‹ De la menstruation, considérée dans ses rapports physiologiques et pathologiquesChapitre 78 sur 120 · AMÉNOURHÉK PAR CAUSE LOCALE · texte numérisé non relu

AMÉNOURHÉK PAR CAUSE LOCALE

Appareil urinaire. — Le rein gauche offre , à sa partie supérieure et externe, un kyste fibreux de la grosseur d'une noix, contenant un liquide blanc sans odeur.

Appareil génital. — Le clitoris et les grandes lèvres sont bien développés; le vagin a tout au plus un pouce de profondeur , il est terminé par un cul-de-sac. (M. Dupuytren pense que cet enfoncement est dû aux elTorls du coït , et que, primitivement , cette femme n'avait pas de trace de vagin. ) Derrière ce cul-de-sac se trouve le rectum ; audessus 5 et derrière la vessie , sont des apparences de ligaments larges de l'utérus, lesquels contiennent dans leur épaisseur des trompes volumineuses , des ovaires bien développés. On ne trouva point de matrice , mais on vit , à l'endroit où se réunissent les deux trompes, un petit renflement qui n'offrait ni cul-de-sac , ni cavité , et qui ne ressemblait en rien à l'utérus. ( M. Brescliet possède la pièce anatomique. ) (1)

L'aménorrhée peut avoir lieu sans qu'on constate après la mort aucune altération des organes génitaux : tel était le cas de la femme dont nous allons parler.

Obs. XCL— Une femme de 50 ans vint mourir à l'Hôtel-Dieu. Jamais elle n'avait été menstruée,et cependant elle avait eu le plus vif désir d'avoir des enfants. Remèdes, pèlerinages, moyens convenables, rien n'avait été négligé dans ce but.

MM. Duplay et Yigla examinèrent avec beaucoup d'attention les organes sexuels. Les parties extérieures et moyennes étaient bien conformées; le vagin avait les dimensions normales ; la matrice présentait le développe-

(1) Rép. de m6d. et de chir.cilé. Pour compléter celle observalion, lire ce que nous eu avons déjà rapporté , pag. 183 , obs. LV,

29'* DK LA MENSTRUATION.

ment qu'elle offre chez les femmes qui n'ont pas eu d'enfanls ; le col était petit , mais bien conformé ; les deux lèvres séparées; la cavité de l'utérus non obstruée; les trompes et les ovaires existaient comme dans l'état normal, seulement il y avait un petit kyste dans l'ovaire du côté gauche (1).

Les lèvres du col peuvent être réunies, agglutinées. D'autrefois , c'est un diaphragme qui intercepte le cours du sang. L'obstacle peut exister dans le vagin. Ce conduit manque quelquefois en totalité , ou il n'est qu'incomplètement développé , réduit à un tiers , un quart de sa longueur. Il présente des espèces de cloisons. L'agglutination peut avoir lieu à l'entrée du vagin.

On nomme atrètes ou imperforées, les femmes qui en sont atteintes. Parmi les faits nombreux de ce genre , nous rapporterons les deux suivants, qui, en donnant un aperçu des principaux symptômes, ont encore le mérite d'attester ja puissance de l'art,

Obs. XCIL— Marie-Anne H., âgée de 21 ans, d'une constitution vigoureuse, non menstruée, éprouvait depuis 5 ans environ , tous les mois , des douleurs dans la région hypogastrique , accompagnées de borborygmes et autres symptômes hystériques. On avait combattu sans succès ces divers phénomènes parles emménagogues. En touchant l'hypogastre , on sentit une tumeur correspondant à la région de l'utérus, ce qui fit croire d'abord à un état de gros^ sesse ; mais en examinant avec attention les parties génitales , on trouva une membrane épaisse qui fermait exactement le vagin.

On procéda de suite à l'incision de cette membrane,

(4) Observation coaimuniquée par M. Vigla.

AMÉNORRHÉE PAR CAUSE LOCALE. Îi95

au moyen d'un bistouri; il s'écoula aussitôt au moins quatre pintes (3 lit. 725.) de sang noirâtre, mêlé de caillots fétides ; on introduisit une mèche de charpie dans l'ouverture, afin d'en empêcher la réunion.

Le lendemain des injections furent faites dans le vagin, pour le débarrasser du sang coagulé qu'il pouvait encore contenir ; l'on renouvela la même opération et les mêmes pansements pendant une quinzaine , après quoi la menstruation ne cessa d'être réguUère et abondante (1). Vanswiéten rapporte, d'après Antonius Benevoli, l'histoire d'une fille de 18 ans, qui rendit trente-deux livres de sang à la suite de la destruction de l'obstacle qui s'était opposé jusque-là à son écoulement.

Obs. XCIII. — Une jeune personne avait toujours joui d'une bonne santé jusqu'à l'âge de ili ans. A cette époque elle éprouva des accidents qui furent en augmentant , et qui au bout de deux ans la réduisirent à un grand état de faiblesse. Lorsqu'elle fut visitée par M. le docteur Willaume , elle avait le ventre volumineux comme celui d'une femme enceinte de 6 mois , et offrait une tumeur considérable, rude, étendue depuis l'hypochondre jusqu'à la région iliaque gauche; les parties sexuelles extérieures étaient bien conformées , mais il n'y avait nulle trace d'ouverture vaginale.

L'exploration de la vessie à l'aide de la sonde , et celle du rectum parle doigt, démontrèrent qu'il y avait absence du vagin. Une opération bien faite , mais qu'il est inutile de décrire , donna issue à une certaine quantité de sang épais, gluant, sans odeur, et de couleur lie de vin; peu

(1) Annal, de la méd. physiologie, obs. recueil, par M. Cabaret Basse, delà maison de Ploubalay. Ce fuit odre la plus frappante analogie avec celui rapporté par Fabrice d'Aquapendente, Opéra anatomicœ.

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à peu l'utérus s'affaissa, et toutes les fonctions se rétablirent dans leur intégrité ; la guérison était complète au bout d'un mois.

Deux ans et demi se sont écoulés depuis ce moment ; le canal artificiel s'est conservé , mais la dilatation n'a pas été suffisamment entretenue , de sorte que le sang s'amasse encore de temps en temps dans la cavité de l'utérus (1).

M. le docteur Amussat a également communiqué à l'Académie royale de médecine, un fait de guérison chez une demoiselle qui était imperforée.

On lit dans le Journal de Roux, Boyer et Corvisart, l'histoire d'une jeune fille qui fut guérie d'une imperforation du vagin par une incision ; chaque mois les urines coulaient sanguinolentes pendant huit à dix jours (2).

Tout le monde connaît l'observation de la femme citée par Ruysch, chez laquelle il existait deux cloisons. Un fait analogue a été publié par le docteur Deslile de Yalogne ; dans ce cas il y avait aussi une double oblitération du vagin , dont l'une fut détruite par la nature et l'autre par l'art (3) . 11 est utile de faire la remarque que les replis de la membrane muqueuse en imposent quelquefois pour l'hymen ; cette disposition est fort commune dans le midi, surtout chez les femmes publiques.

L'aménorrhée par cause locale peut être accidentelle ; elle est alors la suite de l'adhésion des lèvres du col , des parois du vagin, qui succède à la vaginite, aux inflammations déterminées par les déchirures, par les plaies de l'accouchement, par les brûlures.

Nous avons observé dans le service de M. Lisfranc^ une

Cl) Obs. publiée par M. Willaume. Archives générales de médecine, pag. 306,, t. XI, juin 1826.

(2) Journal cité, t. XX, p. 231.

(3) îJ.t.iii.p. 222.

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