‹ De la menstruation, considérée dans ses rapports physiologiques et pathologiquesChapitre 51 sur 120 · ORIGINE DU SANG MENSTRUEL · texte numérisé non relu

ORIGINE DU SANG MENSTRUEL

On ne saurait disconvenir, en effet, que la fonction ne puisse, dans quelques circonstances rares^ avoir lieu par d'autres voies que par l'utérus.

Obs. L. — Une femme qui portait une tumeur à la vulve , entra à l'Hôtel-Dieu de Montpellier, où elle fut vue par Yieussens. Ce chirui^ien pensa que la tumeur était formée entièrement par la matrice renversée et précipitée, et ne pouvant réussir à la faire rentrer, il prit le conseil de ses confrères Germain et Barbey rac , qui éloignèrentîtoute idée de la possibilité d'un renversement de la matrice ; ils furent cependant d'avis de lier cette tumeur et de la retrancher immédiatement au-dessous de la ligature. On agit ainsi , et la femme revint à une parfaite santé. La dissection de la pièce enlevée convainquit pleinement ces chirurgiens que la matrice avait été amputée.

Cinq ans plus tard cette femme mourut. Yieussens fit l'ouverture de son corps en présence des deux chirurgiens cités, et on trouva seulement un morceau du col de l'utérus, lequel était fort dur et calleux. Yieussens fit observer que les règles s'étaient supprimées pendant dix mois, après l'opération, mais qu'ensuite elles avaient reparu comme à l'ordinaire; d'où le célèbre anatomiste conclut, en se fondant sur ce cas exceptionnel , que le vagin est le véritable couloir des menstrues (1).

Il n'est point sans intérêt pour l'historique de la science, de faire remarquer qu'il y a près de deux siècles que l'amputation du col a été pratiquée ; ainsi on lit dans l'ouvrage » de Tulpius : « Sed artis est taie m sectionem vel audere, » vel rite perficere in tam obscwis tenebris, in quibus n tamen èquidem illam bis vidi non minus sccurè insti^ » tutam, et fimgnm ejus loci a Bernardo oUulario chi~

(1) Traité nouveau des liqueurs du corps humain , ^, II , p. 175.

» nirgo dexterrimo, sine uUitis partis offensa, non seciis eœ vulvâ succismn , etc. «Un dessin représente les excroissances enlevées (1).

Obs. LI. — Il y a quelques années nous avons vu dans le service de M. Lisfranc, salle Saint-Augustin, une femme qui avait à deux pouces de hauteur une oblitération complète du vagin, survenue accidentellement; lors de l'époque de ses règles, il nous fut facile de nous assurer, à l'aide du spéculum , que le sang suintait de toute l'étendue du cul-desac du vagin. Nous devons à la complaisance de M. Carron du Yillards la communication d'une pièce d'anatomie pathologique , représentant une oblitération complète de l'orifice utérin chez une femme à laquelle on avait amputé le col ; les règles ne s'en étaient pas moins montrées régulièrement. Ces écoulements anormaux nous paraissent appartenir à la classe des déviations dont les annales de la science contiennent de si nombreux exemples.

Obs. lu.— m. Renauldin a rapporté dans la séance du 28 février 1826 de l'Académie royale de Médecine, un fait qui prouve que le col de Vutérus ne peut suppléer à l'organe. La femme qui en fait le sujet avait succombé à une affection cancéreuse de l'estomac; elle n'avait jamais eu de menstrues, ses seins ne s'étaient point développés ; les parties génitales, bien conformées^ offraient une membrane hymen incomplète; le vagin était surmonté d'un petit corps allongé, de la grosseur d'une plume à écrire, représentant le col de l'utérus ébauché. Le corps de ce viscère manquait entièrement ; les trompes s'abouchaient en formant un cul-de-sac dans le canal ; les ovaires étaient à peine développés. Cette femme était âgée de 52 ans.

(1) Tulpius (Nicolas), Observaiionum medicarvm librî. Amsterdam, 1641"

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