‹ De la menstruation, considérée dans ses rapports physiologiques et pathologiquesChapitre 81 sur 120 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De la Dysménorrhée.

La dysménorrhée doit être séparée de Taménorrhée. — Définition. — Epoques auxquelles on observe la dysménorrhée. — Observations. — Accidents. — Symptômes. — Causes. — Influence de la vie monastique sur la menstruation. — Diagnostic. — Indications thérapeutiques.

La suppression des règles est un accident fort commun, mais leur écoulement difficile et douloureux n'est pas moins fréquent, surtout dans les villes.

Plusieurs médecins distingués , parmi lesquels nous citerons MM. La Berge , Monneret et Fleury , pensent que c'est à tort que l'on sépare ce trouble de la menstruation de l'aménorrhée. Nous avions d'abord partagé cette opinion ; mais en étudiant soigneusement les nombreux faits que nous avons recueillis, nous croyons, comme M. Gendrin , que la dysménorrhée doit être examinée à part.

Ce dérangement du flux menstruel peut se montrer avec la première apparition ; on l'observe au temps critique , mais plus particulièrement dans la période utérine. Comme l'aménorrhée, il se manifeste après des causes physiques et morales ; son point de départ peut être complètement inconnu.

C'est cette affection que Sauvages appelait liystéralgic

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cataméniale, et que l'on trouve désignée dans les auteurs, tantôt sous le nom de coliques utérines menstruelles , et tantôt de congestions utérines menstruelles tormineuses. M. Gendrin la distingue par la dénomination de dysménorrhée hystéralgique.

Voici un exemple que nous'empruntons à cet auteur , et qu'on peut considérer comme une histoire abrégée de la dysménorrhée.

Obs. CXXV. — Une fille de 25 ans , présentant tous les caractères extérieurs d'un bonne constitution , et non pléthorique 5 menant une vie très-sédentaire , avait eu ses règles pour la première fois à 16 ans. Elle n'avait éprouvé aucun accident jusqu'à l'âge de 22 ans, quoique pendant les deux ou trois premières années de sa menstruation elle se fût livrée à la masturbation. Elle commença alors, après avoir eu un violent chagrin , à ressentir, dans les deux ou trois premiers jours qui précédèrent ses règles, une vive douleur aux lombes, qui augmentait parfois jusqu'à occasioner des défaillances ; les règles venaient terminer cette douleur, qui ne se reproduisait qu'à l'époque menstruelle suivante. L'écoulement durait quatre jours; il était assez considérable , surtout pendant deux jours.

Les accidents se montrèrent progressivement à partir de la vingt-quatrième année , et arrivèrent ensuite au degré où nous les observâmes. Deux ou trois jours avant la manifestation de chaque héraorrhagie menstruelle , cette fdle éprouvait d'abord une douleur obtuse à l'épigastre , et une douleur tormineuse à l'ombilic et aux lombes. La nuit suivante les douleurs tormineuses augmentaient d'intensité , le sommeil se suspendait , il y avait deux ou trois selles liquides avec ép rein te , et quelquefois des nausées et des cflbrls de vomissement. Le lendemain , les coliques

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. étaient presque continuelles, elles occupaient la région ombilicale et les fosses iliaques. Très-souvent cette fille éprouvait des syncopes , des défaillances et une vive douleur de tête, quelquefois suivies d'accidents spasmodiques hystériformes.

La pression sur l'hypogastre était douloureuse ; la région lombaire était le siège d'une douleur continue, qui augmentait par instants jusqu'à faire pousser des cris à la malade. Cette douleur était plus vive et plus difiicile à. supporter que les coliques qui existaient en même temps ; tout le pourtour du bassin , depuis les hanches et les cuisses , était en même temps le siège d'un sentiment très-pénible de courbature. Les mamelles étaient tuméfiées , et des douleurs lancinantes s'y faisaient sentir par intervalles. On ne pouvait ingérer dans l'estomac même une cuillerée d'eau pure , sans qu'il survînt des vomissements. Le pouls était sans fréquence , et la peau sans chaleur anormale.

L'examen des organes génitaux nous fit reconnaître une injection prononcée de la muqueuse du vagin jusque sur le coi de l'utérus, qui était abaissé , et ne se trouvait qu'à deux pouces environ de la vulve. L'utérus ne nous parut pas augmenté de volume ; il n'était pas douloureux à la pression , exercée soit par le vagin , soit par le rectum. Ces symptômes se manifestaient jusqu'au troisième jour de l'apparition des règles. Pendant ces trois premiers jours l'utérus ne laissait écouler qu'en très -petite quantité, et par intervalles, plutôt delà sérosité rouge que du sang ; les règles coulaient ensuite abondamment pendant deux jours, puis tous les accidents cessant rapidement, l'hémorrhagie utérine diminuait alors; cependant le sang ne se montrait plus que sous la forme de sérosité sanguinolente pendant deux ou trois heures chaque jour ,

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puis récoulenient menstruel se terminait le sixième jour. Ces accidents avaient été inutilement combattus par des préparations de fer, par l'administration des saignées qu'on avait souvent renouvelées, etc.

Nous considérâmes tous ces accidents comme le résultat immédiat de l'hypérémie menstruelle qui se faisait chez cette fille avec trop d'intensité avant l'hémorrliagie utérine périodique. Nous conseillâmes F usage habituelle des bains, tièdes d'abord, et ensuite froids^ pendant tout le mois, avec l'exercice musculaire journalier prolongé. Nous ordonnâmes de pratiquer tous les mois, quatre jours avant les règles , une saignée du bras, de trois ou quatre onces au plus , et de commencer dès ce moment à administrer des bains de siège et des lavements frais à quinze degrés tous les jours, même quand les règles seraient arrivées, jusqu'au troisième jour de leur manifestation. Cette médication amena une diminution des accidents dès la première époque menstruelle. A la troisième époque, les règles parurent sans aucun accident précurseur ; elles ne durèrent que quatre jours. Le traitement fut encore continué pendant deux mois ; les accidents n'ont plus ensuite reparu.

La dysménorrhée doit à la longue déterminer des accidents, donner lieu à des maladies de F utérus. Nous avons vu un écoulement abondant dissiper tous les symptômes qu'elle occasionait.

M. Lisfranc a très-bien fait observer que les menstrues orageuses qui constituent une des variétés de la dysménorrhée , après s'être répétées dix , quinze , vingt années, doivent nécessairement avoir une action marquée sur l'utérus. Ce praticien assure avoir constaté que les menstrues douloureuses sont liéiéditaiics, et que si l'on inler-

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roge les femmes qui en souffreat, on apprend que d'autres femmes de la même famille en ont également souffert, et sont mortes de maladies de matrice. Cette remarque est très-importante, car elle fait voir qu'il ne faut pas toujours laisser agir la nature. La constitution de la femme réclame une attention spéciale.

Il se forme quelquefois dans l'utérus des concrétions charnues, membraniformes , de consistance lisse, molle, couenneuse, blanchâtre. Leur surface interne est humectée par un liquide séreux ; leur surface externe est inégale, tomenteuse , d'un blanc rougeâtre , parsemée de points rouges, et adhérente à la surface interne de la matrice. Cette production existe surtout chez les femmes dont la menstruation est difficile et douloureuse.

Le plus souvent la dysménorrhée débute quelques jours avant les règles; elle est annoncée par des douleurs lombaires , par des coliques irrégulières , quelquefois fixes , se faisant sentira l'hypogastre , surtout à l'ombilic, et par un sentiment de lassitude et de courbature dans les cuisses. Les phénomènes gastralgiques que nous avons plusieurs fois décrits , s'observent dans ce cas. Le tlux menstruel s'établit difficilement ; il est très-faible , peut se montrer tout à coup abondant, et même constituer une perte. L'exploration des organes génitaux ne fait connaître d'autre état que celui qui se présente à chaque manifestation normale des règles.

La dysménorrhée s'accompagne des épiphéoomènes les plus variés , parmi lesquels les plus ordinaires sont la céphalalgie, les vertiges, les bourdonnements d'oreilles , les désordres des fonctions digestives, les palpitations , les étouflements, les mouvements convulsifs, les lypothymies, les douleurs névralgiques des mamelles, etc.

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Les causes de la dysménorrhée sont liées à l'organisation des femmes et aux conditions spéciales des fonctions menslrueîles. Le tempérament sanguin , la susceptibilité extrême du système nerveux ^ y prédisposent singulièrement. L'abondance des règles , les excès dans les plaisirs de l'amour , la masturbation , les impressions erotiques, contribuent au développement de la dysménorrhée.

La vie monastique paraît avoir une action spéciale sur ce dérangement de la menstruation. Ce sujet est assez important pour que nous lui consacrions quelques pages (1).

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