‹ De la menstruation, considérée dans ses rapports physiologiques et pathologiquesChapitre 84 sur 120 · CHAPITRE VHI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VHI

Des rapports de la première menstruation , de la période utérine et de l'âge critique avec les lésions de la fonction menstruelle. — Influence de la première menstruation sur les maladies. — Caractère distinctif, les maladies dues à cette époque, cessent, en'général, avec l'apparition du flux. — Observations. — Distinction à établir entre la puberté et la première apparition. — Maladies causées par la première apparition. — Influence de la ménopause sur les maladies. — Maladies locales. — De quelques causes des maladies de l'utérus. — Maladies générales. — Influence du temps critique sur les maladies existantes. — Retour des accidents après la cessation. — Quelle est là proportion des maladies de l'utérus sur la mortalité du temps critique.

Jusqu'alors nous avons étudié les désordres de la menstruation d'une manière générale ; oous allons les considérer dans leurs rapports avec les trois grandes phases de la vie des femmes , la première menstruation , la période utérine , et le temps de la cessation.

L'aménorrhée et la chlorose peuvent se montrer à l'époque de la puberté , et précéder l'évacuation périodique ; elles peuvent succéder à la dysménorrhée et à l'atactoménorrhée.

Les combinaisons de ces divers états sont très-variées ; ainsi la dysménorrhée est la suite de l'aménorrhée, et l'irrégularité peut , à son tour, la remplacer. L'aménorrhée par cause locale , l'hémorrhagie par déviation , s'obser-

V€nt également à cette époque. La ménorrhagie est peu commune ; il en est de même de l'hémorrhagie.

Dans la période utérine, on a fort souvent constaté la suppression des menstrues ; la dysménorrhée est plus rare , surtout chez les femmes mariées ; mais la ménorrhagie et la métrorrhagie se remarquent plus fréquemment. La chlorose y est moins commune. Les déviations des menstrues s'observent dans quelques cas. Lorsque l'aménorrhée par cause locale existe , elle est accidentelle.

A l'époque critique on voit augmenter la métrorrhagie et la ménorrhagie (1). La dysménorrhée et l'irrégularité sont aussi plus fréquentes. L'aménorrhée a souvent lieu , mais elle est alors le produit des années , et ce serait une grande erreur que de vouloir la faire cesser. La chlorose est très-rare ; les hémorrhagies supplémentaires ont été vues quelquefois.

Influence de la première menstruation sur les maladies.

Cette grande époque ne présente pas seulement les lésions que nous venons d'indiquer , elle donne encore lieu à des états morbides que nous avons décrits sous les noms de fièvre ménorrhagique , d'hystéricisme , de métrite légère.

Des accidents fort graves peuvent se montrer à l'époque de la première apparition.

Obs. CXLiy. — Une jeune fille de 15 ans avait les pâles couleurs depuis quelques mois. Les règles parurent,

(4) \\ n'est poiui ici qneslion des hémorrhagies par suite de couches.

coulèrent deui jours et s'arrêtèrent. La fièvre se déclara aussitôt, puis l'on vit se manifester tous les symptômes d'une fièvre putride inflammatoire, qui fut suivie de phthisie et de mort (1) .

L'hystérie est aussi fort commune ; nous en avons cité des exemples ; nous devons en dire autant du groupe des affections nerveuses. Beaucoup d'autres maladies peuvent se développer sous l'influence du molimen hémorrhagique , mais leur caractère distinctif , lorsqu'elles dépendent de la menstruation , c'est qu'elles perdent toute leur intensité , et cessent entièrement avec l'écoulement du sang. Le fait suivant donnera une idée juste de la marche suivie par la nature,

Obs. CXLV. — Léonie, maigre et blonde, jouissant d'une bonne santé , née d'un père atteint de rhumatisme chronique, est prise, en juin 1819, à l'âge de 11 ans, pendant la nuit, de douleurs vives dans les genoux et dans les jambes. Ces symptômes paraissent et disparaissent à différentes reprises. En février 1821 , douleur violente dans les lombes, la continuité des avant-bras et dans le genou droit; douleurs ostéocopes dans les jambes pendant la nuit , telles que la malade est privée de sommeil.

M. Gendrin, consulté, trouva un gonflement considérable des genoux , douloureux au toucher, et assez étendu. Ce médecin prescrivit des cataplasmes sur la partie malade avec de la farine de riz cuite dans l'eau de savon , des bains légèrement sulfureux , et de la décoction de salsepareille. Les douleurs ostéocopes, la tumeur du

(1) Recueil périodique d'observations de médecine, de cliirurgie el de pharmacie, par Vanderuionde, T. I, p. 117.

genoux et tous les accidents persistèrent avec la même intensité , sans soulagement , jusqu'en juin , où la première apparition des règles arriva. La malade fut immédiatement soulagée et complètement guérie après que cette évacuation fut revenue deux fois {\).

Obs. CXLYI. — Pauline C... , née de parents trèsbien constitués, maigre, grande, brune, très-vive et d'un caractère enjoué , fut prise , à l'âge de 12 ans , de crampes violentes pendant la nuit. La malade grandit beaucoup pendant la durée de ces douleurs qui persistèrent, par intervalle, de cinq à six mois. Ces accidents cessèrent l'hiver de 1820 à 1821 ; ils reparurent au printemps, mais tellement modérés, qu'ils furent attribués à la crue rapide de la malade , et aucun traitement ne fut fait alors.

L'haleine de Pauline et sa transpiration devinrent fétides ; sa vue était voilée ; elle paraissait inquiète , préoccupée ; du reste sa santé était bonne. En juin , douleurs ostéocopes violentes pendantla nuit, et insomnie. M. Gendrin prescrit des bains de rivière qui soulagent un peu ; en juillet j douleurs lombaires, céphalalgie légère, tête pesante , pouls fébrile , le soir pendant quelques jours. Le 11 juillet, cessation des douleurs ostéocopes, à la suite d'une sueur abondante pendant deux nuits. Le 14 , vers le soir , perte subite de connaissance qui dure peu ; elle est suivie d'une légère fièvre. Pendant la nuit , apparition des règles qui ont débarrassé la malade de toute espèce d'accidents. Elle s'est bien portée depuis (2).

(1) Nouvelle bibliolb.nuid. III" année , oct. 1825, p. 153. Observation publiée par M.Gendri».

(2) M. Ciendrin, luéme jourHul.

On ne saurait confondre ces symptômes avec ceux de la chlorose ; ils ne peuvent également être rapportés à une cause constitutionnelle. Tout prouve, au contraire, qu'ils dépendent uniquement de l'effort liémorrhagique qui précède la première menstruation.

L'apparition des règles a la plus heureuse influence sur les maladies de l'époque. Elle est souvent le signal de leur guérison , et , dans un grand nombre de cas, elle imprime des changements marqués à l'organisation. Certes, l'action générale de la puberté est incontestable , mais il est aussi de la dernière évidence qu'une foule déjeunes personnes délicates , malingres , souffrantes , en proie à des maladies plus ou moins anciennes , quelquefois graves , semblent renaître à la vie lors de l'apparition des règles ; leur figure, amaigrie , jaunâtre , se couvre des plus brillantes couleurs ; leurs membres maigres, débiles, s'arrondissent, s'affermissent ; les lignes droites s'effacent pour faire place aux courbes élégantes, et le triste cortège de la douleur et du mal s'éloigne en toute hâte. Cette heureuse influence des règles sur la solution des maladies a été indiquée par Pline (1).

Avec l'apparition des menstrues, on voit se dissiper les engorgements glanduleux du cou , des aisselles et des autres parties du corps ; les tumeurs des articulations se résolvent; les foyers et les ulcères provenant des abcès froids se tarissent; la suppuration des oreilles cesse; les ophtalmies scrofuleuses , les catarrhes intestinaux chroniques , les fièvres continues, que nous sommes loin de bien connaître ,

(1) Multa morboi'um gênera primo coïtu solvuntur, primo que feminarum mense; aut si non id conlingat, longinqua fiuut, maxime que comitiales. Plinius, Hist.nat. Lib. XXVIII, cap.iv.

les fièvres intermittentes , la chlorose liée au retard des menstrues , et les autres dérangements de cette fonction , sont guéris par l'écoulement régulier du sang.

L'action de la première menstruation se manifeste dans beaucoup d'autres cas. Ainsi , elle arrête plusieurs hémorrhagies , comme l'épistaxis , l'hémoptysie , l'hématé^ mèse; elle fait cesser les ophtalmies par pléthore, l'incontinence d'urine, certaines hydropisies^ une grande quantité de phlegmasies cutanées. Plus d'une fois nous avons vu des maladies de peau qui avaient résisté pendant des années à tous les remèdes , disparaître en quelques jours après l'apparition des règles.

L'influence de la fonction menstruelle a été maintes fois reconnue dans les affections nerveuses. Les annales de la médecine contiennent plusieurs observations intéressantes de jeunes personnes épileptiques , chez lesquelles l'évacuation sanguine a pour jamais enlevé les attaques. Nous avons choisi une des maladies les plus graves; nous aurions pu citer la chorée , l'hystérie, plusieurs autres affections coLVulsives , etc.

Un des cas les plus curieux de ce genre , est celui que nous avons observé, il y a dix ans, dans l'établissement du docteur Blanche.

Obs. CXLYII. — Une jeune personne de 16 ans, bien conformée , d'un tempérament lymphatico-nerveux , d'une assez bonne constitution , est prise d'une chorée générale ; toutes les parties de son corps sont sans cesse en mouvement ; elle se frappe continuellement la poitrine avec le menton ; ses bras, ses jambes s'allongent, se rapprochent , s'écartent cent fois par minute. Aux altérations variées de la motilité , et qui changeaient de moment en moment , succède une lésion de celte fonction, véritablement extraor-

Ztl2 DK LA. MENSTRUATION.

dinaîje ; cette demoiselle se met à faire la culbute, et rien saurait ne l'arrêter dans cet étrange exercice.

Pendant des journées entières elle recommence la même manœuvre , et ses forces n'en paraissent point épuisées. Un jour sa garde compta le nombre de fois qu'elle s'était livrée à son exercice habituel, il s'élevait à dix-huit cents. L'appartement était matelassé jusqu'à hauteur d'homme ; on avait enlevé tous les meubles. Cette demoiselle répondait très-bien à toutes les questions qu'on lui adressait , mais il lui était impossible de ne pas céder à la force qui l'entraînait. Cet état persista plusieurs mois en présentant une foule d'anomalies ; sous l'influence des bains prolongés , des calmants , des boissons antispasmodiques , du régime , il y eut une amélioration assez marquée : les mouvements , quoique moins forts , continuaient et se répétaient un grand nombre de fois , lorsqu'il se manifesta des symptômes du côté de l'utérus. M. le docteur Blanche, dans l'établissement duquel cette jeune personne avait été placée , s'empressa de saisir cette indication ; à l'aide des moyens employés, et sans doute aussi par les efiforts de la nature , la menstruation s'établit , elle fut le signe de la cessation des accidents et de la guérison de la maladie.

Des affections fort graves , et en particulier le rachitisme, sont quelquefois heureusement modifiées par la menstruation : l'observation de M. Royer-CoUard relative au redressement de la colonne vertébrale ou , pour parler plus exactement, à l'amélioration de l'état rachitique, mérite de fixer l'attention. Dans deux cas , nous avons vu l'apparition des règles coïncider avec la déviation de la colonne vertébrale.

On a encore attribué à la menstruation la guérison d'un grand nombre d'autres maladies. Nous ferons remarquer

qu'il faut bien , dans ce cas , distinguer ce qui appartient à la puberlé , en général , de ce qui est propre à la menstruation. Lorsqu'une fille est formée, que tous. les signes de la puberté ont paru à l'exception du flux menstruel , et que cependant les phénomènes morbides continuent, il faut bien reconnaître que l'organisation n'a point été modifiée en bien par les changements physiques qui viennent de s'elTectuer ; si , au contraire , Tétat maladif subit une amélioration , après l'apparition des règles , le pouvoir de la fonction est mis hors de doute, et son action sur l'économie est de toute évidence.

L'heureuse influence exercée par la menstruation sur les maladies de la puberté , paraît , en grande partie , due à la pléthore sanguine et à l'excitation de tous les systèmes organiques qui ont alors lieu.

La première menstruation peut être le point de départ d'affections graves; c'est souvenl à cette époque qu'on voit se développer les maladies héréditaires, la phthisie , la syphilis , etc. ; mais , à proprement parler , elle n'en est que la cause occasionelle ; elle agit comme le chagrin violent , l'impression morale, auxquels on attribue si souvent le motif de la folie, et qui n'ont fait que hâter l'explosion du désordre qui couvait depuis long-temps. Pour le vulgaire, la cause semble dater de ce moment, pour le médecin elle est beaucoup plus ancienne.

Hippocrate a signalé la tendance au suicide des jeunes filles pas ou mal réglées. Une demoiselle , élevée dans des principes refigieux, et qui n'avait jamais quitté ses parents , devint sombre et taciturne quelque temps avant la première menstruation. Aux demandes répétées qui lui furent faites, elle répondit que la vie l'ennuyait et qu'elle éprouvait le plus vif désir de la quitter. Ce tœ-

ditmi vitœ cessa avec l'apparition du sang menstruel. Les lésions de la menstruation, pendant la période utérine , ont déjà été passées en revue ; nous rappellerons seulement que cette époque est caractérisée par deux grands phénomènes physiologiques , la grossesse et l'allaitement dont nous avons cherché à esquisser quelques traits.

Influence de la ménopause sur les maladies.

La période de la cessation des menstrues va nous offrir des détails plus intéressants et plus étendus. Dans l'histoire physiologique de la fonction , nous en avons signalé quelques-uns ; nous allons essayer de compléter cette partie du travail , et de répondre à la question que nous faisions alors : quelle est la proportion des femmes qui succombent aux suites du changement qu'éprouve alors leur constitution ?

Les considérations nombreuses que présente ce chapitre , nous engagent à le diviser en cinq paragraphes, dans lesquels nous examinerons successivement les maladies locales de l'appareil générateur, les maladies générales , l'influence de la ménopause sur les affections existantes , l'époque du retour de quelques symptômes locaux après la cessation , et enfin la proportion des maladies de l'utérus sur la mortalité du temps critique.

Soumise à des afflux périodiques sanguins, à des changements de vitalité très-considérables et très-brusques , la matrice, par ses fonctions toujours renaissantes, doit offrir des maladies qui seront en rapport avec l'époque de ses développements, avec sa plus grande activité. Aussi l'altération organique , le trouble fonctionnel, commencent-ils après la puberté , augmentent-ils avec l'énergie de

MALADIES LOCALES DE LA MÉNOPAUSE, 4iS

l'action , pour prendre une intensité plus grande lorsque la matrice, si agissante, va retomber dans l'inertie, et deviennent-ils plus rares après la cessation,

La ménopause est, en effet, l'époque d'un grand nombre de maladies qu'on a distinguées en locales ou en générales , suivant qu'elles attaquent l'utérus et ses annexes , ou qu'elles se montrent dans d'autres régions de l'économie.

Maladies locales.

L'hémorrhagie est un des accidents les plus communs de l'âge critique , mais elle offre de grandes différences , lorsqu'elle est simplement déplétive , ou qu'elle se lie à une altération organique. Dans le premier cas, elle se termine le plus ordinairement par le retour à la santé ; dans le second, la mort en est souvent le résultat. Il ne faut pas croire cependant que toutes les liémorrhagies du temps critique dues à des lésions organiques soient mortelles ; on cite plusieurs guérisons de ces états morbides qui ne sont pas encore bien connus. M. le docteur Forget a rapporté, à la société d'émulation , un fait fort curieux qu'il avait observé, il y a plusieurs années, avec M. le docteur Pinel Grandcliamp. La femme qui fait l'objet de cette observation était atteinte d'héraorrhagies abondantes. Le col ayant été amené à l'entrée de la vulve , on reconnut qu'il était tapissé par un tissu mou, rougeâtre, saignant, d'une certaine consistance , crépitant , qui offrait la plupart des caractères du tissu érectile ; M, Pinel Grandchanp n'hésita pas à porter ce diagnostic. Des cautérisations nombreuses furent successivcmeut faites dans l'intéiieur du col, et, après un traitement de quelques mois, la malade guérit complètement.

M. le professeur Simpson a signalé un autre genre d'altération qui, comme le précédent, mérite une attention spéciale , nous voulons parler du développement anormal des papilles de la membrane interne de l'utérus. Elles forment une espèce de boursoufflure d'où le sang s'échappe plus ou moins abondamment. Parmi les autres états morbides de l'utérus qui n'ont pas été suffisamment étudiés , il faut encore nommer la dilatation variqueuse des vaisseaux du col , qui entraîne aussi après elle l'hémorrliagie. Nous avons la conviction que les recherches qui sont faites aujourd'hui avec tant d'activité et d'intelligence sur les maladies de l'utérus, éclaireront l'étiologie d'un grand nombre d'affections de cet organe.

On a vu que les pertes étaient un des accidents ordinaires du temps critique ; il en est de même des écoulements blancsou jaunâtres qui, dans quelques circonstances , sont la terminaison de la congestion utérine , mais qui souvent se rattachent à des lésions de la matrice.

Ces écoulements peuvent persister assez long-temps; nous les avons vus durer trois, six et neuf ans, sans que l'utérus devînt malade. C'est surtout après les métrorrhagies des adultes , et principalement après celles qui surviennent à l'âge critique , que l'on observe cette débilité excessive qui dure des années. Ces femmes ont la peau d'un blanc terne, les extrémités œdématiées, elles ne peuvent marcher sans éprouver beaucoup de lassitude , et sans être prises de palpitations. Les moindres ébranlements moraux occasionent chez elles des accidents nerveux. En parlant de ces hémorrhagies déplélives , nous avons indiqué les remèdes qu'il fallait employer ; nous dirons à cette occasion , que la guérison de ces accidents

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