‹ De la menstruation, considérée dans ses rapports physiologiques et pathologiquesChapitre 80 sur 120 · AMÉNORRHÉE PAR CAUSE LOCALE · texte numérisé non relu

AMÉNORRHÉE PAR CAUSE LOCALE

environ deux pintes (1 lit. 863.) d'un sang noir, délayé, inodore, qui ^ laissé en repos pendant huit heures, ne forma ni caillot, ni sédiment, et n'éprouva pas de changement dans sa couleur et sa hquidité.

A mesure que le sang était évacué, l'organe se contractait, repoussait l'instrument, et revenait sur lui-même.

Pendant huit jours il s'établit un suintement sanguinolent, qui devint blanc au bout de trois semaines. Les tumeurs diminuèrent progressivement ; cinq semaines après elles étaient effacées, et l'utérus avait repris son volume ordinaire. L'écoulement, d'abord fétide , perdit sou odeur, et se tarit peu à peu. A mesure qu'il diminuait, la cuisse, la jambe et le pied gauche devinrent le siège d'un gonflement œdémateux, quoique les urines coulassent abondamment et que les garde-robes fussent faciles.

La malade suivit un régime fortiQant , fit usage d'une décoction de chiendent, des eaux de Yichy, des pilules d'extrait de scille , de frictions sur les membres œdématiés avec un hniment volatil , et elle ne tarda pas à revenir à la santé (1).

Les médecins qui ont publié cette observation, n'ont point parlé de l'état des règles , ni du temps critique , bien que l'âge de cette femme indiquât des accidents propres à cette période ; mais comme de pareils symptômes peuvent être le résultat d'une rétention du sang à l'époque de la première menstruation pendant le cours de la vie utérine , ou à la cessation des règles , nous avons pensé qu'elle serait convenablement placée dans ce travail , 1° comme exemple de diagnostic; 2° comme règle de conduite qu'il conviendrait de tenir dans une circonstance analogue.

(i) Obferralion publiée par \T. Dolivera, dans la Bibliothèque mi^dicale.

Le traitement de l'aménorrhée par cause locale, présente deux divisions à établir , suivant qu'elle est congéniale ou accidentelle. Dans les deux cas cependant il est nécessaire de recourir à l'inspection des organes, de pratiquer soigneusement le toucher; le spéculum peut rendre quelques services. Chez les vierges , M. Lisfranc conseille le toucher par le rectum. Nous avons vu plusieurs fois l'introduction de la sonde, faite par des mains habiles, fournir des renseignements précieux.

Lorsque l'aménorrhée dépend de la petitesse congéniale de l'utérus , on comprend que la nature et le temps peuvent seuls faire les frais de la guérison. Chez les femmes atiètes, il suffit quelquefois tl'inciser la membrane hymen, qui est le seul obstacle. 11 arrive , dans plusieurs circonstances, que l'olîstacle est double; on trouve deux et même trois cloisons. Dans l'observation rapportée par Ruysch , l'incision des deux diaphragmes procura la guérison. Dans tous les cas de ce genre , c'est à l'art chirurgical qu'il faut s'adresser.

L'aménorrhée est -elle accidentelle, il faut voir si l'adhésion des lèvres du col , qu'on rencontre le plus ordinairement, dépend d'une brûlure, d'une vaginite ou des suites de l'accouchement. La conduite tenue par M. le professeur Moreau pourra servir de guide dans les faits du même genre.

Les maladies de l'utérus peuvent aussi déterminer l'aménorrhée. Tantôt l'existence de ce symptôme est due à un état d'irritabilité extrême et à des douleurs vives de l'utérus, tantôt il est occasioné par l'engorgement de l'organe; quelquefois il dépend d'une position vicieuse du col, comme son inclinaison vers le coccyx , ou de la présence de concrétions muqueuses qui oblitèrent le col.

AMÉNOmxnÉE PAR CAUSE LOCALE. 301

M. Broussais a fait la remarque que l'aménorrhée est souvent le symptôme d'un engorgement de l'utérus. Cet état est fréquemment annoncé par une sensibilité locale assez vive, qui fait désirer aux femmes l'approche de l'homme , quoiqu'elle sojt douloureuse pour elles. A la suite de cette sensibilité des organes génitaux , on voit survenir une excitation générale qui fait rechercher aux malades la musique, les spectacles, les amusements de toute espèce. C'est alors que les phénomènes nerveux se montrent avec toute leur intensité , en particulier chez les femmes du monde , dont la constitution nerveuse est exagérée encore par le genre de vie qu'elles mènent (1).

Yoici dans les cas de l'espèce comment doit se conduire le médecin. L'utérus est-il doué d'une sensibilité trop grande , il faut chercher à la calmer par des moyens convenables , des bains, des injections simples ou narcotiques. I.e docteur Fabre a employé avec succès l'acétate de morphine. (VoirYartlde Jménorrhée du Dictionnaire des dictionnaires.) Dans l'engorgement, la médication doit être plus active ; cet état de l'utérus sera combattu par les saignées de bras, les bains, les boissons émollientes, les cataplasmes , le régime. Chez les femmes pâles , lymphatiques, le traitement consistera dans l'emploi du houblon, de la gentiane, des vins amers, auquel on joindra le régime tonique.

Il est très-difficile de remédier à l'aménorrhée qui provient de l'engorgement de l'utérus par suite de l'inclinaison vicieuse du coccyx , mais on peut cependant trouver quelque moyen curatif.

M. le docteur Félix Legros a remarque que la sécrétion

(1) Broussais, Cours de palhol., t. ii, p. 230.

catarrhale de l'utérus acquérait dans certains cas une consistance , une viscosité , une ténacité , un épaississeraent tels, que toute communication était interceptée entre cet organe et le vagin. Cette matière, très-difficile à détacher à l'aide du pinceau , se retrouve cliez les femmes grosses , comme Chaussier en avait fait la remarque. Lorsque ces concrétions muqueuses oblitèrent ainsi le col utérin, il suffit d'enlever cet obstacle mécanique (i).

Aménorrhée secondaire ou par suppression.

Parmi les faits nombreux contenus dans ce livre , et qui mettent hors de doute l'action puissante des règles sur l'organisation et les maladies, il eu est peu qui puissent fournir des preuves plus nombreuses que ceux tirés de la suppression. Il n'est point de praticien qui , dans le cours de sa carrière , n'ait été consulté un grand nombre de fois pour des femmes bien portantes, qui, sous l'influence d'une impression quelconque , avaient vu leurs règles s'arrêter à l'instant même, et pour lesquelles cette suppression avait été le signal de malaises , de souffrances , de douleurs , d'indispositions , de maladies. C'est au développement de cette proposition que nous allons consacrer les pages suivantes.

On peut réduire à trois chefs l'ordre suivant lequel se manifeste cette aménorrhée: les causes sont physiques, morales, inconnues. Yoici, dans les 190 observations que nous avons recueillies , comme les faits sont divisés :

Causes physiques 68

n morales 9'2

» inconnues 30»

[V Aménorrhée, Dicf. des élud. itiéd. , t. i, p. 331.

AMÉNORRliÉE SECONDAIRE. SOS

De toutes les causes physiques , la pins fréquente est l'action du froid. Les règles s'arrêtent par l'immersion des pieds, des mains, du corps dans l'eau froide; l'habitude cependant détruit cette disposition. Nous avons déjà cité le fait curieux des femmes employées aux bains de mer. Plusieurs fois nous avons vu des personnes chez lesquelles le contact de l'eau faisait avancer l'époque, ou provoquait plus abondamment les menstrues. L'idiosyncrasie modifie cette disposition ; 6 fois nous avons constaté cette influence. Une femme remarqua que lorsqu'elle mettait ses jambes à l'eau pendant ses règles , le sang coulait aussitôt en perte. Une autre femme nous raconta que l'eau froide , et en général tout ce qui détermine des suppressions, lui faisait venir plus promptement les menstrues. Dans 6 autres cas nous avons observé l'arrivée des menstrues immédiatement après de fortes émotions. Une fois la réception d'une mauvaise nouvelle fit couler les règles à l'instant ; tous les accidents morbides se dissipèrent en même temps.

La suppression d'un caleçon, d'un vêtement habituel, le refroidissement , lorsqu'on est en sueur , déterminent cet accident. La suppression de la sueur aux pieds a produit plusieurs fois l'aménorrhée. Cette cause a été indiquée par le docteur Mondière , dans le Mémoire qu'il a jîublié sur cet intéressant sujet (1). Les suites de couches, les maladies, le séjour à l'hôpital, les empoisonnements, etc., occasionnent ramcnorihée.

Les coups, les chûtes, \vs travaux, les indigestions, la fatigue, l'abus des médicaments, sont encore au nombre des causes que nous avons observées; mais leur action

(1) Moncîiùre, Arcli. générales deméd., 1838.

est bien plus circonscrite. Il y a des femmes chez lesquelles l'usage des garnitures amène la suppression des règles.

Dans les suppressions subites, les femmes éprouvent un abattement général , un sentiment de pesanteur douloureux à l'hypogastre et dans les lombes , des tiraillements dans ces deux régions; ces signes augmentent d'intensilé , il survient un dégoût pour les aliments , des douleurs vagues, des coliques, des pesanteurs de tête, des chaleurs de poitrine, et quelquefois des crachements de sang ; les tranchées utérines sont un des symptômes les plus communs. L'affection peut aller plus loin , et l'on voit se manifester une inflammation, un catarrhe utérin, une aménorrhée , etc.

Obs. XCVII. — Une dame âgée de 21 ans , bien réglée ^ traverse un ruisseau, à l'instant le sang s'arrête; le lendemain elle se plaint de coliques, de maux de reins , d'élancements dans la matrice ; huit ou dix jours après , une perte légère a lieu ; le toucher révèle un engorgement du coi et d'une partie du corps ; une application directe de six sangsues calme les symptômes, et un traitement convenable achève la guérison.

Obs. XCYIII. — Une domestique met en jouant une clef de fer dans le dos d'une de ses camarades qui avait ses règles. Le sang cesse de couler ; il se déclare une gastralgie et une leucorrhée que six mois de traitement ne peuvent guérir.

Le docteur Burrows a communiqué il y a quelques années à la société médico- chirurgicale de Londres, l'observation d'une femme chez laquelle la menstruation se supprima brusquement à la suite d'un rapprochement ac-

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compii au milieu d'une grande exaltation. L'accident fut suivi de manie et de catalepsie (1).

Une trop- grande déperdition peut retarder les règles. Une femme ayant fait usage de thé eut un flux immodéré d'urine , ses règles manquèrent le mois suivant (2).

Il n'est point rare , après les maladies aiguës inflammatoires , lorsqu'on a eu recours à un traitement antiphlogistique énergique , de voir la menstruation manquer à l'époque suivante , et cette aménorrhée se prolonger deux et trois mois. Ce fait que nous avons eu plusieurs fois l'occasion d'observer après la pneumonie, la péritonite, se montre aussi dans la convalescence des affections typhoïdes. Il doit nécessairement y avoir quelques modifications dans la composition du sang après une longue maladie, après des émissions sanguines abondantes, la privation prolongée d'aliments, et l'introduction d'une grande quantité de principes aqueux et médicamenteux dans l'économie.

La suspension des règles peut coïncider avec des collections de gaz , ou donner lieu à ces singulières productions.

Obs. XCXIX. — Une femme de 40 ans se croit enceinte, ses menstrues se suppriment , le ventre se gonfle , et l'utérus au cinquième mois est parvenu au niveau de l'ombilic. Un jour eiïe se baisse, tout à coup des flatuosités abondantes s'échappent de la vulve, et le ventre s'affaisse complètement (3). Dans l'ouvrage de Frank (li) on lit le fait suivant : une femme voit ses menstrues supprimées

(1) Cyclopedia, art. Meiislriialion.

(2) Fricnd emnienologia , p. 78.

(3) Revue médicale, t. iv, p. 48iï, 1830.

(/)) Epiiôiiie de curandis hominummorbis, lib. VI, p. prima. Tnbingœ, 18H , p. b3, 8G.

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par l'exposition au froid; le ventre se tuméfie, devient douloureux , et l'utérus monte jusqu'à l'ombilic , résonnant à la percussion ; la fièvre se déclare, on porte un doigt jusque dans l'orifice du museau de tanche, et aussitôt un flot de gaz fétide s'échappe. Le ventre , un moment diminué, s'enfle de nouveau; un tube est introduit jusque dans l'utérus, pour y pousser des fumigations , les gaz sortent en abondance , des caillots les suivent de près , et la malade est guérie.

Un fait bizarre est celui rapporté par Hippocrate. Phaetusa et Nymasia , après une longue suppression , présentèrent quelques-uns des attributs de l'iiomme , elles devinrent presque velues et barbues (1).

L'aménorrhée ne donne pas toujours lieu à des symptômes douloureux ; quelquefois môme la santé n'est pas troublée.

Une femme se baigne dans la rivière , ses règles sont arrêtées et ne reparaissent pas pendant trois ans. La santé n'est nullement altérée durant cette période de temps , et la femme continue de se livrer à ses travaux. Nous en rapporterons bientôt d'autres exemples fort intéressants.

Parmi les agents qui ont quelquefois donné lieu à la suppression, il faut placer les médicaments. Plusieurs fois nous avons observé l'aménorrhée après radministration du copahu et du cubèbe. Les saignées répétées ont déterminé les mêmes effets. M. Colson a rapporté l'observation d'une aménorrhée qui se manifesta pendant le cours d'un traitement mercuriel. L'action des médicaments sur la menstrualion est un fait positif; souvent on voit ce flux

(1) Hippocrale, épid. , lib. VI.

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s'arrêter ou paraître immédiatement après l'emploi d'uii remède; aussi, dans les maladies qui n'offrent pas de gravité, ne faut-il jamais perdre de vue l'époque à laquelle on prescrit les médicaments, et, si cela est possible, Fidiosyncrasie du sujet qui modifie de tant de manières les effets thérapeutiques.

Des particularités fort diverses peuvent être notées chez la même personne , à la suite de l'emploi des médicaments. Nous nous rappelons l'observation d'une dame à laquelle on fit une application de sangsues à l'épigastre , pour une affection de cet organe : les règles furent immédiatement supprimées. Quelques années plus tard , cette personne étant malade, on lui plaça, à différentes reprises , 160 sangsues ; malgré une perte énorme de sang , le flux menstruel ne s'en montra pas moins comme d'habitude à l'époque suivante.

Les causes morales sont peut-être plus nombreuses que les précédentes. La peur, la frayeur, les grandes émotions, la colère, sont celles qui agissent le plus ordinairement. Les passions entraînent aussi très-souvent l'aménorrhée. Stahl est d'avis que l'aménorrhée produite par les causes morales, et surtout par la peur, est une des plus fréquentes (1).

La suppression due à des causes morales , est, comme celle occasionée par les causes physiques , suivie d'accidents. Les malades ont des douleurs de ventre , de reins , des gonflements abdominaux, des maux d'estomac, des envies de vomir , etc. , etc. Dans quelques circonstances il y a des ménorrh agios. Parfois on voit se déclarer des affections de l'utérus , des ovaires et des trompes. Dans

(1) Slalil, Theoria medicavcra, part. XIX, p. 588.

d'autres cas , ce sont des tumeurs qui se développent dans le ventre. Nous avons vu des femmes qui avaient des étourdissements , tombaient sans connaissance , et perdaient la parole pendant plusieurs heures. Les hémorriiagies supplémentaires s'observent dans cette aménorrhée comme dans celle produite par les causes physiques ; quelquefois cependant, l'écoulement anormal, quand il se fait par les fosses nasales, peut être avantageux : mulîeri , menstruis deficientibus , sanguinem naribus fluere bonum (1).

La suppression peut donner lieu à une autre série de symptômes; les malades toussent, ont des points de côté, crachent le sang , ou bien elles se plaignent d'étouffements, d'oppression, de gêne de la respiration. Lorsque les symptômes ont leur siège vers la tête , ce sont des étourdissements , des vertiges , des bourdonnements d'oreilles, de la céphalalgie , des migraines , etc.

Existe-t-il un organe délicat chez la femme atteinte d'aménorrhée , c'est presque toujours lui qui devient le siège des souffrances.

Obs. C. — Une demoiselle avait inspiré des inquiétudes à sa famille , à raison des accidents qui s'étaient manifestés vers la poitrine. Un traitement convenable , suivi avec persévérance , avait fait cesser les craintes depuis plusieurs années , lorsque la nouvelle de la mort de son frère lui occasione un si vif chagrin , que les règles sont arrêtées. Bientôt les caractères de l'ancienne afléction de poitrine se dessinent avec plus de violence que jamais; la toux, l'amaigrissement, les sueurs, révèlent un danger pressant. Des soins bien entendus, un voyage

(1) flippocr. Ap. XXXIII , secl. v.

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dans les pays chauds , sont parvenus à triompher du mal ; la santé s'est de nouveau montrée avec le rétablissement des menstrues.

Des maladies nerveuses peuvent être déterminées par la suppression , et celle-ci peut devenir définitive , quoique la femme soit encore jeune. Nous avons connu une dame qui depuis trois mois qu'elle avait une suppression était agitée d'un tremblement continuel ; elle ne pouvait rester un seul instant en place; il fallait qu'elle allât sans cesse d'un endroit à l'autre; elle s'ennuyait partout.

Obs. ci. — Bouchet, âgée de 18 ans, d'un tempérament délicat et nerveux, éprouve un chagrin profond qui occasione une suppression avec des symptômes du côté du cœur et de l'estomac. L'aménorrhée dure un an ; pendant ce temps elle ressent chaque mois de la pesanteur à l'épigastre , des douleurs dans les grandes articulations , des vertiges , de fausses sensations de la vue ; elle croit toujours apercevoir les objets colorés en rouge.

A son entrée à la Salpétrière , les menstrues apparaissent , elles durent douze jours ; il se déclare des vomissements de sang qui reviennent tous les jours une ou deux heures après le dîner ; elle a aussi des accès d'hystérie. Une saignée de pied fait cesser l'hématémèse. La santé va toujours en s' améliorant. Le flux menstruel finit par se rétablir complètement avec le temps (1).

Ors. cil —Le 11 novembre 183/t, Durand, âgée de trente-sept ans, est reçue à la Piété, dans le service de M. Louis. La menstruation a paru difficilement à 16 ans , après deux mois de souffrance ; elle a ensuite toujours été régulière jusqu'à 21 ans. A cet âge, cette femme,

(*) Royer-Collard , ouv. cilé.

qui est au neuvième jour de son quatrième accouchement, croit apprendre que son mari est noyé ; la frayeur s'empare d'elle, les lochies sont immédiatement supprimées, et, à dater de ce moment, ses menstrues n'ont jamais reparu ; 16 ans se sont écoulés depuis cet accident. Aux époques , elle a eu de temps en temps , pendant plusieurs années , des coliques , des pesanteurs. Tous les moyens employés ont été inutiles pour rappeler l'écoulement périodique ; seulement elle a par moments des flueurs blanches. Durand a commencé il y a trois mois à se plaindre d'un poids presque continuel dans le bas- ventre , à ressentir des coliques , de la chaleur , des douleurs. Le toucher fait reconnaître un engorgement de l'utérus.

Le point de départ de l'aménorrhée est dans ce cas la vive frayeur qui , en supprimant les menstrues , détermina un commencement d'irritation de l'utérus. Seize ans se passent entre le début et l'explosion de la maladie, qui est favorisée , selon toutes les probabilités, par l'influence du temps critique.

M. Rostan a rapporté une observation fort intéressante d'une aménorrhée par cause morale.

Obs CIIL — Pendant la révolution, une dame fut saisie de frayeur à la vue de la lanterne à laquelle on allait l'accrocher; aussitôt ses menstrues s'arrêtèrent; quelques jours après, la peau de la face et celle du corps prirent une teinte noire semblable à celle des nègres peu foncés. A l'autopsie , le corps muqueux séparé du derme et de l'épiderme par la macération , était brun comme chez les nègres; cette dame était fort blanche, mais habituellement mal réglée. ( Journal Corvisart ^ t. v , p. 22. )

Parmi les maladies extraordinaires déterminées par la suppression des menstrues, celles dont nous allons rapi-

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dément esquisser l'histoire , méritent toute l'attention des médecins.

Obs. CIV. — Aménorrhée , hypertrophie des tissus (1). Marianne, âgée de /i2 ans, infirmière àTHôtel-Dieu dans le service de M. ]Magendie , est née à Samery ( Seine-et- Marne ). Cette femme , dont la physionomie extraordinaire et la configuration générale ont beaucoup de rapports avec l'éléphant, a été réglée à 15 ans, après avoir bien souffert, et surtout après avoir eu de fortes coliques et la jaunisse. Les menstrues n'ont point reparu le mois suivant , et ne se sont régularisées qu'à 17 ans ; elles coulaient deux ou trois jours modérément ; les époques étaient annoncées par des coliques.

A 22 ans , Marianne est renvoyée, sans s'y attendre , de la maison où elle était placée ; cet événement produit sur elle une vive impression. Ses règles s'arrêtent aussitôt , et depuis ce moment elles ne sont plus revenues. A ses époques elle éprouvait une gène extrême , on était obligé de lui pratiquer d'énormes saignées; quoique sa constitution fût ordinaire , elle se livrait habituellement à de forts travaux.

Pendant les cinq ou six premiers mois qui suivent la suppression , elle n'observe rien de particulier ; mais bientôt elle commence à ressentir de l'oppression; elle perd chaque jour de sa vivacité : les remèdes mis en usage pour rappeler l'évacuation sanguine, sont sans résultat. Au bout de deux ans elle s'aperçoit avec un étonnement pro-

(1) Celle allération delissus se rapproche de réléphanliasis; mais, pour les médecins qui onl observé les deux principales variétés de celle malrtdie, elle doit s'en éloigner beaucoup.

fond , que les traits de son visage grossissent ; le développement du corps est également marqué , mais il a moins fixé son attention.

A partir de ce moment , l'hypertrophie , qui était évidemment déjà ancienne, fait des progrès sensibles, et envahit un grand nombre de parties. Comme il nous serait impossible d'en constater la marche, nous allons faire connaître l'état actuel de Marianne.

Sa figure a subi une augmentation de volume qui porte principalement sur les joues, le nez, les lèvres, et peu sur les oreilles ; la langue est deux fois plus grosse que dans l'état ordinaire ; elle est large , inchnée , faisant saillie en avant , aussi la lèvre inférieure est-elle presque toujours pendante. Le son de la voix a quelque chose d1nsolite; on dirait que Marianne, en parlant, a la bouche pleine d'un liquide épais. Les os et les tissus environnants participent à cette hypertrophie, qui est très-marquée dans les os de l'avant-bras , et en particulier dans ceux de la main ; les os du pied présentent la même altération. Le corps a suivi ce développement ; Marianne dit qu'avant cette maladie elle avait une demi-aune àe tour, qu'elle a maintenant une aune. Depuis plusieurs années elle se plaint de douleurs violentes à la tête , ce qui semblerait annoncer que la substance cérébrale ou osseuse éprouve un travail d'hypertrophie.

Marianne est lourde, se fatigue très-aisément ; l'appétit est bon , les battements du cœur normaux. Il y a deux ans elle a eu une pleurésie dont elle a bien guéri. On la saigne chaque année ; cette fille n'a jamais eu de rapports sexuels.

Mesurée dans différentes parties du corps, voici les diamètres qu'elle nous aj)résentés :

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Circonférence de la tête , de la bosse frontale à

la protubérance occipitale, 596 mlllitn, ou 22 pouces.

Longueur de la face, des sourcils au menton, 166 millim. ou 6 pouces ^.

Longueur des sourcils à la racine des cheveux, 68 millim. ou 2 pouces y.

Longueur totale de la face, 244 millim. ou 9 pouces.

n du nez, 'J2 millim. ou 2 pouces 8 lig.

Circonférence de la main dans sa plus grande largeur, 271 millim. ou 10 pouces.

Doigt indicateur mesuré de la base, 86 millim. ou 3 pouces 2 lig.

Circonférence du pied aux orteils (1) , 289 millim. ou 10 pouc. 8 lig.

Obs. GY. — Hypertrophie des tissus survenue à la suite d'une suppression des lochies et des règles. Prévost, âgée de 32 ans, née à Nantes (Loire-Inférieure), avait toujours été d'une excellente santé; elle était vive, alerte, d'un tempérament lympliatico - nerveux. Réglée pour la première fois à l/i ans , sans aucune souffrance , le flux menstruel reparaissait chaque mois avec une régularité parfaite; il n'était annoncé que par quelques flueurs blanches qui le précédaient et le suivaient.

11 y avait un mois qu'elle venait d'accoucher , lorsque le bruit de la fusillade de 1830 , qui retentissait autour d'elle, lui causa une telle frayeur, que ses lochies furent à l'instant supprimées. Presqu'aussitôt elle éprouva un malaise général , des bourdonnements d'oreilles , des tintements, des étourdissements , des palpitations; sa voix devint moins claire ; par moments elle se voilait entièrement. On lui appliqua des sangsues aux organes sexuels , des saignées furent faites , des vésicatoires furent placés; elle prit des purgatifs ; une légère amélioration succéda à l'emploi de ces moyens, mais elle ne fut que passagère.

Au bout de 5 à 6 mois , Prévost commença à s'aperce-

(1) Observation recueillie en 1839 à THôtel-Dieu de Paris, par M. Biierre de Boismoiil. M. le professeur Landouzy, qui a observé ces deux cas, pense également qu'ils sout les conséquences de la suppression. La date de la maladie n'est point une objection, car il est à peu près certain que les désordres on! commencé bien avant que ces femmes en aient eu la conscience.

314 DE LA MEiNSTRUATlON.

voir que sa figure acquérait une expression singulière , les traits devenaient plus gros ; en même temps elle remarqua des bosselures sur les différentes parties du corps ; sa vue s'obscurcissait de plus en plus ; elle fui obligée de quitter sa profession de couturière pour se faire domestique. Elle pouvait travailler; mais lorsqu'elle se fatiguait un peu, les palpitations étaient très-fortes , et elle ressentait de violents battements dans la tête.

Deux ans après son accident, les tissus avaient pris un développement considérable ; suivant elle, ils avaient acquis les dimensions qu'ils présentent aujourd'hui. A l'époque où les lochies furent supprimées, Prévost avait 24 ans ; depuis ce moment , les règles ne sont plus venues , malgré les moyens employés dans ce but. Il y a quinze jours , elle s'aperçut que la jambe gauche enflait, les douleurs de tête augmentaient à un haut degré, l'assoupissement était presque continuel; la vue s'aflaiblissait chaque jour; dans cet état, elle se détermina à entrer en 1839 à l' Hôtel-Dieu , dans le service de M. Magendie.

Lorsque nous la vîmes, elle se plaignait de palpitations très-gênantes , de douleurs de cœur , de bourdonnements, d'étourdissements , et spécialement d'une céphalalgie trèsintense; elle était continuellement assoupie, le pouls, quoique petit, avait de la fréquence; la jambe gauche était enflée , mais ce qui attirait surtout les regards , c'était l'expression de la face , qui avait la plus grande ressemblance avec celle de Marianne. Cette région ofîrait en effet un développement extraordinaire , ses proportions étaient presque doublées ; l'œil était saillant , beaucoup plus grand que dans l'état normal , bleuâtre , sans vivacité , sans animation ; les joues , les lèvres , la peau du front , étaient hypertrophiées, le nez n'était point déformé; les

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OS de la face participaient à cet accroissement général ; les dents avaient leurs dimensions habituelles ; les os du crâne étaient plus grands, plus volumineux que de coutume ; les os de la main , ceux du pied , avaient également acquis des proportions plus fortes; le tissu cellulaire avait suivi cette déformation presque générale ; aussi toutes les parties du corps étaient-elles plus ou moins hypertrophiées.

Comme chez Marianne , les facultés intellectuelles étaient conservées; mais la malade, habituellement souffrante, ne répondait que par monosyllabes et avec lenteur ; son appétit était assez bon, elle allait peu à la garde-robe , urinait bien. Les bruits du cœur n'avaient rien de particulier ; cette malade est sortie après un court séjour (1).

Nous avons vu, en 1838, dans le service de M. Flaubert, à Rouen, une femme qui avait une hypertrophie du tissu cellulaire de la peau et des os , mais l'altération était beaucoup moins avancée que dans les deux cas précédents; nous croyons nous rappeler qu'il existait aussi chez cette femme un dérangement de la menstruation.

Ce développement considérable de quelques tissus a d'ailleurs été observé dans d'autres cas.

Barthez a observé une fièvre de 21 jours, dont la crise principale fut une monstrueuse poussée de graisse. C'était une jeune fdle qui avait eu ses règles depuis peu de temps. Il a aussi donné ses soins à trois jeunes filles devenues épileptiques à l'âge de la puberté ; chaque attaque les engraissait et les fortifiait au point qu'elles devinrent colossales, hommasses, et si grasses qu'elles faisaient peur à voir (2).

(1) Obsciv;ilion recueillie par M. Brienede Boisniont.

(2) Barlbez, Analyse du sang humain, p. 968.

Dernièrement on a moulé , dans le service de M. Breschet , à l'Hôtel-Dieu , les deux seins d'une jeune femme de 23 ans, qui avaient pris un tel accroissement, qu'ils ressemblaient à deux gros melons.

Un physiologiste célèbre a considéré la maladie de Marianne comme une aberration de la sensibilité nerveuse. C'est une explication qui ne nous satisfait point ; que s'estil passé? Sous l'influence d'une émotion vive , ces femmes ont eu une suppression ; cet arrêt brusque d'une fonction aussi importante , qui détermine des accidents si variés , a pour résultat chez Marianne et Prévost , d'accroître la nutrition des os, du tissu cellulaire et de la peau. Ce phénomène ne nous paraît pas plus extraordinaire que la coloration en noir du corps muqueux chez la malade de M. Rostan , que le développement de l'anasarque chez la malade de Sauvages.

Ces états pathologiques se produisent sous l'influence de la loi qui veut qu'une sécrétion supprimée soit le plus ordinairement remplacée par une autre sécrétion ou par un produit morbide.

Quant à la nature de la maladie de ces deux femmes , quelques personnes ont prétendu que c'était un éléphantiasis ; nous avons fait connaître notre manière de penser à cet égard ; mais quand bien même il en serait ainsi , la suppression n'en est pas moins pour nous le point de départ de la maladie.

Quelquefois l'aménorrhée dépend de l'action des causes physiques et morales réunies.

Obs. CYI.— Mademoiselle.... , d'une constitution délicate , d'un tempérament nerveux , a toujours été plus ou moins souffrante. Après des accidents de chlorose et d hystérie , ses règles apparaissent à 17 ans, favorisées par

AMÉNORRHÉE SECONDAIRE. 317

une saignée de pied ; tous les symptômes s'améliorent , et la colonne vertébrale, qui était déviée, se redresse progressivement. La seconde apparition du sang se fait spontanément , mais le deuxième jour elle reçoit un coup violent sur le sein droit; grande frayeur , douleur vive , syncope et suppression. Aussitôt elle se plaint de céphalalgie, de somnolence , de perte d'appétit ; elle a le cauchemar toutes les nuits , et les accès hystériques reparaissent.

Le mois suivant , à l'époque , augmentation des symptômes , la fièvre tierce se déclare , des remèdes impropres accroissent les accidents ; au bout de deux mois une ménorrhagie violente a lieu, le sang s'échappe par torrents, et la perte dure 28 jours avec une intensité extrême ; à cette époque elle commence à diminuer , et finit entièrement 8 jours après ; un régime restaurant rétablit les forces , et la mensti^uation devient à peu près régulière (1).

A la suppression succèdent quelquefois de véritables douleurs ostéoscopes ; la connaissance de ce fait est importante dans la thérapeutique.

Obs. C VîL - Jeanne Roger , âgée de 21 ans , couturière , eut dans son enfance des engorgements des glandes sous-maxillaires, qui persistèrent long -temps. A 16 ans elle fut réglée , et continua à l'être régulièrement tous les mois, cinq jours chaque fois jusqu'à 19 ans. A cet âge elle fut emprisonnée pendant 18 jours, comme soupçonnée de vol ; ses règles furent subitement supprimées au moment de son arrestation. Peu de jours après sa sortie (Je prison , lorsqu'elle habitait avec sa sœur à un cinquième étage fort sec , une chambre très-aérée , ses malléoles se tuméfièrent , ensuite ses genoux , puis ses poignets ; plusieurs mois se passèrent dans cet état.

(1) Royer-Collard , ouv. cité.

Lorsque M. Gendrin la vit , elle avait des douleurs ostéoscopes violentes pendant la nuit dans la continuité des membres ; il existait une tuméfaction considérable , dure , rémittente , des articulations , des coudes , des poignets , des doigts, des genoux, des pieds; ses articulations étaient tellement dures , qu'il était impossible de savoir si c'était aux parties blanches ou aux extrémités osseuses qu'appartenait le gonflement. Il y avait une légère élongation du membre abdominal droit. La marche était extrêmement gênée, parce que les mouvements des membres étaient fort limités et douloureux. Les règles ne paraissaient point, et les douleurs augmentaient ou diminuaient indifféremment à des époques indéterminées.

M. Gendrin essaya de rappeler le flux menstruel par des applications de sangsues à la vulve , par des bains de pieds et des fumigations de siège. Ce fut sans soulagement et sans succès.

La malade ayant mené une conduite au moins suspecte, M. Gendrin lui fit faire, par les frictions mercurielles et les sudorifiques , un traitement an tisiphili tique qui parut d'abord diminuer les douleurs , mais qui n'eut en définitive aucun résultat avantageux. Après avoir laissé reposer la malade , ce médecin résolut de tenter un traitement sudorifique puissant, et il administra la décoction de salsepareille à haute dose , avec addition d'acétate d'ammoniaque. Cette médication soulagea évidemment.

Enfin , il y avait cinq mois que la malade était en traitement, lorsqu'on septembre 1821 les règles reparurent spontanément ; alors les douleurs furent beaucoup moindres , le membre droit rentra dans sa longueur naturelle , et les articulations diminuèrent de volume. Un mois après, retour des règles.qui coulèrent cinq eu six jours. M. Gen-

AXIÉNORRHÉE SFXONDAIRE. 3Î9

(liin en augmenta l'abondance par une application de sangsues : dès-lors les accidents diminuèrent rapidement et disparurent en très-peu de temps ; toutes les articulations reprirent leur volume naturel, et les fonctions locomotrices furent parfaitement rétablies (1).

En analysant avec soin ce fait , on reconnaît que les symptômes de la maladie ont été déterminés par la suppression accidentelle des règles. On ne peut trouver aucune autre cause probable de ces accidents. La cessation spontanée du mal , dès que le flux menstruel a repris son cours ordinaire , confirme notre manière de voir.

Parmi les autres maladies rares et curieuses dont l'origine se rattache à l'aménorrhée , nous rapporterons les deux faits suivants :

Une servante ayant été vivement pressée par un jeune homme dans le temps de ses règles, cette évacuation s'arrêta; quelques heures après, le jeune homme ayant renouvelé ses tentatives , la fille entra dans une espèce de fureur; dès ce moment, elle se plaignit de douleurs vagues partout le corps ; ces douleurs furent suivies d'une fièvre ardente et d'un délire si violent, qu'il fallut la lier. A ces accidents succéda l' hydrophobie la plus décidée; la vue de toute espèce de liquide faisait tomber la malade dans des convulsions affreuses , elle rejettait jusqu'aux aliments solides, il ne fut pas possible de lui faire prendre aucun remède. Les saignées amples et réitérées , les bains d'eau tiède , ceux d'eau froide et les lavements , furent employés sans succès ; elle mourut trois jours après son accident (2).

(1) Nour. Bibliolh. mcdicalc, o' année, oct. 1825, p. 153. Ob?. publiée par M. Gendrin.

(2) Marel« lonie I" des Mémoires de 1.' académie de Dijon,

320 nii LA MENSTRUATION.

Mademoiselle *** , âgée de 20 ans , traversant une rue dans le temps de ses règles , un gros paquet de linge tombe à côté d'elle, elle en est effrayée; les règles se suppriment, et elle prend des palpitations et quelques défaillances. Entre autres remèdes , on lui fait boire, pour rappeler les règles, beaucoup d'eau de Balaruc; l'effet de ce traitement fut tel qu'elle tomba dans des convulsions d'une force , d'une longueur , d'une fréquence et d'une bizarrerie si extraordinaire, qu'après avoir épuisé tous les secours physiques de la province, et avoir fait quelques consultations ailleurs , on ne vit qu'une cause surnaturelle et très-malfaisante qui pût opérer une telle maladie. On accuse le diable, et après avoir bien décidé que tous les secours de la médecine seraient inutiles , on convient que l'exorcisme est la seule voie de salut; le jour est marqué , les ecclésiastiques du voisinage sont convoqués , l'heure approchait, la cérémonie allait commencer, quand un ami de la maison arrive par hasard.

On était déjà réuni dans le lieu où la cérémonie devait s'exécuter; il ne trouve qu'un domestique de qui il a beaucoup de peine à savoir ce qui se passe de singulier ; enfin instruit , il court à son ami , raisonne avec lui , lui fait sentir toute l'extravagance de cette opération , et en obtient le temps nécessaire pour m' écrire. Je ne vis, dit Tissot auquel nous empruntons ce fait , que les suites ordinaires d'une irritation excessive occasionée par des remèdes violents ; je crus qu'il fallait traiter la malade comme une personne empoisonnée ; j'ordonnai l'usage du lait pour tout aliment , tout remède , toute boisson , et les accidents ne tardèrent pas à disparaître. Us n'auraient jamais eu lieu , si l'on se fût borné, après la frayeur, à quelques bains d'eau tiède , à un régime doux , à quelques

AMÉiXORRIîÉE SECONDAIRE. 321

boissons délayantes ou légèrement diaphorétiques , et à uu exercice fréquent ; c'est presque le seul traitement qui convient dans ce cas (1).

Il se présente ici une question qui n'est pas sans quelque intérêt. Les accidents déterminés par la rétention sont-ils plutôt dus aux qualités du sang qu'à sa quantité? Beaucoup de preuves semblent en faveur de la première opinion. Ainsi on voit les sangsues aux parties, les bains de siège , les médications directes aux parties génitales , ne pas guérir la rétention.

La coloration bleue a été constatée dans deux cas (:2).

Obs CYïIL— On lit dans un fait rapporté par Leutin , Trotter etMarcet, que la coloration bleue survint subitement et en un seul jour chez une jeune fdle de 21 ans, à la suite d'une suppression brusque et complète des menstrues, et persista jusqu'à la mort, qui eut lieu six semaines après.

Chez une autre fdle de SOans , qui s'ofifrit à l'examen de MM. Marc, Tartra et Gilbert, la cyanodermie se déclara par l'elïet de violents chagrins et d'une suppression de menstrues.

Dans le premier cas , on ne trouva aucun vice organique du cœur ni de l'appareil respiratoire. Dans le second, il y avait un rétrécissement général du système artériel , et développement marqué du système veineux, jusque dans ses capillaires. Ni dans l'un, ni dans l'autre, les vaisseaux à sang rouge et à sang noir n'avaient de communication insolite. Probablement la coloration de la peau en bleu s'effectua chez ces deux femmes de la même ma-

(1) Tlssot, Traité des femmes vaporeuses.

(2) Slahl. De mensium muliebrium fluxu et suppressione, thèse 13 de la collection de la Faculté, 1, n" d52«

322 DK LA ME^STRUAT10N.

nière qu'elle s'opère dans quelques asphyxies et apiès l'empoisonnement par certaines substances narcotiques, entre autres par l'opium. Mais on ignore encore quelle est la modification que l'acte vital éprouve dans toutes ces circonstances pour lui donner lieu.

L'aménorrhée est le point de départ des affections les plus diverses, parmi lesquellesl'état nerveux joue un grand rôle„ Obs. CIX. — Une jeune personne de 16 ans étant saisie de peur, ses règles se supprimèrent tout à coup, et elle fut affectée de mouvements convulsifs effrayants ; elle ne pouvait parler, ni même avaler aucun aliment tant solide que liquide; la saignée l'avait un peu calmée, mais une potion antispasmodique la rejeta dans le même état. Les vésicatoires appliqués auxjambes rétablirent la déglutition pendant quelques heures , et alors une simple infusion de capillaire rappela l'état spasmodique de l'œsophage.

La malade était dans cet état depuis 22 jours; pendant ce temps elle avait pris à différents intervalles une pinte tout au plus de liquide ; sa faiblesse était extrême. Bosquillon conseilla le bain de tout le corps ; elle le supporta ; la parole lui revint; elle avala un peu de bouillon , et se rétablit en huit jours de temps; il ne lui resta qu'une douleur dans la région hypogastrique droite qui étaittuméfiée; l'exercice, l'air de la campagne, dissipèrent en quelques mois cette tumeur, et les règles reprirent leur cours (1).

Obs. CX. —Une jeune fille, belle et bien faite, âgée d'environ 16 ans, avait, été réglée à 15 ans; à l'époque de sa dernière menstruation grand chagrin ; aussitôt ménorihagie abondante avec syncope et tremblement; les syncopes se dissipèrent. A la menstruation suivante , écoulement presque nul , syncopes et tremblements qui cessent

(1) BosquiUon, Eléments de médecine de Cullen,

AMÉNOKRHÉE SECONDAIRE. %2%

au bout de quelques jours; aux époques suivantes, suppression complète, convulsions.

Quatre mois après les accidents , première saignée, émétique, mouvements convulsifs qui se terminent par un tétanos général ; elle reste sans boire ni manger un mois , on lui donne seulement des lavements nourrissants ; elle perd peu de son embonpoint ; pendant trois semaines elle prend des potions antihystériques, des cerises, des fraises, à l'aide d'une sonde; les lavements purgatifs donnés après son abstinence , déterminent l'évacuation de deux livres de sang en deux jours. Retour du spasme de l'œsophage ; abstinence totale de boissons et d'aliments pendant 5/t jours, fréquentes attaques de tétanos; lavements nourrissants pendant oO jours , puis on ne peut plus rien donner.

Après quatre semaines d'abstinence, amaurose. surdité; elle ne reconnaît plus qu'au tact; cet état dure un mois , puis la vue et l'ouïe reviennent, elle prend ensuite des aliments liquides et solides ; mais après l'ingestion de ces substances , délire d'une heure ou deux , puis retour à la raison. Le passage demeure fermé aux aliments solides; attaques de tétanos au moindre retard: cet état persiste six mois ; au printemps, éruption de tumeurs derrière les oreilles , qui durent six mois ; elle pouvait manger des liquides, des fruits ; de temps en temps mouvements convulsifs et tétaniques , mais amélioration à la longue.

Au bout de trois mois , elle tombe dans le marasme, et meurt tranquillement , sans qu'on s'y attendît ; l'ouverture ne fut pas faite ^ on examina seulement l'œsophage, il était sain (1).

On lit dans les Transactions médicales, un Mémoire de Backer,dans lequel se trouvent plusieurs observations

(1) Essais cl observations de médecine de la société d'Edimbourg , t. VI.

d'hystérie à la suite de suppression de menstrues, quï furent guéries par l'usage de la fleur de cardamane, depuis un scrupule jusqu'à un gros (1).

Il arrive souvent, dans le cas de suppression, que quoique les règles ne coulent pas à leurs périodes ordinaires , il y a aux approches des mois quelques signes qui indiquent une tendance de l'écoulement à se produire ; c'est donc vers ce temps qu'on doit surtout employer les remèdes propres à guérir la suppression ; il est inutile de les mettre en usage à une autre époque , à moins qu'ils ne soient de nature à exiger d'être continués pour produire leurs effets.

Comme nous l'avons déjà observé dans l'aménorrhée par causes physiques, la suppression peut n'occasioner aucun accident. Une femme éprouve une forte contrariété au moment de se marier ; les menstrues cessent de couler, et ne reparaissent point durant IZi mois ; pendant tout ce temps elle n'a pas de souffrances, et ses règles reviennent d'elles-mêmes. Sous l'influence d'une vive impression , le flux menstruel peut se rétablir , comme s'il était supprimé, et l'on voit alors disparaître les phénomènes morbides qui avaient suivi cette suppression.

Le fait que nous allons rapporter, et que nous devons à l'obligeance de M. Récamier , est un des plus remarquables que nous connaissions, tant sous le rapport de la longue durée de l'aménorrhée, que de l'influence bien évidente du flux menstruel sur la fécondation , et de l'intervention de la nature médicatrice dans la guérison des maladies.

Obs. CXI. —Une jeune dame de 21 ans, bien portante,'d'une excellente constitution, nourrissait sa fille; les seins étaient très-développés , abondamment pourvus

(1) Transact. méd. vol. i., ann. 1768,

AMÉNORRHÉE SECONDAIRE. 325

de lait, lorsqu'elle reçut une nouvelle qui lui causa une si vive émotion , que son lait se trouva tout à coup tari ; en vain employa-t-on les moyens en usage pour rappeler cette sécrétion , il fallut sevrer l'enfant. Cette disparition du lait fut suivie d'une aménorrhée qui persista durant huit ans. Cette jeune dame qui, avant cet accident, avait un embonpoint convenable , ne cessa de maigrir , et au bout de quelques années elle n'avait plus que la peau sur les os.

Pendant cette longue interruption de ses règles , elle ne cessa d'avoir des rapports avec son mari ; à 29 ans elle fut prise de la rougeole ; à peine les symptômes de la fièvre éruptive se furent-ils manifestés, que les seins commencèrent à se tuméfier; bientôt le lait coula en abondance, et l'on fut obligé d'avoir recours à de petits chiens pour débarrasser les mamelles de la grande quantité de liquide qui s'y accumulait.

Lorsque la rougeole fut terminée^ les accidents de la sécrétion laiteuse allèrent en diminuant; mais ce qu'il y eut de remarquable, c'est que les menstrues qui n'avaient pas paru depuis huit ans , se montrèrent comme de coutume. Trois mois après cette dame devint enceinte, et elle accoucha d'une fille qui vint au monde bien conformée (1).

Cette observation si intéressante , et qui offre toute la garantie possible, donne lieu à des considérations fort importantes. Sous l'influence d'une émotion morale, on voit la sécrétion laiteuse s'arrêter brusquement et cesser tout-à-fait , tant est grande le rapport qui lie ces deux ordres de phénomènes. Les règles se ressentent de cette vive

(ij Obscrvalioli coiniminiquée par M. Récaïuier.

impression ; pendant huit années entières elles ne donnent aucun signe de leur présence ; la santé ne paraît point altérée par cette longue suppression; car, à l'exception d'un grand amaigrissement , cette dame vaque à ses occupations habituelles et remplit les devoirs du mariage.

La nature médicatrice, qui semble s'être tenue à l'écart en présence des efforts inutiles de Fart , intervient à son tour; elle fait naître l'éruption rubéoiique, et sous l'influence de cette pertubation morbide, un phénomène singulier se produit, le lait jaillit de toutes parts des canaux galactophores , les règles reparaissent comme autrefois , et aussitôt cette dame devient de nouveau apte à concevoir. Ici la puissance du flux menstruel nous paraît évidente : il était supprimé , la fécondation n'avait plus lieu ; il reparaît , et le pouvoir de créer est rendu à la femme.

On a vu l'aménorrhée occasioner la perte totale de la voix, et cet état se prolonger pendant une année.

Obs. CXÏI. — Une femme , jusqu'alors bien réglée , est atteinte à quarante-deux ans , sans cause connue , d'une suppression de menstrues. Il se déclare une céphalalgie violente, des douleurs à l'estomac et à la poitrine; la respiration devient pénible , la voix s'affaiblit et se perd totalement. On pratique des saignées, on donne des juleps gommeux, les accidents persistent trois années; au bout de ce temps le médecin prescrit des potions calmantes , met un vésicatoire sur la région du larynx ; les règles reparaissent, la voix recouvre son timbre (1). ♦ N'existerait-il pas un spasme de l'utérus, sous l'influence duquel se produiraient certaines suppressions? Cette opinion soutenue par d'autres médecins , nous paraît fort

(1) Recueil périodique de la Société de médecine de Paris, t. IX, p. 278.

AMJÉNOURHÉE SilCONUAIKE. 327

probable: les éléments qui entrent dans la structure même de l'organe justifient cette manière de voir, non pas que nous les isolions les uns des autres , et que nous les considérions comme ayant chacun une vie tout-à-fait distincte, car tout dans l'organisation se touche , se lie , entrelient des sympathies; mais un élément peut être d'abord affecté de préférence à tel autie, et cette première atteinte imprime une physionomie spéciale aux symptômes.

Nous rapprocherons de ces exemples de longues suppressions , et qui cependant ont été suivies de guérison , le fait suivant :

Obs.CXIII.— Une jeune fdle fut, en 17/i5,laver son linge pendant l'hiver ; elle mit les jambes à feau ; ses menstrues se supprimèrent tout à coup , ses membres se roidirent comme dans le tétanos , et elle perdit connaissance. Au bout de liO jours de déhre elle revint à elle , mais elle ne voyait que de fœil gauche ; le bras droit fut paralysé pendant plusieurs mois. Quelques jours après, l'œil gauche se paralysa , elle fut aveugle cinq jours. Elle avait des attaques d'hystérie très-fréquentes ; une seconde fois , elle perdit la vue de l'œil droit, et resta aveugle six semaines. Il y avait quatre ans que les règles étaient supprimées, quand elle fut saignée par M. Mailhot , docteur-médecin de Nantes, qui, après plusieurs remèdes et l'usage prolongé des vésicatoires aux jambes, eut la satisfaction de voir reparaître les règles après une aussi longue suppression. A dater de ce temps les règles ne manquèrent plus, la malade recouvra la vue et la santé , et depuis elle s'est toujours bien portée (1).

Ces trois observations si dignes d'intérêt , démontrent

(1) Journal de médecine et de chirurgie , t. VIII , p. 350, 1763.

de la manière la jplus positive , qu'il ne faut pas hésiter à rétablir le cours des règles lorsque les malades souffrent , quoiqu'il se soit passé plusieurs années depuis la suppression. Cette conduite doit surtout être adoptée lorsqu'il n'y a point de lésion organique proprement dite.

La suppression déterminée par une cause physique ou xnorale , quoique occasionelle , peut aggraver les symptômes de la maladie existante.

Obs. CXIY. — Une femme atteinte depuis quelques années d'une affection pulmonaire qui ne faisait que peu de progrès, a ses règles arrêtées par une pluie très-froide qu'elle reçoit pendant plusieurs heures; immédiatement après, elle est prise d'un étouffement considérable, suivi d'une hémoptysie abondante. L'hémorragie se renouvelle à différentes reprises, et l'affection pulmonaire marche ensuite avec une grande rapidité.

Dans un ouvrage aussi remarquable par le style que par la pensée (1), l'action directe du froid , des émotions morales sur la suppression , est singulièrement restreinte; du moins pour l'aliénation mentale , on accumule les preuves pour établir que cette cause n'est qu'occasionelle , et que le système nerveux est le véritable point de départ de la maladie. L'histoire de la symptomatologie a déjà montré ce qu'il fallait croire de cette hypothèse. Les faits nombreux de suppression chez des femmes bien portantes, et donnant immédiatement lieu à des accidents de toute espèce, font assez coonaîtrc combien la prévention peut égarer les esprits les plus droits.

De ce que des fdles et des femmes ressentent pendant

(i) Des causes morales et physiques des maladies mentales et de quelques autres maladies nerveuses, telles queThystérie et la nymphomanie, p. 95 et suivantes, par Voisin.

AMÉNOURUÉE SECONDAIRF. 329

la menstruation, des émotions morales assez vives pour occasioner l'aliénation , sans que le flux menstruel éprouve dans son cours aucune altération , est-on en droit de conclure qu'il n'a qu'une importance secondaire? mais tous les jours on s'expose au froid, et l'on n'a ni bronchite ai pneumonie.

Il y a des gens qui ont l'heureux privilège de ne jamais contracter de maladies contagieuses. Qui niera cependant l'action de ces causes ?

C'est l'éternelle question de la prédisposition. D'ailleurs l'observation prouve que dans cent autres circonstances , l'émotion morale détermine à l'instant la suppression , et ce n'est que consécutivement au désordre menstruel que l'on voit se manifester tous les signes de délire.

Dire que la sensation du froid inopinément perçue par le cerveau , opère sur l'organisation un saisissement général , absolument analogue à celui qui résulterait d'un mouvement de surprise , de frayeur, ou de toute autre émotion cérébrale subite, n'est-ce pas mettre les mots à la place des faits ? Il y a là évidemment autre chose que des eifets cérébraux déterminés par la perception d'impressions transmises par les extrémités nerveuses cutanées; car, dans l'une , il y aura seulement suppression de menstrues et douleurs dans le ventre; chez l'autre une pneumonie, chez une troisième une péritonite, chez une quatrième une entérite, etc.

L'influence de la menstruation se retrouve dans une foule de circonstances. Pendant cette époque les femmes ont souvent des désirs plus vifs ; chaque retour, pour beaucoup d'aliénées, est un moment d'agitation et d'exaspération dans les symptômes. C'est encoi'c à cette cause qu'il faut attribuer le penchant au suicide qu'on i;emarquc chez

les femmes mélancoliques, et qu'Hippocrate avait déjà signalé.

Les trois observations suivantes peuvent être opposées avec succès à l'opinion de ceux qui n'attribuent qu'un rôle secondaire à l'utérus dans les maladies mentales. L'une, à la vérité , constate que l'aménorrhée s'est montrée en même temps que l'aliénation , et que celle-ci a été produite par une cause morale ; mais l'influence du rétablissement des règles est le fait dominant. La seconde est une dysménorrhée dont la guérison est encore due au retour régulier des menstrues ; les particularités qu'elle présente sont pleines d'intérêt.

Obs. GXYL — Une jeune fdle de 20 ans, d'une constitution sèche et grêle , d'un tempérament mélancolique , éprouve une suppression du flux menstruel ; bientôt on voit apparaître un ulcère à la cuisse , par lequel s'écoule de temps en temps un sang noir et épais.

Au bout d'un an , Forestus, consulté, est d'avis de rétablir les règles et de fermer ensuite l'ulcère. Un charlatan ignorant est appelé , il commence par faire sécher la plaie ; immédiatement il survient une agitation extrême avec perte totale du sommeil. Pendant plusieurs mois le délire est continuel et caractérisé par des accès de manie furieuse ; tour à tour en proie à la tristesse , à la frayeur, à la colère , la malade s'élance avec violence de son lit , et semble menacer les assistants ; elle se croit condamnée aux feux éternels , et pousse des cris lamentables. Modeste et retenue, il lui échappe des discours hcencieux, des gestes indécents. Forestus rappelé , ne lui trouve pas de fièvre , mais la figure est profondément altérée ; il ordonne une saignée au pied droit; on lui tire huit onces d'un sang très-noir; cette seule opération provoque l'éruption des

AMÉNORRHÉE SECONDAIRE. ^ 331

règles, qui fait cesser tous les symptômes de manie ; bientôt la santé se rétablit parfaitement. On maria la malade , de lavis du médecin , et la cure fut complète (1).

Obs. CXVII. — Madame , devenue maniaque par

suite d'un violent chagrin d'amour , outre dans la maison de santé du docteur Blanche. Au milieu du désordre général de ses idées , on voit dominer celle qui lui a fait perdre la raison. Au bout de deux mois il y a des intervalles de calme, elle peut répondre aux questions qu'on lui adresse : ses règles se sont supprimées dès le commencement de sa maladie.

L'amélioration fait quelques légers progrès , mais Madame se parle à elle-même, elle regarde les hommes

avec plaisir , son œil s'anime , sa voix est tremblante , phénomène qu'on observe si souvent dans les cas de ce genre.

Les saignées locales avaient jusqu'alors été pratiquées en petit nombre. Nous fîmes placer le quatrième mois de la maladie , vingt sangsues aux parties génitales , et le lendemain soixante. Madame... est petite, nerveuse, son système musculaire faible ; cette seconde application donne lieu à des phénomènes fort curieux.

A peine le sang commence-t-il à couler , que la malade est prise de convulsions très-violentes; les attaques se succèdent rapidement, et avec une telle intensité, ((uel'on craint pour ses jours. Les convulsions sont suivies d'une résolution des membres, qui dure plusieurs heures. Le lendemain tous les accidents sont calmés, il reste de la faiblesse, mais les règles ont enfin reparu; elles coulent comme autrefois , et la raison est rétablie.

Aujourd'hui, 1841, l'intelligence est excellente, elle

(i) Foreslus, De ccrehr. morbit , obs. 24.

n'a pas été troublée depuis la guérison ( la maladie a 13 ans de date ).

L'influence de la médication est ici positive : un petit nombre de sangsues , appliqué plusieurs fois , n'amène qu'un soulagement peu marqué ; leur quantité , très-augmentée , détermine des phénomènes nerveux réellement effrayants, mais provoque immédiatement le retour de la raison. L'apparition des règles est dans ce cas critique et décisive.

Obs. CXYIIL — U... , âgée de 34 ans , forte, bien constituée , d'un tempérament lymphatique et sanguin, éprouve à 18 ans les premiers symptômes de la menstruation. Les règles coulent, mais avec douleur et difficilement; les mêmes symptômes se reproduisent pendant plusieurs mois; la souffrance de l'utérus réagit sur le cerveau , et l'intelligence se pervertit.

Le désordre mental est d'une nature fort remarquable. Trois ou quatre jours avant l'apparition des règles , les idées de la malade s'embrouillent , elle ne sait plus ce qu'elle fait; elle perd toute énergie, puis à l'époque du flux elle devient hébétée , tombe dans l'anéantissement le plus complet, et ressemble à ces malheureux paralytiques, mutilés au physique et au moral ; elle ne voit ni n'entend , laisse aller toutes ses excrétions sous elle. A mesure que les règles prennent leur cours et sont plus abondantes, l'obscurcissement de l'intelligence disparaît peu à peu, la raison se rétablit entièrement.

Cet état durait depuis dix mois, lorsque cette jeune fille fut amenée dans la maison du docteur Blanche. Après l'avoir examinée avec soin, notre confrère fut persuadé que ces accidents provenaient de l'irrégularité et de la faiblesse de l'écoulement, qui n'étaient point en rapport

AMÉNORRHÉE SECOISDAIRE. 333

aYecroiganisatioli de la malade; des sangsues furent prescrites deux ou trois jours avant les époques ; on les plaça aux organes de la génération. Pendant l'intervalle qui séparait un mois de l'autre , des bains de siège furent ordonnés tous les jours; ou soumit la malade à un régime doux et à l'usage d'une boisson de tilleul orangé.

L'état mental, après avoir resté quatre mois stationnaire, présenta une légère amélioration qui coïncida avec une régularité plus grande du flux menstruel. Le mois suivant , le mieux fit des progrès , et trois mois s'étaient

à peine écoulés , que U était entièrement rétablie. 11

y a 15 ans aujourd'hui qu'elle est guérie; elle n'a pas donné le plus léger indice de désordre intellectuel ; une

épreuve fort importante a eu lieu. U s'est mariée , elle

a trois enfants, et sa raison n'a pas chancelé.

Qui pourrait méconnaître ici l'influence de la matrice sur l'encéphale? N'est-il pas prouvé, pour tout observateur impartial , que ce n'est qu'après le dérangement des menstrues que le trouble des facultés intellectuelles eut lieu? Les renseignements que l'on prit auprès des parents avaient fait connaître qu'on ne pouvait chercher la maladie ailleurs que dans l'utérus; aussi tous les moyens thérapeutiques furent-ils exclusivement dirigés vers cet organe.

Chose bien remarquable, une légère amélioration se manifeste dans la menstruation , aussitôt le cerveau devient moins malade, et à mesure que la dysménorrhée disparaît , l'intelligence recouvre l'intégrité de ses fonctions.

Le pouvoir de l'utérus sur le cerveau s'observe à chaque instant, et c'est à tort qu'on a voulu représenter, dans l'aliénation mentale , le cerveau comme étant toujours primitivement malade, et qu'on a conseillé de diriger les moyens de traitement vers cet organe seul. Le cerveau

33i nr, L.\ MliNSTRUATlON.

s'irrite sympatiquement dans ce cas, comme l'estomac devient malade dans la leiicborrée. Nous ne saurions donc partager Topinionde Georget, ni celle de M. Voisin; notre conviction est fondée sur trop de faits pour qu'elle puisse être ébranlée. Chaque organe n'a-t-il pas d'ailleurs sa loi de sympathie ?

Les auteurs sont remplis d'observations de flux menstruels arrêtés par imprudence , qui ont donné lieu immédiatement à un désordre de l'intelligence chez des femmes jusqu'alors d'une raison parfaite, et qui n'avaient point présenté ces bizarreries qu'on remarque chez beaucoup de malades avant la manifestation de la folie.

Tout le monde a présent à la mémoire l'histoire de cette jeune aliénée, plongée depuis plusieurs années dans le délire le plus grand, qui, sentant ses règles couler, s'écria à l'instant : « Maman , je suis guérie ! » Chez les femmes dont nous venons de rapporter l'observation , l'emploi des moyens thérapeutiques eut un succès remarquable; car à peine eurent-ils été mis en usage, qu'un mieux sensible se manifesta , et la guérison fut complète en quatre mois. Nous ne devons pas oublier que l'aliénation d'U.... avait la durée de l'époque menstruelle, et que pendant tout le reste du mois elle conservait sa raison.

L'aménorrhée peut donner lieu à d'autres désordres cérébraux non moins curieux que les précédents.

Obs. CXIX. —Une femme s'étant mise dans une furieuse colère à l'approche de ses règles , eut une suppression ; on lui fit une foule de remèdes sans succès; bientôt son esprit se dérangea , on la crut possédée ; elle fut exorcisée à différentes reprises; le trouble intellectuel ne fit que s'accroître ; elle ne pouvait faire un signe de croix , un acte de dévotion , entrer dans une église , sans avoir un

AMÉNOURHÉE SECONDAIRE. 335

hoquet et un étouffement très-inquiétants. Le traitement médical fut couronné du plus heureux succès; les mois se rétablirent, et la malade retourna guérie chez elle (1).

Vanswiéten fut témoin d'un cas semblable, qu'il rapporte dans son commentaire sur Boerhaave (2).

Nous avons nous-même recueilli un fait de ce genre, qui eut lieu au temps critique, et fut suivi d'un entier rétablissement de la raison.

M. Esquirol est d'avis que la suppression des menstrues est une cause très-fréquente de la folie chez les femmes , soit que cette suppression ait été provoquée par une vive émotion morale, ou par quelques autres écarts de régime. Ces manies, que l'on peut regarder comme symptômatiques, qui au moins sont sympathiques de l'affection de l'utérus , se jugent presque toutes par le flux menstruel. Cette sorte de crise est tellement propre à cette espèce , que lorsqu'une disposition héréditaire, un vice de conformation , amènent la manie, le bouleversement causé à son début supprime les menstrues; mais elles se rétablissent promptement , sans soulagement pour la malade.

Lorsque les menstrues coulent bien , sans retour vers la santé , alors on doit craindre que la maladie ne guérisse pas ; mais tant que les menstrues ne sont pas rétablies , il est permis de concevoir quelque espoir de guérison , surtout dans la première jeunesse.

Des symptômes fort graves , et la mort même , peuvent résulter de l'aménorrhée.

Obs. CXX. — Une femme de 35 ans , jusqu'alors trèsbien réglée , s' étant exposée au froid , eut ses règles sup-

(1) Journal de Médecine cl de Chirurgie, t. X , p. 408, 1759.

(2) Vanswiéten. Comment, sur Boerhaave.

primées. Cet accident fut suivi de douleurs abdominales atroces. Elle expira à Fliôpital de la Charité de Berlin , présentant tous les symptômes d'une violente inflammation intestinale. A l'autopsie, on trouva un épancliement sanguin considérable ; il n'y avait aucun vaisseau ouvert. Les deux surfaces du diaphragme présentaient des signes d'inflammation ; l'ovaire droit était converti en une substance semblable au lait caillé. L'utérus était augmenté de volume , comme dans la menstruation. Les ouvertures communiquaient avec les trompes de Fallope, très-dilatées. L'utérus renfermait une petite quantité de mucus. Il y avait plusieurs hydatides dans l'ovaire gauche (i).

Dans le dernier numéro des Archives, mai 1839, M. le docteur Le Chaptois a rapporté l'observation d'une femme chez laquelle il existait une rétention dérègles depuis plusieurs mois. Elle succomba après avoir présenté les symptômes d'une hémorrhagie interne. A l'autopsie on trouva un épanchement considérable de sang dans l'abdomen , sans rupture aucune ; c'était une hémorrhagie par exhalation.

Parmi les accidents que cause la suppression, il fa ut placer aussi les hémorrhagies. On lit dans le Journal de Vandermonde (2), qu'on vit survenir après une suppression, une hémorrhagie de matrice, une hémorrhagie nasale compliquée d'hydropisie. A la cessation des règles, cette femme fut atteinte d'épilepsie.

Obs. CXXL — Une jeune fdle de 18 ans eut ses règles supprimées à la suite de grands chagrins. Cette aménorrhée fut suivie d'angine , de rhumatisme, de pleurodynie,

(1) Observation recueillie par M. le docteur et conseiller Neumann, de Berlin.

(2) Journal de Médecine et de Chirurgie de Vandermondc, t.I.

AMÉNORRHÉE SECONDAIRE. 337

de vomissements , de dégoût des aliments , de suppression d'urine et de constipation opiniâtre. Pendant 13 mois elle ne prit presqu'aucune nourriture^ et cependant elle maigrit à peine , ses forces n'étaient point diminuées. On la maria dans cet état; au bout de huit jours elle eut une perle utérine énorme , suivie d'évanouissement. Tous les symptômes disparurent, elle devint grosse, et le retour à lasanléfut complet (1).

Quelquefois les symptômes dus à l'aménorrhée se manifestent par une sorte de déviation.

Obs. CXXIl. — Une femme , à la suite d'une frayeur, vit ses règles se suspendre. A l'époque suivante, la poitrine et la figure se couvrirent de boutons qui laissaient sortir le sang. L'évacuation terminée, tout rentrait dans l'ordre pour recommencer le mois suivant. Ce qu'il y avait surtout de singulier, c'était un bouton de la même nature que les précédents , situé à la partie moyenne de la pommette du côté gauche , lequel versait du sang en même temps, et aussi long-temps que ceux de la poitrine (2).

La connaissance des causes de la suppression est quelquefois très-difficile ; dans 30 cas il nous a été impossible de l'acquérir. Comme dans les deux sections précédentes, la suppression est presque toujours arrivée au milieu de la santé ; les suites ont le plus ordinairement nécessité les secours de l'art.

Olîs. CXXIIL — Une femme est reçue en 1827 à l'hôpital Saint- Antoine, dans le service de M. Lullier-Winslow, pour une hémoptysie. Depuis quatre mois elle a une suppression sans cause connue. Il y a huit jours elle a été

(4) Journal général de Médecine , t.IX, p. 3/i9— Obs. recueillie par Ozanan. (2) Id., t.l, p. 23, 1759. — Observation publiée par M. Cazenave.

3 38 rjli L\ MENSTRUATION.

prise d'oppression, d'étouflfements , puis elle a craché le saug en abondance. L'exploration de la poitrine , les antécédents de cette femme, sa bonne constitution, ne laissent concevoir aucune inquiétude sur l'état des poumons. Un traitement antiphlogistique général et local est prescrit ; son résultat est heureux ; le retour des menstrues achève la guérison.

Beaucoup d'autres accidents peuvent être occasionés par la suppression ; ainsi on observe des douleurs , des anxiétés précordiales , des palpitations de cœur , des tiraillements des lombes , des coliques, des tranchées utérines, des névroses , des spasmes hystériques , des douleurs néphrétiques, des lassitudes des articulations, des érysipèles, des phlegmasies, des troubles de la digestion, des hémorrhagies supplémentaires, des affections cancéreuses , cutanées , scrofuleuses , des hydropisies , et fréquemment la chlorose. S'il était démontré , disent les auteurs du Compendinm , que la chlorose dépendît toujours de l'asthénie des organes génitaux , elle serait la complication la plus importante de l'aménorrhée, puisqu'elle tiendrait aussi à l'état de l'utérus. La susceptibilité nerveuse , la pléthore générale , les flueurs blanches supplémentaires, l'épilepsie , l'apoplexie , la paralysie, et des affections graves de la moelle épinière, sont encore au nombre des accidents qu'entraîne après elle l'aménorrhée.

Le diagnostic de l'aménorrhée n'est pas toujours facile. Il peut arriver que l'on soit consulté par des femmes qui veulent dissimuler une grossesse ou qui soient arrivées à leur époque critique. La conduite du médecin , dans le premier cas , exige beaucoup d'adresse lorsqu'il doute, et à plus forte raison lorsqu'il est persuadé. Il faut alors qu'il ait recours à des remèdes insignifiants et trompeurs,

AMIiNOURllKE SECONDAIRE. 339

qu'il gagne du temps, et surtout qu'il obtienne la confiance de la femme , afin qu'il puisse lui faire comprendre les dangers auxquels elle s'expose, et la mauvaise action qu'elle commet par ignorance.

Lorsque l'aménorrhée est le résultat de l'époque critique, on doit, par des questions adroites et ménagées, éclairer la femme sur sa position , et lui faire sentir que les remèdes en pareil cas ne peuvent être que nuisibles. Insiste-t-elle? on doit prescrire des médicaments inoffensifs , en lui disant que cet accident peut se prolonger longtemps sans incommodité pour la santé.

Je suppose maintenant qu'il s'agisse d'une aménorrhée qui ne soit liée à aucune de ces deux causes : on doit s'assurer si elle est récente ou ancienne , si elle tient à une maladie aiguë ou chronique. L'aménorrhée est -elle récente? il faut chercher à rappeler le flux sanguin. Les moyens généralement employés sont les saignées , les sangsues , les ventouses , les grands bains ^ les bains de siège , les pédiiuves, la vapeur d'eau , les fumigations vers les organes , les boissons chaudes et théiformes. Les émissions sanguines conviennent surtout lorsque les accidents inflammatoires se développent, et que des hémorrhagies tendent à s'opérer vers les organes intérieurs.

Dans ces derniers temps , M. le docteur Junod a proposé l'emploi d'une ventouse-monstre dont l'action paraît fort puissante. Après l'avoir appliquée sur les extrémités inférieures des femmes qui avaient des signes de congestion cérébrale, il a observé qu'indépendamment des effets avantageux obtenus par la dérivation, il se manifestait des signes de pesanteur dans la région hypogastrique , des tiraillements dans les lombes , les flancs , en un mot , des signes évidents de tension , de tuméfaction vers l'utérus.

Dans un cas, le flux sanguin qui avait disparu depuis dix ans , se montra après ce long laps de temps , et il coula encore le mois suivant. Il a fait usage de sa ventouse chez des jeunes filles qui n'étaient pas menstruées , et à une époque où celte fonction devait avoir lieu , lorsqu'il existait de la céphalalgie , des étourdissements , des vertiges , des palpitations. Sous l'influence de ce moyen , les menstrues sont arrivées plusieurs fois , et tout est rentré dans l'ordre.

Quand les symptômes se montrent pour la première fois, il faut attendre la seconde époque , à moins cju'il n'y ait des indications contraires.

On doit continuer l'emploi de ces moyens pendant plusieurs mois , si la guérison n'est point obtenue. On a dit que l'aménorrhée qui avait lieu en hiver devait être traitée au printemps ; cette remarque de Cullen doit être prise en considération. Quand l'aménorrhée a résisté à tous les remèdes, il faut laisser reposer la femme, surtout s'il n'existe aucun accident ; mais l'engager à se tenir sur ses gardes , car il arrive souvent qu'on voit éclater des maladies qui avaient sommeillé pendant plus ou moins longtemps.

L'aménorrhée 5 en effet, ainsi que toute autre suppression d'hémorrhagie ou de déplétion sanguine habituelle, est une des causes les plus propres à développer le germe des maladies graves. Suivant l'idiosyncrasie , l'aménorrhée amène des accidents divers. Ainsi chez les femmes pléthoriques on voit se manifester l'inflammation de l'utérus ou de l'organe qui prédomine habituellement chez elles. Les femmes dont le système capillaire muqueux ou même cutané a une conformation spéciale, sont surtout sujettes à des déviations. Le tempérament lymphatique prédispose à laleucor-

ÀMÉNOUKllÉE SECONDAIRE. 34^

liiée. Chez les femmes nerveuses, très-irritables, on remarque des douleure fugaces, des idées noires, des caprices, des impatiences, des dérangements de l'entendement , des affections désordonnées , des sentiments haineux sans motifs , enfin des convulsions partielles ou générales. (Dict. abr. de se. méd.)

Lorsque la cause qui a déterminé l'aménorrhée se prolonge, il y a peu d'espoir de succès pour la guérison. C'est ainsi que celle qui est produite par un chagrin insurmontable , résiste à tous les moyens de Fart.

Le traitement des aménorrhées anciennes offre deux indications à remplir: combattre les obstacles qui s'opposent au retour du flux périodique , et diriger les fluides vers l'utérus. La première indication se tire nécessairement de la connaissance de la cause qui a produit l'aménorrhée; quant aux moyens de rappeler les fluides vers l'utérus , plusieurs ont déjà été indiqués : nous allons signaler les autres.

Une considération fort importante, c'esl de bien exami ner si la suppression est cause ou eflet; lorsqu'ehe est suivie d'une hémorrhagie supplémentaire, le traitement exige beaucoup de prudence ; il sera indiqué plus tard. Dans le cas de suppression lente , il est difficile d'obtenir une guérison complète ; mais si les difficultés sont pl\is grandes , les femmes sont aussi moins tourmentées. Cette suppression peut, au reste, exister long-temps sans troubler la santé.

Lorsque l'aménorrhée résulte d'un changement d'habitudes , de genre de vie , de pays , si l'organisation n'en soufl'rc pas , il faut laisser agir la nature.

Un grand nombre de médicaments divers ont été successivement employés pour rappuler les règles supprimées

depuis plus ou moins long-temps. Voici ceux qui sont encore le plus souvent administrés avec succès : le fer et ses préparations , les pilules de Blaud , la limaille de fer à la dose de 2!i à 30 grains par jour , le peroxide de fer à la dose de 12 à 24 grains, le sous-carbonate de fer à la dose d'un demi-gros à trois gros par jour, les vins chalybés, les teintures martiales, les pains ferrugineux du docteur Bessière. Aux approches des règles on peut prescrire les infusions d'armoise , de safran , de rime , de sabine , la décoction de racines d'Aristoloche.

Chez les filles dont la constitution est détériorée , appauvrie , aux moyens précédents on peut ajouter les toniques amers ou aromatiques , le quinquina , l'angélique , le tannin. On a encore eu recours avec avantage aux purgatifs, à l'aloës, aux diurétiques, à la scille, aux cantharides , aux suppositoires , à l'assa-fœtida, au musc , au castoréum et aux autres antispasmodiques.

M. le docteur Trousseau a donné la teinture d'iode avec M. Récamier , depuis 15 et 24 gouttes jusqu'à 72 ; ces deux praticiens recommandent de la continuer, à dose décroissante, pendant deux ou trois jours , après qu'elle a produit l'efifet désiré.

La constitution et le tempérament méritent une attention sérieuse ; ils doivent faire apporter des modifications aux remèdes précédents.

Quand la suppression a résisté à tous les moyens , qu'elle est invétérée , c'est surtout aux soins hygiéniques bien dirigés, à l'alimentation, aux distractions et aux voyages, qu'il faut demander le rétablissement. Modifier profondément la constitution des malades , tel est le but qu'on doit se proposer si l'on ne veut échouer , ou du moins n'obtenir qu'une amcliorafion nîomentanée,

AMÉNORUHÉE SKCONDAIUE. 36S

Le docteur américain Lindsly a employé avec succès la myrrhe et l'aloës , comme le prouve l'observation suivante :

Obs. CXXIV. — Une jeune dame de 16 ans, d'une constitution délicate, d'un tempérament nerveux, était affectée d'aménorrhée depuis 5 mois; elle éprouvait une forte dyspnée ; son état général était extrêmement affaibli, son moral abattu ; elle était si mal, que ses amis avaient perdu toute espérance. Cette dame avait consulté plusieurs médecins ; après des remèdes différents sans aucun effet avantageux, comme elle avait été déjà saignée, et très-débililée par cette émission , M. Lindsly commença par prescrire immédiatement, matin et soir, une des pilules suivantes : ( myrrhe et aloës , de chaque 30 grains pour faire 15 pilules ). Au bout de 9 semaines les règles avaient reparu , et la santé était revenue.

M. Harailton, sur le conseil de H un ter , rétablit les règles qui étaient supprimées par peur , depuis 7 mois , chez une fille, en comprimant les artères ihaques (1).

Nous ne dirons qu'un mot de l'application des sangsues à la partie la plus déclive des mamelles ; ce moyeu, qui a réussi au docteur Charles Loudon (2), ne nous paraît pas devoir être d'un grand secours, et nous pensons avec quelques praticiens, qu'il peut avoir de graves inconvénients. Il n'en est pas ainsi des cataplasmes sinapisés, à la partie interne des cuisses, qui paraissent avoir plusieurs fois réussi au docteur Carmichaël.

(1) Journal de Vandermonde , t. IX, p. 232, 1758.

(2) On the cure af amenorrkœa Ly leechei appUedto themamma, by Charles Loudon.

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