‹ De la menstruation, considérée dans ses rapports physiologiques et pathologiquesChapitre 55 sur 120 · GROSSESSES SANS RÈGLES · texte numérisé non relu

GROSSESSES SANS RÈGLES

caractéristique manque, mais la piiysionomie de l'affection n'en existe pas moins. Beaucoup d'autres maladies présentent la même circonstance, le caractère patliognomonique n'existe pas, mais certains indices révèlent la nature du mal.

Obs. LVIII.— Madame La..., sage-femme de l'école de Paris, demeurant rue de Sèvres, n'avait encore ressenti aucun des symptômes de la menstruation lorsqu'elle fut mariée ; elle avait alors quinze ans et demi. Pendant un an aucun écoulement ne parut ; à cette époque elle devintenceinte , et accoucha, à 17 ans , sans que les règles se fussent montrées. Presqu'im média tement après sa couche, elle eut une perte; depuis ce moment elle ne vit plus jusqu'à 20 ans. Son mari étant mort, elle en éprouva un si vif chagrin , qu'elle eut une nouvelle perte.

Pendant lesdeux ans qu'elle passa à la Maternité de Paris, aucun écoulement sanguin n'eut lieu; mais la période utérine se révélait par plusieurs signes : elle avait un ou deux jours une légère diarrhée ; son caractère devenait triste, maussade ; quelques flueurs blanches apparaissaient, puis tout rentrait dans l'état habituel. A 22 ans cette dame se maria de nouveau. Durant les trois premiers mois de sa grossesse elle vit quelque peu ; puis elle accoucha d'une fille bien portante. Sa déhvrance fut marquée , comme la première fois , par une perte. Elle fut ensuite deux ans sans être menstruée. Auboutde ce temps une violente émotion détermina une hémorrhagie. De 23 à 37 ans , cette dame a eu trois autres couches , lesquelles ont présenté des intervalles de trois, quatre et six ans. Jamais durant ce laps de temps, ses règles ne se sont montrées. Tous les mois, madame L. .. éprouve les phénomènes que nous avons indiqués ; elle ja',e3t point autrement malade.

iOO ' DE LA MENSTRUATION.

Cette dame , née en Flandre , est d'une taille ordinaire , d'une bonne constitution, d'un tempérament lymphaticosanguin ; elle est fortement colorée , et tous ses traits annoncent la santé. Trois de ses enfants sont vivants et paraissent bien constitués.

Dans l'observation qu'on vient de lire , le flux sanguin n'a jamais paru pendant les intervalles d'une couche à l'autre , et nous avons vu qu'un de ces intervalles avait été de six ans. Malgré l'absence de cette évacuation , la santé n'était point altérée ; quelques signes annonçaient qu'il se fesait un travail intérieur , indice de l'influence delà fonction. Il faudrait forcer toutes les analogies pour trouver dans les deux hémorrhagies et dans les pertes qui suivaient les couches, l'existence des règles. Il n'y avait donc véritablement pas chez cette femme de flux sanguin , ce qui n'empêchait en aucune manière la fécondation d'avoir lieu. On ne peut également dire que les règles se montrassent pendant la grossesse, car à l'exception d'une seule fois , où elles coulèrent irrégulièrement , jamais cette dame ne fut menstruée durant ces époques.

Ce serait une étrange erreur de conclure de ces observations, comme Roussel, qu'il y a eu un temps où les femmes n'étaient pas assujéties à l'incommodité des règles. Croire avec lui que cet écoulement est un besoin factice, un produit de l'état social, n'est-ce pas rappeler, sous une autre forme , la singulière opinion de ce philosophe fameux qui voulait que l'homme marchât primitivement comme les bêtes. Déjà Emett, médecin anglais, dam son Essai de médecine sur le flux menstruel , avait dit que le flux menstruel périodique n'est point dans la nature , que cette incommodité est acquise , et qu'elle a pris sa source dans nos institutions sociales, qui empêchèrent les femmes

de se livrer au plaisir de l'amour aussitôt que ce besoin se fit sentir.

La connaissance de ces faits de fécondation , en l'absence des règles, est fort importante, car elle permet de résoudre affirmativement cette question : Une femme bien conformée, non menstruée, peut-elle se marier? Si le doute ne nous paraît plus possible , plusieurs distinctions doivent être établies. Ainsi il y a de jeunes filles qui sont sous l'influence de la fonction , elle est prête à se manifester , mais il manque un dernier stimulant ; la grossesse et ses résultats peuvent seuls faire naître les règles ; les couches terminées, les menstrues cessent de se montrer. Plusieurs femmes ne sont menstruées qu'après avoir eu un , deux et trois enfants; il y a des femmes qui peuvent concevoir, donner le joiu' à plusieurs enfants , saip qu'on note chez elles l'apparition des règles ; mais si l'on observe avec soin , on s'aperçoit qu'il existe chez ces dernières quelques-uns de ces caractères propres à la fonction , de sorte qu'on peut dire que toutes les femmes sont néanmoins soumises à son influence.

C'est donc avec raison que Burdach considère la menstruation comme le prototype de la parturition. Quand on réunit toutes les circonstances sous un même point de vue , on peut en conclure qu'elle est comme l'œuvre entière de la procréation chez la femme. A l'appui de cette opinion , nous ajouterons que l'époque des règles n'est pas moins intéressante sous le rapport de la fécondation.

Il y a long-temps que les médecins avaient signalé son influence. Fernel, consulté par Henri II, dont la femme était depuis long-temps stérile , lui conseilla de s'éloigner de la reine et de ne la voir qu'après ses règles. Le conseil

fut suivi; la reine conçut et accoucha d'un enfant, qui fut roi de France. Plus d'une fois nous avons fait la même recommandation , et presque toujours elle a réussi.

Nous citerons pour mémoire l'opinion de Gall, qui voyait une certaine ressemblance entre les hémorrhoïdes et le flux menstruel ; voici cependant un fait qui ne doit pas être passé sous silence.

Obs. LIX. — Chalot (Gabriel), âgé de 45 ans, courtier , entre à l'Hôtel-Dieu, service de M. Dupuytren, pour une infirmité commune dans sa famille; son grand-père, son frère, avaient eu des hémorrhoïdes, et son fils, âgé de 19 ans , commençait à s'en plaindre. Depuis plusieurs années les tumeurs avaient augmenté de volume, et avec elles les incommodités dentelles étaient cause. Les écoulements de sang, qui n'avaient lieu d'abord qu'à des intervalles de temps fort inégaux , affectaient une sorte de périodicité dans leurs retours; Chalot devint sujet à une véritable menstruation qui revenait tous les mois régulièrement , durait deux ou trois jours , et dont plusieurs symptômes précurseurs, tel qu'un malaise général, un gonflement douloureux des hémorrhoïdes , lui annonçaient l'approche. (1)

Parmi les autres usages qu'on a encore attribués au sang menstruel , nous ne devons pas omettre une des anciennes hypothèses, celle dans laquelle on considère ce phénomène comme une simple excrétion destinée à chasser du corps le sang inutile. L'usage le plus probable, ainsi que nous avons déjà cherché à le démontrer, est de préparer les femmes à la conception. En provoquant la mens-

(i) Leçons orales de clinique chirurgicale faites à THôtel-Dieu de Paris, par M. Dupuylren, recueillies et publiées par MM. Brierre de Boismont el Marx. t. IV, p. 136, 2« édition, 4839.

truation , la nature semble se disposer en quelque sorte à la formation d'un nouvel être , et cela a tant de vraisemblance, qu'on a vu, comme le rapportent Denman, Brandeis et Joerg , sortir, avec ce sang des règles , des membranes analogues à la caduque qui se forme sur les parois de l'utérus après la conception.

Mais il est possible cependant que la menstruation ait encore un autre but , puisqu'elle détermine un écoulement de sang qui n'est pas absolument nécessaire pour obtenir l'effet dont nous venons de parler. Or, ce but peut être^ comme le pense Meckel, de débarrasser la femme du trop de sang qu'elle aurait une disposition innée à produire tant qu'elle conserve la faculté de concevoir ; ou , comme le croit Gall , de la purger de certaines humeurs hétérogènes qui s'accumulent pendant l'espace de quatre semaines. A l'appui de cette dernière opinion , on peut citer une découverte curieuse de Frédéric Cuvier, qui s'est aperçu qu'au Jardin-des-Plantes , les femelles des animaux éprouvent tous les mois , pendant quelques jours, une certaine effervescence , une évacuation critique par les parties sexuelles , quoiqu'elles n'entrent j)as assez en chaleur pour désirer ou pour admettre le mide (1).

Cette opinion est celle de Barlhez. La puberté, dit ce grand médecin , est due au développement des parties de la génération qui font éclore \cmra seminalîs dont les impressions ont beaucoup de rapport avec celles de l'homme. Une de ces impressions les plus notables est la perte de sang parla matrice portée à son degré de maturation. Des savants modernes ont attribué les phénomènes des règles à l'humeur prohfique. T.cs règles doivent être considérées

(1) Dict. abrégé de méd., t. XI, p. 134.

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comme une sorte de purgation ou d'excrétion en tout semblable aux autres, et destinée à chasser du corps quelque humeur surabondante mêlée au sang , et dont la présence nuirait à l'individu. Elles sont l'effet de la cachexie séminale, et leurs accès ou périodes, une crise d'une fièvre particulière. Les éruptions cutanées dont se couvrent les cuisses et les difierentes parties du corps des jeunes filles , sont un argument en faveur de cette opinion.

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