‹ De la menstruation, considérée dans ses rapports physiologiques et pathologiquesChapitre 83 sur 120 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De la déviation des règles.

De la déviation des règles.— Elle peut être primitive ou secondaire. — Lieux d'élection.— Observation de déviations multipliées. — Influence des âges sur les déviations. — Observations. — Action des tempéraments, — Symptômes. — Ils peuvent ne pas exister. — La déviation peut exister avec le flux menstruel. — Observations. — Pronostic. — La déviation n'est pas toujours caractérisée par un écoulement sanguin. — Elle peut consister en des sécrétions de nature fort diverses. — Les signes de la déviation peuvent seuls exister sans écoulement sanguin. — L'hémorrhagie supplémentaire peut avoir lieu pendant toute la période utérine. — La femme peut même concevoir sans que la menstruation se régularise. — Observations. — Les bémorrhagies supplémentaires par les poumons n'ont pas , cbez les femmes , la même gravité que cbez les hommes. — Traitement des règles déviées.

Lorsque les voies consacrées à l'écoulement du sang menstruel sont fermées , la nature se fraie d'autres routes , et toutes les'parties du corps peuvent alors devenir le siège de ce flux insolite. Mais c'est surtout par les membranes muqueuse et cutanée que la déviation a lieu (1). Ce dérangement des règles peut être primitif ou secondaire , et cette distinction est de quelqu'importance pour la pratique. On l'observe aussi souvent chez les sujets faibles que chez les femmes sanguines. Les règles peuvent se dévier vers les parties voisines de l'utérus . ou sur celles qui ont

(1) Flamand, Essai iur la ménoxénie ou déviation du flux menstruel, Slras bourg, 1810.

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des rapports sympathiques avec lui. Elles afifectent ordinairement, dans ces écarts, les organes délicats, ou ceux qui ont été atteints par les maladies. Une irritation dans une partie peut y attirer l'afflux du sang.

L'hémorrhagie supplémentaire a été vue dans toutes les parties du corps ; mais elle se manifeste plus spécialement par le nez , l'estomac , les poumons et les vaisseaux hémorrhoïdaux. Tantôt elle continue, pendant toute sa durée j à paraître dans le même endroit; tantôt elle se montre dans un grand nombre d'endroits différents. Un des faits les plus curieux de ce genre , est celui qui a été publié par Pinel dans sa Médecine pratique.

Obs. CXXIX. — Mademoiselle A. . . éjîrouve , dès l'âge de 11 ans, des accès d'hystérie fréquents, suivis d'un vomissement de sang. kAk ans les menstrues apparaissent; la santé se rétablit, et l'écoulement a lieu régulièrement pendant quelques mois. Une vive frayeur détermine une suppression et de forts accès d'hystérie ; un acte de violence occasione une nouvelle suppression. Dès la première aménorrhée , il se déclare une déviation des règles ; les jambes deviennent enflées , se couvrent de vésicules , et , pendant six mois , le sang sort par les petites tumeurs.

Le bras gauche se tuméfie ; le sang choisit cette nouvelle route ; les jambes se guérissent ; ce phénomène dure un an. Une troisième déviation se forme au pouce gauche à la suite d'une piqûre, et les menstrues coulent six mois par cette ouverture. La quatrième année , immédiatement après un érysipèle à la face, deux ouvertures s'établissent , l'une à l'angle nasal , l'autre sur le milieu de la paupière supérieure , et ces deux pertuis fournissent , pendant deux ans, l'évacuation périodique qui cesse de se faire par le pouce. L'abdomen devient à son tour le siège

376 DK LA MENSTRUATION.

d'un érysipèle , le nombril se prend , et le sang sort cinq mois régulièrement par cette partie , à chaque époque menstruelle.

L'écoulement insolite se fait jour quatre mois par la malléole interne du pied gauche , deux mois par l'oreille du même côte , et trois mois enfin par le sein gauche.

Lorsque le sang ne s'échappait par aucune voie fixe, il survenait des hémorrhagies nasales et des vomissements de sang précédés de convulsions , de maux de tête et d'étourdissements.

Après quelque temps de séjour à la Salpétrière , il se fil un changement dans la santé de mademoiselle A..., et les règles prirent leur route ordinaire.

Les âges ont une influence sur l'hémorrhagie supplémentaire.

Dans la jeunesse cette maladie aura plutôt lieu par les parties supérieures. A l'époque où les femmes cessent d'avoir leurs règles , elle se montrera de préférence par les parties inférieures. Dans le premier âge l'écoulement sera, en général, plus régulier que dans l'âge adulte.

Obs. CXXX. — Une jeune personne, bien constituée, d'un tempérament lymphatique , fut prise , vers 16 ans, d'une hémorrhagie nasale qui se renouvela régulièrement tous les mois , pendant plusieurs années. Sa durée était de deux, trois et quatre jours. Cette demoiselle avait seulement, un ou deux jours avant, une démangeaison au bout du nez : l'organe se tuméfiait , prenait une couleur rouge; le sang commençait à couler, puis il devenait si abondant, qu'il pouvait remplir un saladier. Il n'y avait pas d'autres symptômes. M. le docteur Piedagnel, qui a suivi cette jeune personne depuis son enfance, a constaté ces phénomènes avec toute l'exactitude qu'on lui connaît.

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Depuis près de trois ans la déviation a complètement cessé , et mademoiselle X... est réglée par les voies ordinaires. Pendant la première année de la menstruation les épistaxis ont paru de temps à autre en moindre quantité, et se sont ensuite entièrement arrêtées (1).

Obs. CXXXL— Marie, âgée de 19 ans, née à Fleury (Seine-Inférieure), tisseuse, entre, en septembre 1837 , à l'Hôtel-Dieu , dans le service de M. Honoré. Cette fdle est petite , maigre , mais bien proportionnée , son tempérament est plutôt lymphatique que lymphatico-sanguin ; elle a peu d'énergie. A 12 ans Marie a été prise d'une hémoptysie qui a duré trois jours , et qui est revenue tous les mois. Cet accident a continué jusqu'à l'âge de 18 ans et demi; le sang était d'une belle couleur rouge. Deux ou trois jours avant elle avait de la fièvre , de Toppression , de la difficulté à respirer , mais elle ne toussait pas. La quantité du sang qu'elle rendait pouvait remplir une assiette. Pendant l'expectoration, Marie était souffrante; mais à peine l'hémoptysie était-elle terminée, que sa santé se rétablissait , et qu'elle se livrait à ses travaux habituels. Dans l'intervalle d'un mois à l'autre elle n'éprouvait pas de gêne de la respiration , elle ne toussait pas , l'appétit était bon.

11 y a cinq mois , un médecin qui la vit pour la première fois, lui conseilla et lui pratiqua une saignée de bras. Depuis ce moment le crachement de sang na pas reparu. La saignée l'a d'abord soulagée , mais la santé s'est ensuite altérée. Lors de son entrée à l'hôpital , Marie avait de l'oppression , beaucoup de difficulté à prendre sa respiration , des douleurs dans la poitrine ; point de sueurs

(1) Observai ion commiiiiiquée par M. le docleiii' Pieilagiicl.

ni de dévoiement ; l'expectoration était muqueuse. L'auscultation et la percussion ont été pratiquées avec le plus grand soin et à diverses reprises : les deux côtés de la poitrine résonnent également; il n'y a point d'obscurité du son sous les clavicules; la respiration s'entend bien partout , elle est plutôt puérile. Pendant son séjour à l'hôpital, Marie a eu une fièvre éruptive, l'oppression a été très-grande ; elle est sortie sans que l'hémorrhagie supplémentaire soit revenue.

Les divers tempéraments ont plus ou moins d'aptitude pour cette hémorrhagie. Le tempérament sanguin , la constitution nerveuse , y sont le plus disposés ; mais le tempes rament lymphatique n'y est pas aussi étranger qu'on l'a prétendu.

La déviation des règles a quelquefois lieu sans symptômes qui annoncent cette apparition; d'autres fois il existe des signes très-marqués et souvent très-alarmants.

L'hémorrhagie supplémentaire paraît, le plus souvent, un ou deux jours avant les règles , et , dès que l'organisme subit l'influence de la fonction menstruelle, presque toujours elle dure autant qu'elle , et se prolonge même quelques jours après. Quelquefois, cependant, l'hémorrhagie ne se déclare qu'à la fin du flux menstruel régulier.

On peut prévoir que lés règles prendront une voie insolite quand la suppression a lieu depuis long-temps , et que la femme est sanguine. On peut encore établir le diagnostic quand les menstrues ont été tout à coup arrêtées , et qu'il se déclare des symptômes d'inflammation dans d'autres parties.

L'habitude d'une hémorrhagie, la faiblesse d'une partie , l'existence d'un ulcère ou d'une solution de continuité, donnent plus de probabilités au diagnostic.

L'écoulement insolite peut avoir lieu en même temps que la menstruation se fait régulièrement par les parties sexuelles ; il est alors moins abondant qu'il ne devrait être. Dans quelques cas la menstruation se réduit à l'écoulement d'une petite quantité de sang , et même de sérosité sanguinolente , tandis que l'hémorrhagie supplémentaire est abondante et prolongée ; mais cette hémorrhagie utérine n'en est pas moins accompagnée des symptômes de l'apparition des menstrues chez le sujet malade. La persistance de ces deux flux prouve qu'il n'est pas nécessaire que la suppression ait lieu pour que la déviation se manifeste. Cette différence, et beaucoup d'autres, nous paraissent suffisantes pour faire , des hémorrliagies supplémentaires, une affection sut generis.

Obs. CXXXIL — Une dame avait à chaque époque de la menstruation , un écoulement de sang à la partie interne du gros orteil du pied gauche ; cet écoulement avait lieu par une sorte d'exsudation ; une petite compression sur l'orteil ne pouvait l'arrêter. Les règles, par les voies ordinaires, étaient peu abondantes. Ce dérangement dans la menstruation n'empêcha pas la malade de devenir enceinte, et d'accoucher à terme. L'écoulement de sang, par le gros orteil , cessa les derniers mois de la grossesse , et n'a pas reparu depuis (1).

Obs. CXXXIIL Catherine Vincent, fille publique, âgée de 21 ans, brune, d'un tempérament nerveux et très-irritable , d'un embonpoint médiocre , et d'une taille moyenne , avait été réglée dès l'âge de 9 ans. Elle était sujette depuis long-temps à des spasmes hystériques lors du retour des règles. Cette évacuation se faisait bien ré-

(1) Des inaladica prof/res aux femmes, par M. Naiiche , 2 vol. 183'J.

gulièrement tous les mois , et pendant huit jours environ. Chaque fois, mais presque toujours lorsque cette fiUe avait des chagrins, il s'y joignait un suintement sérosanguinolent , et souvent de sang pur, par le mamelon et l'aisselle gauches.

Devenue enceinte, en juin 182/i, Catherine eut une perte assez abondante et continuelle pendant le premier mois de sa grossesse ; les règles vinrent ensuite comme avant la gestation , et l'accouchement eut lieu à sept mois de terme ; après quoi elle resta plus de deux mois entiers sans rien voir paraître. Le 24 février 1825 , les menstrues se rétablirent par le vagin , par les autres parties indiquées, et durèrent, sans interruption, jusqu'au 6 mars suivant. La malade était obligée de se garnir l'aisselle et surtout le mamelon; si l'on essuyait ces deux parties avec un linge sec, et qu'on attendît quelques secondes, on voyait bientôt la peau se couvrir , dans l'étendue d'une pièce de cinq francs, d'une multitude de gouttelettes de sang infiniment petites , qui , se joignant les unes aux autres, formaient, dans l'espace de quatre à cinq minutes, deux ou trois grosses gouttes, dont la réunion donnait lieu à une large traînée de sang ; tontes les fonctions s'exécutent bien.

Le 7 mars , l'écoulement par le vagin continue , mais celui de l'aisselle est remplacé par un autre qui a lieu à travers la peau du flanc gauche , dans l'étendue d'une pièce de deux francs ; la malade a un goût de sang à la bouche , et crache même quelques gouttelettes de ce liquide ; le pouls est large et plein.

Le 8, il s'écoule un liquide sanguinolent par une portion de la surface du dos ; le 10, un nouveau point donne du sang, c'est l'épigastre ; le 15 , il se manifeste un écou-

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leraent à la partie inférieure interne de la cuisse gauche. Pendant un an il ne s'est opéré aucun écoulement insolite ; mais dans le couranl de l'année 1827 , G... ayant éprouvé un violent chagrin, a vu reparaître le suintement par le mamelon , l'aisselle et le flanc gauches , suintement qui s'est régulièrement montré depuis l'époque menstruelle (ij.

Obs. CXXXlV.-Une demoiselle avait une suppression. Au bout de dix ans il survint une tuméfaction de l'index gauche ; bientôt on vit paraître sur ce doigt une dartre vive , et par la surface il se fit un écoulement de gouttelettes de sang pendant trois ou quatre jours. Cet état dura trois ans, et l'utérus reprit ensuite ses fonctions (2).

On lit dans l'ouvrage d'Ambroise Paré , que sa femme eut ses règles par le nez pendant un an (3).

Quand la ménoxénie, dit M. .Tanin, est produite par de violentes passions, elle est en général plus facile à détruire que lorsqu'elle est occasionée par des afTections tristes, long-temps soutenues ; car, dans ce dernier cas, il y a débilité organique, outre la débilité générale.

Chez les personnes d'un tempérament sanguin, l'héraorrhagie supplémentaire s'accompagne d'un plus grand nombre d'accidents que chez les femmes lymphatiques.

L'hémorrhagie par déviation , lorsqu'elle se prolonge un certain temps , ou lorsqu'elle détermine d'abondantes et rapides pertes de sang , est ordinairement suivie d'un état de faiblesse qui constitue quelquefois l'accident morbide le plus prononcé.

L'absence des règles^ ou leur suppression , ne donne

(1) Archives générales de médecine , T. XIX. p, 212. 1829. Observalion recueillie par M. Honfils.

(2) Archives générales, même numéro, p.SoG. (3)Liv. XXIV, c. 02.

pas toujours lieu à des écoulements sanguins : Yigaroux dit qu'il est des femmes chez lesquelles un écoulement laiteux les remplace (1). Ou lit dans les Éphémérides des curieux de la nature , un fait d'écoulement séreux par l'oreille , qui tenait lieu des menstrues (2).

Hœclisteter et Riedllns font mention d'accidents arrivés à desfdles qui, après la suppression de leurs règles , éprouyaient , tous les jours à la même heure , et pendant longtemps , des paroxismes de bâillements avec tant de force , que la tête leur faisait mal , et que l'une d'elles se luxa la mâchoire (3).

Les signes de la déviation peuvent seuls s'annoncer, sans qu'il y ait sécrétion sanguine.

Obs. CXXXV. — La femme d'un tambour de la 12" légion n'avait jamais été réglée ; cette singularité ne l'empêcha pas de se marier. Comme il était facile de le prévoir , elle n'eut pas d'enfants. Aucun écoulement sanguin n'avait lieu par les voies ordinaires; mais, tous les mois, l'angle interne de l'œil se tuméfiait , devenait très-rouge pendant trois ou quatre jours.

Le gonflement diminuait , l'injection se passait , et tout rentrait dans l'ordre. Cet état durait depuis plusieurs années, lorsqu'elle consulta le docteur Salone : ce médecin l'engagea à ne rien faire à cause de l'ancienneté de ce phénomène et de la santé habituelle dont elle jouissait. Cette femme a passé son temps critique sans qu'il lui soit survenu de maladie (/i).

JVous avons connu , dit le professeur Baudeloque , une

(1) Maladies des femmes , totn. I , [). 110.

(2) 11« année, 7. App. p. 157.

(3) Sauvages, lom.Il , p. 53.

(4) Observation recueillie par le docteur Salone.

femme de 45 à 48 ans , qui, depuis l'âge de 15 ans, éprouvait périodiquement à chaque mois un dévoiement dont la durée était de trois ou quatre jours ; elle n'a jamais été réglée (1).

Le rétablissement de la suppression des menstrues peut avoir lieu par des moyens fort simples ; mais dans les hémorrhagies supplémentaires, une précaution importante est de les détourner insensiblement de l'organe sur lequel elles avaient coutume de se dévier. Une médication directe contrarie la marche de la nature et compromet la santé de la femme. Lorsque cette déviation existe chez une jeune personne sans que la santé en soit atteinte , il faut attendre la menstruation, qui enlèvera tous les accidents. Le médecin se bornera à favoriser le cours du sang ; si elle dure depuis long-temps , il serait peut-être dangereux de rompre les habitudes que les organes ont contractées.

Obs. CXXXYL — Une femme avait une aménorrhée depuis quelques mois ; au bout de ce temps on vit apparaître une varice sous la forme d'une petite tumeur livide de la grosseur d'un fort pois , entre l'os de la pommette et ceux du nez; il en sortait quelques gouttes de sang tous les jours. On pratiqua la ligature de cette petite tumeur , la guérison eut lieu ; mais bientôt après il survint une faiblesse de tout le corps , de la pesanteur à la tête , un défaut de mémoire , de l'égarement dans l'esprit. La malade tomba dans la somnolence et périt d'apoplexie (2).

. Quand la déviation affecte des parties qui ne sont pas essentielles à la vie, et que les symptômes n'offrent rien

(1) Art. des accouchements , tom.I, p. d85.

(2) Raymond , Da^ maladim qu'il rxl dangerrux dr ffiiirir , tom. I , p. M .

384 DK LA MENSTRUATION.

d'alarmant , ne vaut-il pas mieux demeurer tranquille , supporter des incommodités, que de prescrire des remèdes qui , comme le fait observer Tourtelle , lorsqu'ils ne sont pas nuisibles, sont tout au moins inutiles (i).

Cette opinion nous paraît conforme à l'expérience. Dans le fait que l'on va lire , on verra , en effet , que la déviation continua pendant toute la période utérine , sans que la santé en fût aucunement altérée.

Obs. CXXXyiI. -^Madame P..., femme d'un avoué de la ville de R..., petite, d'une bonne constitution , n'avait jamais été malade. A l'époque de la puberté, elle éprouva quelques-uns des symptômes qui annoncent l'approche de la menstruation; mais, à son grand étonnement, au lieu de voir l'écoulement périodique se montrer par les voies ordinaires , elle sentit une douleur dans la bouche ; bientôt il se manifesta un gonflement d'une gencive du côté droit. Cette tuméfaction devint le siège d'une exhalation sanguine qui avait tout le caractère du sang menstruel; elle durait deux ou trois jours , puis les accidents se dissipaient pour reparaître le mois suivant.

Quelques années après, madame P... se maria, et, malgré celte route insolite des règles ^ elle devint enceinte, accoucha d'un fils bien portant; mais la déviation n'en continua pas moins, et jamais les règles ne reprirent leur voie habituelle.

Au temps critique, madame P... fit une maladie, à la suite de laquelle la colonne se dévia fortement : autant cette dame paraissait droite, autant elle devint contrefaite. Peu à peu les accidents se calmèrent , '^et madame P. .. recouvra la santé, après avoir présenté cette déviation des règles pendant toute la période utérine.

(l) Tourleilp, Eléments d'hygiène, tom. II, p. 475 , detixit-me édition.

Cette observation, une des plus curieuses que nous ayons recueillies , donne lieu à plusieurs considérations importantes : ainsi la déviation des règles peut persister pendant toute la vie utérine, sans que la sauté en subisse aucune altération ; car madame P. . . , fort jolie personne , conserva , pendant de longues années , la fraîcheur de la jeunesse; mais, ce qui est surtout digne d'attention , c'est que cette dame devint grosse, et accoucha d'uu enfant très-bien portant. L'accomplissement de cette fonction aurait dû faire reprendre aux règles leur cours habituel ; elles ne continuèrent pas moins de se montrer par la voie insolite. La fécondation n'est donc pas exclusivement liée à l'évacuation sanguine ; c'est , en effet , ce que nous autorisent à penser les grossesses de ces femmes qui n'étaient pas menstruées, et dont nous avons rapporté plusieurs exemples. Mais , dans ce cas même , il y avait encore des signes sensibles de l'effort menstruel ; l'influence de la fonction était appréciable , seulement le flux hémorrhagique avait un autre siège. Enfin, nous remarquerons que , chez cette dame comme chez la demoiselle qui fait le sujet d'une observation précédente, l'époque critique fut le signal d'une déviation très-considérable de la colonne vertébrale. Il est extrêmement probable qu'elle existait déjà , et que les modifications imprimées à l'organisation par la ménopause , donnèrent un nouvel élan au mal qui s'était sans doute manifesté à la puberté , et qui était ensuite resté stationnaire pendant la période utérine , comme nous en avons déjà cité des exemples (1).

Cette déviation par la bouche a déjà été plusieurs fois constatée.

Obs. CXXXYIIL— Une femmeétait réglée parla bouche

(3) Observation recueillie par M. Brieire de Boismont.

sa santé , du reste , était bonne. Une bouffissure générale de la tête , une difficulté de respirer , étaient les signes auxquels elle connaissait l'approche de ce flux périodique; une saignée faisait disparaître les symptômes. Cet état persista quinze ans. Lorsqu'une évacuation était très-abondante, elle n'était plus incommodée pendant trois ou quatre mois. Cette femme devint enceinte au bout de ce temps , et accoucha heureusement, sans avoir été mieux réglée qu'auparavant. Elle nourrit son enfant plusieurs mois , puis elle succomba à une hydropisie (1).

Ce fait , emprunté à la riche collection du journal de Vandermonde , confirme de tous points celui que nous avons recueilli.

La médecine purement expectante , pourrait avoir de graves inconvénients , lorsque l'hémorrhagie a lieu par les poumons , par l'estomac , ou qu'elle dégénère en véritable perte.

Dans le traitement de cette affection , il faut considérer si elle tient à une disposition originelle , ou si elle a succédé à une suppression subite. Dans le premier cas , on a deux indications à remplir , d'abord communiquer un stimulus aux organes de la génération , puis détruire celui qui détermine l'afflux du sang sur d'autres parties.

S'agit-il de rappeler le sang vers l'utérus , on fera bien de pratiquer la saignée au pied. Veux-t-on combattre la pléthore , il sera plus convenable de saigner au bras. Dans quelques circonstances ^ la saignée peut être faite indistinctement dans les deux endroits , mais il faut dire que le choix n'est pas toujours indifférent.

Obs. CXXXIX. — Gillard (Marie-Anne), cuisinière,

(4) Journal de Vandermonde, tom.VII, p. 314.

âgée de trente ans , maigre , pâle , d'une faible constitution , habituellement bien réglée , entra à l'hôpital de la Charité le 17 janvier 1833, salle Sainte- Anne, n° 5. Deux ans avant, vers le troisième ou quatrième mois d'une grossesse, elle avait eu un crachement de sang. Cette hémoptysie, assez abondante, céda aux saignées générales; la grossesse continua heureusement , et l'accouchement eut lieu sans accidents.

Quelques jours après les règles revinrent comme à l'ordinaire. Elles parurent ensuite deux fois par mois, et s'arrêtèrent complètement il y a trois mois. Des sangsues furent inutilement appliquées à différentes reprises. Trois semaines avant son admission, G fut de nouveau atteinte

d'un crachement de sang , qui persista jusqu'à son entrée à l'hôpital.

A la visite , on constata que'cette femme n'avait jamais présenté de désordre du côté de la poitrine et du cœur , elle n'avait point maigri ; en un mot, à l'exception de l'hémoptysie , les fonctions s'exécutaient dans un ordre parfait.

La percussion de la poitrine fit entendre un son clair dans toute l'étendue de cette cavité. L'auscultation démontra que l'expansion pulmonaire était libre et parfaitement nette ; l'examen du cœur donna les mêmes résultats , seulement les battements s'entendaient à une plus grande distance sous les clavicules et dans le dos. Le pouls était régulier , la chaleur douce , la langue normale ; la malade ressentait de temps en temps quelques coliques légères. ( Saignée de 8 onces ou 25 décag. , looch , lavement narcotique deux fois, pédiluves).

Pour combattre l'hémoptysie on fit successivement trois saignées de bras , une application de quinze sangsues

à la vulve , et l'on prescrivit l'extrait de Ratanhia à la dose de 1 gros, ou 3 gr. 906. Dix jours se passèrent sans changement dans l'état de la malade. Le 27 , on fit une saignée de pied de 8 onces, ou 25 décag. L'extrait de Ratanhia fut continué ; depuis lors l'hémoptysie cessa , quelques coliques légères se firent encore sentir par intervalles , mais la convalescence devint complète , et la malade sortit guérie le 12 février , un mois et demi après l'apparition de son hémoptysie (1).

Cette observation prouve d'une manière bien remarquable que l'hémoptysie , chez les femmes, n'a pas toujours la gravité qu'on lui a supposée. Il n'est pas de médecin qui n'ait eu l'occasion d'observer cette déviation des menstrues dans le cas de suppression , soit par le froid , soit par une émotion morale.

Nous connaissons plusieurs femmes qui expectorent habituellement une certaine quantité de sang, depuis un grand nombre d'années , et chez lesquelles l'auscultation et la percussion n'ont rien fait découvrir : la fraîcheur de leur coloris , leur embonpoint , la régularité de leurs fonctions, déposent en faveur du jeu régulier des organes. Deux de ces dames nous ont dit que leur mère et leur tante avaient eu toute leur vie un crachement semblable qui s'était manifesté à l'époque de la puberté, et qu'elles étaient cependant parvenues à un âge très-avancé , puisque l'une était morte à 75 ans , et l'autre à 80 ans.

Le traitement suivi chez la femme qui fait l'objet de cette observation, nous fournit plusieurs considérations importantes. Ainsi , tant que la médication cherche à opérer le dégorgement des poumons , ou à obtenir une déplé-

(1) Gazelle médicale, 27 avril 1833. Observation recueillie par M. Corbin.

lion générale , l'amélioration est nulle , et les efforts sans succès ; mais aussitôt qu'elle songe à changer la direction irrégulière de la fluxion , et à la rappeler vers l'utérus, l'hémorrhagie veineuse s'arrête , et la santé est rendue à la malade , tant il est vrai que tout l'art de la médecine consiste à saisir les indications et à les remplir. Lorsqu'on est appelé à traiter une hémoniiagie par déviation , il ne faut pas perdre de vue le précepte déjà donné de ne pas contrarier la marche de la maladie par une médicaton trop directe, surtout lorsque l'hémorrhagie est récente.

L'application des sangsues à la vulve est aussi un moyen efficace de dégorgement. M. Janin conseille de pratiquer les émissions sanguines quelque temps après que l'écoulement a cessé , afin de ne pas occasioner subitement une suppression qui ne pourrait être que nuisible. Ainsi, au lieu de tirer du sang trois ou quatre jours avant le retour des règles , comme on le fait dans le cas d'aménorrhée , il recommande de ne saigner que quelques jours après la cessation.

Lorsque la déviation a remplacé une suppression ou aménorrhée secondaire, il faut chercher à rappeler les règles ; on n'y peut souvent réussir qu'autant que l'on a dissipé l'irritation ou la cause qui a déterminé le sang à se porter vers l'organe particulier , qui est le siège de cet écoulement.

Dans le traitement des hémorrhagies supplémentaires, il faut aussi tenir compte du tempérament de la femme.

Les indications thérapeutiques essentielles ont été signalées dans le cours de cet article ; on conçoit d'ailleurs dans les cas de l'espèce, qu'il doit se jirésenter des circonstances imprévues qui modifient les données générales et réclament toute la sagacité des médecins.

De la ménorrhagie et de la métrorrhagie.

Caractères de la ménorrhagie. — Ménorrhagie hypersthénique. — Ménorrhagie asthénique. — Causes qui la favorisent. — Symptômes. — Variétés de la ménorrhagie. — Le flux immodéré peut-il occasioner la fièvre hectique ? — Effets de la ménorrhagie sur la parturition. — Traitement. — De la métrorrhagie. — Hémorrhagie par suite du dérangement delà menstruation. — Époque à laquelle se montre la métrorrhagie. — Observations. — Causes qui favorisent les hémorrhagies. — Influences des maladies sur les hémorrhagies. — Hémorrhagies critiques. — Observations. — Métrorrhagie des filles impubères. — Influence de« constitutions médicales. — ^Difl"érences de la ménorrhagie et de la métrorrhagie. — Pronostic. — Quelques mots sur le traitement .

De la ménorrhagie.

Les règles peuvent couler d'une manière immodérée , et constituer une véritable perte à laquelle on donne le nom de ménorrhagie ; mais il faut reconnaître que c'est moins par la quantité de sang qui s'échappe, que l'on peut estimer que la menstruation est excessive , que par l'appareil symptomatique , et la diminution des forces qui en est la suite. Une femme , en effet , peut perdre beaucoup moins, et éprouver une extrême faiblesse.

La quantité de sang peut être plus considérable à chaque époque , ou bien , sans être augmentée , elle peut se

DE LA WÉNORRHAGIË. 391

prolonger pendant un plus grand nombre de jours ; enfin les époques menstruelles peuvent se rapprocher.

La ménorrhagie a été distinguée en hyperslliénique et astliénique. Les femmes des villes sont plus sujettes à ces accidents , que celles des campagnes , à raison des nombreux stimulants auxquels elles sont soumises.

Lorsque le sang coule abondamment , on observe des palpitations , de violents maux de tête , des élancements , des battements dans les tempes , des bourdonnements d'oreilles, des vertiges, en un mot, les symptômes propres aux hémorrhagies.

Il n'est pas rare de voir survenir la ménorrhagie chez les nouvelles mariées , surtout quand les premières approches ont lieu vers le temps où les règles doivent paraître. Quelques médecins ont prétendu que le coït, pratiqué pendant l'écoulement des règles, a toujours pour effet d'augmenter cet écoulement.

L'action prolongée des règles abondantes sur l'économie , se révèle par des effets bien tranchés. La tendance à l'amaigrissement devient de plus en plus prononcée; la sensibilité nerveuse augmente ; il se développe des accidents hystériformes. L'utérus, continuellement congestionné , a de la tendance à devenir le siège de phlegmasies ; l'appétit se perd, l'organisation se débihte.

Les auteurs de la Cyclopédie (1) ont décrit une variété de ménorrhagie qui consiste en ce que les règles , au lieu découler chaque mois, ou de couler plus abondamment que de coutume, sont retardées, et viennent tous les six, sept ou huit semaines. Dans ces cas , lorsque la menstruation est régulière, le cours du sang n'est pas excessif; mais , si la santé vient à être altérée , il y a plus ou moins

(1) Art. Ménorrhagie, p. 106. Cychpedin of practical médecin».

de relard , el i'écoulement offre alors une abondance morbide.

Cette disposition s'observe chez les femmes mariées ou célibataires ; mais , lorsqu'elle arrive chez les premières , on la prend souvent pour un avortement, parce qu'elle est accompagnée de douleurs et de l'expulsion de masses solides de sang coagulé , et de flocons abbumineux. On ne saurait rattacher cet accident à l'aménorrhée , puisque le retard est toujours suivi d'une forte hémorrhagie. Plusieurs jours, quelquefois même deux ou trois semaines avant l'écoulement , les malades présentent les symptômes qui précèdent les hémorrhagies actives.

Il est quelquefois difficile de distinguer îa ménorrhagie de la métrorrhagie utérine , car chez les femmes adultes , surtout celles qui ont eu des enfants , et plutôt encore des avortements réitérés, la ménorrhagie est très-fréquemment liée dans sa manifestation et ses récidives , aux retours réguliers des menstrues , en sorte que chez ces femmes les règles sont converties tous les mois , pendant des années , en une véritable métrorrhagie avec ses prodromes , ses symptômes immédiats , et même ses épiphénomènes hystéralgiques.

On a encore observé en Angleterre une autre variété de ménorrhagie qui paraît tenir à une lésion du système veineux abdominal , et particulièrement à des désordres organiques et fonctionnels du foie ; son origine nous montre qu'elle doit être placée dans la partie de ce travail qui traite de l'influence des maladies sur les règles.

La ménorrhagie peut quelquefois survenir comme phénomène critique dans certaines maladies fébriles. Les auteurs anciens et modernes en ont rapporté plusieurs exemples.

DE LA MÉNORRÎIAGIE. 393

L'abondance des menstrues peut-elle déterminer la fièvre hectique? Si l'on réfléchit à l'action toute puissante du sang sur l'économie , aux symptômes graves qui résultent de sa perte, la réponse ne saurait être douteuse.

Les accidents causés par les règles abondantes, accidents que nous avons fait brièvement connaître , montrent assez quelle aciion ces pertes de sang produisent sur l'économie. Il y a une fièvre liée à la faiblesse, comme il y en a une due à la force : prolongez la diète d'un convalescent, le pouls s'accélère; donnez des aliments, tous les phénomènes cessent. Après des diarrhées abondantes, sans causes connues , nous avons constaté , avec tous les signes de la faiblesse , une élévation dans le pouls ; les toniques agissaient d'une manière merveilleuse.

On rencontre souvent des personnes nerveuses qui ont des demi-faiblesses, des défaillances; elles disent qu'elles vont perdre connaissance ; le pouls donne cent pulsations. Si l'on administre, dans ces circonstances, quelque vin généreux , quelque liqueur alcoolique, tous les symptômes se dissipent ; la fièvre hectique peut donc être la suite de la ménorrhagie. Les indications thérapeutiques sont faciles à saisir.

M. Leroy a fait la remarque que les règles trop abondantes exposent les jeunes filles aux avortements , et aux pertes après les accouchements : les lésions organiques de la matrice peuvent être la suite de ces ménorrhagies.

Lorsque la ménorrhagie a lieu chez une femme forte et sanguine, on recommande le repos, la position horizontale, les boissons délayantes acidulées, la nourriture légère, l'habitation dans un appartement frais. S'il y a de l'élévation dans le pouls, on emploie la saignée du bras, les ventouses et les sangsues au-dessus des mamelles. Le

lit doit être en crin un peu dur. Dans quelques circonstances , il importe que la tête soit basse et le bassin élevé.

Quand la femme est délicate , lymphatique , on prescrit les toniques , le bon vin , les astringents extérieurement et intérieurement, le repos et les autres moyens indiqués. Si la femme était nerveuse , on pourrait employer les calmants , les antispasmodiques combinés aux autres moyens.

La diète froide, très-humide, a été prescrite avec avantage ; mais on ne doit conseiller ce régime que lorsque les femmes ne sont pas dans un état de pléthore, ou ne présentent pas les symptômes d'une hypérémie utérine très-prononcée.

De la mètrorrhagie.

Les hémorrhagies utérines , hors le temps de la menstruation, étant presque toujours symptomatiques d'une lésion de l'organe ou de ses annexes, ne devraient pas nous occuper ici (1) , si elles n'étaient quelquefois causées par les dérangements de la menstruation , ou si leur influence, dans le cours de& maladies aiguës, ne se rattachait directement à notre sujet. Nous ferons d'ailleurs la remarque que les hémorrhagies utérines ont déjà été examinées à l'époque de la ménopause , et qu'elles fixeront de nouveau notre attention lorsque nous parlerons de l'influence des maladies sur les règles.

Il faut cependant faire observer que les hémorrhagies

(1) J. p. Frank, Dissert, de hemorrkagià uieri ex spasmo •ecundinis incarcérante. Ticini, 1789. Burgrave, Dissert, de hcmorrhagid uieri, Gostting, 1771.

Ces auteurs considèrent le spasme de la matrice comme une des causes les plus fiéquenles delà mètrorrhagie.

DE LA MÉTRORRÎIAGIE. 395

du temps critique se montrent le plus souvent à l'époque normale des règles ; après un certain temps elles finissent par alterner avec des suppressions plus ou moins longues de l'apparition régulière des menstrues. Elles deviennent d'autant moins abondantes , que les femmes avancent en âge. Dans beaucoup de cas, l'époque critique s'achève par une hémorrliagie utérine intense ; très-souvent un flux ou des tumeurs hémorroïdales , ou des sueurs abondantes se joignent à ces métrorrhagies et alternent avec elles. Une remarque faite par les praticiens , c'est que la menstruation constitue une habitude de déperdition de sang , qui est par elle-même une cause d'hémorrhagie ; aussi les femmes dont les règles sont habituellement abondantes, sont-elles le plus immédiatement prédisposées aux métrorrhagies.

Obs. CXL. —Mademoiselle **% âgée de 20 ans, est réglée à 1 6 ans. Sa constitution est délicate. Quelques an« nées après, le troisième jour d'une époque, elle a eu une émotion , le sang s'arrête aussitôt ; elle éprouve des maux de tête continuels, de l'anorexie; des vomissements se déclarent; ils se répètent à chaque instant. Le mois suivant , point de règles , mais des symptômes gastriques avec fièvre. On administre des emménagogues violents qui occasionent des douleurs cruelles , une agitation continuelle, des vomissements répétés et une métrorrhagie effrayante.

Les accidents augmentent par une cause morale ; on pratique une saignée de pied qui améliore les symptômes, mais accroît la perte : il survient des hémorrhoïdes fluentes, une hémorrhagie par la bouche, un état typhoïde.

Des astringents et des rélVigérenls parviennent à diminuer la perte. Au bout de quatre mois elle est considéra-

â96 DE LA MEiNSTRUATlON.

blement affaiblie, et ne se montre que par intervalles; mais ia plus légère contrariété , le moindre mouvement , la rappellent aussitôt. On recommande des aliments froids, des boissons à la glace, un régime tonique, le repos le plus complet. La métrorrhagie cesse entièrement après avoir duré huit mois , et la santé se rétablit (1).

Obs. CXLI. — a... entre, le 13 septembre 1827, à l'hôpital Saint-Antoine , pour une hémorrhagie utérine.

Au milieu de ses règles elle a eu un violent chagrin , le sang a aussitôt coulé en abondance pendant quatre jours ; il a été remplacé par une leucorrhée ; puis la perte a reparu au bout de quinze jours. A. . . a commencé à éprouver des faiblesses, un état de malaise; jusqu'alors les menstrues élaient venues régulièrement ; toutes ses couches ont été heureuses ; le toucher ne nous révèle aucune altération. Au bout de quinze jours, A... sort très-bien portante. Depuis les règles se sont montrées aux époques ordinaires.

Parmi les causes qui prédisposent aux pertes utérines , il en est une sur laquelle Saucerotte a rappelé l'attention : « Les femmes, dit-il, qui habitent sur des lieux élevés, et qui sont , par conséquent, soimiises à une pression atmosphérique , ont un flux menstruel très-abondant. Les effets de cette cause sont très-reconnaissables au grand nombre de métrorrhagies cju'on observe chez celles qui habitent les points les plus élevés desYosges, et par les bons effets qu'on obtient pour prévenir ceshémorrhagies, et les avortements qui en sont la conséquence, en faisant descendre ces femmes dans les vallées (2) . »

(i) Roy er-Goi laid , oiivr. cité.

(2) Saucoi'otlp, Mélanges de chirurgie , p, 25.

DE LA MÉTR0RR15AGIE. 397

Blumenbaclî assure que la plupart des Européennes transportées en Guinée , y périssent par des liémorrhagies utérines (1).

Timoni dit que les femmes de l'Orient, qui font usage des bains chauds , ont quelquefois des liémorrhagies par l'utérus (2).

Les maladies aiguës qui déterminent souvent les pertes utérines, alors symp toma tiques , sont tontes celles qui modifient puissamment la circulation abdominale, et particulièrement la circulation de la veine porte. Ainsi , les hépatites, les fièvres continues, le flux bilieux, sont très-souvent suivis d'hémorrhagies utérines.

Hippocrate avait déjà signalé cette influence des fièvres gastriques sur la production des liémorrhagies utérines (3) .

Le praticien qui a le plus Insisté sur ce rapport de Fhémorrhagie utérine avec les divers états morbides abdominaux, qui constituent les affections bilieuses et gastriques, est C. Strack: il regarde ces affections comme les causes les plus puissantes de la métrorrhagie (h).

Huxham a vu la perte du sang se produire comme crise dans la fièvre typhoïde (5) ; lorsque d'abondantes liémorrhagies se manifestent chez les femmes atteintes d'entérite ou de scorbut , en général le pronostic est redoutable (6).

Les phlegmasies chroniques intro-utérines ouovariques, entretiennent dans la plupart des cas , comme symptôme

(1) De gêner, hum. Variet, p. 129.

(2) Timoni, Dissertations sur les bains orientaux.

(3) Hippocrale , De morb. mulier. IV, sect. V.

(4) C. strack, Med. de unâ prœ cceterîs causa propier quant fœminarum utero nîmis prosilit. ln-S°.

(5) Huxbam, op. T. II, p. 49.

(6) Double séméiotogie générale, T. Ul , p. 479. — Huxham, T. I, p. 159.

S98 I>E LA MENSTRUATIOiN.

principal de leur présence, une métrorrhagie chronique , ordinairement modérée quant à l'abondance de la perte de sang.

Les maladies agissent quelquefois d'une manière fort remarquable pour produire la métrorrhagie.

Une femme fut atteinte d'une fièvre intermittente, dont chaque paoxisme était accompagné d'une liémorrhagie utérine. Tous les moyens mis en usage furent inutiles ; il n'y eut que le quinquina qui en triompha au sixième accès (1).

M. le professeur Fouquier vient d'observer une métrorrhagie intermittente qui n'a également cédé qu'à l'emploi de quinquina. Deux saignées avaient d'abord été pratiquées, et l'on avait prescrit les astringents.

Il faut aussi ne pas perdre de vue les exemples des métrorrhagies déterminées par de violentes passions de l'âme. Baglivi en rapporte un fait dans lequel on voit tous les désastreux effets des hémorrhagies utérines les plus graves (2). On lit des observations analogues dans Hoffmann, Zimmermann , Tissot et Latour.

De grandes fatigues peuvent donner lieu à des hémorrhagies dangereuses et même mortelles.

Obs. GXLII. — Une jeune femme entra dans le service de M. Récamier, en décembre 1839. Depuis huit jours elle avait une perte considérable. Lorsque M. James, interne de la salle, la vit, elle était très-abattue et tout annonçait une fin prochaine. Oo lui prescrivit des potions astringentes, des boissons acidulées; oo fit sur le ventre et les cuisses des applications froides ; des injections froides

(1) Journal général de médecine, janvier 1815. Observation recueillie par M- Roullier.

(2) Baglivi, Prax. mecL Lib.T.LV.4- P- U9.

DE LA MÉTRORRHAGIE. 399

furent poussées dans le vagin. Tous ces moyens n'eurent aucun résultat ; la femme succomba. Pendant sa vie , elle fut interrogée avec soin ; jamais elle n'avait présenté de symptômes du côté de l'utérus ; la menstruation était régulière , aucune cause de maladie ne put être découverte; on apprit seulement que, quelque temps avant sa maladie, elle avait passé dix nuits consécutives à travailler j elle exerçait la profession de couturière.

A l'autopsie , les organes sexuels furent trouvés exsangues; la matrice était décolorée, sans trace aucune de lésion , elle contenait un caillot qui s'était moulé sur la cavité de cet organe. L'examen le plus minutieux , fait sous les yeux de M. Récamier, par MM. James et Meuricet, ne révéla aucune altération des autres parties. Tous les viscères étaient sains. Cette femme n'avait jamais eu d'enfants. La perte utérine offrait, dans ce cas, tous les caractères d'une lîémorrhagie essentielle.

Les hémorrhagies utérines surviennent quelquefois vers la fin d'une maladie aiguë, et leur apparition coïncide d'une manière frappante avec la terminaison ou la diminution de la gravité de ses symptômes ; aussi ont-elles reçu le nom de critiques. Stvack a vu la ménorrhagie juger l'aliénation. Forestus cite un cas d'hémorrhagie qui eut la plus heureuse influence sur une variole et une épilepsie.

Obs. CXLIIL — Une jeune personne, âgée de 17 ans, éprouve , à la suite d'une vive frayeur , une suppression et des accès épileptiques très-violents ; on prescrit des saignées, des évacuants, des anti-épileptiques ; tout est inutile. Trois jours après, petite-vérole confluente; et le sixième, lîémorrhagie utérine, qui devient copieuse, et continue jusqu'au douzième jour ; terminaison favorable ,

400 DE LA MENSTraiATiON.

non-seulement de la petite-vérole , mais encore des attaques d'épilepsie.

Plus d'une fcfis on a observé la métrorrhagie véritablement critique dans les phlegmasies des divers organes. Cette vérité s'était présentée à l'idée du père de la médecine ; il l'a exprimée d'une manière générale , et il rapporte le cas de la femme de Cléomène, atteinte de pleurodynie , qui éprouva , au quatrième jour , un flux utérin abondant , lequel fit cesser , comme par enchantement , la douleur de côté, la fièvre, les crachats, et tous les symptômes graves de la maladie.

Les hémorrhagies utérines ont été plusieurs fois critiques dans les fièvres inflammatoires générales, dans les synoques de certains auteurs. Forestus en a recueilli des exemples (1).

Les jeunes filles impubères sont quelquefois , quoique rarement , affectées de métrorrhagies. Lamotte a rapporté un exemple de cette maladie , observé chez une jeune fille de 7 ans , par suite d'un état de pléthore assez prononcé pour qu'il ait fallu recourir à la saignée (2). Cette maladie est plus commune chez les femmes qui ont passé l'âge critique , que chez les jeunes filles. On en cite des exemples chez des femmes d'un âge très-avancé.

La métrorrhagie des filles impubères est toujours peu abondante ; le plus souvent elle produit plutôt un écoulement séro-sanguinolent , qu'un écoulement de sang pur. Cette hémorrhagie dure rarement plus de deux ou trois jours. Dans la plupart des cas elle est même moins pro-

(1) Foreslus , Obs. méd. Lib. I. Obs. II. 20.

(2) LamoUe, Traité complet des accouchements, nouvelle édition, Paris, 1765, Ï.II, p.S58.0bs.Zi32.

DE LA MÉTROUUHAGIE. 401

longée : elle survient ordinairement sans douleur utérine , mais elle s'accompagne souvent d'un sentiment de chaleur^ de tuméfaction et d'ardeur dans le vagin et à la vulve; elle entraîne toujours une débilité immédiate très-marquée; la jeune malade devient pâle; les yeux s'excavent et se cernent, les chairs s'amollissent; elle se plaint de lassitudes dans les membres.

Ces métrorrhagies des jeunes filles se renouvellent souvent par intervalles irréguliers, sans suivre la marche et les périodes fixes de la menstruation. On reconnaît cette disposition quand on a vérifié les assertions, ordinairement contraires , des mères de ces enfants , ainsi que nous l'avons déjà fait observer en parlant des menstruations prématurées. En effet , elles ne manquent jamais de présenter ces hémorrhagies morbides, comme les symptômes d'une menstruation anticipée. Ces jeunes filles finissent néanmoins , presque toujours , par être réglées d'une manière précoce.

L'influence de la prédisposition héréditaire aux hémorrhagies utérines , qu'on a plusieurs fois constatée chez les femmes adultes , se montre aussi dans la production des métrorrhagies des filles impubères. Nous connaissons , dit M. Gendrin , une famille dans laquelle toutes les filles ont été atteintes, pendant trois générations, de pertes utérines , revenant , irrégulièrement , dès l'âge de 6 à 8 ans. Une seule de ces filles en a été exempte , mais elle a eu des epistaxis fréquentes qui n'ont cessé que deux ans après rétablissement des règles, arrivé à 16 ans (1).

Les constitutions médicales paraissent influer sur la production des pertes. Stoll remarqua, qu'en avril 1778,

(']} Gcndiiii, "J'railé de wéd.pliiL'r. II.

h&2 DE LA MENSTRUATIO^f.

les hémorrhagies utérines furent très-fréquentes parmi les femmes, ainsi que les fausses couches. M. Forster, dans son excellent ouvrage sur les constitutions médicales, a rapporté des faits analogues. Nous reviendrons sur ce sujet en parlant de l'influence des maladies sur les règles (1).

Quelqu'analogie , fait observer un auteur moderne, qu'il y ait entre une métrorrhagie critique et une ménorrhagie , on peut dire cependant que la première diffère de la seconde par l'effort critique ; et que la ménorrhagie se compose de l'effort menstruel et de l'effort liémorrhagique.

Si la métrorrhagie critique arrive à l'époque menstruelle , il faut alors , dit M. Flamand , que le médecin y fasse beaucoup d'attention, et qu'il ne s'effraie pas de la quantité de sang perdu , puisqu'il est le résultat de deux efforts simultanés.

Les récidives d'hémorrhagies utérines peu abondantes, finissent par jeter les malades dans un épuisement plus grand et plus long à réparer , que celui qui serait résulté d'une seule hémorrhagie utérine qui aurait entraîné la perte d'une quantité considérable de sang. Il n'est pas rare cependant qu'avec des soins appropriés, et à l'aide d'un régime convenable , les malades arrivent à peu près au terme accoutumé de leur carrière , sans trop de violentes atteintes à leur santé.

La métrorrhagie qui survient chez les jeunes filles , à l'époque où la menstruation s'établit, se termine souvent insensiblement à mesure que les périodes menstruelles deviennent plus réguhères ; celle qui se manifeste vers l'âge critique, se guérit aussi, fort souvent, spontanément,

(4) Sloll , Méd. prat. T. II, p. 28.

DE LA MÈTRGKRHAGIE. 403

quand la menstruation est arrivée à son terme naturel.

Il n'est pas toujours facile de distinguer la métrorrliagie utérine d'une forte ménorrhagie ; cependant les qualités du sang peuvent fournir d'utiles renseignements; ainsi celui de la ménorrhagie menstruelle conserve toujours sa fluidité , il est rarement concrescible ; dans la métrorrhagie, au contraire, surtout à l'état aigu et chez les femmes fortes , le sang se coagule aisément , il est souvent rendu sous forme de caillots , on y trouve en abondance de la fibrine et de la matière cruorique.

Le pronostic des métrorrhagies varie suivant les causes ; il est , en général , peu grave lorsque les causes sont accidentelles, que l'hémorrhagie se manifeste chez de jeunes fdles à l'époque de la première apparition, ou chez les femmes au temps critique , sans qu'il y ait de lésion organique.

Dans le traitement des métrorrhagies, il faut d'abord apprécier l'utilité et le dommage que le malade en reçoit , et lâcher d'amener ou de maintenir les affections utiles au degré convenable ; d'arrêter les pernicieuses , et de substituer à celles qui sont utiles sous un rapport et nuisibles sous un autre , des secours artificiels qui aient les avantages de ces hémorrhagies , sans en avoir les inconvénients.

Lorsque la métrorrhagie est occasionée par un désordre quelconque de la menstruation , il faut d'abord combattre 1 es accidents les plus pressants; puis l'on s'occupe de régulariser la fonction. La première des observations que nous avons rapportées contient d'excellents préceptes.

Dans les cas de Diétrorrhagle critique , le plus sage est de laisser agir la nature , à moins que les foces du sujet ne s'affaiblissent d'une manière marquée.

hOk DE LA MENSTRUATION.

Il peut arriver que les pertes utérines coïncident avec un gonflement des veines hémorrhoïdales , ou même avec des tumeurs iiémorrhoïdaies ; les applications de sangsues à l'anus sont souvent suivies d'une rapide diminution , et même de la suspension des accidents. On a guéri des pertes utérines abondantes, avec grandes douleurs à la matrice, par des sangsues à la vulve (l).

Lorsqu'il y a disposition habituelle aux liémorrhagies par fluxion générale, comme chez les femmes que la cessation des règles a exposées aux effets de la sural)ondance du sang , les émissions sanguines et les médicaments éva cuatifs conviennent ; ils portent leur impression sur des organes sécrétoires , en sollicitant les excrétions , et ont le double avantage de diminuer la pléthore, et de faire cesser l'habitude des mouvements hémorrhagiques ; c'est dans le même but que l'on emploie les cautères et les émonctoires artificiels.

La saignée a toujours été indiquée dans les métrorrhagies par pléthore du temps critique; celle du bras est préférée à toutes les autres. Rivière donne le conseil de ne laisser couler le sang que très-lentement et à plusieurs reprises , en tenant le pouce appliqué sur l'ouverture de la veine : l'expérience a semblé confirmer l'utilité de ce précepte. Lorsque les saignées générales ne parviennent pas à arrêter l'hémorrhagie, M. Gendrin a recours aux saignées locales qu'il fait faire de préférence aux aînés ou au périnée.

Il est aisé de comprendre que les moyens généralement mis en usage dans les hémorrhagies , trouvent ici leur ap-

(1) Dessessarts, Recueil périodique de la société de médecine de Parts. Messidor, an xiii.

nE LA MÉTRORRUAGIE. 405

plication. Ainsi , les malades doivent garder le repos horizontal, sur un lit de crin, pendant toute la durée de la perte ; la température de l'appartement doit être fraîche. On fait prendre aux femmes des boissons acidulées , froides. Plusieurs fois les grands bains à une température successivement décroissante nous ont été fort utiles.

Tous les remèdes qui peuvent détourner le cours du sang de l'utérus doivent être mis en usage ; c'est dans ce but que l'on recommande l'immersion des mains dans l'eau chaude; les astringents en boissons , en lavements, en injections, secondent activement le traitement; ceux auxquels on a le plus souvent recours , sont le ratanhia , le tannin , l'acide sulfurique et l'eau de Rabel. Plusieurs praticiens ont prescrit avec succès le nitrate de potasse à la dose de un, deux, trois, quatre et même six gros. Dans les hémorrhagies utérines passives, J.-P. Frank donnait la poudre de Dower. Il ne faut pas perdre de vue que Stoll et Strack , dans les métrorrhagies avec symptômes bilieux, ne craignaient pas d'administrer les vomitifs.

Nous ne dirons que peu de chose du régime , il doi t être excessivement tenu dans les métrorrhagies actives ; le lait suffit alors dans la plupart des cas. La diète ne doi t pas être si rigoureuse dans les hémorrhagies passives ; il convient même de nourrir les malades ; les préparations ferrugineuses sont quelquefois nécessaires.

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