient traversé cette partie d’avant en arrière; des fractures de la . partie supérieure du premier os du métacarpe produites par la même cause ; des fractures du calcanéum, avec déchirure du tendon- d’Achille : tous ces cas, qui sont les deuxième, cinquième, septième et huitième de ceux que Faure a cités, sont incontestablement des cas où il est douteux qu’il y ait nécessité d’amputer. Mais les autres blessés dont parle ce praticien ont éprouvé tant d’accidens graves, que l’on ne peut méconnaître que leur vie a été compromise , et que par conséquent on a eu tort de leur faire courir , sans aucun avantage, de pareils dangers. Quant aux véritables cas d’amputation , à ceux qui sont tels pour tous les praticiens , Faure conseille luimême d’opérer sur-le-champ , et il appuie ce conseil des raisons les plus péremptoires. Il cite les cas suivans : « l° S’il est question d’un membre tronqué; 2° dans le cas de quelques grandes articulations fracassées ; 3° dans le cas d’une extrémité presque détruite, les os s’y trouvant éclatés, avec une déperdition considérable de parties molles; 4° si les os se trouvaient , pour ainsi dire , moulus dans une grande étendue, et les parties molles fort meurtries et contuees , avec déchirement des tendons et des aponévroses; 5° si une articulation quelconque était frac-

torée, avec lésion considérable aux ligamens; 6° enfin, s’il était question d’un tronc d’artère ouvert. » Que l’on ôte ces six cas, qui exigent, suivant Faure, que l’amputation soit exécutée sur-le-champ, et que l’on désigne, si on le peut, ceux dans lesquels l'opération doit être différée, quoique l’indication de la pratiquer soit évidente dès l’instant de la blessure.

Il reste donc démontré que , dans toutes les circonstances et surtout à l’armée, les opérations que nécessitent les plaies d’armes à feu doivent être pratiquées sur-le-champ; que l’on ne doit différer les amputations que chez les sujets à qui l’on a l’espoir de conserver les membres; et que les situations malheureuses où il est possible que se trouvent les blessés, dans des lieux très-éloignés des villes, et obligés de supporter de longs et pénibles transports, doivent forcer quelquefois le chirurgien à sacrifier des membres qu’il aurait tenté de conserver dans des circonstances plus favorables.

Nous avons dû insister beaucoup sur cette question, d’abord, à raison de son importance; ensuite, parce que notre opinion différant de celle de Sabatier, il a été indispensable de présenter au lecteur toutes les raisons qui nous ont éloigné de la doctrine que professait ce grand maître.

Les lieux sur lesquels on pratique les opérations Du lieu dene sont pas toujours déterminés par la nature des ma- neceiM eladies qui les exigent. Dans certains cas, seulement, on est obligé d’agir sur le siège même de la lésion , ou sur les lieux les plus voisins : tels sont ceux de hernie étranglée, d’enfoncement du crâne, de fistule

lacrymale, etc. On appelle ces lieux, lieux de nécessité .

Du lieu D’autres fois, l’opérateur peut porter l’instrument à des distances plus ou moins grandes de la partie affectée. Les amputations delà jambe, lors des lésions du pied, les opérations de l’anévrisme par la méthode d’Anel, l’opération del’empyème, etc., appartiennent à l’espèce dont il s’agit, et les lieux où on les pratique sont des lieux d'élection.

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