‹ De la menstruation, considérée dans ses rapports physiologiques et pathologiquesChapitre 49 sur 120 · GAIIACTÈUES PHYSIQUES DU SANG MENSTRUEL · texte numérisé non relu

GAIIACTÈUES PHYSIQUES DU SANG MENSTRUEL

l'existence de la fibrine dans le sang. Les caillots sont un lait incontestable; la coagulation ne saurait être rejetée, et les recherches que nous avons faites sur ce point nous ont montré dans plusieurs cas la présence des caillots. Presque toujours ils se forment dans le vagin ; mais chez une dame qui avait des tranchées utérines absolument semblables à celles qui se déclarent quelques heures après l'accouchement, nous avons constaté fexpulsion de petits caillots. M. Yelpeau pense qu'en général le liquide des règles ne contient point de fibrine (1). M. Dubois ne croit pas que le sang soit dépourvu de fibrine chez toutes les femmes ; Burdach fait la remarque que le sang menstruel , de même que celui de l'embryon et des animaux inférieurs , est dépourvu de la coagulabilité qui se rattache à la présence de la fibrine , ce qui fait que retenu il peut rester liquide des années entières.

Si la présence des caillots est positive pour nous, nos expériences nous démontrent que le sang des menstrues peut se conserver plusieurs jours sans se coaguler; qu'il se sépare alors en deux parties, la sérosité et le cruor. Dans quelques cas, et en particulier chez les femmes fortes et pléthoriques , il a conservé une belle couleur rouge ; il ne nous a point paru exhaler aucune odeur caractéristique après ce laps de temps.

Caractères physiques du sang menstruel.

Lorsque le sang a été obtenu pur, il est rouge, liquide, un peu poisseux, légèrement odorant , et a les plus grands rapports avec le sang artériel ; sa saveur est légèrement

(1) Vclpcau, Traité complet de l'art des accouclicmcnts , t. I'', page lî<3, 2" édilioii 18i35,

172 DE LA MENSTRLATION.

salée. Au bout de quelque temps il se divise eu sérum et en cru or. La combinaison peut persister long-temps ; chez un certain nombre de femmes il y a un mélange de sang liquide et de caillots ; sa couleur varie souvent sans que les conditions nous soient toujours connues; au lieu d'offrir une coloration rouge, vermeille, il peut être d'un rouge obscur, d'une odeur particulière, et présenter des gi'umeaux ; c'est le cas qui paraît le plus commun à M. Denis. Nous ne saurions partager son opinion , tout en rendant justice à la bonne direction de ses travaux.

Caractères chimiques du sang menstruel.

M. Denis, dans ses recherches sur le sang , a donné l'analyse de celui d'une femme de 27 ans. Il lui a paru consister uniquement en un mélange de sang artériel et de mucosités dont la proportion varie selon les circonstances du moment et l'état individuel permanent. Yoici les différents éléments qu'il a trouvés :

Eau 825,00

Globules 64, /iO

Albumine 48,30

Matières extractives 01,10

— grasses 3,90

— salines 12,»

Mucus 45,30

Nouvelle analyse du sang menstruel.

Ce travail a été repris dernièrement par M. Bouchardaf, qui a eu la complaisance d'analyser le sang d'une de nos cHentes qui a bien voulu se prêter à cette expérience, l'une des plus désagréables, des plus pénibles que nous connais-

CARACTÈRES CHIMIQUES ET ANALYSE DU SANG MENSTRUEL. 17â

sions. Pour recueillir une quantité de 22 grammes, environ une once , il a fallu que le spéculum , qui embrassait exactement le col, restât dix heures en place, ce qui peut déterminer une sensibilité morbide, de la douleur, et même des coliques; sans cette précaution le sang se trouve mélangé à une très- grande proportion de mucosités vaginales et d'urine, ainsi que le prouvent les cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien que nous y avons rencontrés plusieurs l'ois, lorsqu'on n'avait point eu recours au spéculum.

Cette dame, âgée de 35 ans, avait eu plusieurs enfants ; ses règles coulaient huit jours à des époques régulières; sa constitution était délicate, quoiqu'elle n'eût jamais fait de maladie ; son tempérament était lymphatico-sanguin avec prédominance nerveuse ; l'écoulement menstruel, autrefois très-abondant, avait diminué depuis les enfants; sa nourriture était plutôt végétale qu'animale, parce que l'estomac supportait plus facilement ce genre d'ahmentation ; la boisson habituelle était le lait. L'appréciation de ces diverses circonstances nous a paru utile pour se rendre compte de la grande quantité d'eau que présenta l'analyse de son sang. Yoici maintenant les principes qui ont été signalés par M. Bouchardat :

Eau 90,08

Matières fixes 6,92

Les matières fixes étaient ainsi composées :

Fibrine, albumine, matière colorante 75,27

Matières extrac tives — grasses

Sels

Mucus

100,00 La proportion d'eau est considérable, mais nous croyons

OM

17Zl DC LA MEXSrnUÀÏIOA'.

pouvoir en trouver la raison dans les circonstances que nous avons indiquées. Il est très-difficile, sur d'aussi petites quantités, de séparer la fibrine, l'albumine et la matière colorante ; aussi M. Bouchardat les a-t-il laissées réunies. Quoi qu'il en soit, on voit que les éléments de cette analyse sont encore ceux du sang artériel.

Il y a une remarque à faire dans les analyses du sang menstruel , c'est qu'il faudrait tenir compte de la quantité extra-normale que peut offrir le sang menstruel, et alors l'analyse porterait sur le sang véritable comme sur le liquide de sécrétion. On devrait aussi prendre en considération certains phénomènes d'irritation qu'on observe parfois dans l'utérus et le vagin à l'époque des règles.

Caractères microscopiques du sang menstruel.

Le docteur Donné, dont l'habileté pour les expériences microscopiques est bien connue, a examiné avec le plus grand soin le sang menstruel d'une dame que nous lui avons envoyée ; il a trouvé qu'il contenait :

1° Des globules sanguins ordinaires avec leurs caractères propres en très-grande quantité.

2" Du mucus vaginal composé des squanimes épidermiques provenant de l'epithelium de la muqueuse du vagin.

3° Des globules muqueux fournis par le col de l'utérus.

Ces trois éléments étaient parfaitement distincts et appréciables par r analyse microscopique, et tels qu'ils ont été indiqués dans le mémoire de ce médecin sur le mucus. Cette composition du sang menstruel rend très-bien compte des diverses opinions émises à ce sujet par les auteurs. En effet, le mucus trouvé par les chimistes, et en particuher par M. Denis, provient delà sécrétion utérine et vaginale dont la matière est entraînée par le sang ; mais, comme l'a dit

CARACTÈr.iiS MîCUOSCOr'IQUES bV S.UNG ME.NSTULI.L. 175

M. Nauclie dans son ouvrage, la matière rendue par le conduit vulvo-utérin chez une personne bien portante , est constamment acide, elle l'est encore chez les femmes à la suite des couches. Elle devient alcaline lorsqu'elle est glaireuse et qu'elle est le produit d'une inflammation ; si ce désordre est borné à un seul point, le produit de cette portion est alcalin, tandis que les autres parties continuent à sécréter une matière essentiellement acide.

Les recherches de M. Donné ont plus récemment encore mis hors de doute cette acidité du mucus vaginal ; il résulte donc de ces faits, que , suivant que le mucus sera en plus ou moins grande quantité, et il est très-abondant chez certaines femmes , il pourra communiquer sa propriété acide au sang lui-même, en sorte qu'il est tout simple que ce fluide ait été trouvé tantôt acide et tantôt alcahn, quoique par lui-même il ne cesse véritablement jamais de conserver la nature alcahne.

Dans un nouvel envoi que nous fîmes à M. Donné, et qui contenait, ainsi que M. Rayer nous en avait donné le conseil, deux échantillons de sang pris le troisième et le qua- -trième jour, parce qu'il avait fort peu coulé le premier et le deuxième jour, ce médecin constata quel'un et l'autre reii-^ fermaient de nombreux globules sanguins à l'état normal, des squammes épidermiques vaginales et des globules muqueux. Lesang du quatrième jour était moins pur que l'autre, c'est-à-dire qu'il contenait plus de mucus.

Retzius, médecin suédois, a publié un travail dans lequel il attribue le caractère acide au sang menstruel. Des expériences tentées sur plusieurs femmes nous ont au contraire montré qu'il était alcalin dans les circonstances où nous l'examinions; les faits cités par M. Donné lèvent toutes les difficultés. Voici, au reste, quelques-unes des propositions

176 I>E LA IIEISSTUUATION.

du docteur étranger : le sang menstruel contient de la fibrine, ce que démontre la présence de globules absolument semblables quant à la forme, à la couleur, au nombre, etc. , à ceux de l'autre sang. Il est acide , qualité qu'il doit à la présence des acides phosphorique et lactique à l'état libre. Ce fait explique la non-coagubilité du sang; après l'évacuation du sang acide, si le liquide continue à s'écouler, comme dans la ménorrliagie, il devient coagulable, parce que les acides n'ont pas eu le temps de se former.

Chez une femme dont la menstruation était très-abondante, le docteur Retzius a remarqué que pendant les trois premiers jours le sang n'étaitpoint coagulable, et qu'alors il était acide; qu'ensuite il contractait la propriété de se coaguler, et qu'en même temps il perdait son acidité. Il suppose que pendant la grossesse il ne se forme probablement pas d'acide dans le sang, et il ajoute qu'après la première époque menstruelle, après l'accouchement, le sang n'est pas tout-à-fait aussi acide qu'il le devient par la suite.

Plusieurs de ces opinions sont sans doute hypothétiques, mais les recherches sur la chimie animale demandent un nouvel examen (i).

Les conclusions à tirer de ces observations sont que le sang menstruel ne diffère point du sang artériel. Les variétés de proportion tiennent à des circonstances d'individualité. La présence des globules sanguins est incontestable; le mucus qu'on a cru y découvrir appartient à lutérus, au col de cet organe et au vagin. L'acidité du mucus exphque les opinions contradictoires émises par les auteurs.

Une étude fort curieuse serait celle qui aurait pour but

(1) Cyr. n'S, journal publié à Christiania. The British and foreign nied-rev, n" 3, page 274. — Archives générales de médecx7ie , n' série, t. XII, décembre 1836, page 482.

CARACTÈRES MICROSCOPIQUES DU SAWG. i77

l'analyse du sang menstruel dans les maladies, mais une pareille recherche offre d'immenses difficultés, et nous craignons qu'elles ne soient encore long-temps insurmontables. L'examen attentif des travaux publiés dans ces derniers temps sur les caractères du sang dans l'état pathologique, le mémoire si remarquable , lu, cette année, à l'Académie des sciences, n'ont point changé notre opinion.

^rinif

Page 1