‹ De la menstruation, considérée dans ses rapports physiologiques et pathologiquesChapitre 82 sur 120 · ETAT DE LA MENSTRUATION CHEZ LES RELIGIEUSES CLOITREES · texte numérisé non relu

ETAT DE LA MENSTRUATION CHEZ LES RELIGIEUSES CLOITREES

Influence de cet état sur leurs maladies et sur leur santé en général.

« C'est lorsque les règles sont déjà bien établies, que la vie claustrale commence. Il est rare qu'après quelques anuéos il n'y ait pas une diminution fort notable dans la quantité de l'hémorrhagie fonctionnelle de l'utérus.

« Je n'en ai observé aucune qui ne fût réglée très-exactement et à jour fixe ; mais chez la plupart, c'est une apparition qui tout au plus dure 2/j. heures, une véritable signature, laquelle pourtant conserve son importance vi.s-àvis de la santé de ces personnes. Il semble que leur économie tout entière ait subi la même modificalion que l'appareil utérin, de manière à ce que l'haimonie des

(1) Nous (levons ces lenseigncmeiils à la complaisance Uo noire ami etconrrÎTO le Uocleur Pidoux.

350 l>t: LA MENSTRUATION.

lonclions n'en soit pas troublée. Cet équilibre, ou plutôt ce consentement de tout l'organisme vivant à accepter la loi de l'appareil sexuel , ne s'établit pourtant que trèsgraduellement et souvent à travers mille accidents qui finissent par faire contracter, à certains appareils, des habitudes pathologiques parmi lesquelles se font surtout remarquer quelques affections que nous allons énumérer.

(1 Je n'ai pas encore vu chez les jeunes religieuses les fonctions digeslives irréprochables. Ce ne sont guère les gastralgies exquises, les douleurs franches de l'estomac, en un mot les névralgies pures et simples de ce viscère dont les descriptions sont stéréotypées dans les nosologies et les dictionnaires, c'est une paresse de l'estomac, une sensation de défaillance générale qui semble partir d'un vide, d'un besoin fatigant éprouvé dans la région épigastrique. Cet état s'accompagne de grande faiblesse et d'une impuissance d'action contre laquelle ces personnes, toutes très-fortes en volonté et en courage , luttent presque constamment. Les toniques , les stomachiques , tous les moyens en un mot qui conviennent si bien aux gastralgies franches , échouent et nuisent le plus souvent.

« Cet état peut s'accompagner d'un peu de rougeur papilleuse de la langue , qui laisserait volontiers croire à une légère nuance de gastrite subaigiie , ou plutôt d'hypérémie irritative de la muqueuse gastrique. Les laxatifs et les poudres absorbantes , les liqueurs alkalines , la rhubarbe en particulier, sont employés heureusement contre cette aflection, qui alterne très-communément avec la leucorrhée, et éprouve une sensible rémission pendant la durée menstruelle et les huit ou dix jours suivants.

« Les hémorrhagies supplémentaires se montrent chez les religieuses. Les plus communes se font par les bronches.

INFI.UENCl': DE LA MEiNSTP.tlAïlON CHEZ LES RELIGIEUSES. 351

Je les ai observées ciDq fois sans tubercules, chez des personnes dont la constilulion était opposée à la diathèse tuberculeuse. Deux ont une bronchorrhée habituelle. Ces lîémoptysies sont considérables , et ne nuisent en rien à la santé générale. Trois d'entre elles sont immanquablement aggravées par l'opium et le laurier cerise qui ont un de ces deux effets : 1° ou de les activer , 2° ou de les empêcher, au grand préjudice des sujets , qui éprouvent alors un dyspnée , des ardeurs de poitrine et des toux suffocantes. Os hémoptysies paraissent quelquefois à plusieurs reprises dans le mois, mais généralement on les observe à l'époque menstruelle qu'elles semblent remplacer en tout ou en partie. Trois de ces religieuses (celles que les stupéfiants indisposent) ont le teint haut, les pommettes très-colorées, le tempérament éminemment artériel. L'une d'elles a passé l'âge critique. Les hémoptysies s'affaiblissent et s'éloignent. Une autre a concurremment des varices à la partie interne et supérieure des cuisses , lesquelles s'ouvrent quelquefois après l'époque , quand celle-ci , comme c'est l'habitude , a été fort peu abondante. Deux fois j'ai observé chez elle une hématurie.

« Les signes de la phthisie pulmonaire peuvent être portés beaucoup plus loin. Laennec raconte que dans un couvent dont la règle était fort sévère , les religieuses et les novices avaient l'esprit continuellement fixé sur les punitions et les châliments de l'autre vie. Des contrariétés continuelles étaient suscitées pour briser la volonté ; les règles commençaient par se supprimer; 2 ou 3 mois après, des signes de phthisie se manifestaient.

« Dans une ville de province que nous avons habitée, il y avait un couvent de fondation nouvelle , dont les religieuses, presque toutes jeunes, se distinguaient par leur

zèle et l'observalion rigoureuse de leurs statuts. En un an dix de ces jeunes religieuses avaient succombé à la phîhisie puîmonaîre.

« Les affections herpétiques alternant avec des dévoiements, des écoulements otorrliéiques, sont plus communes que dans le monde. Toutes ces personnes souffrent beaucoup plus de ces accidents quand les règles coulent peu. Les céphalées (et non pas les névralgies de la face) s'observent fréquemment. Les exutoires (cautères ou vésicatoires entretenus) sont d'un emploi presque général, surtout contre les accidents dont je viens de parler, et j'avoue qu'avec les purgatifs et l'usage du tabac à priser , ils rendent d'éminenis services.

« L'âge critique est peu redoutable; les rehgieuses vivent long-temps en se portant toujours mal ; une longue vie et une mauvaise santé habituelle , tel est leur sort. Le cancer est rare, ainsi que les maladies aiguës; la phthisie est assez commune; la mort sévit surtout parmi les malades qui appartiennent à cette dernière catégorie.

« La dysménorrhée , les coliques cataméniales , l'hystéralgie de même nature , s'observent pendant les premiers temps de la vie claustrale , et cessent bientôt de se faire sentir. On trouve peu de rehgieuses qui n'aient pas quelques servitudes oîganîques à la peau , alternant avec les lésions des fonctions digestives et la céphalée. Les servitudes sont presque toujours des dartres, des écoulements - muqueux purulents , enfin des cautères ; peut-être faut-il attribuer en partie à celte diminution considérable des menstrues, à ces accidents dysménorrhéiques, la coloration blanc-jaunâtre qui est particulière à un grand nombre de religieuses cloîtrées.

« Les phlegmasies de l'utérus et les catarrhes vaginaux ,

m: LA msMKNOiîRHÉE. 353

l'hystérie, sont des causes pathologiques de la dysménorrhée.

« D'après M. Gendrin, auquel on doit un bon travail sur cette maladie, la congestion utérine mensuelle, portée au-delà des bornes ordinaires , est le point de départ de tous les symptômes de la dysménorrhée hystéralgique. Chez toutes les femmes véritablement atteintes d'aménorrhée , il n'a jamais reconnu ni les symptômes ordinaires de l'apparition des règles , ni aucun vestige d'hémorragie menstruelle, ni aucuns symptômes de dysménorrhée. Les ouvertures de cadavres , dans ces cas où la maladie première était souvent mortelle , ont expliqué l'aménorrhée , et montré qu'il n'existait dans l'ovaire ni trace de vésicule déchirée , ni cicatricule récente , et souvent même pas de vésicules de Graaf (1). »

Les caractères propres à la colique hémorrhoïdale , aux phlegmasies de l'utérus , les feront distinguer de la dysménorrhée.

On conçoit que cette maladie se prolongeant des années . puisse entraîner après elle des altérations plus ou moins graves derutérus;il est donc utile de faire connaître les indications thérapeutiques que réclame la dysménorrhée. Une des premières est de toucher l'utérus, de l'examiner dans l'intervalle des règles: souvent on trouve un état d'engorgement, de sub-inflammation.

Le repos, la position horizontale, le calme d'esprit, l'absence de toute excitation, conviennent dans un certain nombre de cas ; si la congestion sanguine est évidente , il

(1) Nous ne partageons pas complètement Popinion de M. Gendrin, car, dans nos établissements, nous voyons fréqucnimenl des aliénées , privées de leurs règles, chez lesquelles il se fait à cliar|ue époque menstruelle tuie mauifeslalion de symptômes qui révèlent toute l'inlluence de la période utérine.

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faut recourir aux émissions sanguines. Lorsque la surexcitabilité nerveuse est très-prononcée , l'emploi des antispasmodiques et des sédatifs est parfaitement indiqué; l'opium uni aux excitants diffusibles nous a rendu dans ce cas de véritables services ; le laudanum en lavement est encore fort utile. Nous avons vu chez les femmes lymphatiques et nerveuses , le vin chaud sucré calmer ces vives souffrances comme par enchantement.

En même temps qu'on recommande les sédatifs spéciaux de l'appareil utérin, il est utile de recourir aux bains frais prolongés, aux affusions fraîches. II est à. peine inutile d'ajouter que ces moyens ne doivent être prescrits qu'après qu'on a dissipé les accidents de congestion. L'alimentation comme les remèdes , varient suivant le tempérament de la femme.

Le docteur W. -P. Dewees , de Philadelphie . a employé avec beaucoup de succès contre la menstruation difficile ou supprimée , la teinture volatile de Gayac. Il fait mention d'un symptôme qu'il assure avoir été observé par Denman.

Lorsque les règles viennent à reparaître , dit-il , la matrice expulse quelquefois alors une espèce de membrane ; quand ce symptôme a lieu chez les femmes mariées , on peut juger qu'elles ont été stériles. Ce symptôme est plus commun dans les campagnes que dans les villes ; l'auteur prétend qu'il l'a souvent rencontré aux environs de Philadelphie ; le remède qui lui a plus réussi est la teinture suivante :

Gomme de gayac en poudre 25 décag. 000.

Carbonate de soude et de potasse 11 gr. 719.

Poudre de piment > 15 gr. 625.

Alcool 1 kilog.

nE LA DYSMÉNORKHÉE. 355

Après digestion conveuable, on donne d'abord une cuillerée à thé de ce remède dans un petit verre de vin de Madère. Il faut le supprimer lorsque les règles coulent ou qu'il y a pléthore. Dewees a remarqué que les feainies ont cessé d'être stériles lorsque cette espèce de membrane a été expulsée par l'utérus pendant l'écoulement menstruel.

Dans ces cas de menstruation difficile, M. le professeur Masuyer, de Strasbourg, a beaucoup vanté l'usage de l'acétate d'ammoniaque, ou esprit de Mindérérus. On le donne à la dose de 10, 15, 20 et 30 gouttes dans un verre d'eau. Une boisson chaude, des serviettes brûlantes appliquées sur le ventre , nous ont plusieurs fois réussi. Les femmes nerveuses se trouvent bien des toniques. L'irrégularité des règles qu'on a désignée sous le nom d'atactoménorrhée , a déjà été examinée par nous; quand elle s'accompagne de douleurs, elle rentre dans la dysménorrhée , aussi n'en dirons-nous rien de plus.

De la Chlorose,

De la cause de fa chlorose. — Est-elle une affection générale ou locale ? — Consiste-tel!e dans une altération du sang; ou du système nerveux? — Est-elle liée à raménorrhée des filles pubères? — Observations de chlorose artificielle. — La chlorose est-elle cause ou effet du défaut de menstruation? — Division. — Nature de la maladie. — Chlorose asthénique et sthénique. — Rapports et différences de l'asthénie et de l'anémie avec la chlorose. — Opinion de M. JoUy. — Considérations sur le traitement.

La chlorose, par le grand nombre d'organes qu'elle met en jeu , par la multitude des symptômes qui l'accompagnent, est une des maladies qui a le plus exercé la sagacité des médecins , et sans contredit une de celles qui a donné lieu aux plus nombreuses erreurs de diagnostic. Les praticiens les plus renommés , mais sous l'influence d'un organisme exclusif, nous ont offert maintes et maintes fois le triste spectacle de jeunes fdles qui tombaient victimes de l'idée systématique. Je me rappelle , entre autres faits de ce genre , l'histoire d'une demoiselle délicate tourmentée depuis plusieurs mois d'une toux assez pénible. Son médecin ordinaire , sur la demande de la famille , fit appeler en consultation un médecin célèbre. Celui-ci, rappé de l'ensemble des symptômes, voyant d'ailleurs le faciès et l'extérieur frêle et délicat de cette jeune per-

sonne, se persuada que les poumons étaient le siège de la maladie.

Tous ses efforts furent en conséquence dirigés sur cet organe. Plusieurs saignées, un traitement débilitant, furent recommandés. Loin que la santé s'améliorât , des symptômes plus fâcheux se déclarèrent, l'état de cette demoiselle devint alarmant. Le médecin ordinaire me fit part de ses inquiétudes. Avez-vous, lui dis-je, fait attention aux phénomènes de la menstruation , et surtout à la chlorose qui, chez les femmes, simule uns foule d'affections différentes? Le traitement débilitant n'a rien fait, envoyez votre malade à la campagne, essayez les préparations de fer, l'exercice, et peut-être dans quelques mois tous les accidents qui se sont manifestés du côté de la poitrine, s'amélioreront-ils et disparaîtront-ils tout-à-fait.

Le conseil fut suivi, et cette jeune personne, dont l'avenir paraissait si fortement menacé , se rétabht entièrement; six mois après , tous les symptômes avaient disparu. C'est qu'en effet il ne faut jamais perdre de vue que la chlorose marche sous l'escorte de nombreux symptômes, parmi lesquels dominent ceux des systèmes nerveux , intestinal, circulatoire, respiratoire et utérin.

Le dérangement des fonctions digestives a été également la source de nombreuses erreurs , et nous pourrions grossir notre catalogue de prétendues gastrites traitées énergiquement par les émissions sanguines, les tisanes débihtantes et la diète, sans aucune améhoration, qui ont guéri dès qu'un examen plus approfondi , en révélant la chlorose, a fait substituer les préparations ferrugineuses.

11 y a peu d'années encore , toutes les maladies de l'estomac étaient rapportées à la môme cause ; aujourd'hui on reconnaît leur diversité , et le besoin de recourir à des

méthodes fort opposées. Deux médecins distingués, qui se sont beaucoup occupés de gastralgies, ont contribué à dissiper les ténèbres amoncelées sur cette partie de la médecine; mais ils n'ont point assez insisté sur les gastralgies chloro tiques.

Nous ne pousserons pas plus loin ces considérations : elles font facilement comprendre pourquoi la chlorose a été le sujet de travaux si multipliés , et pourquoi , dans i'état actuel , une définition de cette maladie fondée sur sa véritable nature, est impossible. Une esquisse rapide de ce point de la question donnera à cette proposition toute l'évidence d'un axiome.

La chlorose est-elle générale ou locale ? Est-elle liée à l'aménorrhée des filles pubères? Doit-on la considérer comme cause ou effet du défaut de menstruation? Estelle distincte de l'anémie et de l'asthénie , ou bien n'esteile qu'une variété de ces deux états pathologiques? N'ofTret-elle pas dans quelques circonstances des signes d'hypersthénie? Evidemment toutes ces questions sont susceptibles de grands développements; mais outre que la nature de ce travail nous impose des limites , nous ne possédons pas sur plusieurs d'entre elles des documents assez positifs.

Les motifs pour faire de la chlorose une affection générale , déterminée par un changement dans la quantité ou les qualités du sang , sont puissants.

Dans l'état le plus ordinaire , le sérum est au caillot comme 5 est à 8 , proportion qui varie d'ailleurs en raison d'une foule de circonstances hygiéniques et individuelles. M. Jolly n'a pas vu un seul cas de chlorose ou d'anémie dans lequel la proportion du sérum n'excédât les sept dixièmes de la masse totale du sang ; dans un cas même , elle en constituait à peu près les neuf dixièmes. Suivant

M. Le Canu , le sang, qui à l'état normal offre sur mille parties

129 parties de globules dans son maximum, 115 parties dans sa quantité moyenne, 68 dans son maximum ,

lui a présenté dans deux analyses , le résultat suivant : 1° eau 862, /lO; albumine, matières fixes grasses et extractives, 82 , 45; globules, 55, 15; 2° eau, 861, 97; matières, 86, 74; globules, 51, 29.

Les analyses de Fœdisch , en Allemagne, semblent aussi prouver que ce liquide offre une diminution considérable de cruor et de fer, fait constaté par les deux analyses précédentes (1), qui font voir que le décroissement des globules sanguins suit celui du fer.

Cependant , tout en admettant l'opinion du chimiste air lemand , M. Le Canu dit qu'on aurait tort d'attribuer uniquement à cette perte de globules et de fer la maladie qui nous occupe , ou de croire que , dans cette même affection, le sang n'éprouve aucune autre modification, puisque de semblables pertes s'observent dans une foule de maladies toutes différentes. Il y a très- certainement des causes ou des effets qui restent à chercher. Les expériences de M. Magendie au collège de France, démontrent également que les bruits anormaux tiennent à des états différents du sang; mais si ces preuves, si celles tirées du traitement sont favorables à cette opinion, d'autres preuves non moins concluantes semblent montrer que le système nerveux est l'élément organique, primitivement et spécia-r

{ij Ouv. cité, Le Canu.

360 DE LA MlirS'STRUATlOîS.

lement aflecté dans l'état chlorotique (1). La section des nerfs pneumo-gastriques a pour effet de défibriner le sang ; l'état couenneux cesse par la syncope ; toute impression morale quelconque modifie les phénomènes de circulation et de sanguification. Dans la grossesse , la chlorose ne se manifeste qu'à la suite des phénomènes nerveux qui en signalent le début.

On peut se demander si la chlorose n'est pas aussi parfois une altération locale qui réagit ensuite sur l'économie. Ce fait nous paraît devoir être quelquefois admis, et voici sur quoi nous nous fondons : la pratique met hors de doute qu'il existe de jeunes personnes dont la menstruation, vainement sollicitée par les toniques, les martiaux, les emménagogues , apparaît après le mariage ou à la grossesse. Dans nos considérations sur l'influence de ces deux causes , nous avons signalé un certain nombre d'observations de ce genre. Pierre Frank a rapporté plusieurs faits semblables. La stimulation directe des organes génitaux a suffi pour dissiper les accidents. De jeunes filles présentant également des signes de chlorose , sont guéries par les seuls approchements sexuels , sans qu'on ait eu recours à aucun agent thérapeutique. Des personnes jusqu'alors bien portantes , ressentent les premiers symptômes de la menstruation ; l'effort se répète pendant plusieurs mois , puis l'on voit se dessiner les signes de la chlorose ; dans ces deux ordres de faits , la maladie nous semble locale , et l'utérus le point de départ des accidents.

La chlorose accompagne très-souvent l'aménorrhée de l'âge nubile, mais elle n'en forme point un caractère exclusif. Les observations qui démontrent qu'elle peut se

[i) M. Jolly. Du siège , de la naluie el du Irailement d« la chlorose.— Rtvuc médicale, déceinb, 1839.

développer dans des circonstances très-diverses, abondent dans la science. D'abord elle a été constatée chez l'homme ; mais chez la femme , qui en offre des exemples bien plus fréquents , on l'a notée pendant le mariage. De jeunes filles deviennent chlorotiques , et guérissent sans trouble des organes génitaux. Quelques-unes sont un ou deux ans sans être réglées , et n'offrent point de phénomènes chlorotiques. D'autres ont une suppression , deviennent chlorotiques , et guérissent sans que les règles disparaissent. La chlorose peut s'établir artificiellement chez des femmes réglées. Deux faits de ce genre nous ont paru assez remarquables pour que nous en donnions un extrait.

Obs. CXXVI. — Une jeune fille âgée de 17 ans , domestique, entra dans un hôpital de Paris, pour un érysipèle de la face. Ses règles l'avaient surprise à seize ans, et s'étaient toujours montrées depuis régulièrement. Elles duraient huit jours , et avaient paru trois semaines avant son admission. L'inquiétude que fit concevoir sa maladie (1) engagea le médecin de la salle à lui faire pratiquer trois saignées , et à prescrire une application de sangsues. Sous l'influence de ce traitement, l'érysipèle disparut du quatrième au cinquième jour ; mais le pouls , qui lors de l'entrée donnait 76 à 80 pulsations , monta après les saignées à 120 pulsations; des bruits de diable se manifestèrent dans les carotides , la face devint pâle , et cette jeune lille se plaignit de faiblesse , d'un état de langueur; on eut recours au sous-carbonate de fer, qui produisit beaucoup d'amélioration.

Oiis. CXXVIL — Une fille âgée de 18 ans, domestique, d'une forte constitution , d'un tempérament lymphatico-

(I) Deux malades ;ivaii;iil ;iuccoinhc, en peu de temps, à des ciysipèles de la Tu ce.

sanguin, grande, est prise, après quelques mois de séjour à Paris, des accidents de la fièvre typhoïde. A l'aide de saignées et de ventouses , on lui retire de 16 à 18 palettes de sang. Immédiatement des bruits de souffle très-prononcés se développent dans les carotides, et d'autres symptômes de chlorose s'ajoutent au précédent.

Nous avons encore recueilli l'observation d'une femme jusqu'alors bien réglée, chez laquelle l'administration d'un purgatif énergique, donné dans le but de faire disparaître des boutons , occasiona une chlorose intense , qui ne céda qu'à un traitement par le fer long-temps continué.

Ces variétés d'une maladie sur laquelle nous ne possédons que des documents incomplets , s'expliquent bien , en ne la considérant que comme la suite d'une modification dans la quantité et les qualités du sang , ou comme un désordre de l'innervation.

La chlorose peut se montrer sous certaines conditions atmosphériques ; StoU a observé qu'en décembre 1778 , il y eut un grand nombre de femmes chlorotiques. On les guérit surtout avec les fleurs martiales , du sel ammoniac, les salins, l'ipécacuanba.

Bordeu, dans les recherches sur les maladies chroniques, s'exprime en ces termes: les pâles couleurs de toute espèce, soit qu'elles attaquent les femmes mariées ou les filles, soit qu'elles se rencontrent avec le flux des règles, ou pondant leur suppression, ou avec un flux menstruel excessif, rouge ou blanc, soit qu'elles soient comphquées avec mille autres accidents, parmi lesquels la dépravation de Testomac et des intestins tient le premier rang , guérissent par les eaux de Bagnères, qui rappellent très-bien les règles (Ob. 89).

Ce que nous avons déjà dit de la manifestation de la

chlorose à la suite de la rétention des règles , sans qu'aucune autre altération primitive l'eût déterminée, porterait à croire qu'elle est l'effet de cette aménorrhée; cette opinion a été soutenue par beaucoup de médecins, et en particulier par Cullen.

Obs. CXXVII (bis).— Une femme forte et vigoureuse, réglée à 11 ans, n'éprouve aucun dérangement pendant plusieurs années. Un jour elle va se baigner à la mer, sans faire attention à l'époque où elle se trouvait ; cette imprudence occasione une suppression qui persiste pendant deux ans , et s'accompagne d'accidents chlorotiques. Sa figure, jusqu'alors fortement colorée , prend une teinte blanchâtre , les jambes se gonflent , elle éprouve des palpitations , des étouffements, elle ne peut travailler comme d'habitude ; au bout de ce temps les règles reparaissent , et la santé revient avec elles.

Obs. CXXYIII. — Une jeune fille de 20 ans , née dans la Basse-Normandie, se présente à l'Hôtel-Dieu pour une aménorrhée ; elle est petite , délicate , blonde. Ses règles ont paru à dix ans et demi, et depuis elles ont toujours coulé régulièrement. Elles durent huit jours abondamment, sans coliques et sans autres symptômes. Avant et après, elle a un léger écoulement blanc. Il y a huit mois, à la suite d'une vive émotion, ses menstrues se suppriment. Aux époques ordinaires elle éprouve des maux de reins, des coliques, de l'oppression, des battements de cœur; son appétit se dérange, ses forces se perdent , ses jambes sont lourdes, le ventre est sensible ; il survient de la décoloration , de la bouflisure; une teinte d'un blanc légèrement jaunâtre se répand sur sa face ; les carotides font entendre un bruit de souille. Pendant son sc'jourà l'hôpital, et sous l'influence des préparations de fer , ses règles ap-

paraissent uue fois , mais en petite quantité et à peine colorées. Cette jeune fille sort dans un état d'amélioration marquée.

Les faits de ce genre sont nombreux ; mais il y en a d'autres qui ne permettent point de douter que les accidents de la chlorose ne se montrent bien avant que les symptômes de la menstruation n'aient lieu. On voit cette maladie parcourir ses périodes diverses , et guérir sans que les règles aient diminué de quantité et de couleur. Nous avons observé une femme dans le service de M. Magendie, qui avait présenté cette disposition. On lit des observalions de ce genre dans le cinquième volume de Pierre Frank. La chlorose a encore été observée chez des femmes enceintes , chez d'autres qui avaient cessé d'être réglées. M. Blaud , dans un Mémoire déjà cité , rapporte vingt-six observations de chlorose idiopalhique , recueillies chez des filles de 11 à 32 ans; sur ce nombre, quinze continuèrent à avoir leurs règles avec plus ou moins d'abondance; sept, âgées de 11 à 17 ans, n'étaient pas encore réglées ; chez l'une , âgée de 38 ans , les menstrues étaient fort abondantes; chez une autre, le mal débuta le lendemain de son mariage , et persista pendant le cours et même au-delà de sa grossesse (1). La question ne nous paraît donc pas devoir être plutôt décidée d'un côté que de l'autre; tout ce que l'on peut dire, c'est que la chlorose se manifeste tantôt comme suite , tantôt comme cause.

Hippocrale, Baillou, Sydenham, Cabanis, pensaient, comme Cnllen , que la chlorose a son siège , son point de départ dans l'appareil utérin, et qu'elle n'est qu'une conséquence des désordres de la menstruation ; nous avons

(1) Blaud. —Rev. méd., tom. I, année 18S2.

fait voir ce que cette opinion a d'exclusif; on peut ajouter que les exemples de chlorose chez l'homme , ou se manifestant hors le temps , comme pendant la durée de la vie sexuelle, sont loin de résoudre affirmativement la question.

Nous avons entendu M. le professeur Fouquier , dont nous nous honorons d'avoir été l'élève , rapporter, dans ses leçons, l'exemple d'un général qui, après avoir éprouvé des chagrins et des tracasseries sans nombre, présenta tous les caractères de la chlorose, dont il fut guéri en peu de temps sous l'influence des ferrugineux administrés à haute dose.

On lit dans la thèse de M. Ballard, le fait suivant : « Je connais une dame , d'un tempérament très-irritable , à laquelle il survint une chlorose aiguë parfaitement caractérisée , commençant par la douleur à l'estomac , et successivement des irritations nerveuses , toutes les fois qu'elle fait le moindre excès.

Les mêmes difficultés se présentent lorsqu'on cherche à étudier sa nature. Est-elle toujours asthénique? Doitelle être considérée comme une variété de l'anémie? Dans l'état actuel de nos connaissances, il est impossible de dire que la chlorose soit toujours asthénique. Nous avons eu l'occasion d'observer des femmes qui présentaient les symptômes de cette affection, et chez lesquelles la coloration , la constitution , le tempérament , dénotaient tous les attributs de la force; jamais le manque de justesse de la dénomination grecque, ne nous a autant frappé que dans cette circonstance. Ces caractères n'avaient point échappé aux médecins allemands. Frank a bien positivement admis une chlorose sthénique; M. le professeur Wendt de Ereslaw a désigné cette espèce par le nom de Chlorosis florida seu feriiorum (Rust's maga-

S06 TiP. LA ME^SÏRUATI0^'.

sin, XL Y vol.). M. Flamand professe les mêmes principes, et il reconnaît une anémie hypersthéniqtie. Cette espèce, plus rare ciue la précédente, attaque ordinairement les femmes d'une forte constitution , qui offrent les attributs des tempéraments sanguin, bilieux et nerveux, et celles qui ont été stimulées trop tôt. La variété des symptômes , soit qu'ils se bornent au système utérin , soit qu'ils se montrent dans d'autres parties, dépend de la manière dont ces propriétés vitales sont affectées.

Stoll a observé de ces chloroses par pléthore , très-distinctes des autres espèces ; c'était chez des fdles de la campagne , habituées à de rudes travaux. La même remarque avait été faite par Hoffmann, qui avait alors recours à la saignée.

Suivant M. Weudt, cette variété de la chlorose se montre chez les femmes brunes , robustes en apparence , mais n'ayant pas la fibre musculaire énergique. On reconnaît celles qui en sont atteintes , à la couleur terreuse de leur peau et aux congestions fréquentes vers les voies de la génération (1). Les hémorrhagies succédanées ne sont pas rares , et doivent être considérées comme des efforts de la nature; les terminaisons sont la stérilité, la fièvre hectique , fhydropisie.

L'asthénie, qu'on regarde comme une diminution des actions organiques , comme une langueur , une inertie des appareils anatomiques, ne peut-elle être primitive, et uniquement due aux efforts de la puberté ? La pratique nous paraît décider la question , dans quelques cas , en faveur de l'affuiuative. On voit déjeunes personnes , chez lesquelles la croissance a été trop rapide , éprouver tous les symptômes d'une débilité générale; elles ne peuvent

(1) Nous avon?; cité des exemples de femmes chlorotiqucs, forlcs, colorées.

DE LA CllLOnOSE. 367

marcher ; elles gardent le plus ordinairement la position horizontale; leurs digestions sont lentes, pénibles; leurs tissus sont décolorés , et l'art ne constate aucune lésion appréciable des solides et des liquides. Peut-être en existe-t-il dans ces derniers , mais les analyses chimiques ne nous ont encore rien dit à ce sujet.

Nous croyons que l'anémie peut aussi être parfois primitive. Nous avons connu une jeune personne qui , à l'époque de la puberté, devint d'une couleur jaune cire; le sang qui coulait des piqûres qu'elle se Taisait , étail à peine rose ; il tachait les linges , surtout par la sérosité. Cette demoiselle était très-faible , sans appétit , et sujette au dévoiement et à des sueurs excessives. Elle guérit, mais long-temps après, par l'usage des toniques, des préparations martiales, un bon choix d'aliments, et l'habitation à la campagne.

L'asthénie peut succéder à un traitement antiphlogistique énergique, et il n'est pas rare devoir survenir, dans ce cas , des symptômes absolument semblables à ceux de la chlorose. La même particularité a été observée pour l'anémie; témoin cette jeune fille qui , après des saignées répétées pour appeler la menstruation, tomba dans un tel état de faiblesse , qu'elle ne pouvait se lever sur son séant sans se trouver mal , sa figure était si pâle , que tout le pays l'avait surnommée Trompe la mort. Le sang qui coulait de la veine contenait une proportion énorme de sérosité. Ses jambes s'infiltrèrent; elle ne pouvait ni respirer ni manger; elle entendait, disait-elle, le long de son cou, un bruit comme celui d'un moulin, phénomènequc nous avons également observé l\ la clinique de ]\l. Andral, chez une fille chlorotique. La campagne où la malade fut envoyée en désespoir de cause , eut les plus heureux résul-

tats, et, sans aucun remède, elle reprit ses forces, put marcher , et ses règles se rétablirent d'elles-mêmes.

Mais si la chlorose a des rapports avec l'anémie, on ne peut dire qu'elle lui soit identique , puisqu'elle se déclare chez des femmes A'igoureuses, qui guérissent sans que leurs forces aient été altérées. Tout ce que l'on est en droit de conclure , c'est que si elle a souvent des points de contact avec l'asthénie et l'anémie, elle s'en éloigne dans quelques circonstances; et que, pour éclaircir une foule de points, de nombreuses recherches sont encore à faire.

M. le docteur Jolly a émis, dans son excellent Mémoire , une opinion différente de la nôtre : suivant ce médecin distingué, la chlorose et l'anémie constituent une seule et même maladie , qui peut offrir quelques nuances ou variétés de formes, relatives aux âges, aux sexes, aux tempéraments; mais nulle différence de caractère ou de caractères anatomiques et physiologiques. Ainsi l'une et l'autre se manifestent dans des circonstances hygiéniques absolument analogues ; toutes deux ont pour cause intime un vice, ou plutôt une dépression de l'innervation , et pour effet constant et nécessaire, une diminution réelle de la masse totale du sang , en même temps qu'une surabondance plus ou moins prononcée de la partie séreuse , relativement à la partie rouge ou cruorique de ce fluide ; enfin , ce qui établit surtout entre elles une véritable idendité de nature , c'est l'identité de leur traitement.

D'après cette manière d'envisager la cause et le siège de la chlorose, l'auteur que nous citons pense que l'état anémique, ainsi considéré, comme étant hé à une affection primitive de l'innervation , rend parfaitement raison de la simultanéité des désordres qui s'opèi ent dans les

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divers appareils seiisitif , respiratoire , circulatoire , musculaire , digestif, sexuel , etc.

Le traitement de cette maladie doit donc être spécialement dirigé contre l'afFection nerveuse ; les préparations de fer , diversement combinées , sont le moyen de traitement , par excellence ^ des maladies anémiques , comme elles sont le spécifique le plus certain contre les diverses sortes d'asthénies nerveuses; mais, au iieu d'agir directement sur le sang , elles ne modifient les qualités physiques, chimiques et vitales^ que par l'intermédiaire du système nerveux ganglionnaire, qui a sous sa dépendance et les organes d'hématose et lesquahtés du sang lui-même. Des différences assez sensibles séparent l'un de l'autre ces divers états. Ainsi , l'anémie apparaît assez rapidement lorsqu'elle succède à des hémorrhagies ou à des évacuations sanguines provoquées ; elle est essentiellement transitoire; la cause peut être facilement découverte; elle se montre également dans les deux sexes. La chlorose marche , au contraire , fort lentement; elle se manifeste sans cause connue, dure long-temps, et est toujours prête à se reproduire sous l'apparence de la cause en apparence la plus indifférente. Les femmes en sont plus fréquemment atteintes, surtout à l'époque de l'établissement de la menstruation. Quelquefois, cependant, ces deux états se confondent tellement, qu'il est impossible d'établir le diagnostic. L'asthénie diffère aussi de la chlorose par certains caractères; ainsi elle s'observe également dans les deux sexes ; elle se manifeste à la suite de maladies viscérales; elle ne présente pas l'ensemble des symptômes qu'on observe dans la chlorose ; elle ne saurait être confondue avec l'espèce désignée sous le nom de chlorosis forCiorum. Les différences qui séparent l'asthénie de l'a-

némie sont très-peu nombreuses ; on peut cependant établir une distinction entre ces deux états , c'est que l'as- Ihénie ne consiste pas, comme l'anémie, dans la diminution du sang , mais dans l'affaiblissement de ses qualités stimulantes.

M. Roche , qui avait d'abord adopté l'opinion des Hippocratistes , reconnaissant qu'il existe des faits contradictoires , a modifié son opinion , et attribué la chlorose à l'asthénie des organes génitaux. On lui a objecté que , s'il en était ainsi , l'écoulement^devrait se trouver constamment modifié dans son cours ou sa quantité , ce qui n'arrive pas toujours. Il y a plus , les symptômes sont loin d'offrir constamment le caractère asthénique. D'ailleurs il faudrait d'abord prouver que les tissus frappés d'asthénie peuvent exercer sur les autres tissus une influence sympathique ; car elle a été révoquée en doute par plusieurs auteurs. Copland se fondant sur l'accomplissement des fonctions de la digestion , de la circulation , de la nutrition , de la génération , croit que la maladie résulte d'une action du grand sympathique qui préside à ces fonctions (1). Cette opinion devrait réunir les suffrages, si la pathologie ne reconnaissait d'autre trouble que celui des tissus organiques.

On a encore fait consister la chlorose dans un état d'adynamie du tube digestif; cela est vrai dans quelques cas , mais cette doctrine ne peut s'appliquer à l'universalité des cas. Il en est de même des chloroses symptomatiques ; elles ne peuvent rendre compte de toutes les espèces de chlorose. (Fausses chloroses de Sauvages.)

Le traitement de la chlorose exige que nous entrions

(1) Dicl. nfiirncl. med.P. I, p. 317.

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dans quelques développements. On s'exposerait à de graves mécomptes , si l'on regardait le fer comme la panacée de la chorose. Autant ce minéral rend de services lorsqu'il est associé à une bonne hygiène , autant il pourrait être inutile er devenir nuisible, s'il était donné sans auxiliaire. Une des premières indications^ c'est donc de soustraire es malades à l'empire des causes prédisposantes et occasionelles. On a vu les résultats avantageux que nous avions obtenus en envoyant à la campagne une jeune dame chlorotiqueque l'on regardait comme phthisique. L'habitation dans un pays sec , bien aéré , montueux , soumis à une vive isolation, est en effet une règle indispensable de traitement. La nourriture mérite une attention sérieuse ; elle doit consister surtout en viandes rôties , en boissons mélangées d'eau et de vin ; on donne la préférence au Bourgogne, parce qu'il contient des substances astringentes.

Ces préceptes sont bons, dit M. P. Dubois , mais l'anorexie et la perversion des appétences s'opposent fréquemment à leur emploi. Il faut cependant que les malades soient alimentées, et il vaut mieux peut-être qu'elles mangent des choses qui, jugées d'après les règles générales , sont peu salubres , que de rester sans nourriture. D'ailleurs , ces goûts , quelques bizarres qu'ils paraissent , doivent souvent , lorsqu'ils persévèrent pendant un certain temps, être regardés comme des indications de la nature , et il faut y obtempérer lorsqu'ils ne portent pas sur des objets évidemment nuisibles. Les recueils d'observations sont remplis de faits qui prouvent cette vérité. Ce que l'on vient de dire des aliments, s'applique exactement aux boissons. Ces remarques sont éminemment pratiques, et confirment l'aphorisme suivant d'Kippocrate : il faut

préférer l'usage de choses un peu plus mauvaises et qui plaisent , à celles qui sont meilleures , mais qui répugnent au goût.

Les exercices , la gymnastique dite de Tronchin , secondent activement ces premiers moyens. Les jeunes demoiselles chlorotiques ne doivent pas être abandonnées à elles-mêmes ; il est nécessaire de leur procurer des distractions agréables, de les mener en société, au bal, etc. Les avantages de la campagne ont été suffisamment exposés. Les voyages aux eaux minérales , parmi lesquelles Yicliy , Plombières , Passy , Pyrmont , tiennent le premier rang , ne doivent pas être négligés.

L'efficacité du fer dans un grand nombre de chloroses est reconnu depuis fort long - temps , aussi la manière d'employer ce médicament n'a-t-elle guère variée que pour les formules; la plus employée a été le sous-carbonate de fer ; les pilules de Blaud , celles de M. Yallet , le lactate de fer, sont préconisés par tous les praticiens. M M. Trousseau et Pidoux pensent , qu'au début de la maladie on doit proscrire les préparations solubles de fer , parce qu'elles augmentent la douleur. Dans la chlorose avec gastralgie ils donnent la prépai^ation suivante : limaille de fer 8 grammes, poudre de canelle 1,302 grammes, extrait mou de quin([uina, quantité suffisante; on commencera la dose par deux grains (109 décigrammes ). Il n'est pas rare de voir la gastralgie devenir plus intense pendant quelques jours.

M. le professeur Wendt, dont nous avons fait connaître l'opinion sur la cidorosis fortiorum , admet trois espèces de chlorose dont il établit ainsi le traitement : 1" chlorose atonique , huiles éthérées, amers, aromatiques, ferrugineux , purs:atifs dans le cas de constipation . bains aroma-

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tiques ; 2° chlorose atonique avec irritabililé excessive , point de martiaux, bains tièdes , valériane , armoise, eaux fétides, eau de pouiilot; 2>° chlorosis fortîoriim, saignée de la saphène , sangsues , ventouses aux parties génitales, crème de tartre soluble, calomel, diète.

La constipation , si fréquente dans cette maladie , a fait préconiser presqu'exclusivement par Hamilton les purgatifs ; leur emploi convient dans certains cas. Il en est de même des vomitifs conseillés par Mercatus, et de l'électricité recommandée par Sigaud Lafond. Ces moyens sont exceptionnels.

Enfin , lorsque l'aménorrhée et la chlorose existent ensemble , on commence par s'occuper des organes d'assimilation , et lorsqu'ils ont repris leurs fonctions , on administre les excitants utérins. Les emménagogues , tels que la rue, le safran, l'armoise, l'aloës, doivent être essayés avec le sous-carbonate de fer , et à l'époque des règles , on a recours à tous les moyens qui ont été indiqués à l'article aménorrhée , pour rappeler le flux menstruel.

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