CHAPITRE VII
Durée des règles. — Recherches statistiques. — Tableau de la durée. — Force des règles. — Recherches statistiques. — Force des règles dans la période de S jours. — Remarques particulières. — Résumé. — Causes qui influent sur la durée et la force des règles. — Influence des grandes villes. — Observations particulières. — Influence du mariage, de la grossesse, de l'accouchement, de l'allaitement. — Observations particulières. — Autres causes qui influent sur la durée et la force des règles.
La durée , la fréquence des règles , les causes qui influent sur ces deux phénomènes , sont autant de sujets qui peuvent donner lieu à des questions pleines d'intérêt.
Fidèle au plan que nous nous sommes tracé , nous avons noté la durée de la menstruation chez bQ'i femmes ; les faits que nous avons recueillis nous ont permis de les partager en neuf catégories , d'après le nombre de jours que se montrait l'écoulement.
Tableau de la durée des règles depiiisun jour jusqu'à dix.
Femmes réglées
pendant
1 jour
2 jours
142 DE LA MliNSTRUAÏIOIH.
Femmes réglées pendant 6 •
D'après ce résumé , on voit que les époques menstruelles , sous le rapport de la durée, peu vent être ainsi classées :
jours.
La proportion des femmes qui sont menstruées pendant huit jours est la plus considérable ; vient ensuite la période de trois jours. Mais quelles sont les causes de cette différence dans la durée ? Yoilà ce qu'il importait de rechercher ; c'est aussi ce que nous avons fait. Les renseignements que nous avons eu beaucoup de peine à obtenir , ne nous ont rien offert de certain. On peut cependant dire d'une manière générale, que les menstrues se prolongent plus long-temps dans les villes que dans les campagnes ; chez les femmes petites , délicates , nerveuses , que chez
(*) Dans celte neuvième catégorie, nous avons réuni les femmes dont la menstruation dépassait S jours; leur nombre peu considérable nous a puru un motif convenable pour ne pas en faire autant de divisions distinctes.
DURÉIÎ «ES RÈGLES. 14â
celles qui sont grandes, fortes, sanguines; chez les personnes qui mènent une vie sédentaire , molle , voluptueuse, que chez celles qui se Uvrent à des occupations activés, qui se nourrissent d'aliments sains, et dont les mœurs sont régulières.
L'analyse d'un certain nombre des faits qui ont servi de base à ce travail, nous paraît un complément nécessaire; ainsi, tandis que chez un grand nombre de femmes les règles durent huit jours et plus, chez d'autres elles ne se montrent que pour disparaître aussitôt. Il est des femmes qui ne voient que quelques heures. L'une d'elles n'était réglée chaque fois qu'un quart d'heure , et souvent même quelques minutes; sa santé était du reste fort bonne. La durée présente de grandes différences, depuis son commencement jusqu'à sa fin ; si le flux est souvent continu , plus souvent il diminue , s'arrête , revient , se montre et disparaît ainsi un certain nombre de fois. Observées dans le cours d'une journée, on voit les règles couler en abondance, lorsque la femme se lève, diminuer, s'arrêter même , pour reprendre dans l'après-diner ou la soirée ; la digestion parait modérer et môme suspendre le cours du sang. Nous ne croyons pas toutefois qu'il soi t complètement interrompu, car dans les moments où les femmes se croyaient le plus sèches, nous les avons touchées, et toujours nous avons ramené notre doigt teint de sang.
La même femme peut présenter des irrégularités trèsgrandes ; ainsi, elle a des époques de deux et trois jours , et d'autres fois elle n'est menstruée que quelques heures. Tantôt la menstruation dure sept à huit jours , tantôt elle se prolonge neuf , dix et douze jours , et rien n'annonce la cause de ces anomalies. Peut-être cependant tiennent-elles à des impressions morales, à des malaises, et à une soi'te
iUk DE LA MENSTKUATION.
(l'équilibre qiii rétablit en plus ce qu'il y avait en moins , sans cependant qu'il y ait des retours fixes , comme le croyaient quelques observateurs.
On voit des femmes chez lesquelles l'évacuation a d'abord été de huit jours , puis sans aucune influence appréciable, elle diminue successivement , de sorte qu'elle finit par ne plus être que de six , quatre , deux jours , et même de quelques heures. Cette diminution est quelquefois trèsbrusque. Ainsi de jeunes demoiselles sont menstruées la première fois huit jours, et puis aux époques suivantes, les règles ne coulent plus que six, cinq, quatre jours. Dans d'autres circonstances, le flux qui a coulé plusieurs années pendant sept, huit, neuf jours, diminue tout à coup de moitié. La durée de l'écoulement peut dépasser le temps ordinaire, sans qu'il y ait de maladie ou de lésion de l'utérus; c'est ce que prouve le fait suivant.
. Obs. XXXVII.— Le 26 octobre 1837, on reçoit, dans le service de M. Chomel, la nommée Laguette, âgée de 54 ans , marchande de légumes , née à Rouen. Cette femme, colorée , forte, blonde , d'un tempérament lymphaticosanguin, n'avait jamais eu de maladie avant le 28 juillet 1830, jour où elle, fut blessée par une balle qui lui entra dans le bras. Elle avait alors ses règles; elles furent à l'instant arrêtées. A dater de cette époque elle a commencé à éprouver des symptômes d'emphysème et à cracher du sang, quelquefois même très-abondamment. Ses règles ont paru à 11 ans , sans qu'elle s'en doutât, et depuis ce moment jusqu'au jour de l'accident, elles se sont toujours montrées irrégulièrement. Les intervalles de tranquillité étaient à peine de huit jours. Presque sans cesse baignée dans son sang, l'écoulement ne durait pas moins de huit, dix, douze, et même quinze jours.
FOR'. F. DF.S IIKGLES. ik'l
Pendant le long espace de temps qu'a persisté cet état, Laguette a toujours été bien portante, son appétit u' a pas cessé d'être bon ;jamais elle ne s'est plainte de faiblesse. Souvent, en sortant du lit , le sang coulait en telle abondance , qu'on eût dit d'une véritable perte ; c'était même parfois le seul symptôme de l'apparition des règles ; celles-ci étaient dans quelques cas annoncées par du malaise, de la céphalalgie, des coliques et de l'enflure aux jambes. Le flux menstruel n'a point reparu depuis sa suppression , mais pendant un an et demi il a été remplacé par un écoulement blanc trèsabondant. Laguetteest entréepour des accidents de poitrine.
Force des règles.
La question de la quantité ou de la force des règles est trop intimement liée à celle de leur durée, pour que nous l'en séparions. Nos recherches sur ce point portent sur 511 personnes. En voici les principaux résultats :
288 femmes prétendent n'avoir point eu d'interruption pendant leurs périodes ; elles ont vu tous les jours , mais plus ou moins.
\ Ml ont eu le milieu de leurs époques marqué par un
écoulement plus abondant.
'28 ont été fortement réglées dans les premiers jours , et
faiblement dans les derniers.
9 ont été plus abondamment menstruées dans les derniers jours de leur époque.
Ces quatre catégories offrent quelques divisions que nous devons faire connaître. Dans la première , qui comprend 228 individus, les règles ne se sont pas montrées d'une égale force pendant la période ;
i46 »K I,A MlNSTUUATIOiV
68 lois elles ont été modérées ;
127 » fortes;
39 » très-forles;
13 » assez fortes;
132 )' faibles ou en petite quantité.
La proportion des femmes qui voient pendant toute la période utérine est considérable, puisque sur les 511 , nous avons vu que 228 se trouvaient dans ce cas. La plupart , il est vrai , n'étaient pas toujours également réglées: il y avait des alternatives de force , de diminution , de repos ; mais ' il n'en est pas moins constant que 30 environ étaient aussi fortement réglées depuis le commencement jusqu'à la fin , quelle que fût la longueur du temps.
Le degré de force du flux menstruel chez ces 228 femmes , a présenté , relativement au chiffre , les résultats suivants : règles faibles , plus fortes , et enfin modérées.
L'examen de l'influence des tempéraments et des habitations sur la force des règles ne nous a présenté rien de positif; nous avons seulement remarqué que les tempéraments sanguin et lymphatique coïncidaient en général avec une menstruation peu abondante; les exceptions sont sans doute nombreuses , mais quelle est la règle en médecine qui ne subisse cette nécessité ?
La seconde catégorie , qui renferme les femmes dont les règles sont plus abondantes au milieu de la période que vers les deux extrémités, est composée de 144 personnes; depuis l'époque de 1 jour jusqu'à 8 et plus , l'instant où les règles coulent davantage offre de grandes variétés. Ainsi elles peuvent être abondantes quelques heures dans la période d'un jour, et durer avec la même force pendant deux j ours dans la période de trois ; nous choisirons parmi les différentes subdivisions, celle qui , par le plus grand nom-
FOnCK DKS UKGLES. \hl
bre de personnes qu'elle contient, peut donner une idée de. la marclie suivie par la nature.