MALADIES LOCALES DU TEMPS CRITIQUE. Û
le verrons dans le 5" paragraphe , ne laissent pas que de se montrer de temps en temps. On doit ajouter à ces diverses lésions , les liydiopisies enkystées de l'ovaire , les squirrhes et les inflammations de cet organe , les hydropisies de la matrice, primitives ou consécutives, la collection de gaz dans sa cavité, la rétention du sang, etc. , etc.
Obs. cl. — Mademoiselle M..., âgée de 52 ans, lymphatique , ayant toujours mené une vie sobre et régulière, éprouvé, à son temps critique, des irrégularités dans ses menstrues. Deux mois après l'époque où tous les phénomènes ont cessé, elle a de la difliculté à uriner, un sentiment de poids dans l'épigastre. Bientôt on voit se dessiner une tumeur sphérique de la grosseur du poing au-dessus du pubis. L'exploration fait reconnaître qu'elle appartient à l'utérus. Son volume augmente, il survient de l'infdtration. Au toucher , on trouve le col effacé ; les digestions sont difficiles ; l'anasarque est de plus en plus considérable, l'amaigrissement est extrême ; la mort ne tarde pas à arriver.
A l'autopsie on constate que la matrice, uniformément distendue, contient une très-grande quantité de liquide ressemblant à du lait caillé inodore, couleur jaune paille; çà et là on aperçoit des vestiges de sang. Ce liquide n'est autre chose que du sang altéré , dont on distingue l'organisation. Les parois de la matrice ont l'épaisseur de deux feuilles de papier (1).
L'influence de la ménopause sur les maladies locales de l'appareil générateur , nous paraît donc suffisamment établie; nous ajouterons bientôt de nouvelles preuves qui nous seront fournies par la statistique.
(1) Jallon , llièsfi ii59. An xin , 7« obs.
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Maladies générales.
Toutes les parties du corps qui entretiennent des rapports avec l'utérus, toutes celles qui sont délicates, impressionnables , peuvent ressentir l'influence de la ménopause , et la traduire au dehors par des désordres plus ou moins intenses.
La pléthore est une des affections qui se présentent le plus souvent : elle se manifeste par des symptômes du côté de la tête , des poumons , du cœur ; par des engourdissements des membres ; par des maux de gorge , des épistaxis, etc.
Les névroses accompagnent fréquemment l'âge de retour, et, comme la pléthore, elles peuvent envahir un grand nombre de régions différentes; ainsi la tête éprouve des douleurs variées ; il se déclare des épilepsies^ des catalepsies ; les yeux et toute la face sont affectés de spasmes et de convulsions ; les dents , de violentes douleurs ; la gorge est le siège de constrictions , la poitrine , de suffocations, le cœur , de palpitations et de syncopes; l'estomac offre de nombreux désordres , parmi lesquels on distingue l'anorexie , les vomissements , les crampes ; la peau est atteinte de constrictions spasmodiques et d'espèces de frissons , etc. Enfin des anomalies nerveuses de tous genres ont été constatées à cette époque.
L'hystérie , d'après le relevé des observations rapportées par Hoffmann, attaque plus fréquemment la puberté et l'époque de la ménopause ; Yigaroux croit , au contraire , que les femmes perdent leurs affections hystériques à la fin de la menstruation . et qu'elles deviennent
MALADIES GÉNÉRALES DU TEMPS CRITIQUE. U2i
souvent sujettes à l'hypocondrie. Cette opinion est aussi celle de Béclard (1) , de M. Dubois d'Amiens (2).
La cessation du flux menstruel est quelquefois le point de départ de la folie. La révulsion physiologique qui avait lieu sur les organes génitaux , venant à cesser , l'émonctoire normal se supprimant, il s'établit nécessairement une pléthore passagère et une disposition irritative dans l'économie ; or , si le cerveau est plus délicat , s'il a été souvent impressionné , s'il s'est toujours montré irritable, les causes morales qui sont alors si fréquentes, réagiront fortement sur lui , et le délire éclatera.
Obs. CLL — Madame D... , âgée de 43 ans, a été très-jolie , pendant long -temps elle a eu une existence des plus douces. Des pertes de fortune l'ont placée dans la nécessité de vivre modestement jusqu'au moment où sa menstruation a commencé à être irrégulière. A cette époque elle a été tourmentée de la pensée qu'elle était l'objet d'une persécution de la part de ses amis. Si l'écoulement menstruel venait à se montrer pendant quelques jours, toutes ces idées disparaissaient. Enfin , après une suppression de quatre mois , le délire devint complet et dangereux ; madame D. . . crut qu'un de ses voisins l'avait dénoncée à la police comme une femme de mauvaise vie ; elle s'empara de deux pistolets , alla chez lui pour le tuer ; elle aurait mis ce projet à exécution , si on ne l'eût désarmée à temps. Conduite aussitôt dans l'établissement du docteur Blanche , le traitement a été dirigé de manière à rappeler les règles , ou à dissiper la pléthore ; l'évacuation
(i) Bédarù , Essai sur les maladies auxquelles les femme* tont le plus fréquemment exposées à l'époque de la cessation , an x.
(2) Dubois d'Amiens, Ilisioire philosophique de l'hypocondrie et de Vhystérie. Paris, 1837.
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périodique a reparu, le délire a cessé , et la malade est sortie jouissant de sa raison. Trois mois après , le flux menstruel ayant discontinué, elle a été reprise du même délire. Nous avons de nouveau cherché à suppléer l'écoulement naturel par des saignées générales et locales , mais légarement de la raison a persisté , et l'état est devenu incurable. L'époque peut modifier d'une manière avantageuse ces symptômes de l'aliénation ; plusieurs fois nous avons observé leur diminution, et le calme a succédé à l'agitation et à la fureur.
Obs. CLII. — Une dame atteinte d'accès maniaques qui revenaient tous les deux jours , vit ses accès se calmer lorsque l'âge de retour eut amené la cessation des règles ; la manie s'arrêta, et la maladie passa à un état de démence tranquille (1).
J'ai fait la même remarque chez une dame qui , pendant un grand nombre d'années, avait été maniaque : souvent elle se livrait à des accès de fureur qui obligeaient ses gardiens à employer contre elle des moyens de répression. L'époque du temps critique arrivée, elle devint fort tranquille ; ce changement fut brusque et très-appréciable.
Quelquefois l'influence de la ménopause est marquée par un changement dans les habitudes, le caractère.
Obs. CLin.— Une dame, dit M. Esquirol, qui avait toujours été sobre et d'une conduite régulière, éprouva, à 42 ans, les premières anomalies de la menstruation, et, en même temps, une passion violente pour l'eau-devie et le vin. Aucun accident grave ne résulta pour elle de l'habitude prolongée de l'ivresse pendant six ans. Les menstrues ayant cessé de couler, l'aversion des boissons
(1) Des vcsatiies , par Dubuisson, p. 196.