‹ De la menstruation, considérée dans ses rapports physiologiques et pathologiquesChapitre 69 sur 120 · SYMPTOMES GÉNÉRAUX DU TEMPS CRITIOUE · texte numérisé non relu

SYMPTOMES GÉNÉRAUX DU TEMPS CRITIOUE

cessation des règles. Quelques années après cette révolution , il est considérablement diminué de volume. Plusieurs fois nous l'avons trouvé réduit d'un tiers. De Graaf a dit qu'après l'âge critique , l'utérus revenait au volume qu'il avait chez la vierge. La dissection nous a montré l'orifice cervlco-utérin rétréci , oblitéré. Cette disposition a même été regardée comme normale par le professeur Mayer de Bonn. Mais cette règle n'est point sans exception , comme le prouvent les tables de Rœderer , annexées à ses Icônes nteri liumanL

M. Peloux, dans sa dissertation inaugurale , n° 130, ann. 1812 , prétend que chez la femme qui a passé l'époque de la cessation , l'utérus est plus grand que dans la jeunesse. Cela peut être dans quelques circonstances , mais le cas contraire est le plus fréquent.

Quelles sont les causes qui influent sur l'âge critique? Beaucoup de généralités ont été dites sur ce sujet. 11 faudrait passer en revue tous les agents physiques et moraux , examiner les conditions sociales , celles de l'organisation, des tempéraments; le temps ne nous ayant point permis d'entreprendre ce travail, nous ne ferons aucune remarque particulière; nous ajouterons seulement que quelques-unes de ces influences ont été étudiées dans le cours de ce chapitre.

Une question d'un vif intérêt est celle de l'influence de l'âge critique sur la vie. A entendre les personnes du monde et un certain nombre de médecins , ce moment est réellement dangereux. Les maladies fondent de toutes parts sur la femme; son existence est mise en péril, et la mort n'est que trop souvent la terminaison de cette multitude d'accidents; mais si l'on consulte les travaux remarquables de

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quelques savants modernes, cette opinion perd singulièrement de sa gravité.

Du 43' degré de latitude au 60*= , dit M. Benoiston de Chateâuneuf , c'est-à-dire sur une ligne qui s'étend de Marseille à Saint-Pétersbourg, en passant par Vevai, Paris,' Berlin , Stockholm , à aucune époque de la vie des femmes depuis 30 ans jusqu'à 70, on n'aperçoit d'autre accroissement dans leur mortalité que celui nécessairement voulu par les progrès de l'âge. Cette considération, fruit de nombreuses recherches , avait déjà été entrevue par M. Muret de Vaud , qui assurait que ses observations lui avaient appris que l'âge de liO à 50 ans n'était pas plus critique pour les femmes que celui de 10 à 20.

M. Odier de Genève avait imprimé dans la Bibliothèque Britannique , t. û., part, des se, que dans toutes les époques de leur existence , les femmes étaient plus vivaces que les hommes*

M. Déparcieux , dans son Essai sur les Probabilités de la vie humaine, écrivait : «Tout le monde croit que l'âge de 40 à 50 ans est un temps critique pour les femmes ; je ne sais s'il l'est plus pour elles que pour les hommes, ou pour les femmes du monde que pour les religieuses; mais quant à ces dernières , on ne s'en aperçoit pas par leur ordre de mortalité comparé aux autres. Ce pourrait bien être encore une de ces choses que l'on croit sans fondement , comme bien d'autres (p. 83 de son Essai). »

Ce qu'il y a de surprenant , ajoute M. le docteur La Chaise dans sa Topographie médicale de Paris, c'est que Fépoque de 40 à 50 ans , qui est pour les femmes celle de la cessation du flux menstruel , n'olTre pas un surcroît de mortalité remarquable ; ce qui semble par conséquent autoriser à croire exagérées, pour Paris du moins, les

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circonstances défavorables dans lesquelles on suppose les femmes de cet âge. Finlayson , archiviste du bureau de la dette publique en Angleterre , a trouvé qu'après l'enfance, la vie des femmes est plus longue que celle des hommes, dans une proportion incroyable.

Enfin , M. John Sainclair , dans son livre sur la Longévité, a remarqué que chez les femmes les probabilités d'une longue vie sont plus grandes pour elles que pour les hommes ; et il ajoute que, d'après les tables des annuités de Hollande , qui embrassent une espace de 125 ans , la proportion en leur faveur est de 39 à 30. ( The code of heaWi and longevity. Tom. I, pag. 49, S'"** édit.) (1).

Les calculs de M. Benoiston , la meilleure réponse que l'on puisse faire aux questions de la sorte , ont sanctionné les opinions de ces divers auteurs. Ainsi dans l'examen comparatif de la mortalité des religieuses et des ecclésiastiques, les tables qu'il présente démontrent jusqu'à l'évidence que de 35 à 50 ans , la mortalité pour les premières est de 5 pour 100 et une fraction , qui va en augmentant avec chaque période de cinq ans , mais qu'elle est toujours plus faible que celle des ecclésiastiques. On peut donc dire que des sens éteints , une âme calme , une abstinence habituelle, en affaiblissant , comme l'a remarqué Primerose (2), certaines fonctions des organes, favorisent la durée de la vie.

(1) Nous avons été excessivement surpris des attaques dirigées dans le dernier concours d'Iiygiène contre la statistique. Tous ce que nous savons de précis en économie politique, en science administrative, nous le devons à la statistique. Les travaux de M. Willermé, Gueurry ; ceux de M. Quetelet et de beaucoup d'autres savants, montrent ce que cette science peut produire; seulement tout n'est pas chiffre.

(2) Assumuniur mêmes, prœlernaturam ab omnibvs causîs insauieniibus ut in religiosis , quce ex volo se se jejuins macérant. —De Morb. mulicr. Lib. I, cap. II.

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Si l'on cherche maintenant l'excédent de la mortalité des femmes entre 40 et 50 , dans diverses contrées de l'Europe, on constate, pendant une période de dix années, qu'il est en Provence, de 2,775 pour 1 00 ; en Suisse, de 3,738 ; à Paris, de 3,914 ; en Suède, de 1,247 ; à Saint-Pétersbourg et à Berlin , nul ; en réunissant tous ces tableaux , la différence en plus est de 1 ,91 3.

Cet excédent peu considérable , puisqu'il ne donne par année que 0,913 sur 100, et 9,150 sur 1,000 pour les femmes vivant dans le monde, l'est encore moins chez celles qui s'éloignent de ses agitations , gardent à la fois 'e célibat et la retraite, comme les religieuses; il n'est alors que de 0,438.

A toutes les époques de la vie des hommes depuis 30 jusqu'à 70 ans, on trouve une mortalité plus grande que chez les femmes ; mais surtout de 40 à 50 ans. L'excédent est alors de 4,481 pour eux. Cette différence se représente également chez les ecclésiastiques , mais elle ne va pas au de-là de 3,375.

Il résulte de ces nouvelles observations, que l'âge de 40 à 50 ans est véritablement plus critique pour les hommes que pour les femmes , et cela, quel que soit le genre de vie qu'ils embrassent, qu'ils vivent dans la société ou dans la retraite , dans les camps ou dans les cloîtres. Cette influence du temps critique sur les hommes est pour nous une vérité incontestable ; dans notre pratique particulière, dans les hôpitaux que nous avons suivis , dans les établissements que nous avons dirigés , la proportion des hommes qui à cette époque deviennent malades ou succombent, est réellement considérable : sur 327 individus aliénés que M. Esquirol a reçus dans son établissement , 76

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l'étaient devenus de kO à 50 ans, ce qui forme le quart plus une fraction du chiffre total. Depuis dix-sept ans que nous dirigeons des établissements d'aliénés , nous avons été frappé du nombre considérable d'hommes qui sont atteints, pendant cette période décennale , de ia paralysie générale avec démence. Cette maladie , si commune à Paris , tandis qu'elle est fort rare en Italie , ainsi que le constate notre Mémoire sur les fous de cette contrée , entre pour un chiffre élevé dans la mortalité des hommes de 40 à 50 ans. Lorsque nous publierons nos recherches sur les maladies mentales, nous reviendrons sur cet intéressant sujet.

Cependant comme on ne peut disconvenir qu'une certaine quantité de femmes ne meure, entre 40 et 50 ans , des suites de la révolution qui s'opère en elles à cette époque, et que malgré cette cause de mortalité qui n'existe point dans l'autre sexe, leur décroissement , loin d'être alors sensiblement augmenté, demeure toujours au-dessous de celui des hommes, on peut se demander avec raison quelles seraient pour elles la force et la durée de la vie , si la nature n'y avait attaché cette condition ?

La question nous paraît donc définitivement jugée : non , l'âge critique n'augmente point la mortahté des femmes ; mais parmi celles qui succombent à cette époque, combien en est-il qui périssent des suites du changement que subit leur constitution? La réponse à cette demande n'est plus aussi. rassurante ; c'est du moins le résultat auquel nous ont conduit nos recherches, résultat que nous ferons connaître lorsque nous examinerons l'influence de la ménopause sur les maladies.

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