IMPORTANCE DES OVAIRES. 18S
poque de la puberté , les ovaires prennent un accroissement remarquable, et les faits démontrent également que leur influence n'est pas moins grande sur l'organisation ; ainsi les femmes pourvues d'un utérus, mais sans ovaires, sont privées de toutes les prérogatives et de tous les signes de la nubilité (1). Les filles auxquelles on a extirpé les ovaires lorsqu'elles étaient nubiles, perdent tous les caractères du sexe et de la fécondité, quoique la matrice paraisse saine|(2)'; d'un autre côté certaines femmes pourvues d'ovaires, mais sans utérus ou n'en présentant qu'un rudiment informe, n'en ont pas moins éprouvé des besoins amoureux et même tous les signes d'un molimen hémorrhagique aux époques menstruelles.
Obs. LY. — Dans l'observation si curieuse de Dupuytren (3), la matrice offrait seulement un petit renflement informe^ mais les ovaires et les trompes étaient bien conformés ; tout chez cette jeune fille rappelait les attributs physiques de la femme parvenue à la puberté. Une circonstance assez singulière , c'est qu'elle était sur le point de se marier et vivait en concubinage depuis quatre ans avec la personne qu'elle allait épouser ; elle avouait même qu'elle n'était point étrangère aux plaisirs de l'amour. Les conclusions à déduire de ce fait sont intéressantes : ainsi les ovaires et les trompes peuvent se développer sans l'utérus, et paraissent avoir une grande importanced' action sur l'organisme de la femme ; la menstruation n'est pas une condition générale et absolue de bonne santé chez la femme, puisque cette jeune fille n'avait jamais été malade. (Elle est morte d'une hépatite aiguë
(1) Pcars, Anyial. de litt^ med. étrangère , t. I , v. p. 241.
(2) PoU, OEuircs chirurgicales , t. I", p. 492.
{S) lïéperloire d'analomie pathologique f. VIIl, p. D'J, cl Archives générales de médecine j t, XX > p. 548.
iSU DE LA MENSTRUATION.
à la suite d'une fistule à l'anus ) ; les plaisirs vénériens ne sont pas nécessairement sous la dépendance de l'utérus.
Cette opinion sur l'importance des ovaires dans l'acte de la menstruation avait été émise par nous, il y a plusieurs années, lorsque le travail récent de M. Gendrin est venu la corroborer ; il y a cependant plusieurs graves objections à faire à la théorie de ce médecin ; si les ovaires sont la condition première de la menstruation, comment se fait-il que cette fonction continue avec les altérations de ces organes, comme nous en citerons plus tard une observation fort curieuse, recueillie par M. Dalmas ? Quel est le médecin qui n'ait vu deskistes dans les deux ovaires chez les femmes qui étaient régulièrement menstruées ? On a noté l'oblitération des deux trompes sans que la menstruation fût arrêtée ; enfin on a fréquemment observé, à la Maternité, des vésicules de Graaf très-dé veloppées chez les femmes qui venaient d'accoucher, ou qui étaient encore grosses.
Le siège de l'exhalation menstruelle déterminé, on a dû s'enquérir des voies qui fournissent le sang ; sur ce point , comme sur beaucoup d'autres, les physiologistes ne sont pas encore d'accord. Pour les uns , cet écoulement n'a lieu que par les capillaires artériels ; pour les autres il ne s'effectue que par les veines. On a voulu même regarder la menstruation comme le résultat d'une hémorrhagie due à la déchirure des plus petits vaisseaux utérins. On prétend qu'elle est produite par la perspiration d'un ordre particulier de vaisseaux exhalants; on l'attribue à l'action sécrétoire des cryptes de la muqueuse utéro-vaginale ; d'autres enfin ne veulent en reconnaître la source que dans de prétendus appendices cœcales. M. Mojon rejette toutes ces origines; selon lui la menstruation est le résultat d'une transsudation particulière par les pores du tissu des vais-
VOIES QVl FOURNISSENT LE SANG. I85
seaux capillaires de la cavité utéro-vaginale. L'action des forces électriques propres à notre organisation entre pour beaucoup dans le phénomène de la menstruation, soit en augmentant la perméabilité du tissu des capillaires utérins, soit en accélérant la circulation du sang qui les parcourt, soit en le rendant peut-être plus liquide (1).
Dans l'état actuel de nos connaissances, la solution de cette question est sans intérêt ; aussi nous bornerons-nous à dire que le mode d'écoulement du sang menstruel nous paraît analogue à celui qui se fait par les fosses nasales chez les jeunes filles qui vont être réglées, qui ne le sont qu'incomplètement, ou chez lesquelles il s'estfait une dévialion ; c'est une véritable exhalation sanguine. Là s'arrêtent toutes nos explications ; l'hémorrhagie utérine a lieu par la même surface que la menstruation ; il n'y a de différence entre la ménorrhagie, l'hémoptysie et l'hémathémèse , que celles que font la région , son importance et ses fonctions.
Le but de la menstruation a été l'objet d'une foule de discussions de la part des savants. Au premier abord cette controverse paraît difficile à concevoir ; car si l'on jette un coup d'œil sur les millions de faits qui se présentent à nous , on voit que la femme n'est propre à la conception que lorsqu'elle est réglée ; que ce flux périodique s'arrête pendant la grossesse et l'allaitement, et qu'il se supprime complètement lorsqu'elle est arrivée à l'âge où elle ne peut plus donner la vie. Mais la nature qui se rit de nos lois générales, garde toujours en réserve des faits exceptionnels pour contrarier nos explications : c'est ce que va nous prouver l'examen des faits suivants. Donalus rapporte que deux femmes de Padouc devinrent grosses sans avoir ja-
(1) Jlttjon, Ilcchnc/ics sur la mciislntcition , insérées duns la Revue médicale.
mais été réglées, mais qu'elles éprouvèrent de graves incommodités pendant leur grossesse (1).
Rondelet parle d'une femme qui accoucha douze fois, et Joubert d'une autre qui eut dix-huit enfants, quoique l'une et l'autre n'eussent jamais été menstruées (2).
Pierre Frank a traité à la Chnique de Pavie une femme qui avait donné le jour à trois enfants sans avoir connu ni les règles ni les lochies après l'accouchement, comme toutes les femmes; elle n'avait jamais été menstruée. Enfin il a donné des soins à de jeunes filles qui étaient devenues mères avant la première menstruation. Frank conclut de ces observations, que l'apparition des règles est à la vérité un des principaux signes qui annoncent le développement de l'organe utérin , et l'abord du sang dans ses vaisseaux ; mais que la conception et la nutrition du fœtus peuvent égalemen t s'opérer, quoique cette fonction périodique ne soit pas encore établie ; que la fécondité dépend d'une autre cause, d'un principe analogue à celui dont elle dérive chez les femelles des animaux ; que la nature a soumis, en général, toutes les femmes bien organisées, au tribut mensuel, mais qu'elle ne l'exige pas toujours avec la même rigueur, sous peine de stérilité (3).
Frank nous paraît ici aller d'une extrémité à l'autre; de ce que quelques exceptions s'otfrent à son observation , il nie une explication très-plausible, et l'on peut même dire la seule rationnelle ; mais il est certain que les faits qu'il cite prouvent que les femmes peuvent concevoir sans être réglées. Selon lui, celles qui offrent cette particula-
(1) DonoluSj de Mcdka Idsioria, cent, iv, obs. 54. Manloue, 1536.
(2) Rondelet, Mcihodus curanduriim omnium morborum corporis liumani, L}'on, 1583. — Joubert, Mcdicinœ praikœ libri, Lyon, 1577.
(3) Frank (J. Pierre), De curandis Iwminum movbis cpitome, Manheina , S7a7-1807.