GROSSESSES SANS RÈGLES
rite ont la fibre plus ferme, les mamelles petites, le corps grêle ; leur organisation se rapproche de celle de l'homme, et le défaut des règles ne leur occasione aucune incommodité. Les observations^de femmes qui n'ont été réglées qu'après une ou plusieurs grossesses, ne sont pas très-rares dans la science. M. Kahleis parle d'une femme qui n'eut ses règles qu'après trois grossesses successives ; M. Kleemann rapporte l'histoire d'une femme qui, mariée à 27 ans, ne fut réglée qu'après son huitième enfant , et continua de l'être jusqu'à 5/i ans.
Obs. LYI. — Une jeune blanchisseuse de 14 ans, sanguine, forte, présentant tous les attributs de la puberté, mais n'ayant pas encore ses règles, fait la connaissance, en 1837, d'un jeune homme. Elle devient enceinte ; la grossesse parcourt toutes ses périodes, et l'accouchement a lieu sans aucun accident. Six semaines après , la menstruation s'établit , et depuis cette époque l'écoulement sanguin s'est montré régulièrement tous les mois (1).
Dans l'observation suivante , la fécondation a eu lieu plusieurs fois malgré l'absence des règles.
Obs. LYII. — Madame Y. L. , née avec un tempérament lymphatique , fut sujette , jusqu'à l'âge de 17 ans , à des ophtalmies fréquentes assez tenaces, et à des engelures en hiver. Malgré ces indispositions, sa santé se conserva bonne , tandis que deux de ses sœurs périrent de la poitrine , de 25 à 30 ans.
Élevée avec une certaine rudesse par son père qui lui faisait remplir les fonctions de garde magasin, son organisation primitive se modifia, et son tempérament devint lymphatico-sanguin. Elle avait 21 ans quand on la maria , et
(1) Observation communiquée par M. Salone,
jouissait aloi's d'une excellente santé ; elle était grasse, vive, gaie, mais ses règles n'avaient point encore paru , ce qui surprit beaucoup son mari. Cette rétention ne lui occasiona aucune incommodité pendant la durée de son mariage ; elle eut seulement quelques accidents nerveux, sans gravité; mais le fait capital, c'est qu'elle donna le jour à trois filles, dont deux sont encore vivantes et bien réglées. Quant à madame L., ses menstrues ne se sont jamais montrées; elle avait de temps en temps un écoulement leucorrhoïque qui offrait parfois une légère teinte roussâtre ou jaune foncé; l'irrégularité et la petite proportion de cet écoulement nous paraissent deux motifs suffisants pour ne pas le regarder comme un vestige de menstruation. L'âge critique de madame L. s'est passé sans malaise , sans souffrance, malgré les chagrins de toute espèce qui l'ont assaillie à cette époque (1). L'analyse critique de ce fait met donc hors de doute que la femme peut concevoir sans l'apparition du sang menstruel ; mais est-ce à dire pour cela que l'essentialité du phénomène puisse manquer ? Nous ne saurions adopter une pareille opinion. Ainsi, dans le cas dont nous venons de parler, il y avait un écoulement leucorrhoïque , irrégulier sans doute, mais qui pouvait être un effort de la menstruation. D'ailleurs a-t-on recherché si quelque symptôme insolite, mais périodique, avait lieu chez cette dame, comme nous le noterons dans Tobservation que nous allons rapporter.
Pourquoi n'établirait-on pas ici une analogie avec ce qui passe dans la rougeole et la variole, où l'on voit l'éruption ne pas se montrer, quoique certains signes de la maladie ne permettent pas de méconnaître la fièvre éruptive. Le trait
(1) Obser\alio.i communiquée par M. le docleur de Bouis,