‹ De la menstruation, considérée dans ses rapports physiologiques et pathologiquesChapitre 68 sur 120 · SYMPTÔMKS GÉNÉRAUX DL' TEMPS CRITIQUE · texte numérisé non relu

SYMPTÔMKS GÉNÉRAUX DL' TEMPS CRITIQUE

sements, la pesanteur, la céphalalgie, l'injection des yeux, les vertiges, les bourdonnements et les tintements d'oreilles; quelquefois même un état congestif encore plus intense , telle que la perte de connaissance ; dans d'autres circonstances ce sont des rêves fatiguants , des insomnies , des envies et des sensations bizarres, des spasmes, de la tristesse^ du spleen, de la mélancolie, un changement quelconque de caractère , un état d'exaltation.

Obs. LXXIV. — Une femme de /t2 ans, forte, sanguine , mais très-impressionnable , éprouvait depuis quelques mois les symptômes du temps critique ; lorsqu'en passant dans la rue Saint-Martin , elle aperçoit un enfant qu'elle croit être le sien , à l'instant elle se précipite sur lui, le serre dans ses bras, Taccable de caresses , en fondant en larmes et en poussant des cris de joie. Un rassemblement se forme autour d'elle ; les véritables parents veulent avoir leur enfant; mais l'état d'exaltation de P.... est si grand, qu'il y a lieu de craindre pour la vie de l'être qu'elle tient pressé contre son sein. On la suit jusque chez elle ; à peine est-elle arrivée dans sa chambre , que son délire est dissipé ; elle ne peut s'expliquer son action que par la ressemblance de l'enfant avec le sien , car il y a 6 ans que sa fille et morte. Jamais elle n'a eu d'accident semblable. Cette femme , qui a de l'intelligence et rend très-bien compte de sa position , attribue cette excitation à l'époque critique ; tout annonce , en effet , que nous ne devons pas lui chercher d'autre cause.

Dira-t-on que l'exagération de la sensibilité nerveuse est le résultat des regrets causés par la perte des avantages dont jouissait la femme pendant le printemps et l'été de sa vie? Cela est vrai sans doute, pour certaines classes de la société ; mais cette explication n'est plus admissible

pour celles qui ne sont pas stimulées par l'éducation , qui passent leurs jours dans le travail, qui n'ont jamais trouvé le temps d'occuper leur imagination, et dont les besoins matériels remplissent toute l'existence. Eh bien ! chez ces femmes nous avons plus d'une fois constaté ce phénomène , qui s'explique alors par l'action sympathique de l'utérus sur le système nerveux, union que nous avons déjà plus d'une fois signalée.

Loin de nous la pensée de rejeter l'influence des nerfs sur les organes sexuels ; nous en reconnaissons toute l'exactitude. Oui, certes, les femmes riches, oisives, qui ont passé leur vie dans la mollesse et les jouissances, ne peuvent songer sans frémir à l'existence toute de plaisirs , de fêtes, de triomphes qu'elles viennent de mener et qu'elles vont être forcées d'abandonner. Une pareille idée doit les agiter, les tourmenter, les exalter, et donner lieu à ces bizarreries, à ces inégalités d'humeur, à ces originalités qu'on observe si souvent alors, et dont il est difficile de trouver la cause apparente.

On a plusieurs fois observé des désordres de la sensibilité spéciale. Nous avons recueilli l'observation d'une femme qui, vers 45 ans, eut une cécité qui dura pendant trois à quatre jours. M. Boyer, qu'elle consulta , lui dit que cet accident tenait à son temps critique. Depuis ce moment elle n'a plus rien éprouvé du côté de la vue , mais elle est restée sujette à des étourdissements.

Chez un certain nombre de femmes, il se manifeste vers les organes de la génération , une excitation qui devient la source de désirs vifs , impétueux , dont la satisfaction est souvent suivie d'hémorrhagies utérines et de maladies cancéreuses.

D'autres symptômes généraux caractérisent encore l'é-

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poque critique ; tels sont les étouffemeuts, les oppressions, les palpitations , les douleurs des membres et des articulations; leur faiblesse , les ulcères des jambes, les douleurs des flancs , du dos ; un malaise générai , indéterminé ; des démangeaisons de tout le corps, des céphalalgies, des sueurs, une maigreur extrême. Les difficultés d'uriner ont été notées plusieurs fois. On a encore observé des douleurs nerveuses gastralgiques et des vomissements glaireux. Nous ne grossirons pas inutilement ce catalogue; on comprend , au reste , que l'utérus entretenant de nombreuses sympathies avec l'économie , il n'est point de région , d'organe , de fonction , qui ne puisse manifester sa liaison avec cet important viscère , par quelques-uns des innombrables signes qui sont du domaine de la pathologie.

Une remarque déjà faite depuis long-temps, c'est que les différents symptômes de l'âge critique peuvent se calmer pour quelque temps, revenir, cesser et présenter ces alternatives pendant plusieurs années. Si l'on n'y fait pas attention , ils peuvent être remplacés par une maladie.

D'après Pinel , les femmes qui ont vécu suivant le vœu de la nature , qui ont été mères de famille et ont mené une vie active et laborieuse , passent , en général , cette grande période sans éprouver de maux notables. Nous verrons que cette réflexion n'est pas toujours exacte, et que l'accouchement lui donne de terribles démentis. Quand les femmes se soumettent aux privations qu'on leur impose, leur soumission est ordinairement récompensée par la conservation de leur santé , ou par son rétablissement , si les accidents commençaient à se manifester (Puzos).

11 est encore vrai de dire que lorsque les femmes ont cessé d'être soumises à l'influence des organes générateurs , si tout s'est passé sans orages , leur constitution se

modifie et se rapproche de celle de l'homme à une époque où ce deruier commence à perdre la sienne (Desèze, art. sensibilité). Leur moral ne reçoit pas une impression moins profonde que leur physique; leurs goûts, leurs idées , leurs penchants , leurs passions, subissent une égale transformation.

Après la cessation des règles , les organes de la généralion ne perdent pas tout à coup leur activité propre : quelquefois même le travail périodique par lequel cette évacuation se reproduit , continue pendant fort long-temps. J'ai vu , dit Cabanis , des femmes qui , dix ou douze années après , ressentaient encore chaque mois une pléthore locale et des pressions à l'utérus , avec divers autres symptômes dont la menstruation est accompagnée. Dans ce cas, les changements généraux m'ont paru beaucoup moins évidents , et alors la femme reste malheureusement femme à trop d'égards encore , jusque bien avant dans la vieillesse.

Sur les 180 femmes dont nous avons écrit l'histoire du temps critique, 11 nous ont présenté d'une manière bien nette cette périodicité de retour de quelques-uns des symptômes. Chez 2 femmes, il survint pendant deux ans des douleurs dans le ventre à chaque époque menstruelle. Chez une troisième , les coliques et les pesanteurs de la matrice persistèrent pendant plusieurs années. Nous n'anons pu vérifier la remarque de Cabanis; mais nous avons , en général , observé que celles qui offraient cette disposition , étaient plus faibles et plus maladives.

En examinant , à différentes époques de la vie , les proportions de l'utérus, nous avons trouvé que , rudimentalre , peu développé chez la jeune fdle, il augmentait de volume à la puberté, et prenait surtout de forts diamètres après l'accouchement. Un changement opposé a lieu lors de la

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