PÉRIODE DE 8 JOURS
Ordre de la fo?'ce pendant cette période chez 114 femmes. Pendant les 8 joui s, plus fortes 2 à 3 jours chez 2 femmes
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Aucune époque n'est plus marquée l'une que l'autre depuis 3 à Zi jours jusqu'à 6 ; mais, en les réunissant, on voit que c'est l'époque moyenne qui est la plus considérable ; de sorte qu'on peut réellement avancer que chez les femmes menstruées 8 jours, la plus grande force du flux est depuis le 3' jusqu'au 5* jour. Cinq ont été menstruées avec la même force pendant les 8 jours, de sorte qu'on aurait dit qu'elles avaient une perte.
Il se présente, relativement à la quantité des règles, la même remarque que nous avons faite pour la durée : dans un grand nombre de cas, la force est discontinue ; elle est plus marquée à certains moments ; moins dans d'autres, et paraît même quelquefois cesser entièrement.
Les deux autres catégories ne concernent que très-peu d'individus, et n'offrent d'ailleurs rien de remarquable.
1/hS DE tA MRNSÎRrATfON'.
Parmi les faits nombreux qui font la base de ces recherches, plusieurs méritent que nous les examinions plus en détail, ou du moins que nous fassions connaître les conséquences auxquelles ils conduisent. La force des règles peut être la même pendant toute la période ; nous avons vu plusieurs femmes dont le sang coulait en grande quantité pendant 8 jours, par exemple, sans s'arrêter, et qui ce-^ pendant n'éprouvaient aucune faiblesse. Il est réellement curieux d'observer combien les femmes peuvent perdre de sacg par les voies naturelles, sans qu'il se manifeste d'affaiblissement, de diminution de forces. Dans quelques cas on voit les règles abondantes pendant presque tout le temps, ne plus l'être que pendant la moitié de la période, sans qu'on puisse trouver dans la recherche des causes la raison de ce changement. Dans des cas tout-à-fait différents, les menstrues, abondantes pendant une partie seulement de la période, le devenaient pendant tout le temps.
Par opposition à ces règles qui simulent de véritables pertes, le flux sanguin peut ne se montrer que quelques instants et laisser àpeine la trace de son passage. La même femme peut offrir des anomalies sous le rapport de la force, ainsi tantôt une époque est plus abondante, tantôt elle est plus faible. Désorraeaux croyait avoir remarqué que cela arrivait d'une période à l'autre , mais il est probable que cet excellent observateur avait conclu plutôt d'après quelques faits consignés dans sa ii^émoire que d'après la méthode rigoureuse que nous avons suivie. Les intermittences que nous avons signalées dans la durée existent également pour la quantité ; ainsi des règles très-fortes pendant un, deux jours, cessent, reviennent et disparaissent. Dans les règles très-abondantes nous avons trouvé plusieurs fois de gros caillots.
FORCE Dts iii;gh:s. 1A5
En résumant les faits principaux de ces recherches, nous pouvons dire d'une manière générale que la durée ordinaire des règles est comprise entre un et huit jours, et que les deux périodes qui renferment le plus de femmes menstruées , sont celles de 8 et de 3 jours.
Les auteurs qui ont écrit sur la durée des règles ont présenté des évaluations analogues, sans les baser cependant sur aucun nombre. Les anciens avaient également indiqué les limites de cette époque ; Moïse, au Lévitique, dit que l'évacuation de la femme est de deux jours. Hippocrate, au livre de N attira piœri et au premier de Moi^bis mulierum, la fixe à deux ou trois jours. Aristote, au 2" ch. du septième de X Histoire des animaux, lui attribue le même laps de temps. Dans notre pays la période de 8 jours est la plus élevée.
Relativement à la force des règles, on constate que plusieurs femmes sont presque également réglées pendant toute la période menstruelle. Le plus ordinairement il y a une augmentation dans la quantité des règles vers le milieu de l'écoulement ; chez quelques-unes les menstrues sont plus abondantes, tantôt au commencement, tantôt à la fin.
Des causes, jusqu'alors peu connues, peuvent faire varier d'une manière notable la durée et la force des règles, non-seulement chez les femmes en général, mais chez la même femme en partie uHer.
Si les agents modificateurs de ces variations menstruelles nous échappent dans un grand nombre de cas, souvent aussi nous pouvons apprécier les causes qui déterminent ces changements.
Déjà en signalant les influences qui favorisent, accélèrent , retardent l'arrivée du flux menstruel , nous avons appelé l'attention sur les différences apportées dans cette
150 DE LA JlKiSSTRUATlON,
grande fonction , par l'habitation dans les campagnes , et dans les villes par les conditions sociales, le genre de vie. l'éducation, les mœurs, les tempéraments , les constitutions, etc. Nous allons donner quelques développements à ce sujet, en nous arrêtant d'une manière plus spéciale sur certaines conditions.
Influence des grandes villes.
Il est réellement curieux d'observer les perturbations que déterminent dans la période menstruelle les changements de demeure , et surtout l'habitation des grandes villes. Rien de plus commun que de voir de jeinies fdles arrivées de la campagne se mettre en condition à Paris, et avoir presque aussitôt une diminution ou une suppression de leurs règles. Chez 38 femmes dont nous avons pris les observations, 15 avaient eu une suppression qui avait persisté de deux mois à un an; 12 avaient eu une diminution notable dans la quantité, et quelques-unes avaient fini par avoir des suppressions; 5, au contraire, avaient vu leurs règles couler plus abondamment et plus fréquemment; chez 6 elles étaient devenues irrégulières , et chez 2 d'entre elles l'irrégularité durait depuis dix ans; dans 2 cas les menstrues, jusqu'alors sans douleurs, avaient été annoncées par des cohques, des maux de reins et d'autres symptômes; chez 2, enfin, l'arrivée à Paris avait été le signal de la disparition de tous les accidents. L'une de ces femmes était sujette dans son pays, depuis un certain nombre d'années, à éprouver de violents maux de tête aux approches de chaque période : après quelque temps de séjour dans la capitale, elle fut complètement débarrassée de la céphalalgie, et, depuis treize ans qu'elle l'habite, elle a'a jamais ressenti la moindre incommodité. Cette sup-
1^FLUENCE DLS GUAAOliS VILLIiS. 151
pression des nieustrues ne se lie, le plus ordinairement, à aucun état morbide appréciable. Quelquefois cependant nous l'avons vue précéder des maladies graves, comme la fièvre typhoïde. Souvent elle ne donne lieu à aucun symptôme, mais souvent aussi elle détermine des coliques, des maux de ventre, des feux, des chaleurs, etc.
Obs. XL. — Une femme d'environ oO ans , forte, bien constituée, pléthorique, réglée à 16 ans, avec modération, mais régulièrement, quitte la campagne pour venir habiter Paris. Bientôt ses menstrues diminuent, s'arrêtent, se suppriment ; elle ne tarde pas à éprouver des fourmillements partout le corps; les jambes se tuméfient, deviennent le siège d'une infiltration considérable ; il y a de l'op pression; elle se détermine à entrer à la Charité , où elle est reçue dans le service de M. Fouquier, en juillet 1823. L'extérieur de cette femme, la force de son pouls, l'absence de tout symptôme indiquant une lésion organique ou une atteinte profonde portée à l'organisation, ne nous permettent pas de douter que l'anasarque ne soit le résultat de la suppression. On fait une forte saignée un peu avant l'époque habituelle, le gonflement et l'oppression cessent en quelques jours, et l'écoulement du sang menstruel vient mettre le sceau à la guérison complète.
Obs. XLL —Le 26 octobre 1837, Luillier, âgée de 19 ans, fille, née à Rue ( Haute- Saône ), est reçae dans le service de M. Honoré, à l'Hôtel-Dieu. Elle est grande", assez forte, blonde, d'un tempérament lymphatico-sanguin. Ses règles sont venues à 16 ans, dans son pays, pendant qu'elle travaillait dans les champs , et sans qu'elle en fut aucunement avertie. Depuis ce moment elles se sont montrées régulièrement tous les mois, pres- (|ue aux mêmes époques. Elle les avait trois jours fortes et
152 , DE LA MENSTllUATIOX.
huit jours faibles; jamais elle n'a eu de flueurs blanches. Le plus ordinairement elles apparaissent le matin; aucun symptôme n'annonce leur retour.
A son arrivée à Paris, qui a eu lieu il y a quinze mois, une suppression s'est aussitôt déclarée , elle a duré huit mois. Pendant ce temps la marche a été pénible, les jambes s'enflaient légèrement. Ces incommodités ne l'ont pas empêchée de se livrer à ses travaux habituels. Avec le temps, les accidents se sont dissipés, quoiqu'elle n'ait eu recours à aucune médication, et les règles ont fini par reparaître sans qu'elle les eût provoquées par des remèdes. Pendant son séjour à l'hôpital, où elle avait été admise pour un anasarque qui a parfaitement guéri, les règles ont manqué une fois.
La suppression des règles par suite du séjour dans les salles est un fait que nous avons eu l'occasion de constater. On voit entrer dans les hôpitaux des femmes pour des affections légères ou qui ne sont pas liées à l'utérus, et l'écoulement menstruel se supprime sans qu'on puisse rattacher cet accident à d'autres causes qu'au séjour de la maison.
Ce dérangement de la menstruation ne se montre pas seulement dans les circonstances précédentes, mais il s'observe également chez les jeunes personnes qui s'éloignent du toit paternel pour faire leur éducation dans les pensions. Les renseignements que nous avons pris sur les étabhssements religieux nous ont révélé le même fait. Les jeunes novices qui viennent du dehors pour prononcer leurs vœux ont très -souvent des suppressions après leur entrée dans la maison , et ce n'est qu'après un séjour de quelques mois qu'elles voient leurs règles se régulariser (1).
(1) Observation coBimuniquée par MM. Récaniier et Pidoux. Nous verrous dans la seconde partie de ce travail, que la dysménorrhée est un accident surtout trèsfréquent parmi les personnes cloîtrées.
1M'LL1L.\CE DtS GKA^DJtS YILLLS. 155
M. le docteur Deleau a eu la complaisance de nous communiquer plusieurs observations qui démontrent également l'action puissante qu'exercent les grandes capitales , et en particulier Londres et Paris , sur les jeunes personnes qui arrivent de la province. Un certain nombre de demoiselles auxquelles ce médecin distingué a donné des soins, avaient eu presque immédiatement après leur arrivée dans ces capitales un relard de trois à quatre mois dans leur menstruation^ sans que la santé générale en parût souffrir. 11 a vérifié cette observation sur plus de trente sujets. Il a aussi remarqué que les jeunes Anglaises qui partaient de Paris pour retourner à Londres, avaient un retard plus ou moins prolongé. Dans les premiers mois de la suppression , il n'y a , en général , aucun phénomène appréciable ; mais lorsque les règles sont pour venir, on note quelques prodromes, tels que des coliques, des maux de reins, etc.
11 ne faut pas croire que celte action soit bornée aux grandes capitales, nous l'avons aussi constatée pour les filles de la campagne qui se rendent dans les villes, plusieurs d'entre elles ne tardent pas à avoir une diminution ou même une suppression de leurs règles.
h quoi lient ce trouble de la menstruation? Selon toutes les probabilités , au changement d'habitudes, de mœurs, de nourriture, de vie ; à l'éloignement du pays, à l'influence des localités nouvelles. On n'a point assez donné d'attention au grand phénomène de l'acclimatement auquel sont soumis tous les êtres de la nature. Son influence n'est pas seulement d'un continent à l'autre, mais même d'un pays à uupays plus ou moins voisin. Sur soixante Français qui furent chargés conjointement avec! nous d'une mission philanlropique en Pologne, un quart péritde la fièvre typhoïde ; dans les guerres d'Italie les Russes et les Allemands con-
\bU DE LA JIEKSTRUATION.
Iraclaieut à ÎSaples, pendant l'été , des lièvres d'une gravité insolite. Des faits analogues ont été cités par Chlegorn , relativement aux Anglais nouvellement débarqués à Minorque.
En France même l'influence d'un département à l'autre se lait sentir sur les jeunes gens qui arrivent à Paris, où un assez grand nombre d'entre eux périssent du typhus ; on ne saurait donc mettre en doute que la constitution physique de l'homme ne se lie par une chaîne mystérieuse au sol natal ; il peut, à la vérité, changer de contrée et aller habiter d'autres pays, mais il faut qu'il paie son tribut à sa nouvelle patrie.
La nostalgie doit encore être prise en considération. Si beaucoup d'individus jouissent de l'heureux privilège d'abandonner sans regret la maison paternelle pour vivre au milieu d'étrangers, un grand nombre d'autres subissent les douloureuses angoisses de l'éloignement. Il ne faut pas cependant perdre de vue que quelques femmes ont vu leur santé s'améhorer, devenir excellente par le séjour des grandes villes, ce qui ne tenait point, ainsi que nous nous en sommes assuré, à une améhoration dans le sort, mais à cette inexplicable idiosyncrasie , véritable protée de la médecine.
Influence du mariage^ de la grossesse, de l' accouchement, de l'allaitement.
L'appréciation des faits relatifs à l'influence des grandes villes sur la durée et la quantité des règles nous a permis de présenter quelques considérations nouvelles , ou du moins des résultats plus précis ; l'examen de ceux que nous allons maintenant étudier nous fournira quelques renseignements utiles. Sur vingt-cinq femmes mariées dont
Î.NFLUEiNCE DU MARIAGE, DE LA GROSSESSE, ETC. 155
nous avons pris les observations, quatorze dont les menstrues étaient irrégulières depuis un temps plus ou moins long, furent parfaitement réglées après le mariage.
Obs. XLII. — Une de ces femmes, âgée de 60 ans, brune, d'un tempérament bilieux, d'une constitution affaiblie, fut admise, le 9 octobre 1837, à l'hôpital de la Charité, dans le service de M. Fouquier, pour une maladie du foie. Elle avait été réglée à 18 ans, au milieu des champs, sans avoir éprouvé aucune souffrance. Depuis cette époque jusqu'à l'âge de 22 ans, elle fut mal menstruée, elle voyait peu et de loin en loin ; mais immédiatement après le mariage, les règles parurent régulièrement; elles duraient deux jours, et venaient sans aucuns signes précurseurs. A 50 ans elle perdit sans s'en apercevoir, et depuis elle n'a eu d'autres symptômes que ceux qui ont été déterminés par la maladie du foie.
Obs. XLIII. — Ledeguel, âgée de o7 ans, couturière, blonde, lymphatico-sanguine, d'une taille moyenne, d'une bonne constitution, entra, le li avril 1839, à l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Jadioux, pour des convulsions liées à une hémiplégie. Cette femme fut réglée à 11 ans, dans son pays, sans être malade ; puis les règles restèrent deux ans sans revenir. A 13 ans la fonction s'établit d'une manière régulière, mais de temps en temps elle était troublée par des hémorrhagies utérines qui duraient cinq à six semaines. Lorsqu'elles étaient pour avoir lieu, Ledeguel devenait très-rouge, avait de la céphalalgie, de l'oppression, se plaignait de douleurs dans la partie; dès que le sang coulait tous ces symptômes s'arrêtaient, et elle se portait ensuite très-bien.
Ces hémorrhagies persistèrent plusieurs années. Ledeguel s'étant mariée à 20 ans, les perles cessèrent entière
io6 V)I, LA MENSTRUATION.
ment, et depuis les menstrues se sont toujours bien montrées.
Parmi les autres femmes, 5 furent menstruées plus abondamment, 6, au contraire, virent leurs règles diminuer de quantité.
Si le mariage, dans le plus grand nombre de nos observations, a régularisé les menstrues, il peut aussi être sans action et déterminer même des accidents.
Obs.XLIV. — Le 11 octobre 18o7, la nommée Grieux, âgée de 69 ans, couturière, née à Thiberville , département de l'Eure, est reçue à l'Hôtel-Dieu , dans le service de M. Magendie. Cette femme, grande et grasse, a eu les cheveux châtain foncé; son tempérament est lymphatique, sa contitution peu forte. Elle a été réglée à 19 ans avec beaucoup de peine, ayant tous les symptômes de la chlorose ; pendant l'espace d'un an elle n'a vu qu'une fois. Mariée à 20 ans, ses règles ne sont jamais venues régulièrement ; elles coulaient un jour et une nuit en trèspetite quantité ; le sang était noir, épais ; son ventre était gros, ses jambes s'enflaient facilement.
Lorsqu'elle était fille, l'approche du sang menstruel était annoncée par de violentes coliques qui se sont passées après son mariage, mais qui ont reparu après l'âge critique , circonstance sur laquelle nous insisterons dans l'histoire des maladies. Maigre cette menstruation difficile, irrégulière, elle a eu quatre enfants. Les suites découches ont été heureuses ; seulement elle voyait très-peu. La ces- . sation des règles a eu lieu à 35 ans, à la suite d'un saisissement, et depuis elle a eu des hémorroïdes abondantes qui ont persisté pendant plusieurs années, et qui ont été ensuite remplacées par des douleurs dans les articulations.
i>FJAEi>'CE DU MARIAGE^ DE LA GROSSESSE, ETC. 157
Obs. XLY. — Une jeune dame, née à Paris, est réglée à 15 ans, sans douleurs, et depuis ce moment le flux se montre régulièrement et abondamment jusqu'à l'époque de son mariage. Peu de temps après elle éprouve des douleurs dans le vagin, qui augmentent à chaque rapprochement. Celles-ci se propagent dans les lombes, et les règles ne tardent point à diminuer considérablement de quantité. Des moyens convenables eurent bientôt rétabli la santé.
Nous avons vu les menstrues augmenter ou diminuer de durée et de force; elles se suspendent complètement sous l'influence de deux phénomènes physiologiques : la grossesse et l'allaitement. Cette règle n'est point cependant sans exception, comme le prouvent les faits que nous avons recueillis.
Dans huit observations nous avons vu cinq fois les règles reparaître les 2, 3 et /|. premiers mois de la conception ; 3 fois elles ont persisté pendant tout le temps de la grossesse.
Obs. XLYl. — Une de ces femmes, chaussonnière à Mazaurienne, dans le Cantal, avait eu trois couches à la suite desquelles elle avait revu au temps ordinaire. Mais dans la quatrième grossesse, qui eut lieu en Algérie, elle affirme avoir été régulièrement menstruée pendant neuf mois ; suivant elle, celte disposition serait commune parmi les femmes de ce pays !
Obs. XLYH. - Le 28 août 183/i, Gérard, âgée de 55ans, veuve, entre à la Pitié, dans le service de M. Louis. Elle a eu plusieurs couches , mais dans la dernière grossesse , qui a eu lieu à 32 ans, elle a vu tous les mois ; seulement chaque fois elle ne marquait son linge que de la largeur d'un écu.
158 DK LA JSKNSTUtiATIOiX.
Obs.XLYIII.— Madame***, veuve d'un chef de bataillon, âgée de 37 ans^ d'une assez bonne constitution, Irès-nerveuse, a été réglée à 11 ans, sans maladie; elle a été si surprise, qu'elle se croyait blessée. A partir de ce moment le flux menstruel est venu régulièrement tous les mois ; il durait sept à huit jours avec une extrême abondance. Les dates étaient tellement précises, qu'elle ne se trompait jamais. Au commencement de son mariage elle éprouvait des coliques, des maux de reins. Os accidents se sont dissipés au bout de quelque temps. Elle a eu trois enfants ; ses couches ont été heureuses : les deux premières n'ont lien offert de particulier, mais pendant la dernière grossesse, quoiqu'elle se portât très-bien, elle a continué de voir tous les mois aux mêmes époques, seulement en moindre quantité. L'enfant dont elle est accouchée , et qui a aujourd'hui 16 ans, jouit d'une bonne santé.
L'époque de la grossesse peut même être la seule où les iemmes soient réglées, ainsi que le prouvent les observations rapportées par Roderic à Castro (M éd. mal. p. 59), Avant de Felz ( p. 8), Stalpart Vanderwielden (cent. 1. Obs. 76) etHilden (cent. 5. Obs. M).
Les mêmes remarques s'appliquent à l'allaitement ; car si dans l'immense majorité des cas les règles sont complètement supprimées , elles peuvent aussi se montrer dans quelques circonstances. Sur 27 femmes qui nous offrirent des anomalies de ce genre, nous notâmes que les menstrues avaient reparu deux fois après six semaines d'allaitement, quatre fois après quatre mois, une fois après cinq, trois fois après six, et une fois après huitmois. Dans 12 cas elles eurent lieu pendant toute la durée de l'allaitement. Dans la plupart de ces faits la santé des enfants ne fut aucunement altérée. Chez une de ces femmes , qui pendant les
INFUENCK Di; MARIAGE, DE LA GROSSESSK, ETC. 159
\ingt mois que dura rallaitement,^!! régulièrement toutes les trois semaines, le lait fut toujours comme de l'eau trouble, et l'enfant, faible et débile, ne tarda pas à succomber. Une autre fut réglée pendant huit grossesses, mais le lait se montra toujours séreux, peu riche ; les enfants étaient faibles et moururent tous entre quatre et cinq ans. Dans trois observations, les règles se montrèrent pendant le cours de l'allaitement, mais d'une manière irrégulière. Une de ces femmes présenta cette circonstance remarquable , que le sang ne coulait que lorsqu'elle avait une émotion.
L'influence de l'accouchement sur les règles ne pouvait manquer de nous fournir quelques réflexions pratiques. Les 164 femmes que nous avons examinées , nous ont en effet présenté quelques faits intéressants sur l'époque du retour des règles, sur leur augmentation, leur diminution, leur suppression, leur régularité ou leur irrégularité, et sur quelques autres particularités.
Chez 82 femmes qui nous ont dit d'une manière précise le temps où revenaient les règles, les époques ont pu être ainsi distribuées :
1 menstruéepresqu'immédiatemeutaprès l'accouchement,
i après 8 jours ,
tl
semaines,
mois,
semaines.
à 6 semaines,
mois,
à 6 mois,
160 r>r. r.A Mr.?y'STr.i'ATio>'.
L'époque de six semaines à deux mois est donc celle qui est le plus ordinairement suivie du retour des règles; mais il ne faut pas être surpris quand elles retardent de trois à quatre mois. En général, lorsque ce terme se passe sans que les menstrues reparaissent , il faut redouter quelqu' affection de l'utérus ou de ses annexes , et c'est aussi ce qui existait dans nos deux dernières observations.
L'accouchement a une action très-marquée sur la force el la durée des règles. Dans 2>!i de nos observations, elles avaient subi une diminution plus ou moins considérable sous le rapport de la quantité et de la durée. Dans 18 cas elles étaient devenues beaucoup plus abondantes ; 7 fois elles furent régularisées. L'une des femmes de cette catégorie était régulièrement menstruée depuis plusieurs années, et offrait en même temps tous les symptômes de lachlorose; l'accouchement ramena la fonction à l'état normal et guérit l'autre affection,
Obs. XLIX. — Le 1" octobre 1837, la nommée Rogerre, âgée de /i5 ans, papetière, née à Sirêt ( Moselle ), est reçue dans le service de M. Rayer, à la Charité. Cette femme, forte, grande, d'un tempérament lymphatico-sanguin, a été réglée à 12 ans, dans son pays, après avoir été fort malade pendant un an ; elle avait la jaunisse et ne pouvait se servir de ses membres. Jusqu'à l'âge de 17 ans ses menstrues sont revenues régulièrement, et leur durée était de huit jours. A cette époque elle a fait une forte maladie qu'elle qualifie de fièvre putride, et qui a déterminé une suppression de neuf mois. Au bout de ce temps les règles reparaissent, mais irrégulièrement et en petite quantité ; elles sont accompagnées de douleurs, de coliques. Rogerre se marie dans cet élat^ et accouche d'un enfant bien portant. A partir de ce moment, les menstrues se régularisent et se montrent de nouveau avec abondance.
î.\FI.Ur.KCF. nu ilARIACE, DE I.V GROSSESSE, ETC. 16î
(Quelquefois raccoucheraenl ne régularise point la fonction, il peut même produire des désordres dans la menstruation, mais presque toujours alors l'utérus est malade et doit être soumis à l'examen. C'est , au reste , ce que nous avons constaté cinq fois.
Dans six observations , les douleurs , les coliques et les autressymptômesont complètement disparu; mais dans cinq cas , l'accouchement a été le point de départ des souifrances qui se sont fait sentir à chaque époque menstruelle.
Parmi les causes qui ont encore été rangées par les auteurs comme ayant une action réelle sur la durée et la force des règles, nous ne de vous pas omettre la continence, les passions vives, l'usage des plantes odoriférantes ; suivant Gardien, il faut aussi placer au nombre de ces causes l'emploi du pouliot, les bains de pieds, le bain de vapeur dirigée vers cette partie , les sangsues , les pessaires médicamenteux , les liqueurs spiritueuses , les images obscènes, les chants trop tendres, la nourriture abondante, les aliments succulents, la vie sédentaire, le défaut d'exercice et l'oisiveté. Freind , dans son Emménologie, dit qu'une abondante salivation diminue la quantité des règles.
Les rapprochements trop fréquents ont plus d'une fois augmenté la quantité et la durée des menstrues. Tissot a rapporté plusieurs observations curieuses de fdles publiques qui avaient péri d'une manière tragique par suite de ces excès.
Parent Duchatelet, qui, dans son Histoire de la prostiliUion, nous a donné quelques détails qu'on désirerait plus complets , dit que parmi les prostituées, les unes sont bien réglées, les autres médiocrement. La menstruation, chez elles, peut suivre sa marche périodique et régulière pen dant un temps pinson moins long, et finir par s'altérer.
i62 DK LA JIENSTRIJATIOS.
Les pertes abondantes, constituant une maladie sans la moindre lésion organique, sont assez fréquentes chez les prostituées; dans l'espace de six mois on a pu en observer douze aux Madelonnettes; l'une d'elles s'est terniinée^,par la mort, et l'ouverture du cadavre a prouvé qu'elle était sans lésion organique et sans la moindre trace de rougeur dans les parties qui l'avaient fournie (i). On les a constatées chez des filles de i/i. à 15 ans. Les pertes ne s'observent pas dans les maisons de détention des femmes, ce qui indique qu'elles sont dues à leur métier (2).
Peut-être faut-il encore considérer comme favorisant ces hémorrhagies, l'usage où sont ces malheureuses de se laver, pendant la période menstruelle, avec des substances astringentes, et de se garnir d'épongés. Dupuytren, dans sa lettre sur le choléra-morbus, raconte que les filles publiques de Bedin, importunées par une évacuation incommode , prennent des préparations de plomb pour faire cesser leurs règles; et, par-là, trouvent à donner chaque mois quelques jours de plus à la prostitution (3). Le docteur Dewees rapporte que les jeunes filles d'Amérique plongent fréquemment leurs jambes dans l'eau froide à l'époque de leurs règles, lorsqu'elles vont à quelque partie, et que la suppression qui en résulte ne gêne en rien leurs plaisirs. Les auteurs de Y Encyclopédie de médecine pratique ont fait la remarque que les femmes attachées aux étabhssements de bains de mer, comme baigneuses, peuvent rester plusieurs heures dans l'eau, en sortir^ y rentrer de nouveau, sans que leurs règles en soient aucunement altérées {l\).
(1) Nous en citerons un exemple dans la seconde partie de ce travail.
(2) Parent Duchatelet, Histoire de la prostitution , 1837, tome I, page 250.
(3) Journ. hebd., n" 73, t. VI, p. 213. {li^ Çyçlppedia ,\o\. \l\ , \i. iiQ.