CHAPITRE VIII
Qualités du sang menstruel. — Opinion sur ses propriétés vénéneuses, délétères., médicinales. — Changements produits par le système nerveux , par les maladies. — Opinions contradictoires sur la présence ou l'absence de la fibrine. — Caractères physiques. — Caractères chimiques. — Caractères microscopiques. — Opinions de MM. Denis , Nauche, Retzius , et de l'auteur, — Nouvelle analyse du sang menstruel.
Partout se retrouve cette grande lutte de la vérité et de l'erreur, du pour et du contre. Une opinion, un fait viennent-ils à surgir ausein de lasociété,à l'instant on s'en empare^ et des arguments également contraires, souvent également puissants, presque toujours embarrassants, sont mis en avant par les deux parties. C'est l'histoire de toutes les questions en médecine , c'est celle des qualités du sang menstruel en particulier. A peine des recherches sont-elles dirigées sur ce point, qu'on voit Hippocrateet ses disciples soutenir que ses propriétés ne diffèrent en rien de celles du sang ordinaire ; Pline, Columelle, et plus tard Fernel, affirment, au contraire, que le sang des règles a des qualités vénéneuses et délétères. Cette opinion est adoptée par les législateurs et les peuples, parce qu'elle flatte les préjugés, et que ce motif a été et sera toujours la règle de conduite du plus grand nombre.
Moïse ordonne aux femmes de ne pas entrer dans les temples , et de ne pas avoir commerce avec leurs maris pen~
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dant la période (i). D'après Pallas , les femmes Samoièdes et Osliaques sont obligées , pendant la durée de leurs règles , de se tenir à l'écart , d'enjamber souvent un brasier ; elles ne peuvent préparer le repas des hommes , ni rien leur servir (2). Suivant Levaillant, dès qu'une jeune fille Génaquoise s'aperçoit qu'elle est menstruée, elle se retire dans la solitude et se construit une cabane (3). De nos jours on croit généralement que les femmes réglées peuvent faire tourner le lait; si dans le plus grand nombre de cas la mauvaise odeur de ce sang est liée à la malpropreté, il faut aussi convenir que cette explication n'est pas toujours admissible. Nous avons connu une femme qui avait le plus grand soin d'elle, et qui avait fort bien observé que dans plusieurs circonstances, sa présence, à l'époque deses règles, avait plusieurs fois coïncidé avec ce résultat. L'odeur forte que nous avons notée chez les négresses et les mulâtresses, peut sans doute altérer le lait et les liqueurs muqueuses , et leur faire contracter l'acidité.
Le sang menstruel possède quelquefois des qualités délétères chez les femmes qui sont atteintes d'affections dartreuses, cancéreuses, psoriques. Swediaur, dans son ouvrage sur les maladies syphilitiques, étabUt, par plusieurs observations authentiques , que l'on peut dans ces circonstances gagnerpar le coïtdesblénnorrhagies qui nesont pas vénériennes. Un homme recommandable vint nous consulter un jour pour un écoulement jaunâtre, épais, abondant, qui s'était montré douze heures après un rapprochement avec sa femme. Il n'éprouvait aucune douleur, les antécédents nous étaient bien connus j, nous le rassurâmes; deux jours s'é-
(1) Moïse, Lévitique.
(2) Pallas, Voyage dans la Russie et dans l'Asie-Septentrionale, t.V.
(3) Levaillant , Voyage en Afrique,