‹ De la menstruation, considérée dans ses rapports physiologiques et pathologiquesChapitre 72 sur 120 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Ses flueurs blanches. — Rapport des flueurs blanches et des menstrues. — Nomlire des femmes leucorrhéiques observées. — Apparition de la leucorrhée avant la première menstruation. — Leucorrhée après la menstruation. — Nombre <le femmes atteintes de la leucorrhée avant les époques. — Idem après les époques. — La ! iucorrhée est-elle un obstacle à l'établissement des règles ? — Peut-elle influer sur cette fonction lorsqu'elle est établie ? — Le dérangement des menstrues a-t-il quelqu'influence sur les flueurs blanches ? ~ Proportion des femmes chez lesquelles ne cesse pas la leucorrhée. — De quelques influences qui modifi€nt les flueurs blanches. — Des flueurs blanches supplémentaires. — Eésumé.

Long-temps avant l'apparition des menstrues , beaucoup plus souvent avant et après leur établissement , il se déclare un écoulement blanc jaunâtre , que Ton désigne sous le nom de leucorrhée ou de flueurs blanches. Cet écoulement ne limite pas sa durée à ces deux époques ; dans un grand nombre de cas , il se montre dans l'intervalle des retours , et se prolonge après la cessation , dont il paraît être alors le dernier mode de terminaison.

Cette connexité, cette marche pour ainsi dire parallèle, nous faisaient une loi de ne pas séparer la leucorrhée de l'histoire de la menstruation, du moins dans ses rapports intimes. Mais cet exposé même nous traçait la route que nous devions suivre. Aussi ne donnerons-nous point une description complète de la leucorrhée; nous l'étudierons seulement à son début chez la jeune fille qui

n'est point encore nubile , et lorsqu'elle se montre chez la femme déjà menstruée. Nous examinerons ensuite la proportion des femmes qui restent toujours leucorrhéiques ; les influences qu'exercent sur cette disposition morbide , le mariage, l'accouchement, la ménopause, l'habitation dans les grandes villes , l'aménorrhée, et nous terminerons par des observations sur les flueurs blanches supplémentaires.

Le nombre des femmes atteintes de leucorrhée , dont nous avons pris l'observation, s'élève à 273.

Sur ce chiffre , 63 , un peu plus du quart , ont présenté les symptômes de cet état avant la première menstruation. La plupart n'ont pu préciser l'époque de l'écoulement ; mais chez quelques-unes, il avait paru à 8 et 10 ans. Plusieurs l'avaient vu cesser avant ou avec l'établissement des menstrues. Ce fait a déjà été consigné dans la science.

G. P. H. Nenter parle , dans sa 41* observation , d'une petite fdle de 10 ans qui eut des flueurs blanches trèsabondantes. Beaucoup de remèdes furent inutilement prescrits. A 12 ans, l'apparition des règles fit cesser l'écoulement. Pechlin rapporte^ lib. L Obs. 34 , l'exemple d'une jeune demoiselle de 7 ans qui fut prise d'une leucorrhée , à la suite de laquelle elle maigrit beaucoup. La menstruation arrivée à 17 ans, procura uneguérison complète.

L'existence de la leucorrhée chez les très-jeunes filles est d'une haute importance en médecine , car elle montre que cette disposition tient très-souvent à la constitution , et qu'il faut la distinguer de celle qui est déterminée par de mauvaises habitudes , par la présence des vers dans le canal intestinal , etc.

Obs. LXXVIIL — Dagnen,âgée de 22 ans, grande, forte, sanguine, ayant les cheveux châtains , entra en 1839 dans

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le service de M. Jadioux, à l'Hôtel-Dieii, Cette jeune fille, originaire de la campagne, n'était point encore réglée; elle n'éprouvait ni coliques, ni maux de reins; mais depuis quatre mois , elle avait des flueurs blanches très-abondantes, qui paraissaient tous les mois régulièrement, et duraient 3 ou 4 jours. Cet écoulement s'était montré pour la première fois un an auparavant ; il avait été précédé de vives douleurs d'estomac. Pendant les 8 premiers mois , il venait presque sans aucun intervalle , et ce ne fut qu'au 9*^ mois qu'il prit la forme périodique.

Les deux tiers de ces 63 jeunes filles étaient blondes, nées dans les villes ou à Paris. Celles de la campagne étaient, en général, lymphatiques ou scrofuleuses ; mais il y en avait dans le nombre dont la constitution était forte.

La proportion des femmes chez lesquelles l'écoulement leucorrhéique a paru après les règles , est de 2^8. Les époques ont présenté des différences marquées. Chez un assez grand nombre , l'écoulement s'est montré immédiatement avec ou après la première menstruation ; mais chez plusieurs, il ne s'est déclaré qu'après 8, 10, 13, 15 et 17 ans. Parmi ces femmes, il en est dont la leucorrhée, qui existait déjà avant la menstruation, a augmenté après son étabhssement.

Sur le nombre précédent , 155 voyaient ce flux se manifester quelques jours avant le retour, disparaître ou se masquer pendant l'éruption périodique , et se montrer de nouveau lorsqu'il était terminé. Dans la classe nombreuse des femmes qui étaient toujours leucorrhéiques , l'arrivée des règles était le signal d'un accroissement dans leur quantité.

Baglivi prétend que les flueurs blanches cessent pendant les menstrues , tandis que la gonorrhée persiste. Ce grand praticien nous paraît s'être trompé ; il n'a point fait

attention à la coloration que leur donne le sang. Les ana-^ lyses chimiques et microscopiques mettent hors de doute la présence du mucus utérin et vaginal pendant les règles ; d'ailleurs Baillou a vu couler les flueurs blanches avec le flux menstruel.

La leucorrhée apparaissait depuis 1 jusqu'à 8 jours avant le flux menstruel. Elle était tantôt abondante , tantôt légère. Comme dans les règles , il y avait des intermittences. Elle était très-forte par moments , puis cessait complètement. Une fois établie , elle ne persistait pas toujours pendant la durée de la vie utérine. Ainsi , il y avait des femmes chez lesquelles l'écoulement, après avoir existé li à 5 ans, se terminait brusquement. Chez d'autres, il revenait après une interruption.

Les proportions données par Blatin , dans son ouvrage sur le catarrhe utérin, sont presque semblables aux nôtres. Ainsi sur 135 femmes qu'il a examinées, 15 étaient devenues leucorrhéiques avant la menstruation , 106 pendant la période utérine, et ik après la cessation ou durant cette époque.

La leucorrhée reparaissait lorsque le flux menstruel était terminé; nous avons, en eff'et, constaté cette disposition 225 fois sur nos 248 femmes. Le chiffi-e est donc a peu près le même dans les deux cas ; mais il y a quelques faits bien constants de flueurs blanches qui ne se montrent qu'avant l'écoulement du sang , et cessent entièrement dès qu'il a paru. L'inverse est également vrai.

Nous retrouvons dans cette série les mêmes rapports pour le temps , la dui'ée et la quantité : quelquefois la leucorrhée est beaucoup plus abondante après la menstruation qu'avant. Elle varie aussi d'une période à l'autre ; elle ccule avec force à une époque , et le mois sui-

DKS FLUKURS BLANCHES. ^ 263

Vaut elle est presque tarie. Nous avons observé une femme chez laquelle l'absence de ce flux déterminait des élourdissements qui se passaient aussitôt que l'écoulement se rétablissait. Dans un cas il se prolongeait 15 jours, tous les mois.

La durée des flueurs blanches est souvent limitée à celle du flux menstruel , mais souvent aussi elle se prolonge et continue même pendant tout le mois , en présentant des alternatives de force , de faiblesse et de repos ; quelquefois l'écoulement est si considérable, qu'il simule une véritable perte.

Obs. LXXIX.— La Roche, âgée de 30 ans, est réglée à 12 ans, après d'assez fortes coliques. Jusqu'à 24 ans, les menstrues ne se dérangent pas. A cette époque , les flueurs blanches s'établissent pour la première fois ; elles ne cessent plus. Tous les mois , vers le milieu , elles coulent en gros flocons pendant 8 jours, et obligent la malade à se garnir; elle est alors faible, et parfois contrainte à rester au lit. Cet état persiste depuis 6 ans. Rien n'annonce que la constitution ait souffert. Cette femme est grande , forte , sanguine.

Plusieurs fois la quantité de l'écoulement leucorrhéique nous a paru influer d'une manière sensible sur celle du flux menstruel.

Obs. LXXX. — Jonel , née à Paris , est menstruée à 18 ans. L'apparition a été pénible, douloureuse et précédée des phénomènes de la chlorose. Depuis , les règles ont souvent été irrégulières , difficiles ; elles ont ensuite coulé en abondance. Au bout de 10 ans, elle a eu une leucorrhée très-forte. Les règles n'ont pas tardé à diminuer. Ce changement dans la quantité du sang lui a occasioné des vertiges, des élourdissements, de k\ céphahdgie. Au temps

26i DL LA MENSTRUATION

de la cessation , tous les symptômes se sont dissipés , et malgré une première menstruation difficile , des retours irréguliers , pénibles , une leucorrhée abondante , l'époque critique a été facilement franchie , et la santé est devenue excellente.

La proportion considérable de femmes qui sont atteintes de flueurs blanches, nous a engagé à rechercher si cet état morbide était un obstacle à l'établissement des règles, et s'il pouvait influer sur cette fonction une fois établie. Dans leur excellent Compendium de médecine pratique , MM. La Berge , Monneret et Fleury ont également appelé l'attention sur ce point.

Voici ce que nos recherches nous ont appris : sur les 63 femmes atteintes de leucorrhée avant la menstruation, des renseignements précis nous ont permis d'établir l'âge moyen de la première apparition chez SI ; il était de 19, 354 ou de 19 ans 4 mois environ.

Si l'on se rappelle ce que nous avons dit de l'influence du tempérament lymphatique sur l'établissement du flux menstruel, on verra qu'il partage, avec la leucorrhée, le privilège de retarder l'arrivée des règles. Pour mieux faire saisir l'action de cette cause , nous allons donner un tableau de ces 31 femmes.

Tableau de l'âge de la première apparition des menstrues chez 31 femmes atteintes de leucorrhée avant cette époque.

10 ans 1 14 ans \

DES FLUEURS BLANCHES. 26

18 aus 7 22 ans l

Si

L'âge commun, qui est ordinairement de 13 à ïk ans, présente ici un résultat inverse; 18 ans est la période qui renferme le plus de menstruations. Nous insistons peu sur ces chiffres en particulier, l'important est la conclusion à laquelle leur réunion nous conduit. L'apparition des flueurs blanches avant les règles , est une des causes qui retardent le plus l'établissement de cette fonction ; ainsi se trouve résolue affirmativement la première partie de la question.

J. Juncker et G. Ph. Nenter , tous deux élèves de Stahl , qui a publié sur les règles d'excellentes dissertations, avaient fait la remarque que le dérangement des menstrues influait sur la production des flueurs blanches. A l'appui de cette opinion , ils citent plusieurs observations qui démontrent la grande fréquence de cet écoulement chez les femmes mal réglées. Le témoignage de Blatin est en faveur de ces faits.

Désirant éclaircir cette seconde partie, nous avons relu 151 observations de flux leucorrhéique ; voici ce qu'elles nous ont présenté : 120 fois le cours des menstrues n'a point varié, soit que les flueurs blanches se soient montrées avant leur première apparition, soit qu'elles se soient déclarées après. Le flux menstruel coulait tantôt pendant 8 jours , tantôt pendant 3 à /i. jours , quelquefois moins, que la leucorrhée fut abondante ou légère ; seulement dans quelques cas peu nombreux , la quantité de l'écoulement blanc a influé sur celle des menstrues.

266 DE LA MlîNSTRUATlOiV.

L'époque critique a été plusieurs fois franchie avec bonheur par des femmes qui avaient été très-tourmentées par les flueurs blanches.

L'aménorrhée a été constatée dans une vingtaine de cas ; mais toujours elle se rattachait à une cause physique ou morale, à l'exception d'un fait.

L'établissement de la leucorrhée ne paraît donc avoir eu aucune influence sur la menstruation dans ces 120 cas. Mais pour ne rien omettre , nous devons faire observer que chez la moitié de ces femmes, la première apparition fut pénible, et les retours continuellement douloureux et fatigans. La plupart avaient des tiraillements d'estomac et une douleur gastralgique plus ou moins vive.

Les flueurs blanches une fois établies , ne persistaient pas toujours. Il n'était pas rare de les voir cesser quelques mois, reparaître, se passer entièrement.

Parmi nos observations, la suivante peut fournir matière aux réflexions.

Obs. LXXXL — Une femme forte et vigoureuse, d'un tempérament sanguin, entre dans le service de M. Honoré pour une douleur rhumatismale. Ses règles ont paru à 11 ans- 1/2, après quelques maux d'estomac. Depuis, elles sont toujours venues régulièrement, coulent en abondance pendants jours , et arrivent sans prodromes. Elle a nourri deux enfants; l'allaitement du dernier, qui a duré 15 mois, n'a point suspendu les menstrues ; eh bien ! cette femme , chez laquelle les règles ont paru de si bonne heure et ne se sont jamais dérangées , a des flueurs blanches depuis l'âge de 8 ans. Cet écoulement est continuel, très-fort, surtout aux approches , et jamais il n'a occasioné de gastralgie. La figure est colorée , pleine de fraîcheur. Il y a 28 ans que cet état de choses persiste.

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llippocrate (sect. 6. apli. 29) dit que les l'emmes ne sont pas sujettes à la goutte , tant qu'elles sont réglées , et de même pendant qu'elles ont des flueurs blanches. Ceci mérite distinction : si le rhumatisme et la goutte sont deux affections séparées, la remarque peut être vraie; nous n'avons jamais vu , en effet , la goutte durant la période utérine; mais si, comme le prétend un médecin distingué, ces deux maladies sont identiques, il n'en est plus ainsi, car le rhumatisme n'est pas rare chez les femmes menstruées : l'observation précédente en est la preuve.

Les faits que nous venons de passer en revue ont dû nous convaincre que la menstruation, dans un grand nombre de cas, n'était point influencée par la leucorrhée, au moins d'une manière appréciable ; nous allons maintenant examiner les 31 cas où il y a eu désordre de la fonction menstruelle.

Dans toutes ces observations , les règles furent irrégulières, peu abondantes, excessives, douloureuses, fatigantes ; mais le symptôme dominant fut l'irrégularité ; elle était surtout prononcée quand les flueurs blanches avaient paru avant l'élabHssement de la fonction ; chez un certain nombre de ces femmes , il y avait eu des symptômes de chlorose ; les suppressions furent souvent constatées. Le plus ordinairement la constitution était délicate.

Ainsi dans les 451 faits de flux leucorrhéique, la menstruation a été dérangée 31 fois, environ un cinquième; dans les quatre autres cinquièmes, elle a toujours été régulière, mais la moitié des femmes ont éprouvé des douleurs aux époques.

En résumé , les flueurs blanches retardent la première apparition des menstrues. Dans un grand nombre de cas elles n'ont qu'une iniluence secondaire sur les règles une

fois établies ; mais dans une proposition assez considérable de faits, elles coïncident avec le dérangement de la menstruation.

Quel que soit le temps auquel paraissent les flueurs blanches, il arrive souvent qu'elles ne cessent plus ; cette disposition s'est présentée 62 fois à notre observation ; c'est un peu moins du tiers par rapport à notre nombre total.

Si nous faisions l'histoire complète des flueurs blanches, nous entrerions dans des détails circonstanciés sur les diverses influences que nous allons seulement indiquer; mais leurs rapports avec le sujet que nous traitons, nous semblent devoir exiger quelques remarques.

Le mariage dans 12 cas a modifié les flueurs blanches; tantôt il les a diminuées, fait disparaître, tantôt, au contraire, il les a déterminées ou augmentées. Cette deuxième catégorie est la plus fréquente.

L'accouchement a une action beaucoup plus marquée ; nous l'avons constatée 28 fois. La leucorrhée , dans le plus grand nombre de cas , se manifestait après les couches , chez des femmes qui n'en avaient point offert les symptômes. Tantôt elle se montrait après la première , le plus ordinairement lorsqu'il y en avait eu deux ou plusieurs. Les fausses couches nous ont paru surtout favoriser son établissement. Lorsque la leucorrhée existait déjà , elle devenait plus abondante. Quelquefois, au contraire ^ le flux leucorrhéique était diminué ^ et dans quelques circonstances il était même entièrement supprimé. Dans beaucoup de cas l'écoulement n'a subi aucun changement.

Une femme devient mère de quatre enfants. La dernière couche augmente considérablement la leucorrhée , mais en même temps les règles diminuent de moitié. C elle disposition s'est maintenue pendant plusieurs années.

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Les jeunes filles qui vieniMiiit habiter les grandes villes sont sujettes à éprouver des suppressions, des irrégularités dans leur menstruation. Nous avons noté des eJBFets semblables relativement aux flueurs blanches. Dans 19 observations , nous avons vu la leucorrhée apparaître peu de temps après l'arrivée à Paris. Quelquefois après avoir été très-abondante au début , elle diminuait successivement. 2 fois l'apparition du flux leucorrhéique a coïncidé avec une suppression des menstrues.

Parmi les causes qui ont exercé une véritable influence sur la leucorrhée, nous devons signaler l'aménorrhée, l/i fois les flueurs blanches ont paru manifestement augmentées de quantité après ce symptôme ; elles sejnblaient alors suppléer en quelque sorte la fonction menstruelle.

On ne saurait contester aux flueurs blanches la faculté de remplacer, dans quelques cas rares , mais certains , le flux menstruel supprimé. Parmi les faits de ce genre , nous choisirons les deux suivants.

Obs. L XX XII. — Une demoiselle de 2h ans, d'une forte constitution, n'avait jamais eu ses règles. Elles étaient remplacées tous les mois par l'excrétion d'une certaine quantité de matières muqueuses blanches , opaques , de 4 à 5 joure de durée , laquelle n'était accompagnée d'aucune incommodité et paraissait très-bien suppléer les règles (1).

Obs. LXXXIII. — La nommée Pageot, domestique, âgée de 24 ans, née à Blois (Loir-et-Cher), entre à l'Hôtel- Dieu, dans les salles de M. Petit (2). Cette jeune fille est d'un tempérament lymphatique ; le système musculaire est médiocre , l'apparence assez bonne , les cheveux blonds. A 19 ans , Pageot éprouve des maux d'estomac ; il se fait

(1) Nauche, deuxième partie, page 646.

(2) Ce service élail alors confié à M. Legroux.

ensuite par les parties de la génération un écoulement blanchâtre qui dure quatre jours, et cesse après ce temps. Le mois suivant , les mêmes phénomènes se reproduisent, et depuis k ans elle est restée sujette à une leucorrhée périodique dont la durée est de 3 ou /j. jours. Chaque retour de l'écoulement est annoncé et accompagné par des douleurs à répigastre et par de légères coliques. Il y a 4 mois , cette fille a commencé à éprouver des accès d'hystérie ; elle a le sentiment d'une boule qui part du ventre^ souvent aussi elle sent une espèce d'aura dans les bras, l'épaule et les flancs.

Pageot a été reçue pour sa maladie nerveuse ; elle répond bien aux questions qu'on lui adresse ; mais une parole, un geste, le plus léger examen, la font pleurer , rire, et presque perdre l'usage de ses sens.

Ob& LXXXIY.— Le 21 octobre 1838, on reçoit à l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Jadioux, la nommée Bouny , âgée de 17 ans , couturière , née à Vendôme (Loir-et- Cher). 11 y a deux ans, cette jeune fille a commencé à avoir des flueurs blanches tellement abondantes , qu'elles tombaient goutte à goutte par terre ; elles durent ordinairement deux jours. Elles reviennent toutes les 5 ou 6 semaines. Aux approches , elle a des coliques qui lui donnent des défaillances. Elle devient pâle et perd connaissance ; ces accidents cessent au bout de 8 à 10 minutes. Elle éprouve aussi de temps en temps des maux de tête ; le sang lui monte à la figure , elle est fatiguée. Tous ces symptômes se dissipent avec l'apparition du flux. Il arrive quelquefois que les règles manquent pendant plusieurs mois , et sont remplacées par un écoulement blanc.

Obs. LXXXV. — MarUère, âgée de 26 ans, née à Valenciennes (Nord), brune, lymphatique, délicate, petite,

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est réglée dans son pays à 18 ans, sans être malade. Depuis cette époque , l'écoulement sanguin n'a point paru d'une manière régulière ; il manque quelquefois quatre à cinq mois, et pendant ces temps , il se manifeste à chaque époque des flueurs blanches qui durent 3 ou li jours. Cet état persiste depuis 8 ans.

Il y a des femmes qui voient beaucoup plus en blanc ([u'en rouge ; sur 4 à 5 jours , à peine manquent-elles un jour , les trois ou quatre autres elles ont un écoulement blanchâtre. Dans un cas , les menstrues, après avoir coulé pendant plusieurs années, furent remplacées par un écoulement blanc.

Obs. LXXXYI. — Le Fêvre , âgée de 24 ans , née à Yerberg (Oise) , est admise le 9 juin 1839 , dans le service de M. Jadioux , à l'Hôtel-Dieu , pour des attaques de nerfs. Elle a été réglée à 16 ans, après beaucoup de souffrances. Le flux sanguin a manqué un an , et ne s'est régularisé qu'à 19 ans. Il coulait deux jours modérément. Depuis un an , les menstrues ont complètement disparu ; elles onl été remplacées pai' des flueurs blanches qui apparaissent aux mêmes époques. Quand elles sont pour venir, elle éprouve , comme au temps de ses règles , de grands maux de tête et des étourdissements. 11 n'y a aucun symptôme qui annonce un état morbide de la matrice.

Il résulte donc de tout ceci, que la première menstruation est souvent précédée d'un écoulement leucorrhéiqne ; nous Tavons constaté chez le quart des femmes que nous avons observées. 11 peut se montrer de très-bonne heure , cesser avec l'établissement des menstrues, ou continuer à les accompagner.

La plupart des femmes qui présentent ce symptôme, sont lymphatiques, blondes, et nées dans les villes.

La proportion des femmes chez lesquelles l'écoulement leucorrhéique s'établit après la première menstruation, est considérable ; nous l'avons trouvée quadruple de celle des femmes qui voient en blanc avant l'apparition de la fonction.

Cet écoulement; sous le rapport des symptômes, de la durée, de la force , a les plus grandes ressemblances avec les menstrues ; le plus ordinairement il les précède et les suit , sans cependant cesser dans l'intervalle , comme le pensait Baglivi. Dans d'autres cas, moins fréquents, il persiste d'un mois à l'autre.

Dans le plus grand nombre de cas, cet écoulement, loin de causer de la douleur en passant sur les parties de la génération, les iubréfie, et tempère par sa présence l'ardeur du sang menstruel. 11 faut bien distinguer cette excrétion dont la nature est innocente, des flueurs blanches invétérées et des écoulements gonorrhéiques.

L'établissement des flueurs blanches avant la première menstruation paraît retarder cette dernière fonction. Le dérangement de la menstruation influe sur l'apparition et la quantité des flueurs blanches ; mais , dans un grand nombre de cas, elles n'ont qu'une influence secondaire sur les règles une fois établies.

Le mariage, l'accouchement,, l'habitation dans les villes et l'aménorrhée, augmentent, diminuent ou suppriment l'écoulement leucorrhéique.

Les flueurs blanches peuvent remplacer les menstrues ; mais le plus souvent cette sécrétion est irrégulière , et n'a lieu que chez des femmes d'une constitution délicate.

DEUXIEME PAF%.TÏE.

1Patliolo£:ie de ia Meitstruatioii.

Opinion des anciens sur l'utérus. — Opinion de quelques médecins modernes. — Examen critique de ces opinions. — Points de vue sous lesquels doit être envisagée l'influence réciproque de l'utérus et des organes. — Division du travail.

Quelle est l'influence des règles sur les maladies et celle des maladies sur les règles, telle est la double question qui va faire l'objet de cette seconde partie de notre travail. Si nous adoptons l'opinion des anciens, qui voulaient que la femme ne fût qu'un utérus , et qu'elle n'existât que par lui , notre tâche devient immense , car nous touchons à tous les points de la pathologie. Si , au contraire , nous embrassons l'opinion de quelques médecins modernes, qui subordonnent cet organe à l'influence du système nerveux , le champ se rétrécit singulièrement , nos recherches se circonscrivent dans d'étroites limites.

Mais quel est l'homme de bon sens , étranger à cet esprit de système qui a été et sera toujours le malheur de

notre art, quel est, dis-je, l'observateur consciencienx, qui ne reconnaîtra l'exagération de ces deux hypothèses ?

Quoi! la femme qui se montre si grande, si sublime dans ses devoirs de fille , d'épouse et de mère , qui , bien dirigée, ne cesse de donner l'exemple de toutes les vertus, qui plus d'une fois a rempli le monde de ses talents ^ de ses actions, de son héroïsme, serait réduite à un rôle aussi matériel! en vérité de pareilles idées sont bien étranges (1).

Prétendre , d'un autre côté , que la matrice gravite comme un obscur satellite autour de sa planète , lorsqu'on observe à chaque instant les funestes effets des désordres de la menstruation et tous les accidents qui déterminent la première apparition, la grossesse, les suppressions , la ménopause et les lésions de l'utérus , n'est-ce pas tomber dans une erreur presque aussi grande que l'autre ?

La vérité ne saurait exister dans ces deux extrêmes ; car si d'un côté l'utérus paraît jouir jusqu'à un certain point de sa vie propre , s'il remplit d'importantes fonctions, s'il a ses maladies particulières, d'un autre côté il entretient des relations multipliées avec les organes. Cette influence des sympathies se fait sentir à chaque pas , et l'on peut dire dans toutes les régions du corps. Tantôt ce sont les fonctions de l'estomac qui sont exaltées , perverties ; tantôt ce sont celles des seios qui se développent , se suppriment et s'altèrent. D'autres fois cette liaison mystérieuse se révèle par les désordres du larynx, par la perversion de l'intelligence. Point d'organe , en un mot ,

Pro-pter ûterum mulier iota morbus est. Utérus sexcentarum œrumnarum in mulieribus cavsa. De Moc. ad Hippoc. de nalurâ humanâ.

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