TEMPS ET DURÉE DES SYMPTOMES
de cet organe , dont on a publié partout les guérisons , ne sont souvent que de simples états congestifs, qu'un régime convenable , des bains , du repos ou de l'exercice , selon les circonstances, delà tranquillité d'esprit, dissiperaient facilement. Chez les deux femmes dont il est ici question , tout fut abandonné aux seuls efforts de la nature , et aucun remède ne fut mis en usage.
Nous avons vu que le flux menstruel , quoique resserré entre des limites , en général assez fixes , pouvait les dépasser , et se prolonger très-long-temps. Mais il est vrai de dire que le plus ordinairement ces menstruations extraordinaires sont liées à une lésion de l'utérus ou de ses annexes. La même observation s'applique aux femmes qui, ayant cessé de jvoir, sont tout à coup surprises par un nouvel écoulement, et qui, dans leur joie, rêvent déjà une seconde jeunesse.
On trouve écrit dans plusieurs ouvrages , qu'il est rare que l'écoulement périodique se passe brusquement. M. Locock ajoute dans la Cyclopédie^ que cette suppression doit être attribuée au froid , à une frayeur , à quelque maladie aiguë , ou à un autre accident. Lorsqu'elle a lieu de bonne heure, les règles reviennent ensuite. Plusieurs des faits que nous avons publiés, montrent que la cessation peut arriver de très-bonne heure, sans que le cours du sang se rétablisse , et sans que la santé en soit incommodée.
Dans les quarante observations de femmes chez lesquelles les règles se sont supprimées tout à coup , voici comme les choses se sont passées : quatorze fois la cessation s'est montrée brusquement d'un mois à l'autre , quoiqu'aucune diminution , aucune irrégularité n'eût annoncé ce changement. Dans les vingt-six autres cas, la terminaison subite des règles a eu lieu après une couclic , le sevrage ,
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des émotions , des chutes, des coups, des blessures, de vifs saisissements par suite de la révolution de juillet, etc.
Cette suppression subite peut arriver chez une femme bien portante , long-temps avant l'époque ordinaire , sans qu'on puisse réussir à rappeler les menstrues par aucun moyen. Pendant des années entières, dit Gardien, la santé se conserve, il se manifeste même de l'embonpoint ; mais, au bout d'un certain temps, la femme éprouve du malaise et détient sujette à des atfections aussi graves que variées, qui se succèdent d'une manière irrégulière, tantôt toutes les six semaines ou deux mois , tantôt à des intervalles plus éloignés. Ces alternatives peuvent durer jusqu'à l'époque de la cessation. Il est alors nécessaire de prescrire, aux époques présumées , des remèdes convenables. Nous ne saurions adopter cette opinion de Gardien, parce que nous avons connu plusieurs femmes chez lesquelles la suppression avait eu lieu de très-bonne heure , et qui ont passé Fâge critique , sans que leur santé ait éprouvé aucun accident fôcheux.
En résumé , la période critique arrive de la quarantième à la cinquantième année.
L'âge moyen de la cessation est de 28 à 29 ans environ , et celui de la durée des accidents de près de deux ans. Avec des nombres plus considérables , il pourrait être , dans le premier cas , de trente ans. Le terme moyen de la fécondité est de 25 à 30 ans ; il a donc la plus complète analogie avec la période menstruelle , que M. Londe fixe également à 30 ans dans nos climats f 1).
Si nous recherchons maintenant le nombre de jours employés par la nature à la menslraîion , nous trouvons
(1) Londe, EUmcnls d'hygiène , 2« édition.
SYMPTOMES LOCAUX DE l'aGE CKIflQUE- 221
que chez une femme réglée trente ans, durant li à 5 jours , l'espace de temps consacré à cette fonction sera , dans le premier cas, du septième de la période, et, dans le second, du sixième. Si le flux sanguin se prolonge 8 jours , la femme aura passé dans le sang près de huit années de son existence , ce qui fait un peu moins du quarî de la période utérine^ perte de temps véritablement énorme. Ajoutez à cela les grossesses , les suites de couches, les suppressions, et vous aurez une idée de l'influence de l'utérus sur la vie des femmes.
L'époque de la ménopause peut avoir lieu subitement , sans que la santé soit compromise. Le plus ordinairement cette suppression brusque est due à des impressions, à des événements quelconques , mais souvent aussi on ne peut en trouver la cause. Lorsque cette terminaison rapide a lieu à l'âge ordinaire , il faut laisser agir la nature , si la femme n'éprouve aucune incommodité.
Symptômes locaiiœ.
Rien de plus commun que d'être consulté dans le monde par des dames qui veulent qu'on rappelle leurs règles. Je n'ai pas vu le mois dernier ; j'ai un retard de quinze jours, trois semaines , disent-elles. A ces mots , le médecin doit être sur ses gardes , et si l'ensemble des traits annonce la maturité de la vie , car il ne fera jamais la faute de demander l'âge , il ne doit plus conserver de doutes, les accidents sont dus à l'époque critique.
C'est presque toujours, en efl"et, par des retards, des irrégularités , que s'annonce ce grand changement.
Les retards peuvent être forts courts , par exemple de huit jours, quinze jours, trois semaines; ils peuvent être
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plus longs de 'deux, trois, quatre, six, huit^ neuf mois, un an, et même un an et demi, comme nous en avons recueilli une observation. Ce symptôme est commun (âO fois).
Les irrégularités dans la menstruation sont aussi trèsfréquentes (60). Le cours du flux périodique est complètement dérangé ; il se montre par exemple trois fois dans un mois, tous les quinze jours, toutes les trois semaines; il cesse et revient alternativement. Dans une observation, nous avons noté qu'après avoirprésenté ces variations pendant deux ans, il redevint régulier pendant deux autres années ; puis, par une troisième transition , tout fut terminé , et l'époque critique heuseusement franchie.
Obs. LXIX. — Le 30 octobre 1837, Nolle^ âgée de 58 ans , herboriste , née à Paris , est reçue à l'Hôtel- Dieu , dans le service de M. Magendie. Cette femme, bien constituée, sanguine, petite, blonde, a commencé à voir à 12 ou 13 ans. Le flux n'a plus reparu que de loin en loin ; elle était malade , avait des éruptions fréquentes, et parfois du délire. L'écoulement s'établit à 18 ans d'une manière régulière, et depuis ce moment jusqu'à l'âge de 30 ans , il ne se dérange plus. Chaque période est de huit jours. L'écoulement est très-fort pendant quatre jours. Durant ce laps de temps , elle accouche heureusement de six enfants. A 30 ans , sans aucune cause , les règles deviennent irrégulières ; elle a presque toutes les six semaines, pendant quinze ans, des pertes fort abondantes qui persistent quinze jours, et l'obhgent à se garnir. Durant cette longue suite d'accidents elle éprouve des coliques, des pesanteurs, des élancements ; elle fait la remarque que les coliques coïncident souvent avec une évacuation de mucosités blanchâtres; ses articulations sont aussi le siège
MÉTRORRHAGIE Dlî l'aGE CRITIQUE, 22S
de violentes douleurs. Treize années se sont écoulées depuis la cessation de ces symptômes , et malgré une première menstruation fort pénible , malgré quinze années de pertes, d'accidents bien propres à faire croire à l'existence d'une affection organique de l'utérus , ce viscère n'offre aucun indice de maladie.
D'autres fois la diminution des menstrues signale le changement. On voit la quantité décroître tous les mois ; ou bien le temps de la période se raccourcit ; il était de huit jours, il n'est plus que de quatre. Après avoir diminué pendant plusieurs mois , les règles peuvent reprendre leur type normal. Dans quelques circonstances le flux est faible un mois , et plus abondant le mois suivant. Tous ces symptômes et d'autres encore peuvent exister seuls, réunis, combinés, un à un, deux à deux, etc.
Un des phénomènes les plus remarquables de la ménopause, est la métrorrhagie : nous l'avons observée 57 fois.
Cette hémorrhagie spéciale peut se montrer sous une foule d'aspects divers; maintenue dans les bornes convenables, elle n'attaque point la santé; elle n'est réellement à craindre que lorsqu'elle est liée à une maladie organique.
L'hémorrhagiede l'âge critique peut éclater tout à coup au milieu de la plus brillante santé. La femme est inondée de flots de sang; d'autres fois la quantité est peu considérable, et à peine est-il nécessaire de prendre des précautions ; elle peut durer sans interruption pendant un temps plus ou moins long. Le plus souvent elle cesse, et reparaît fréquemment. Nous l'avons vue débuter au milieu de l'époque menstruelle , et se reproduire chaque mois. Dans quelques circonstances, la perte dure quelques heures, ^luelqucs jours ; dans d'autres, elle persiste pendant 10 et
15 ans (1) , en présentant alors des interruptions. Une disposition importante, c'est que les femmes sont souvent peu affaiblies par ces pertes de sang.
Parmi les faits que nous avons recueillis , plusieurs méritent une attention particulière. Chez une femme bien portante, la métrorrhagie eut lieu subitement, pendant qu'elle travaillait ; elle rendit en même temps des caillots de sang très- volumineux ; chez une autre , la perte se manifesta brusquement, sans motif et au milieu d'une excellente santé. Dans les deux observations l'utérus était sain. L'hémorrhagie dans un cas apparut après une violente colère, remarque que nous avons déjà faite plusieurs fois; elle fut si abondante, qu'on crut que la patiente allait expirer. Une de ces femmes éprouva pendant trois ans des pertes qui traversaient fauteuils et matelas ; lorsque l'écoulement était arrêté , elle n'était aucunement fatiguée et n'y pensait plus. Une autre femme avait depuis deux ou trois ans des hémorrhagies aux époques menstruelles ; à la révolution de juillet elle eut une si vive frayeur, qu'elle rendit le sang par les organes sexuels , la bouche , le nez , et le fondement. Cet état dura quinze jours , puis tout fut fini , et la santé n'en souffrit plus. Trois autres étaient sujettes à des hémorrhagies foudroyantes ; après ces graves accidents, elles se relevaient affaiblies et reprenaient leurs occupations jusqu'à ce que le sang coulât de nouveau. Toutes ces femmes , après l'âge critique , se sont très-bien portées.
Les observations d'hémorrhagies déplétives du temps
(1) M"« s. F., réglée à 18 ans, continue de Pétre régulièrement jusqu'à 35 ans. A cette époque elle est prise d'une perte qui dure 15 années , tantôt plus forte , tantôt plus faible. Après ce long laps de temps , tous les accidents se dissipent i elle a aujourd'hui 72 ans; sa santé est excellente.
L'observation LXIX montre également que les pertes peuvent durer de longues années, sans danger pour la santé.